‹ Description géographique et statistique de la confédération ArgentineChapitre 38 sur 60 · CHAPITRE XVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIL

PateiroMie.

§ I. — Description générale.

Situation astronomique et limites. — On donne le nom Pafagonie à tonte la portion australe du continent sud-américain renfermée entre le Rio-Negro au nord , l'Océan Atlantique à Test, les Andes à l'ouest, et le détroit de Magellan au sud. — Ce vaste territoire de 35,000 lieues carrées de superficie, si l'on y joint la Terre de Feu, se trouve ainsi compris, en moyenne, entre 40® et 53® de latitude sud, 65® et 72® de longitude occidentale.

Aspect général. — La Patagonie offre une côte assez éleyée, à partir de l'extrémité nord-ouest de la baie de Saint-Mathias, où commence la sierra de San-Antonio; Tintérieur en est fort peu connu ; on sait seulement que, plus on s'éloigne vers le sud, plus le terrain est accidenté, et que, de la côte, il semble s'élever en plateaux larges, mais bas, échelonnés jusqu'aux Andes. Ces plateaux forment de grandes plaines, généralement arides, jusque dans le voisinage de la Cordillère ; la région du nord est plate , sauf les petites ramifications de la sierra de San-Antonio. Proche des Andes, le terrain est boisé et il existe plusieurs grands lacs analogues à ceux de leur versant occidental. -^ Il n'est pas de voyageur européen qui ait encore reconnu en entier la Patagonie ; on n'en a étudié que les côtes et une petite partie du cours inférieur de ses rivières. Ce que l'on sait de l'intérieur est le résultat des renseignements pris chez les Indiens qui la parcourent.

Hydrographie. — Côtes de l'Océan Atlantique et détroit de Magellan. — De l'embouchure du Rio-Negro au cap des Vierges, où commence le détroit de Magellan, la Patagonie offre plus àe 300 lieues de côtes, divers golfes étendus et quelques ports. — Le golfe de San-Matias , au fond duquel s'ouvre au nord le port de San-Antonio, et au sud celui de San-José, est le plus vaste de tous,

tière, à la fin de 1862, une expédition fut envoyée par le général Mitré , et pénétra au cœur de leur territoire jusque chez les Curra- Mainuel-Ches , c'est-à-dire à la région des bois. On ne trouva point de résistance et la colonne revint en ramenant quelque butin. Depuis, les petites attaques faites sur la frontière ont été l'œuvre de quelques maraudeurs isolés. Rio-Guarto fut un moment même menacé, et une de leurs bandes enleva une assez grande quantité de bétail dans le sud de la province de Cordova.

n parait cependant que les deux grands caciques derouest,Galfucurah elColiqueo, restèrent étrangers à ces dernières hostilités. Ils avaient respecté les frontières de ces provinces pendant la présidence du général Urquiza ; la réorganisation du gouvernement national , eu 1862, leur a démontré l'intérêt qu'ils avaient à rester en bonne intdligence avec les chrétiens, et ils se sont tenus tranquilles.

Le campement de Gatriel , situé de l'autre c6té du ruisseau de rAzul, à une lieue de ce bourg, compte près de 3,000 Ames. Les Indieus y vivent en paix et sont en relation journalière avec les blancs. Plusieurs des enfants des chefs fréquentent les écoles ; presque tous parient espagnol. Il serait heureux que des campements semblables s'organisassent non loin des bourgs argentins de la frontière ; les deux populations entreraient en contact, se lieraient par la réciprocité du commerce et des services rendus ; la fusion, qui se fera certainement im jour, commencerait plus vite. Ge qu'il faut pour cela, c'est que l'administration, tout en tenant scrupuleusement les promesses faites aux barbares, use avec eux d'une grande suite dans les idées et d'une fermeté à toute épreuve. Un plan général bien suivi eût déjà uneDé la soumission et l'incorporation des tribus du sud dans la population argentine, qui n'a pour eux aucune répugnance et ne leur demande que la paix; malheureusement, la répétition de tant de httes politiques, où le sang a coulé, a été d'un mauvais enseigne- Dient pour elles et leur a certainement fait perdre du respect qu'elles auraient eu pour un pouvoir prudent et vigoureux. — Leur civilisation, i Taide du travail , du commerce et du christianisme, leur fusion dans la nation argentine, ne sont plus aujourd'hui qu'une question de temps, et les événements en précipitent l'accomplissement. (Voyez d'ailleurs ce que nous en avons dit en traitant des indigènes du sud et du Chaco, des Missions, et des terres indiennes, tome II, )agesi79, 189, 202,212 et 351.)

en formant des baies, des anses, des ports enfoncés bien loin dans les terres. Deux de ces baies enserrent la péninsule de Brunswick, la portion la plus australe du continent. G^est là que les Espagnols, à la fin du dix-septième siècle, essayèrent, de former cette colonie à laquelle est resté le nom sinistre de Port-Famine ; localité parfaitement choisie d'ailleurs , mais qui ne put être occupée avec les conditions nécessaires pour la réussite d'un établissement colonial. — Les Chiliens s'y sont installés dans ces derniers temps.

