ALTITUDE
Tous ces points ont été mesurés trigononiétriquement, et à Taide d'obser^-ations directes, par la commission d'ingénieurs que M. Pessis préside*
Le Nevado d'Aconcagua, qu'on nomme volcan, mais qui n'en est point un, ne se trouve pas dans la ligne de faite occidentale de la Cordillère, mais bien dans un cordon un peu plus oriental, et placé tout entier sur le territoire argentin. Les cerros de la Iglesia et de la Plata lui paraissent accolés. On no peut le voir de la plaine argentine , ou plutôt on le confond avec eux. Le Tupungato, au contraire, se montre tout entier.
On peut voir, pour les altitudes des autres nevados et passages des Andes , le tableaa do tome I, page 221.
pée sous le nom de vallée de Uco. Dans une région plus australe encore, d'autres chaînes détachées de la Cordillère vont former les systèmes du Cen^o-Nevado et de Paycn. Plus loin, on voit les montagnes où se trouvent les sources du Colorado, du Neuquen, du Calapuliche et autres affluents du Rio Negro. La Sierra de Ranca Mahuida^ voisine du Rio-Colorado, entre 37° et 38** de latitude, en est une dépendance.
Ces derniers systèmes, renfermés dans le terrifoire indien, sont peu connus, et nous n'en dirons que quelqiies mots. Le Nevado paraltavoir une altitude de 4,300 mètres, et former un massif à peu près isolé dans la plaine, de Tautre côté des lagunes de Yancanelo, On le considère comme un volcan, d'après la nature des laves amoncelées sur ses versants, la fumée qui le couronne assez souvent et les détonations qu'on y entend parfois, détonations qui retentissent, assure-t-on, jusqu'au fort de San-Rafael.
La chaîne de Payen^ visitée par des mineurs, à diverses époques, communique avec le Nevado par une série de collines qui renferment de belles vallées à l'ouverture desquelles, vers l'orient, conâmence la Pampa où coule le Chadi-Leubu formé du Latuel et du Desaguadero. Elle sépare les eaux du Rio-Malarguë de celles du fiio^rande, branche principale du haut Colorado, et ligne frontière acceptée par la province, à peu près sous le 37* de latitude. Payen (de Pollen^ cuivre, en araucan) est beaucoup moins élevé que le Nevado; ses flancs sont bien arrosés et offrent des parties cultivables à la population qui exploitera un jour ses minerais.
Quant au massif principal des Andes, il présente un assez grand nombre de cols que l'on peut franchir dans la saison favorable ; tels que ceux de la Cumbre^ de la Deheza^ du Poriillo^ de la Crus de Piedra, de Peteroa^ de Saso ^ du Planchon, du Cerro-Floridoy etc., etc. (Voyez tome I, page 192.) Les Indiens fréquentent surtout les derniers, qui. ne sont pas très-élevés.
Constitution physioue du sol. — La plaine de Mendôza offre une grande uniformité. Sa surface est tout à fait horizontale; les setds reliefs du terrain y sont formés par des medanos ou dunes de sable très-argileux, extrêmement léger, et que les vents charrient en divers sens ; des plantes salines ou des broussailles épineuses^ en s'y fixant par leurs racines, parviennent seules à les rendre moins mobiles. En une foule d'endroits, le sol est chargé de 8el> condition qui donne au Desaguadero, au Salado, aux lagunes
de Guanacache, de Yancanelo, de Fureco, de la Amarga leurs eaux saumâtres et impotables. La plus grande partie de ce terrain, comme celui de la plaine intérieure argentine, a été évidemment couverte par des eaux maritimes qui ont disparu, soit à la suite d'un soulèvement graduel du sol, soit d'une lente évaporation.
De nombreux fossiles marins ont été vus dans le sud de cette plaine, en dehors des terrains des Andes. Les terrains salés cessent à la ligne tracée par le Desaguadero , T Alto-Pencoso , le Bebedero , ses Baûados, et le bas-fond qui se continue de la pointe australe de ce lac jusqu'à celui de la Amarga ou Curra-Lanquen.
Sous ce sol argilo-^bleux, de la consistance de la cendre en une foule d'endroits, on trouve, en se rapprochant de la montagne, une couche indéfinie de cailloux roulés qui proviennent évidemment des Andes^ mais que les siècles ont recouvert d'un épais dépôt terreux , dont l'ardeur du soleil et le vent font une poussière éminenmient mobile, et qui ne se solidifie que près des eaux courantes ou des lagunes. Ce sol est prodigieusement fertile, lorsqu'il est bien arrosé , et que le cours continu des eaux lui a enlevé son excès de sel.
La région andine offre tous les terrains. La chaîne principale est composée de porphyres noirs, mais ses contre-forts ont des grès, des granités^ des calcaires, des quartzs (voyez tome I, page 283). La chaîne des Paramillos, contre laquelle est adossée Mendoza, renferme des marbres de diverses couleurs que l'on retrouve jusque près du passage du Planchon, du plâtre, de la pierre ollaire, du jaspe, du cristal de roche , du sel gemme , du bitume , du charbon de terre, etc., etc.; enfin tous les matériaux nécessaires aux constructions, aux arts, à l'industrie. Quant aux métaux précieux, nous connaissons déjà les gisements argentifères de Payen et d'Uspaliata (1) ,
(1) Minerais de Payen et d'Uspallaia. — Le père minime Feuillée, missionnaire français qui visita le Chili au commencement du dix-huitième siècle, insiste sur la richesse des minerais divers de la chaîne des Andes. Frézicr , dans le récit de son voyage, cite ceux de Pajen en ces termes : « En s'enfonçant dans la Gordillrre, on rencontre une infinité Me mines de « toute espèce, particulièrement dans les Sierras qui ne sont plus qu'à 12 lieues des Pampas « du gouvernement du Paraguay et à 100 de la Concepcion. Là , on a découvert des mines « de cuivre pur si extraordinaires, que Ton y a vu des pépites du poids de plus de cent quin- ■ taux. A un de ces endroits que les Indiens nomment Pallen , c'est-à-dire cuivre , D. Juan « de Melendez, auteur de celte découverte, a donné le nom de Saint-Joseph ; j'ai vu moi- « même une pépite de quarante quintaux, dont, pendant que j'étais à la Concepcion, on fit six « canons de campagne, du calibre de six livres. »
Nous devons avouer que nous ne pouvons guère comprendre comment on aurait pu porter un pareil morceau de métal de Payen à la Concepcion, à moins que ce ne fût en charrette ; or, nous ne savons pas que jamais une charrette ait passé les Cordillères. — Plus loin, le
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ceux des gorges ou quebradas des Paramillos (voyez tome II , page 383). L'avenir de l'industrie minière dans la province de Mendoza est illimité , comme d'ailleurs dans toutes les provinces andines. — Les vallées supérieures présentent quelques localités où
métoe voyageur parle de la raine lie Santa- Inès , très-riche, dit-il, en lapis-lazuli. Il s'agit su» doute ici du carbonate de cuivre bleu , si commun dans toutes les mines de la province de Veodoza.
Voici ce que dit Molina des raines de Payen : « La plus faraeuse mine de cuivre que l'on « ait connue dans le royaurae du Chili est celle de Pajen, dans laquelle on ne travaille plus
• aajourd'bui, parce que les Puelches, maîtres de ce district, ne le permettent pas. Lors des
• premières excavations , on en retira des pépites de cuivre pur du poids de cinquante et
• même cent quintaux. Les histoires de ce temps racontent que ce cuivre était d'une si belle
■ codeur qu'il semblait un véritable similor, car Tor y dominait plus que le cuivre, et que ,
■ pour en extraire le métal précieux, il suffisait de griller le minerai à l'air libre.
« Dans le district de Curico on a découvert dernièrement une mine pareille à la précé-
■ dente, dans laquelle ror se trouve allié au cuivre en quantité égale. Les gens du pays ap-
• pdlent ce minerai avenlurine naturelle, parce qu'elle paraît semée de points brillants
■ d'or, et ils en font des bracelets, des anneaux et d'autres bagatelles curieuses. • (Molina, Hittoriade Chile, tome 1, page 97, publiée en italien à Florence en 1780, traduite en espagnol par Arquellada.)