La longue côte de Patagonie, en dehors des endroits que nous ayons cités, paraît offrir peu de localités favorables pour l'organisation de centres de population de quelque importance. Il faut dire toutefois, qu'on n'en a reconnu que les côtes et l'embouchure des rares rivières qui la traversent. — Les Indiens affirment que l'intérieur est moins mauvais que la région maritime ; le fait doit être vrai, puisqu'ils trouvent à s'y nourrir, eux, leurs chevaux et leurs chiens. — Les marées sont de plus en plus hautes, du Rio-Negro à l'entrée du détroit : Fitzroy les a vues de 15 mètres au port de Santa-Cruz; le vent de sud-est domine et bat presque toujours en côte avec violence.

Fleuves^ rivières et lacs. — Le premier cours d'eau qui se présente après le grand golfe de Saint-Mathias est le Rio-Chupat^ belle rivière qui na!t dans les Andes, au sud-est du Nahuel-Huapi, par trois sources formées chacune par un petit lac nommé par les Pehuenches, dit M. Cox, Kalaja- Kitrin^ Usquedactoo et Chig- Chig. Les trois ruisseaux qui en sortent sont assez forts et se réunissent en un seul bras, lequel, suivant une ligne parallèle au Rio- Negro, va déboucher dans l'Atlantique, à 40 milles au-dessous du Nouveau-Golfe (Golfo-Nuevo). Gette rivière a été reconnue, sur une dizaine de lieues, lors du voyage du Beagle^ par des officiers anglais, qui lui ont trouvé une embouchure débarrassée de tout obstacle, un lit bien encaissé, quoique tortueux, des rives solides et faciles à parcourir. La terre des environs parait fertile, il y croit de trèsbeaux saules, on y trouve même de magnifiques pâturages, fréquentés encore par des troupes de bœufs et de chevaux sauvages, d'autruches et de guanacos. Ge serait un excellent endroit pour placer une colonie, et l'on y a déjà songé. — Il est probable que c'est cette rivière qui figure, mais placée plus bas, sur quelques cartes espagnoles, avec le nom de Rio de los Camarones,

La rivière de Santa-Cruz débouche dans l'Atlantique, sous le 50* degré de latitude ; les officiers anglais l'ont remontée à une distance

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de 245 milles, et ne revinrent sur leurs pas que pressés par le manque de vivres. Elle est assez considérable, bien encaissée et prend sa source dans un lac des Andes, car, au mois de novembre 1782, Viedma est allé jusqu'à ce lac en partant du port Saint-Julien, et les Patagons lui assurèrent qu'il en sortait une forte rivière, qui coulait directement à l'orient jusqu'à la mer. Les bords de ce fleuve paraissent être fertiles et analogues à ceux du Chupat; dans sa partie supérieure il a plusieurs affluents assez considérables pour ne pouvoir être passés à gué.

Le port de Los Gallegos est formé par la rivière de ce nom, sur laquelle on n'a aucun détail. — Les côtes continentales du détroit de Magellan ont une foule de ruisseaux, dont quelques-uns se précipitent dans la mer en cascades bruyantes ; toute cette extrémité de la Patagonie est très- bien arrosée.

Le versant oriental des Andes présente un assez grand nombre de lacs, analogues à ceux que l'on trouve sur le versant occidental et dans les vallées intérieures de la chaîne, depuis le parallèle de Valdi- ^ia. Toute la montagne est boisée et a un climat humide : aussi l'eau y abonde-t-elle. A partir du 38* degré, les deux côtés de la Cordillère présentent une configuration pareille à celle des Alpes, vers les frontières de l'Italie, de la Suisse et de la France; elles en ont les glaciers, les forêts, les lacs et les torrents. — Mais la population y est absente; les tribus patagones préfèrent le séjour de la plaine, où la poursuite du gibier leur est plus facile.

Orographie. — La Patagonie présente dans tout son parcours, du Dord au sud, la chaîne des Andes, dont la hauteur est peu considérable, il est vrai, si on la compare avec les autres parties, mais où un assez grand nombre de pics dépassent encore 2,500 mètres, suivant les mesures prises par les navigateurs des canaux de l'archipel occidental. Vers le détroit de Magellan, le capitaine Fitzroy a trouvé 2,200 mètres au mont Sarmiento, dans la Terre -de Feu. L'aspect général parait devoir être celui de la région andine du Nahuelfiuapi. Les versants orientaux viennent se confondre avec la plaine par de petites chaînes échelonnées en plateaux, qui descendent par étages jusqu'à l'Océan. Dans la région maritime, la sierra de San- Antonio allant se perdre dans les plaines du nord-ouest présente une altitude de 520 mètres, vers son point culminant voisin de la mer. Une série de hauteurs, variant de 60 à 300 mètres dans leur verticale, se continuent près de la c6te et forment quelques caps

avancés; il n'y a pourtant pas de chaîne proprement dite, car elles sont séparées par de vastes espaces généralement plats. La Patagonie septentrionale, jusqu'au 47* degré, a de grandes plaines souvent arides et salines ; la région australe, au contraire, est plus accidentée, surtout en approchant du détroit. Cette partie du pays est très-variée d'aspect et de nature.