n s'agit simplement ici de sulfure de cuivre et de fer, très- commun dans tous les gise- Bats cuprifères de la province. 11 y a sans doute beaucoup d'exagération dans tous ces réeiti; mais ils prouvent du moins Tabondance des minerais de cuivre dans ces localités, et eoMéqoemnient, ce que pourra produire un jour leur exploitation méthodique. — Voici O', ^ dit le mime historien en parlant des mines d'argent d'Uspallata :
« Les minerais argentifères d'Uspallata ont été découverts en 1638, et quoique alors il y « eût déjà des indices très- sérieux de leur richesse, on resta longtemps sans les exploiter, • faite d'argent et d'ouvriers ; jusqu'à ce qu'enfin, en 1762, deux excellents et fort expéri- ■ mentes mineurs du Pérou les ayant reconnus et analysés, les habitants de Mendoza se dét cidèrent à les travailler sous leur direction, et le firent avec de grands bénéfices. »
IMinai vante ensuite l'étendue et le nombre des gîtes métallifères découverts dans la vaOée dTspallata, qu'il assure devoir se continuer dans toute la chaîne des Andes jusqu'à Fotosi. Ceci est exact jusqu'à un certain point, puisque nous connaissons déjà la multitude de tons les indices d'or, d'argent, de cuivre, de nickel, d'étain, de plomb, de fer, etc., qui se rcBCOoIrent dans tontes les provinces andines. Quant aux travaux en activité à cette é|ioque, ilajoate :
t La veine principale conserve constamment neuf pieds de large; mais, des deux c6lcs, eDe envoie un grand nombre de liions de toute grosseur, lesquels se subdivisent en une mnltitiide d'autres liions qui traversent le canton dans une étendue qui n'a (>as moins de dix Iteoes àe superficie. La gangue est terreuse et de diverses couleurs ; elle partage le grand filon en cinq parties parallèles et inégales. Celle du centre, qui n'a pas plus de deu\ poQCet de large, est noire, quoique la grande quantité de métal qu'elle renferme la rende griw en certains endroits , les deux autres intermédiaires sont de couleur marron, et les den exténeares gris-bleu. On les a suivies jusqu'à trois cents pieds de profondeur en 1766, sans trouver aucune diminution dans la richesse et la puissance des Clons. « Les analyses faites à Lima, par les plus habiles essayeurs de Potosi, ont fait reconnaître qoe le caisson donnait 200 marcs d'argent fin, ce qui est un rendement aussi riche que les plos riches dn célèbre cerro de Potosi lui-même. » (Molina, tome I, page 107.) Avec le temps, la mine est devenue moins productive, et les travaux y ont été abandonnés et repris tour à tour. (Voyez tome II, page 388.)
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l'on trouve une bonne terre végétale, et qui seraient susceptibles d'une culture avantageuse. Les pâturages naturels y sont excellents pour le bétail.
Jusqu'en 1861, la province de Mendoza ignorait les forts Tremblements de terre. Les violentes secousses qui avaient agité à différentes époques les régions chiliennes paraissaient perdre leur intensité en traversant la barrière des Andes; on n'y connaissait encore que des frémissemens du sol, lorsque, le 20 mars 1861, un des plus violents tremblements dont l'histoire fasse mention a renversé, en quelques secondes, la capitale entière et enseveli la moitié de ses habitants sous ses ruines (1}.I1 n'y a donc plus à croire à l'immunité dont
(1) Tremblement de terre de Mendoza. — C'est le 20 mars 1861, à huit heures et demie du soir, que la Tille de Mendoza a été totalement détruite par une des plus violentes secousses qui aient jamais été observées, et dont le tremblement de Rio-Bamba, dans la province de Quito, le 4 février 1797, raconté par Humboldl, peut seul donner une idée. Le ciel était parfaitement pur, le temps calme, Tair tiède ; la plupart des habitants étaient chez eux, quelques-uns se promenaient encore sur TAlaméda ou sur la place. Tout à coup un mugissenneot souterrain se fait entendre* et au même moment, en quelques secondes, avant que Ton ait eo seulement le temps de fuir, tous les édifices publics, toutes les maisons s'écroulent; les murailles se renversent de chaque côté des appartements, le toit tombe au milieu, de sorte que tons les habitants, aussi bien ceux qui marchent dans les rues que ceux qui viennent de rentrer dans les maisons, sont enterrés sous les ruines. Le mouvement fut d'abord ondulatoire, du nord-ouest au sud-est, puis il parut venir de bas en haut. On conçoit, du reste, la difficulté de se rendre compte du phénomène dans un pareil moment. Telle fut sa violence, que sur les places ou dans les jardins plusieurs personnes perdirent l'équilibre et furent jetées à terre. Bientôt commence l'incendie causé par les becs de gaz rompus dans le passage du Goromercc, les lampes des appartements, le feu des cuisines; et Ton peut se figurer les horreurs de celte épouvantable nuit. — Le lendemain, les ruines amoncelées obstruaient les canaux, et à quelques endroits il se fit de véritables inondations. On eut ainsi à combattre et le feu et les eaux , puis le défaut de vivres, et bientôt la puanteur des cadavres ensevelis sous les ruines et qu'il n'était pas possible d'extraire encore.
Après la catastrophe, la terre continua de trembler, mais moins fort, et Ton compta, jusqu'au 21 au soir, dix-neuf secousses, dont sept violentes ; mais déjà rien n était resté debout. Le 22, il y en eut quatorze. L'on en ressentit ainsi pendant trois mois, jusqu'à la fin de mai.
Le feu dura huit jours entiers; dix mille âmes au moins avaient péri. On n'a jamais pu sa* voir le chiffre exact ; ce que l'on sait, c'est que des familles entières disparurent. Le désordre qui suivit ce cataclysme, le manque de bras, ne permirent pas de faire des travaux capables (le secourir toutes les victimes, qui, enterrées sous les ruines, périrent d'asphyxie lente, par les flammes ou même par la faim. On sauva pourtant beaucoup de monde les premiers jours. Bientôt le^ secours les plus empressés arrivèrent de San-Juan, de San-Luis, puis du Chili, de toutes les provinces argentines, de Montevideo, du Paraguay, du Pérou, et même de l'Europe. Partout des listes de souscriptions se couvrirent de signatures, et ces ressources permirent de soulager un peu tant d'infortunes.
Voici maintenant ce qui résulte de l'étude faite des phénomènes principaux de ce tremblement de terre pendant les deux mois qui suivirent, soit dans la ville, soit aux environs, aussi bien au point de vue des secousses, de leur intensité, de leur étendue, de leurs effets : '
La secousse principale et première, dirigée du nord-ouest au sud-est, a commencé dans la vallée d'UspallaU, dont les établissements, la ferme et l'usine, ont été a moiUe détruits;
ib'l DESCRIPTION DES PROVINCES.
lions employées au Chili pour rendre ces phénomènes moins désai treux. On sait d'ailleurs que nulle partie du globe n'est exempte d< tremblements de terre, quoiqu'ils soient cependant plus fréquents dai les régions volcaniques et près des grandes chaînes de montagne que dans les terrains tertiaires ou composés d'ail uvions modernes.
Climat. — Le climat de Mendoza se divise en deux régions : ceM au nord du 33' degré, celle du sud. La région du nord a le ménM climat que la province de San-Juan, c'est-à-dire qu'il n'y pleut presque jamais; parfois un orage y éclate dans les mois d*été, mais le phénomène est rare. Au sud du 33% au contraire, les pluies commencent. On en a au printemps et à l'automne , souvent même en été. Plus on se rapproche de la Cordillère et plus elles sont fréquentes; c'est ce qui explique la quantité de ruisseaux qui descendent des Andes, le nombre croissant des Nevados, et la belle végétation qui se montre dans cette région. — La ville de Mendoa el ses environs paraissent avoir une température moyenne oscillant entre 15 et 16% si nous en jugeons par sa végétation et son altitude qui approche de 800 mètres (1). Il y gèle un peu l'hiver; l'été est extrt-
ruine de tous les forts et villages compris entre les 34* et Aù^ de latitude. (Molina, loneli page 33.) La Conception éprouva une troisième destruction complète en novembre 18Ri (^ la côte entière du Chili, à partir de cette ville jusqu'au 40*, fut soulevée de deux à IfW mètres. Les secousses de 1834 et 1835 y furent encore terribles. Malgré toutes ces rai9et,b ville de la Conception est aujourd'hui une des plus industrieuses, des plus commerçant» ^ des plus jolies villes de la République chilienne. Valparaiso a été détruit plusieurs fois, G» piapo également. En avril 1851, Santiago a éprouvé une secousse très-forte. — Or, dooMi argentin, depuis trois siècles, le premier tremblement de terre violent est celui du tO mtf 1861, à Mendoza.
(1) La température annuelle de la plaine voisine des Andes, par suite de toutes les drcoo stances variées qui peuvent influer sur elle, doit iHre calculée directement, et nous D*atot ))as, jusqu'ici, de séries d'observations suffisantes pour permettre de l'établir d'une mani^ positive. On peut toutefois estimer qu'il faut au moins !200 mètres d'altitude dans la pbtf argentine pour amener un degré d'abaissement dans la moyenne annuelle comparée avec k localités situées à pareille latitude au niveau de la mer. Mais comme le climat est contiacBli (•t offre aussi de plus grandes oscillations dans la moyenne des saisons, si l'hiver y est pli froid que près de l'Océan, l'été y est par contre beaucoup plus chaud ; l'exposition du sol|i nature, le voisinage plus ou moins rapproché de la montagne, enfin la proximité d'une pb* saline qui s'échauffe considérablement en été, tout cela indue de mille façons sur les pbèo mènes de la chaleur dans ces régions, et peut-être faut-il encore s'élever davantage» et mè jusqu'à trois cents mètres, pour trouver cette différence.
Lorsqu'au contraire une montagne ou colline s'élève brusquement au milieu d'une pb ou au bord de la mer, la différence de température est bien plus rapidement sensible à i sure qu'on s'élève. Deux expériences répétées a un an de distance avec les mêmes vM mcnts, au cerro de Montevideo, nous «>nt donné chaque fois 2« en moins pour la tempéra
mement chaud, d'autant plus chaud même qu'il y a peu dé \ent dans cette saison et que les orages se limitent à la Cordillère et par conséquent ne rafraîchissent pas beaucoup Tatmosphère. L'hiver est trèssec; toutefois révaporation étant beaucoup moins forte en cette saison, les eaux abondent dans la cienega du Vermejo qui s'étend alors de manière à toucher les faubourgs de la capitale. Une irrigation moindre permet aussi au surplus des eaux non employées de s'y rendre comme à un- réservoir commun. — Les crues des rivières venues des Andes n'ont lieu que l'été, à partir de la fin de no- Tembre, époque à laquelle les neiges commencent à fondre rapidement; deux mois plus tard, les lagunes de Guanacache s'enflent à leur tour et vident leur trop-plein par le Desaguadero. La crue cesse en juillet et août.
Salubrité. — Une maladie semble particulière à Mendoza, c'est la pustule maligne, si rare sur les autres points du territoire argentin. Elle n'y est pas d'une extrême gravité, surtout lorsque les malades sont soignés à temps ; mais on en voit toujours un certain nombre de cas pendant Tété. Quant à la cause de cette affection, si connue ^Europe, si rare dans la Plata, malgré l'immense quantité de débris d'animaux qu'on laisse pourrir en plein air, il nous est imposable de la découvrir pour Mendoza, où les lois de l'hygiène ne sont ni mieux ni plife mal observées qu'ailleurs, où le climat est parfaitement sec. — Le goitre y est commun , et tient évidemment à la qualité des eaux des rivières. Cependant on ne les boit guère sans les avoir filtrées, et il y a plusieurs ruisseaux fort clairs. Ce phénomène est d'autant plus remarquable que cette affection est rare dans la province voisine de San-Juan, où les eaux ont, à la vue du moins, des caractères physiques analogues. — Excepté ces deux affections, on 0 y connaît d'autres maladies que celles communes au pays et à la rtgion des Andes. Nous ajouterons que son climat sec est très-favoïable à la guérison des affections de poitrine. En effet, laphthisie pulmonaire y est rare, et l'asthme, assez répandu sur le littoral, nonseulement y est inconnu, mais encore disparaît ou du moins diminue fintensité d'une manière notable chez les malades qui viennent habiter cette province. Les fièvres éruptives du littoral y arrivent
eanparée au nÎTeau de la mer et sur la terrasse du fort. C'est donc l*' de différence pour 70 Mires, puisque cette colline a 140 mètres au-dessus du niveau de la Plata.
Par conséquent, ce n'est que par hypothèse que nous assignons à Mendoza 16®, ll^bh Sao-Juan, 20^ à la Rioja, etc. Il est môme possible que ces chiffres soient trop élevés. (Vo)oz e lableau«niétéorologique du tome 1, page 348.)
comme dans tout le reste du pays et atteignent même les Indiens Pehuenches de la frontière. Aucune épidémie, que nous sachions du moins, n'a jamais été importée ou exportée par la Cordillère.
Végétation. — La végétation de Mendoza ressemble à celle de San- Juan, mais Toranger et le dattier n'y réussissent pas aussi bien. En revanche tous les arbres fruitiers de l'Europe tempérée y croissent et y fructifient parfaitement. La végétation naturelle jusqu'au Rio- Latuel se réduit aux plantes maigres et souvent salines de la plaine Argentine intérieure, telles que le retamo, la brea, le chaùar, la ja- rilla, le jume, l'algarrobo rabougri, etc. Au nord de cette rivière et d
dans les vallées devenues humides des Andes, elle se montre plus vi
goureuse, et l'on y voit plusieurs des espèces arborescentes du Chili. ^ Malheureusement, la distance et le manque de routes empêchent de profiter de ces essences précieuses. Aussi la province manque-t-elle complètement de bois de construction , aucun des arbres et arbuste que nous venons de nommer plus haut, n'étant capable de fourni autre chose que du bois de chauffage, ou les branches et rameau nécessaires à la construction de simples ranchos (chaumières).
Agriculture. — La province de Mendoza, par suite de la nature de^ son sol et de son climat, doit tout à l'agriculture. — Le peuplier, in — troduit en 1810 par l'Espagnol D. Juan Cobos, y tient lieu de tous lesr bois de charpente, et, quoique ce soit une essence médiocre, a rendu d'immenses services au pays. Il y croît avec un luxe de végétation extraordinaire, mieux et plus rapidement qu'en aucun autre point du territoire argentin , de telle sorte que des arbres de quarante ans y sont déjà d'une taille énorme. L'orme réussit également bien, mais on commence seulement à le planter ; il en est de même des diverses espèces de pins. Le noyer a été introduit parles provinces chiliennes, et on ne le cultive guère que pour son fruit; cet arbre devrait être multiplié davantage, car l'on sait le beau bois d'ébénisterie et même d' charpente qu'il peut fournir. De Catamarca au sud de Mendoza, tou est à créer sous le rapport des bois utiles à l'industrie ; il faut 1 planter, car les excellentes essences de Tucuman exigent d'énonr frais de transport, tandis qu'il est possible de multiplier sur les lie toutes les espèces utiles.
Si la silvicullure est inconnue à Mendoza, il n'en est pas de m/ de la production des céréales qui absorbe la plus grande partie bras à la campagne, et du soin des prairies artificielles, où l'on graisse une quantité considérable de bétail. — Le blé* ren
moyenne vingt-cinq pour un ; la bonne distribution des eaux fait la production de la luzerne inépuisable. Le maïs est d'un produit considérable, et l'on commence à s'occuper de l'avoine pour la nourriture des chevaux. — Tous les légumes d'Europe sont cultivés avec succès, de même que les arbres fruitiers ; toutefois, jusqu'à présent, on s'est plus occupé dé la quantité de la production que de sa qualité, et il y «encore beaucoup à faire pour l'amélioration des espèces. La vigne donne considérablement, et, dans ces derniers temps, la fabrication du vin s'est non-seulement fort étendue, mais encore perfectionnée. On s'est remis à la culture du mûrier, introduit en 1835 par l'Espagnol D. Juan Godoy, et qui avait donné de si beaux résultats pour l'élève des vers à soie, mais avait été abandonné à la suite d'une épidémie sur ces insectes, et l'on se préoccupe même de celle du cactus pour la cochenille. — On estimait qu'en 4860 le total des terres en culture s'élevait à 60,000 hectares, quantité très-considérable pour le pays; car aucune province argentine ne peut offrir une pareille étendue de sol cultivé.
ANIMAUX SAUVAGES ET DOMESTIQUES. — L'aridité de la campagne vers le nord ne permet pas une grande multiplication des espèces sauvages. On y voit cependant le guanaque descendre de ses montagnes, sur les versants desquelles abonde le Couguar. 11 en est tout autrement vers le sud. Le jaguar est multiplié dans les plaines boisées où coulent le Diamante et le Latuel; l'autruche, diverses espèces de cerfs, y sont également fort communes. Le gibier de toute sorte y foisonne. La petite espèce de tatou, nommée par les zoologistes Chlamydophorus truncatus^ se rencontre exclusivement dans les premiers contre-forts des Andes; on trouve l'aguara et la loutre dans la cienega du Vermejo , près du Tunumaya et des lagunes, et dans les vallées des rivières australes et leurs marécages. — Les cours d'eau de Mendoza sont assez poissonneux ; toutefois c'est seulement dans les lagunes de Guanacache que se pochent les belles et bonnes truites que l'on mange dans la capitale. Les riverains les y apportent d'une distance de trente lieues, qui est franchie en une nuit au galop de leurs chevaux.
Bétail. — On élève peu de bétail; on se contente d'engraisser celui qui est amené de San-Luis pour passer la Cordillère et fournir le marché chilien. Les vastes enclos de luzerne, si multipliés partout, servent à cette industrie et à entretenir en outre la plupart des bêtes de somme ou de trait de la province, car les pâturages naturels sont
insuffisants pour cela; on n'en rencontre de passables que dans les hautes vallées des Andes, où leur étendue est restreinte: — On s'occupe beaucoup de l'élève du mulet, objet d'un grand commerce avec le Chili. La chèvre et le mouton ne sont entretenus que dans la mesure des besoins locaux.
Nous avons parlé de l'éducation du ver à soie, à laquelle on commence à se remettre. Ce n'est que depuis quelques années que l'on s'occupe d'apiculture. Les abeilles se reproduisent d'un manière extraordinaire.
Industrie et commerce. — Le grand éloignement où se trouvait la province de Mendoza des ports du littoral et la présence de la barrière des Andes, l'ont obligée d bonne heure à être industrieuse. La première occupation des habitants y a été naturellement l'agricidture; ils n'avaient qu'à suivre d'ailleurs l'exemple des Indiens Guarpès qu'ils venaient de soumettre, et, d'un autre côté, il ne leur était pas facile, comme aux colons du littoral, de vivre du bétail qui, faute d'un terrain propice, ne pouvait se multiplier en grande quantité autour d'eux. La production des céréales, celle du vin, la culture des arbres fruitiers, furent donc les premiers éléments de prospérité du pays et les bases de son commerce. Dans le courant du siècle dernier, on exportait pour le littoral et mêmç pour le Chili des farines, des vins, des fruits secs {orefones et posas de uva) en échange des objets de fabrique européenne; on y joignit bientôt l'argent et le cuivre extraits des mines d'Uspallata, et les produits de la fabrication du savon, qui ne laisse pas d'être importante. Ce commerce a continué jusqu'à l'époque actuelle.
La consommation locale est considérable, et le littoral y fournit paV les caravanes de charrettes qui mettent en général de six semaines à deux mois pour franchir les 240 lieues qui séparent Mendoza du Rosario. Les troupes de mulets importent aussi beaucoup par la Cordillère pendant les cinq mois que ce chemin est praticable et permet d'aller en dix ou douze jours à Valparaiso ; toutes les marchandises peu volumineuses peuvent être ainsi introduites dans un bref délai.
Pendant les quelques années que l'on s'est occupé de la sériciculture, on avait monté des métiers à soie, qui fabriquèrent quelques jolies étoffes, des châles, des ponchos, des écharpes. Cette industrie tomba avec la disparition du ver à soie; mais elle prouve
l'aptitude et la disposition des habitants aux arts manufacturiers. On a également fabriqué des pianos, des instruments d'agriculture, monté des scieries mécaniques, fondu des cloches, etc., etc. Il n'est pas douteux que, avec Taccroissement de la population et ses qualités laborieuses, cette province ne devienne une des plus riches et des plus actives de toute la Confédération argentine; elle n'a besoin pour cela que de la paix. L'intelligence et le travail y ont fait d'un affreux désert une série d'oasis remplies d'ombre et de fraîcheur, où l'on vit aujourd'hui dans l'abondance de toutes choses ; il n'y a donc qu'à continuer, en profitant de l'expérience acquise, pour faire mieux encore.
Voies de communication. — Située sur le versant oriental des Andes, à l'issue du meilleur sentier qui puisse permettre de franchir cette barrière , sentier déjà ouvert à l'époque de la découverte, la colonie de Mendoza communiqua d'abord avec le Chili, puis avec le Tucuman ; ce ne fut que lorsque le rétablissement de Buénos-Ayres par Garay, en 4582, eut été complété et consolidé, que * l'on commença à aller de la Plata au Chili, par les Pampas. On établit alors sur la route quelques points fortifiés pour la rendre sûre et praticable aux caravanes de charrettes, que Ton voit la parcourir dès les premières années du dix-septième siècle. Cette voie est restée la même depuis cette époque. Aujourd'hui, elle part de Rosario et arrive à Mendoza, en passant par Frayle-Muerto, Rio-Cuarto, Achiraz, San-José-del-Morro, la ville de San-Luis et la Paz, et de Mendoza, s'engage dans la Cordillère par Uspallata. (Voyez t. II, p. 548; — t. I, p. 198, pour le passage des Andes.) — Elle a été améliorée par la construction d'un pont sur le Desaguadero, en 1863, et des redressements près de San-Luis ; il manque encore un pont spr le Saladillo, que l'on est forcé de passer à gué, et quelques travaux pour adoucir les pentes de plusieurs autres cours d'eau, que l'on passe également à gué. La rectification De Laberge, tracée en 1 838, la réduirait à 755 kilomètres, au lieu de 244 lieues de 4,300 mètres que Ton compte aujourd'hui ; mais on n'a point encore déplacé les anciennes postes, et par conséquent il est impossible, faute de chevaux, de suivre le nouveau tracé.
Pour le passage des Andes, on fait prendre au bétail les chemins de la Deheza, ou du Potrero-Alto, quelquefois celui du Portillo, par lequel les pâturages sont meilleurs. Celui du Planchon, moins élevé que tous les précédents, est rarement suivi, à cause des In-
dieos qui en font leur principal moyen de communication avec le Chili. Quant aux autres que nous avons indiqués (yoyez t. I, p. 192), ils pourraient être assez facilement rendus pratipables, mais les Indiens sont les seuls à en profiter, puisqu'ils occupent presque tout le sud de la province, à partir du Rio-Diamante.
Nous connaissons déjà la route de San-Juan, évaluée à 50 lieues argentines, que Ton pourrait toutefois réduire à 150 kilomètres, en la rectifiant. Mais il faudrait alors creuser des puits pour donner Teau nécessaire aux postes qu'il serait indispensable d'établir sur son parcours. Les communications entre ces deux villes ont grandement besoin d'être améliorées, car, par le système actuel, il y a entre Jocoli et la poste de Guanacache une distance de 22 lieues, sans eau ni fourrage, qui doit être franchie avec les mêmes animaux, et que dans la saison chaude il faut traverser de nuit, si Ton ne veut pas souffrir horriblement de la soif et du soleil.
Les routes du sud de la province ont des postes jusqu'à San-Rafael. Au-delà de ce fort, il n'y a que de rares habitations, pour ainsi dire à la merci des Indiens. On compte 60 lieues de San-Rafael à Mendoza. Lorsque le sud sera peuplé, les communications avec le Chili se feront facilement à travers les Andes. Le passage du Planchon n'a que 3,000 mètres d'altitude, celui de Sazo n'a pas davantage, et celui d'Antuco seulement 2,100. Lorsque la frontière du sud sera plus assurée, il sera facile d'établir une communication directe avec Buenos-Ayres, à travers la Pampa ; ce qui réduirait la distance de cette ville au pied des Andes à 200 lieues , en passant par le sud de la Sierra de Varela, Fuerte Constitucional, Tres-de-Febrero (Lechuzo), Las-Tunas et Junin (Federacîon) . D. Luis de la Cruz a indiqué, en 1806, les facilités de ce chemin, du Pas d'Antuco à Melincué , si Ton n'est point molesté par les Indiens. Or les habitants de la province de Mendoza s'entendent généralement assez bien avec les Pehuenches qui habitent au sud de leurs terres et dans les vallées conduisant aux meilleurs passages de la Cordillère.
Population. — La population de la province de Mendoza a les mêmes origines que celle de San- Juan. Les Indiens Guarpèset leurs métis en forment le premier fonds; mais, avec les années et une immigration peu considérable, mais continue, le sang s'est éclairci successivement, et le type blanc y prédomine de beaucoup. Ce n'est que proche des lagunes de Guanacache que l'on retrouve encore quelques Indiens civilisés, purs ou presque purs ; le reste de la po-
pulation est composé de coIods d'origine espagnole, de Chiliens venus de l'autre côté des Andes, et d'un nombre notable d'Européens, immigrés depuis une dizaine d'années. En 1852, on évaluait cette population à 45,000 âmes; le recensement officiel de 4857 donna un total de 47,478 habitants, sur lesquels 3,151 étrangers (1). —
(i) D'après d'anciens documents, la population de toute la province de Cuyo, formée des trait sections de Mendoza, San- Juan et San-Luis, renfermait, en 1770, 22,007 habitants ainsi réfurtis :
Membres du clergé séculier 77
Moines de divers ordres 485
Rdigiemes doltrées 112
Gens de couleur libres, soldaU. . 450
Esclaves noirs ou mulâtres des deux sexes *. . . . 4,163
Population diverse 16,720
Eo 182S, le Congrès évalua la population totale du Cuyo à 80,000 âmes, devant fournir 00 contingent de 1,068 soldats à l'armée nationale. Chacune de ses sections était estimée une population égale de 26,666 habitants, ce qui ne pouvait être exact, car Mendoza était alors probablement aussi peuplée que San-Juan, et San-Juan l'était bien plus que San-Luis. En 1S)0, d'autres calcuk, qui n'étaient encore qu'approximatifs, estimaient celle de San-Juan à 2S,000, celle de Mendoza à 30,000 et celle de San-Luis à 15,000, en tout 80,000. — Aujour- (Tlni cette population ne s'élè>-e qu'à 1 65,000 âmes ; sa période de doublement n'a pas même * été de trente années, car, à ce compte, en prenant pour base le recensement de 1770, elle aurait dû avoir 176,000 habitants en 1860. Or, les recensements de 1857 a Mendoza et à San- Lois, le calcul de la population actuelle de San-Juan, établissent que ce chifTre n'était pas atteint alors, puisqu'il ne l'est pas même encore aujourd'hui. Ce n'est point au défaut de salubrité do pays que l'on doit la lenteur de ce mouvement, ni à la misère, car l'on y vit dans Faboodance, mais bien aux agitations civiles, qui, déplaçant sans cesse les habitants, gênant leurs relations sociales, entraînant la jeunesse aux armées, rendent les mariages rares, et, quoique peu sanglantes, ne laissent pas d'amener une certaine mortalité dans la partie la |dus active et la plus vigoureuse de la nation.
Le recensement officid de 1857 répartissait ainsi la population :
La capitale proprement dite 8,64 1
Département de San- Vicente 8,409
Département de Lojan 5,310
Premier département de campagne de la capitale 5,029
Deuxième département de campagne (Uspallata) 148
Troisième département de campagne 2,296
Quatrième département de campagne 1 ,272
Département de San-Martin 9,503
Département de San-Carlos 3,722
Département de San- Rafaël 959
Département de Rosario de Las Lagunas 1,086
D^MirtemeDtdeLaPaz 1,103
De oetle époque an tremblement de terre, la popobtion avait crû eonsîdérableiiieBt, sur loat dans la viUe et aux environs. Cest aoui b qu'elle a le plus souflert, car daas la
Aujourd'hui par suite de répouvantable désastre de I86I9 ce chiffre se trouve ne point avoir augmenté, puisque plus de la moitié de la population de la ville, de San-Vicente, de Lujan et des faubourgs de la capitale désignés sous le nom de départements ou sections de campagne, formant un groupe de 25,000 âmes, a été écrasée sous les ruines de ses habitations ; de telle sorte que c'est peut-être encore la porter trop haut que de l'évaluer à 50,000 âmes en 1864. — Nous l'estimons cependant à cette somme, en raison de l'augmentation naturelle, qui est grande, et de la forte immigration qui s'est faite par suite du vif mouvement commercial et industriel développé par les travaux nécessaires pour releyer de ses ruines cette ville si active au moment de sa catastrophe. Ce n'est d'ailleurs que le groupe de la capitale qui a beaucoup souffert, la population de la campagne est restée à peu près intacte. — Les Mendocinos sont laborieux et entreprenants, bons agriculteurs, et ne manquent point d'aptitude pour les arts industriels. Ils se sont remis avec ardeur à rebâtir leur ville sur un plan nouveau et avec des précautions qui rendront désormais un nouveau tremblement de terre moins dangereux. Dans peu d'années leur province aura repris sa prospérité première.
Gouvernement et administration. — La Constitution de la pro-
pagne la perte a été insignifiante, par suite de la légèreté des constructions, et aussi parce que la secousse y a été moins forte. La principale mortalité se fit donc sentir dans la ville et à San-Vicente, où les maisons étaient le plus pressées. — Noijs croyons, en tenant compte de ces circonstances, de la reproduction naturelle, de Timmigration et des déplacements d'habitants qui ont eu lieu, pouvoir répartir ainsi la population actuelle :
Capitale 4,000
Département de San-Vicenle 6,000
Département de Lujan 5,000
Première section de campagne de la capitale 7,000
Deuxième section ou département (Uspallata) 200
Troisième département 2,800
Quatrième département 2,000
Département de San Martin 13,000
Département des Lagunes de Guanacache 1,&00
Département de La Paz 2,000
Département de San-Carlos 5,000
Département de San-Rafael 1 f'iOO
Nous devons noter ici que, depuis quelques années, une immigration as«ez considérable a eu lieu par le Chili, et qu'elle' a beaucoup contribué :i combler les vides faits par la catastrophe de 1861.
vincede Mendoza a été votée le 22 mars 1835. Elle place le pouvoir législatif dans une chambre de vingt-cinq députés se renouvelant parmoitié chaque année. Cette chambre tient deux sessions annuelles: l'une du 3 février au 30 avril, l'autre du 8 août au 31 octobre. Les électeurs doivent posséder une valeur foncière, mobilière ou industrielle, évaluée à 200 piastres, et savoir lire et écrire. — Le pouvoir exécutif est exercé par un gouverneur nommé par la chambre des députés dont le nombre est doublé pour cette élection. Ses fonctions durent trois années ; il est assisté de ministres-secrétaires à son choix et d'un conseil de gouvernement présidé par lui et composé de six membres , dont font légalement partie un de ses ministres, le président de la chambre de justice, un employé des finances, deux membres de la municipalité et un ancien gouverneur; ces quatre derniers membres à son choix. Les fonctions du gouverneur durent trois années, il ne peut être réélu qu'après une période égale. Lepouvoir judiciaire incombe à une chambre de justice nommée par le gouverneur sur une triple liste présentée par le conseil d'État. Les tribunaux inférieurs sont constitués par les municipalités.
Il existe une municipalité dans chaque chef-lieu de département. Ces municipalités sont sous la surA^illance de la chambre de justice pour ce qui concerne l'administration des tribunaux inférieurs de première instance et de paix, constituée par elles. Elles ont dans leurs attributions la salubrité et l'édilité publique, la distribution des eaux et l'instruction en général ; enfin la police^ exercée par des commissaires de département et des sous-commissaires de district. — L'instruction primaire est obligatoire. Les municipalités ont le droit de forcer les parents à envoyer leurs enfants à l'école, qui est gratuite pour les pauvres.
Grâce à ces mesures, V instruction publique est assez avancée dans la province, et l'on établit tous les jours de nouvelles écoles. A la fin de 1860, on y comptait 1,017 garçons ; il y avait en outre plusieurs écoles pour les filles, tant dans les départements que dans la capitale. Celle-ci avait alors un excellent établissement d'instruction secondaire qui vient d'être rétabli et nationalisé; elle possédait aussi un bureau topographique ^ une bibliothèque publique^ dont on a sauvé les débris , une ferme-modèle {quinta no7*mat)^ qui a considérablement contribué au progrès de toutes les branches de l'agriculture depuis dix années, et qui existe encore. On était à la veille de fonder une école darts et métiers^ lorsque le tremblement de len-e est survenu. — En somme, il y a une grande disposition au
progrès, et les Mendocinos comprennent que Finstruçtion répandue dans toutes les classes de la société est le meilleur moyen de le réaliserpromptement.
Culte et clergé. — Mendoza fait partie du diocèse de Cuyo. Le siège épiscopal étant à San-Juan, elle est gouvernée par un délégué ecclésiastique [vicario foraneo). Toutes les cures départementales sont pourvues, et il existe en outre un assez grand nombre de chapelles avec des desservants. La capitale renfermait trois couvents d'hommes, ruinés par le tremblement de terre, franciscains, dominicains et pères delà Merci. Celui des augustins nç renfermait plus de moines. Il y avait un couvent de femmes, dont presque toutes les religieuses ont succombé. Le peu de religieux et de religieuses qui ont survécu à la catastrophe s'occupent de rétablir leurs maisons. Les chapelles et oratoires des faubourgâ et de la campagne sont entretenus par des personnes pieuses. — Il existe un hôpital civil administré par la municipalité. On veut y appeler du Chili ou de Buénos-Ayres des sœurs de Saint- Vincent de Paul.
Force arméei^ frontière indienne. — La frontière indienne du sud a
• pour point d'appui le fortin de San-Rafael, qui renferme une garnison de troupe de ligne nationale. On a établi en outre quelques postes que l'oya porte en avant ou en arrière, selon les circonstances. Il avait été question, en 1854, de créerun établissement militaire près du Nevado, sous le nom de Fort-Segura, mais ce projet n'a pas été réalisé. La garde nationale comptait, en 1860, 6,000 hommes des trois armes, infanterie, cavalerie et artillerie. Ce chiffre n'a que peu diminué. Les nécessités de la frontière indienne maintiennent sans cesse en alerte les milices ou garde mobile, qui concourent à sa défense conjointement avec la force nationale.
Revenu et budget^ — terres publiques, — colonisation. — Le revenu provincial a été fort diminué depuis 1861, cependant on l'estime à 53,000 piastres pour l'année 1864 ; somme considérable, vu les
^ circonstances dans lesquelles se trouve encore Mendoza. Il est produit principalement par la contribution territoriale, le papier timbré, les droits de mutation, de marque, d'abatage, etc., etc.; mais on est forcé d'avoir recours au gouvernement national pour le reste. Le budget provincial de 1864 s'élève à 79,300 piastres, sur lesquelles il y en a 9,560 consacrées à l'instruction publique, et 25,000 à payer une partie de la dette flottante de la province. — La vente des terres publiquesi^ç^vX devenir d*une grande ressource, mais il faut, pour qu'on puisse les aliéner avec avantage, qu'elles soient susceptibles d'irriga*
tioD. C'est dans ce but que Ton a ouvert un grand canal dérivé du Tunuyan, depuis le bourg de La Paz jusqu'au Desaguadero, dont Feau pourra permettre de mettre en culture une large bande dans le désert de douze lieues qui sépare ce bourg de la rivière. — Dans la région australe, les bords du Diaraante et du Latuel peuvent être également livrés à la culture et appeler de nombreux immigrants. C'est dans cette région que le gouvernement provincial appelle aujourd'hui k colonisation et qu'il est prêt à céder d'excellentes terres à tous les cultivateurs sérieux. Dans ce but, il veut ouvrir une route directe de San-Rafael à San-Luis, d'abord le long du Rio-Diamànte, puis en établissant un fortin et un bac à l'endroit où il atteint le Desaguadero, pour assurer la route jusqu'au petit fort du lac Bebedero, au pied de la sierra de Varela, d'où l'on se dirige en toute sûreté sur San-Luis. Ces deux établissements auraient l'avantage de former deux centres avancés de population sur la lisière du territoire indien et de donner de la sécurité à la frontière. Ils se relieraient, par une petite garde intermédiaire, avec le bourg de la Constitution sur le Rio-Quinto, un des points aujourd'hui les plus florissants de la province de San-Luis-
§ II. — Division administrative. — Départements. — Districts. —
Centres de population.
La province de Mendoza, comme celle de San-Juan, par suite de la disposition de ses rivières et de la nécessité absolue de l'irrigation, a ses populations très groupées sur certains points. — La ville et ses environs, dans un rayon de quatre lieues dans un sens, de six dans un autre, concentraient plus de la moitié des habitants. Aussi a-t-on formé deux grandes divisions dans le système départemental : la ville et la campagne d'une part, les départements plus éloignés de l'autre. — n faut toutefois faire une exception pour ceux de San-Vicente et de Lujan, qui sont en quelque sorte la continuation de la ville. — Avant i8o4, la province était divisée en cinq grandes paroisses : La Capitale, San-Vicente, Lujan, la vallée de Uco, San-Martin et les Lagunes. — La division administrative actuelle, qui n'est pas définitive et doit être remplacée par une autre plus logique et plus commode, comprend douze départements : La Capitale et ses quatre sections ou départements de Campagne, San-Vicente^ Lujan^ San-Martin^ les Lagunes^ La Paz^ San-Carlos^ San-Rafael.
464 DESCRIPTION DES PKOYINCES.
Département DE LA Capitale* — La ville de Mendoza, etcapitaledela province, a été si complètement détruite par le tremblement de terre de 1861, que ce que nous pouvons en dire s'applique plutôt à son état ancien qu'à son état actuel, car sa reconstruction n'a fait que commencer et avance lentement. Sa destruction avait été si complète que, dans la première année qui suivit la catastrophe, on hésitait à rebâtir la cité sur son ancien emplacement ; on voulait la transporter à Las Tortugas, localité située à trois lieues sud-est de son centre actuel. Les habitants se refusèrent cependant à abandonner les.ruines de leur cité, qui leur offraient d'ailleurs la propriété du terrain, les briques, les poutres, les débris de toute sorte qui pouvaient aider à la reconstruction souhaitée ; enfin, et ce qui était d'une haute importance, les travaux de canalisation anciennement faits, et les droits àl'eau d'irrigation qu'ils comportaient. Ils suivirent instinctivement l'exemple donné partant de localités de l'ancien et du nouveau monde^ dont les villes, renversées par des tremblements de terre, se sont toujours relevées de leur ruine, à moins qu'elles ne se trouvassent dans un endroit où des éruptions volcaniques pussent les couvrir. Aujourd'hui donc Mendoza se rebâtit sur son ancien emplacement, mais ou fait les rues plus larges, les maisons plus légères ; les toits en «ont liés solidement aux murailles. Le gouvernement national a pressé le rétablissement des édificec fédéraux , et celui de la province s'occupe avec activité de ceux nécessaires à l'administration locale. Du produit des souscriptions recueillies en Amérique et en Europe, une partie a servi à pourvoir aux premiers besoins de la population, l'autre à créer des établissements d'utilité publique^ tels que des hôpitaux et des écoles.
Il ne reste donc rien de l'ancienne Mendoza, si ce n'est le théâtre dont on a commencé la restauration. Pour relever des églises aussi considérables que celle de Santo-Domingo, pourvue d'un dôme assez imposant, et la Matriz, il faut des travaux impossibles à exécuter en ce moment, et Ton a pourvu au plus pressé, en construisant des chapelles qui suffisent aux besoins de la population actuelle. Quant aux maisons particulières, il s'en était bâti de fort belles depuis 1836; toutes ont été renversées de fond en comble, malgré leur solidité, aussi bien que le Passage du commerce, création nouvelle devenue une sorte de bazar très-fréquenté et le centre d'activés transactions de détail. C'est là que commença l'incendie qui suivit immédiatement la secousse. Le centre des constructions nouvelles est l'ancienne Alaraeda, grande et belle promenade d'un kilomètre
PROVINCE DE MENDOZA. 4fi5
de loug, garnie d'une quadruple rangée d'ormes et de peupliers, et arrosée par un double canal d'eau courante. Les maisons qui la bordaient ont été détruites, mais les arbres ont peu souffert. C'est aujourd'hui le quartier le plus peuplé et le plus vivant de Mendoza. La place principale, dont on avait fait également une jolie promenade, se restaure par la reconstruction des habitations qui l'entouraient.
La ville est traversée par un grand canal nommé Sanjon^ et aussi canal de Guaimallen^ du nom du cacique qui occupait le canton lors de la conquête. Ce canal est dérivé du Rio-de-Mendoza, non loin de Lujan, et est regardé comme l'ouvrage des Indiens; mais il parait plutôt une branche détachée naturellement de la rivière. Quoi qu'il en soit, c'est de cette branche que partent la multitude de rigoles qui arrosent la ville et ses environs. Un large fossé artificiel et toujours plein, qui passe tout à fait à l'ouest sur le premier plan des Paramillos, founiit l'eau nécessaire, à la zone supérieure de culture des faubourgs, car partout où l'on peut conduire un filet d'irrigation, la terre est semée en céréales et luzernes, plantée en vignes et vergers. Des peupliers bordent tous les cours d'eau et forment les enclos des propriétés, ce qui leur donne un aspect fort pittoresque. Le cœur de la ville avait autrefois six cuadres de large î^ur huit de longueur; le reste ét<iit considéré comme annexe et faisait partie des départements de campagne. Ces faubourgs n'avaient pas moins d'une lieue de longueur, et se trouvaient formés par une me principale bordée de maisons et de propriétés entourées de murs en pisé. Ce sont les parties qui ont conservé le plus d'habitants ; beaucoup de leurs maisons n'étant que de simples ranchos ou chaumières en torchis n'ont point été renversées.
L'ancienne ville avait sept églises: la Matriz^ celles de Santo- Domingo et de San- Augustin, qui venaient d'être restaurées, San- Francisco^ la Merced^ la Caridad^ l'Eglise neuve ; en outre, plusieurs chapelles, un hôpital, un cimetière remarquable par le luxe de ses tombes et sa bonne tenue; il ne reste plus rien de tout cela. Les couvents de Santo- Domingo, de San-Francisco et de la Merced avaient quelques moines qui ont tous péri. Il existait une maison de religieuses Del Ihdce Nombre de Maria; celles qui ont survécu ont rétabli leur maison et ont élevé des écoles de filles comme auparavant. L'hôpital est desservi aujourd'hui par des sœurs de charité.
Le premier département de Campagne comprend les deux
CO?IF. ARfiBRTIlfB. — T. III. :tO
faubourgs du Sud et du Nord. — Le faubourg du Sud, composé de maisons d'agrément et de culture tout à la fois, forme la paroisse de Son-Nicolas. Celui du Nord a pour église paroissiale la chapelle du Qmetière, Nuestra Senora del Rosario. Il comprend toutes les cultures du nord-est, les environs de la grande cienega du Vermejo ; Borbollon^ où se trouve une source très-remarquable donnant une eau de température constante de 26® centigrades. (Voyez tome I, p. 332.) De cette source naît un ruisseau qui fournit de Teau aux cantons de la Carpinteria et de Jocoli. — Moins loin de la ville, on compte les quartiers de la Chimba, Alto de Godoy^ Plumerillo^ Panqueja, Zapallar, Algarrobal, qui tous sont des groupes de maisons formant hameau au milieu de champs en culture. — Au nord- ouest, dans la montagne, se trouve le hameau de Challaoj où Ton va se baigner Tété; ses eaux sont d'excellente qualité par leur fraîcheur et leur limpidité, tandis que celles de la rivière de Mendoza sont toujours bourbeuses en cette saison. Heureusement que ce défaut les rend précieuses pour l'irrigation, par l'engrais naturel qu'elles déposent. — Population : 7,000 habitants.
Le deuxième département de Campagne comprend la Travesia du nord, la Quebrada de Villa-Vicencio et la vallée d'Uspallata. On y trouve les établissements des Cerros de la Cal, où l'on fait de la chaux, YEstancia de Canote, le hameau de Villa-Vicencio, près duquel il y a des eaux minérales sulfureuses, les usines et la ferme d'Uspallata. On avait voulu fonder une ville dans cette haute vallée; le terrain avait été mesuré, les fossés d'irrigation tracés; mais aucun habitant n'est venu, car le climat de cette région, située à une altitude de 1,900 mètres, est assez rigoureux, et la province a d'autres cantons plus agréables à habiter- Les travaux de l'usine ont été suspendus depuis 1861 : ils ne tarderont pas cependant à être repris, car les minerais de cuivre des environs sont abondants et de facile exploitation, et l'on y connaît en outre beaucoup de plomb argentifère. — La population de ce département n'atteint pas encore 200 âmes ; son importance vient de ses mines et de la route du Chili qui y passe nécessairement. Il y a un bureau de douane nationale à la ferme d'Uspallata, grand établissement agricole, poste et auberge où rien ne manque.
Le troisième département se compose des faubourgs à l'est de la ville : Rodeo de la Cruz, Rodéo del Medio, qui ne forment qu'une seule rue de quatre lieues de longueur; El Pedregal,Las Acequias de Gomez et Las Tortugas, hameau au sud-est, présentant le même
aspect que ceux du premier département de campagne de la Capitale. - Population : 2,800 habitants.
Le quatrième département est également au sud-est et se compose des sections de la Cruz de Piedra^ Villa Seca et Desagûe. — Comme le précédent, il est arrosé par des rigoles dérivées du Rio deMendoza et exclusivement consacré à l'agriculture. — Population, 2,000 habitants.
Département de San-Vicente. — Ce département fait suite au faubourg de San-Nicolas, et, en réalité, le bourg de ce nom n'est que la continuation de la ville. Il est situé sur le canal de Guaimallcn, qui fournit Teau nécessaire à ses irrigations. La destruction du quartier le plus peuplé de San-Vicente, qui avait son église et sa place principale à cinq kilomètres du centre de la capitale, a été complète. Ses sections de campagne ont été en général épargnées, telles le Tapon de Sevilla, Cariho Botado^ Las Chacras de Coria.,,^ etc. — Malgré cela, la population y est encore considérable; environ 6,000 âmes.
Département de Lujan. — Au sud de San-Vicente et sur le Rio de Mendoza dont il occupe les deux rives. L'église et la place, centre du département, sont à 22 kilomètres de Mendoza; elles ont peu souffert , le plus fort courant ondulatoire ayant passé un peu à l'est du village. Le district de Lulimta, le plus vaste du département, s'étend de l'autre côté de la rivière, vers la vallée de Uco et les Andes. Il est mal arrosé et médiocrement peuplé ; au contraire ceux de Comptierta, Vistalva^ Paraiso ^ et une section de la Cruz de Piedra^ sont fertiles et bien cultivés. — Population : 5,000 habitiints.
Le département de San- Martin est situé à l'est des précédents et irrigué par les canaux du Tunuyan et du Rio de Mendoza. — On y compte un ^and nombre de hameaux et de fermes isolées; son chef-lieu n'a que quelques maisons proche de la chapelle, mais beaucoup d'autres points sont relativement assez peuplés pour que la population totale du département s'élève à 13,000 âmes. La culture y est fort avancée, les routes sont bonnes, bordées de canaux garnis de fort belles plantations de peupliers, et l'aisance est générale. Ses districts principaux et les plus habités sont ceux de Riojita^ hla^ BetamOj Independencia^ Monte-Cascros^ Constitucion^ Santa-Rosa^ Mallea^ Dormida, etc.^ etc..
Le département de La Paz se rapproche du Rio Desaguadero; ii est situé sur le Tunuyan, lequel fournit Teau pour ses cultures, e- -^ dont on a tiré un canal qui va bientôt joindre le Desaguadero, et ^ permettre de peupler les douze lieues de désert qui restent, dt-P chef-lieu à cette rivière. Le bourg de La Paz est de création nouv ello. et prend une importance croissante par suite de la position à mi— j chemin de San-Luis. On s'y occupe plus de bétail que d'agriculture, le système d'irrigation étant loin d'y être complet; les bois clair— semés des environs servent aux pâturages ; le sol est, en général, se<^ f et salin. A cause des Indiens, on n'a fait qu'un petit nombre d'élà-M blissements sur la rive droite du Tunuyan. — De toute la province f^ c'est ce point qui offre le plus d'avantages pour la colonisation î cause du bon marché des terres, de leur étendue, de la faculté d* J les défricher et de les irriguer, grâce à cette rivière qui a beaucoug' d'eau. Les principaux districts sont : la Chacarita, la Rafnadit(i:ss Carrai de Cuero^ Barrial-Grande. — Population, 2,000 habitante- .
Département de Las Lagunas. — Il embrasse tout le vaste demicercle fait par les lagunes de Guanacache, depuis la rivière de Men- (ioza jusqu'à la naissance du Desaguadero. Il y a quelques canaux d'irrigation tirés de la rivière; mais près des lagunes il est impossible d'employer ce système de culture, et l'on se contente d'ensemencer les terres qui viennent d'être couvertes par leurs débordements ; à cette époque les eaux ont perdu la plus grande partie de leur salure , et la terre devient apte à produire du mais et des légumes. Les habitants, la plupart anciens Indiens Guarpes, confondus avec le reste de la population, sont essentiellement pêcheurs, d'autant plus que le poisson abonde dans leurs étangs qu'ils parcourent à l'aide de radeaux formés de bottes de jonc liées ensemble. Ils élèvent aussi un peu de bétail qui trouve une suffisante nourriture dans les plantes aquatiques de la rive. On trouve de l'eau douce en creusant la terre à une courte distance du bord. — Le chef-lieu est le hameau de Rosario^ situé sur la lagune de ce nom. La paroisse y est placée. Ou compte aussi les chapelles de San-Miguel et de la Ascencion^ formant des districts particuliers, auxquels il faut joindre ceux de San^^edro et de Y Alto-Grande,
La grande vallée de Uco^ qui embrasse tout le versant oriental des Andes, depuis le Tunuyan jusqu'au Diamante et formait jadis une seule paroisse, a été divisée depuis en deux départements : San-Carlos et San-Rafael.
PHOVINCE DE MENDOZA. 4«J)
Le département de San-Carlos comprend le terrain enfermé entre le Tunuyan et le Diamante; il commence à se bien peupler, et Ton y voit déjà un bon nombre de* fermes à bétail et h culture. Le climat est un peu moins sec que dans Tautre partie de la province ; et, d*uu autre côté, les affluents du Tunuyan fournissent des eaux assez abondantes pour rirrigation. La population s'y trouverait donc dans de iDonnes conditions pour coloniser rapidement cette partie importante du territoire provincial. Le chef-lieu est un ancien fort bâti vers la fin du siècle dernier, à une trentaine de lieues de Mendoza; c'est a.u]ourd'hui un gros village qui fait un certain commerce avec le Chili par le passage du Portillo, toujours libre quatre mois de Tannée, de \a mi-novembre à la fin de mars. Le département se subdivise en ueuf districts dont les principaux sont ceux de Carrisal^ Arboleda^ ^elocotoriy Totoral ^ etc. Les vallées extérieures des Andes et leurs dtmiers contre-forts y présentent de très-beaux marbres, de Tanthracite, du bitume, etc., etc., ce qui permettra à ces cantons de devenir un jour industriels. — Population, 3,000 habitants.
Le département de San-Rafael, au sud du précédent, s'étend du Diamante jusqu^au Latuel. On en a distrait les subdélégations deMalargûe et de Rio-G rmide , qui sont en plein territoire indien et n'ont que quelques fermes fortifiées établies à leurs risques et périls par de hardis habitants. Le fort de San-Rafael est situé près de la rivière du Diamante, à 30 lieues de San-Carlos et à 60 de Mendoza. Cette petite foiteresse est devenue, avec le temps, un village assez peuplé, que défendent une garnison de troupes nationales et quelques milices. On y voit une église, une caserne et deux écoles en bon état; les environs sont bien cultivés. Les Indiens du voisinage sont des Pehuenches qui viennent assez régulièrementcommercer avec les chrétiens et vivent en paix avec eux depuis une vingtaine d'années. On leur a acheté quantité de terres à diverses reprises; toutefois ces propriétés nouvelles n'ont pu être occupées encore faute de moyens suffisants pour les défendre. La reconnaissance du sud de la province par le gouverneur Segura, en 1854, a permis de signaler les endroits les plus avantiigeux pour rétablissement des fortins et postes avancés indispensables à la sécuritide colons, mais les événements ultérieurs et la caUistrophe de 18G1 ont empêché de réaliser ces projets. Ils seront nécessairement repris plus tard, car les cantons de San-Rafael et de la Ihinta del Monte, ceux de Chacay^ de Malargûe^ du Rio-Grande^ sont parfaitement arrosés, bien boisés, reçoivent des pluies en toute saison, et offrent d'im-
menses ressources à rindustrie agricole et pastorale ; ils ont de plus des matières minérales de toute sorte d'une exploitation aisée. En outre les passages de la Cordillère y sont peu élevés et permettent une communication facile avec le Chili : tels ceux de Peteroa, de Sazo et surtout duPlanchon. Ce dernier, qui n'a que 3,000 mètres d'altitude, selon M. Pissis, est très-fréquenté des Indiens du sud pour leur commerce avec les habitants araucans et chrétiens de l'autre côté des Andes.
§ in. — Histoire abrégée de la province de Mendoza.
En faisant plus haut l'histoire de la province de San- Juan, avons fait celle duCuyo, et par conséquent dit quelque chose de Tin tendance de Mendoza, sa partie principale ; nous n'ajouterons donc
ici que ce qui est particulier à cette province. — Avant la découverte^ le pays était habité par les Indiens Guarpès, agriculteurs etpêcheurs'^ mais, de l'autre côté du Rio de Mendoza et du Tunuyan, commençaient les tribus du sud, de race araucane, parmi lesquelles les Goyunches, qui, lors de la conquête espagnole, se replièrent vers le territoire des Pehuenches avec lesquels ils se confondirent. Les Incas exerçaient leur suzeraineté sur les Guarpes ; ils établirent, par le passage de la Cumbre, des communications avec le Chili, qui leur appartenait jusqu'au Rapel, et cette ligne forma la fraction australe de leur immense empire.
On sait comment les Espagnols s'établirent au Chili, les combats et aventures d'Almagro, de Valdivia, de Villagran, enfin les victoires et conquêtes de Garcia Hurtado de Mendoza sur les Araucans. Ce gouverneur, en 1559, voyant le Chili tranquille, résolut d'y annexer la province de Cuyo, et il y envoya quelques-uns des officiers qui l'avaient le plus aidé dans ses travaux, en leur donnant droit de possession sur les pays qu'ils conquerraient. Pedro del CastiUo passa la Cordillère avec une centaine d'hommes de cavalerie et des Chiliens auxiliaires. Trouvant à l'issue des Andes des tribus pacifiques de Guarpès, ce chef traita avec leur cacique Guaimallen, jeta les fondements de la ville de Mendoza, puis, deux ans après, ceux de San-Juan. Mendoza, fondée la première, progressa plus rapidement que sa voisine, parce que le siège du gouvernement y fut établi, et qu'elle fut, pendant plus de deux siècles et demi, de 1560 à 1820, la capitale de la province de Cuyo. Conquise et colonisée par les Espagnols du Chili, elle dépendit de ce gouvernement jusqu'en 1776, époque de la fondation de la vice-royauté de la Plata, à laquelle elle fut as-
signée. En effet, sa situation géographique la rattachait plus naturellement à Buénos-Ayres qu'au Chili.
L'histoire se tait sur les événements qui se passèrent à Mendoza, de 1560 à 1810. La colonie eut à réprimer, dans le principe, quelques insurrections des Guarpes qui résistaient au régime des commanderies, et à repousser de temps à autre les attaques des Indiens du sud ; mais ceci ne Tempôcha pas de se développer, quoique avec uoe certaine lenteur. En 1770, toute la province de Cuyo ne comptait encore que 22,000 âmes, sur lesquelles 10,000 pour Mendoza, 8,000 pour San-Juan et 4,000 seulement pour San-Luis. C'est du moins ce qu'on peut inférer d'après le calcul de la population actuelle des trois provinces; celle-ci, en 1860, ne dépassait pas 160,000 âmes, et à ce compte n'aurait doublé que tous les trente-deux ans.
Mendoza fit des progrès notables à partir du commencement de ce siècle. L'agriculture et l'industrie s'y développèrent, et, en 1809, TEspagnol Juan Cobos rendit un immense service à la province par l'introduction du peuplier et d'un grand nombre d'arbres fruitiers, véritable bienfait pour un pays qui manquait de bois de construction. L'émancipation vint bientôt hâter ce progrès par l'excitation qu'elle mit dans les esprits, par l'ardeur qu'elle inspira pour toutes les conquêtes de la civilisation moderne, aussi bien dans le domaine des faits que dans celui des idées.
De 1810 à 1820, Mendoza continua à être administrée, comme sous la royauté, par un gouverneur intendant, nommé par l'autorité centrale de Buenos-Ayres.
Cependant le Chili s'était ému, et avait commencé la guerre contre le pouvoir espagnol. Pendant les péripéties de cette lutte, fatale d'abord aux patriotes, les plus compromis de ceux-ci trouvèrent un refuge assuré de l'autre côté des Andes. Les revers éprouvés par le général 0. Higgins et les frères Carrera, en 1814, les obligèrent à se retirer à Mendoza, où ils firent comprendre sans peine au gouvernement central la nécessité de l'affranchissement du Chili.
En 1816, aussitôt après la proclamation de l'autonomie argentine, le général San-Martin fit de Mendoza le quartier-général de l'année des Andes, qui y fut réunie dans ce but. L'enthousiasme des Mendocinos pour secourir leurs frères de l'autre versant de la Cordillère fut immense ; toute la province de Cuyo y envoya ses soldats, et, pendant les dix années que dura la grande lutte contre les partisans de la métropole, fournit d'incessants secours aux indépendant^:. Malheifreusemenl la discorde s'était mise entre les chefs de l'armée ré-
gulière et les Caudillos ou chefs de partisans qui, tout efa rendant d'immenses services contre les Espagnols, ne savaient pas se plier •aux exigences si nécessaires du commandement supérieur. — On s'aigrit de part et d'autre; on en vint aux querelles, et bientôt les frères Carrera jouèrent au Chili le rôle d'Artigas dans la Bande orientale, de Gûemès à Salta. Deux d'entre eux, envoyés à Mendoza, y furent jugés et fusillés pour rébellion, devant la population consternée. Un autre chef, non moins célèbre parmi les Chiliens, Manuel Rodriguez, fut assassiné par les soldats qui le conduisaient prisonnier. Enfin en 1821, le dernier des trois frères, lequel, pour venger sa famille, avait passé aux Espagnols, périt de même. Ces querelles haineuses, ces rivalités sanglantes entre patriotes bouleversèrent naturellement les esprits déjà fort préoccupés d'idées d'indépendance locale et fédérative.
Des troubles éclatèrent à San-Juan (voyez plus haut, p. 438) ; Fintendant-gouverneur Luzurriaga, qui avait succédé à San-Martin, voyant la fermentation générale, abandoima le gouvernement et fut au Chili rejoindre l'armée. D. José Campos lui succéda, et après avoir essayé un instant de combattre la dissolution de la province de Cuyo, accepta la séparation de San-Juan, et bientôt celle de San-Luis, en février 1820.
Sous les successeurs de Campos, on voulut reconstruire la province de Cuyo, tentative qui n'amena que des dissensions civiles et du sang versé. La séparation en trois gouvernements particuliers fut consacrée , et quelques chefs particuliers {caudillos) commencèrent à y établir leur influence, qu'ils appuyèrent principalement sur les masses populaires. C'est alors que les Aldao figurent à Mendoza ; ils amènent les esprits à résister à la tentative unitaire de 1825 et 1826. En 1827, la province proteste contre la constitution nouvelle. En 1829, elle est mêlée à tous les événements de la guerre civile entre les unitaires et les fédéraux ; Aldao etQuiroga l'épuiseut d'hommes et d'argent. A la suite de la bataille de la Tablada, gagnée par le général Paz, les unitaires triomphent, mais leur gouverneur, soutenu par le général Alvarado, ne put résister à l'influence des Aldao, qui reprennent, après plusieurs combats sanglants, la direction de la province et abattent complètement le parti adverse. A la suite de ces événements, Mendoza reste paisible jusqu'en 1840, et se remet assez vite de cette crise violente. L'année 1835 voit Tintroduction de la culture du mûrier et de l'élève du ver à soie, industrie qui dura jusqu'en 1851 et que Ton vient de reprendre. La province
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de Mendoza prit une part active à la grande expédition de 1833 contre les Indiens ; ses milices allèrent jusqu'à la Sierra de Ranca- Mahuida et le lac de Curra-Lauquen. Malheureusement cette campagne n'eut pas de résultats durables, puisque Ton ne créa aucun nouvel établissement dans le sud.
La seconde grande guerre civile, celle de i 840, fut courte ; les fédéraux, grâce à des forces très-supérieures, triomphèrent sans peine de leurs adversaires, réduits dès Tavauce à Timpuissance, par l'exil volontaire de leurs principaux chefs. Benavidès à San-Juan, Félix x\ldao à Mèndoza, repoussèrent Acha et Brizuela ; Lamadrid, malgn* tout son courage, fut vaincu au Rodeo del Medio, et forcé de fairr une retraite désastreuse par la Cordillère, où il faillit périr avec ce qui lui restait de monde. Félix Aldao, soutenu d'ailleurs par Rosas, resta maître incontesté de Mendoza, et s'y perpétua au gouvernement jusqu'à sa mort. A cette époque, Rodriguez, un de ses officiers qui jouissait d'une grande influence militaire et commandait à San- Rafael, essaya une révolution qui fut réprimée avec la dernière sévérité, et dont ce chef fut la victime. Cette tentative fut la seule qui troubla la paix de la province, jusqu'en 1852, époque de la chute de Rosas, qui y fut accueillie avec une satisfaction générale, mais n'excita heureusement aucun trouble : on s'était habitué à la tranquillité et au travail. L'organisation nationale et la constitution de 1853 furent acclamées, et Mendoza fut, de toutes les provinces, celle qui vota la première sa constitution particulière, promulguée W 14 décembre 1854. Sa prospérité croissante continua jusqu'en 1 861 , époque à laquelle les troubles de San-Juan l'émurent, sans y produire d'agitation sérieuse. La catastrophe du 20 mars vint alors absorber toutes les préoccupations politiques dans la nécessité d'en réparer les épouvantables désastres, et depuis cette époque la province D a point failli à sa tâche et reprend déjà quelque chose de sa prospérité passée.