Nature du sol. — La Patagonie septentrionale offre le sol argilosableux et souvent salin de la plaine intérieure argentine. C'est une plaine qui parait avoir été récemment abandonnée par les eaux. Elle est généralement fort sèche , mais il s'y trouve, au dire des Indiens, de nombreuses oasis. La Patagonie australe offre, comme nous venons de le voir : une nature très-variée : près des Andes abondent les terrains volcaniques anciens et modernes ; les Anglais virent, sur les bords du Rio de Santa-Cruz, des basaltes columnaires. Quant à la Sierra de San-Antonio, on la croit de nature métamorphique et par conséquent analogue à celles de la Yentana, du Vulcan et du Tandil. Toutes les collines qui bordent l'Océan appartiennent aux terrains tertiaires. MM. d'Orbigny et Darwin y ont retrouvé, depuis le Carmen jusqu'au port de .Santa-Cruz, les fossiles marins de Parana. C'est aussi ce terrain que présente la plaine patagonique. (Voyez tome I, pages 275 et 310.)

La Terre de Feu^ ou mieux Terre du Feu, renferme beaucoup de volcans, les uns éteints, les autres en activité. Il en est de même de la partie australe des Andes. On ne sait pas si cette partie du continent est agitée de fréquents tremblements de terre ; les Indiens n'en parlent point.

Climat. — Le climat de la Patagonie septentrionale est celui du territoire indien du sud ; les gelées y sont toutefois plus fortes durant l'hiver, et c'est, à peu près, le climat de la France. On y éprouve aussi de fortes chaleurs pendant Tété et souvent des sécheresses. — Dans la Patagonie centrale et près des Andes, l'humidité domine; le froid ne s'y montre pas rigoureux, mais l'hiver y est Venteux, sombre et humide. On y trouve le climat de la Hollande, moins ses fortes gelées. Dans la région du détroit de Magellan, la température moyenne des trois mois de décembre, janvier et février, ne parait pas excéder 13° centigrades. Les gelées sont faibles, mais l'hiver s'y prolonge jusqu'en octobre, qui correspond à notre mois d'avril. Cette faible chaleur pourtant suffit pour favoriser une très-belle végétation, et les

colonies qui s'y sont établies à diverses reprises ne se sont pas plaintes du climat, dont on exagère généralement les rigueurs. Il est moins froid que les régions placées dans Tancien monde sous une latitude égale. Tous les arbres fruitiers et légumes de l'Europe moyenne y ont fructifié et s'y sont reproduits. — La salubrité de cette région est complète ; la colonie de Sarmiento au port Famine n'a succombé que parce qu'elle n'avait point de vivres et qu'elle avait été mal organisée. Celle de Punta-Arenas vit aujourd'hui dans l'abondance de toutes choses.

Végétation. — La nature du terrain de la région septentrionale indique ce que doit y être la végétation. Les plantes qui y croissent sont les maigres mimosées du territoire indien, les herbes salines de la plaine argentine intérieure. Dans la région australe, au contraire, près du détroit de Magellan et des Andes, c'est la belle végétation arborescente du sud du Chili ; les montagnes et les collines sont couvertes de reulis {Fagus antarctica\ de maûius {Pinus Chilena)^ d'alerces {FUzroya Patagonica), de radals [Lomatia obliqua)^ de robles {Fagus Dombeyi), etc., etc., tous arbres pouvant fournir d^exceilents bois de construction, sans compter les arbustes et les lianes de toute sorte. On trouve l'araucaria dans la région du Nahuel-Huapi. Les pâturages sont excellents, et tous les ruminants de la Pampa, cerfs, guanaques, bestiaux sauvages, y prospèrent. Quftique faible, la chaleur de l'été suffit dans la région humide pour y mûrir les fruits d'une quantité de végétaux silvestres; la plupart des plantes d'origine européenne peuvent s'habituer à ce sol et à ce climat.

Animaux sauvages. — Ce sont ceux des régions argentines et chiliennes : dans les plaines, les tatous, le guanaque, les cerfs, les chevreuils, la viscache, etc., etc.; l'autruche, dont une espèce plus pe- \ite {rhea pennata) , citée par d'Orbigny, les tinamous, etc., etc. Le condor, les aigles, toutes les espèces d'oiseaux de proie fréquentent les collines de la côte patagonienne ; on s'étonne de voir le perroquet deCuyo, la perruche et l' oiseau-mouche, arriver jusqu'au détroits Le couguar ne se rencontre que dans le nord, et le jaguar y est fort rare. Des animaux primitivement domestiques, bœufs, ânes, chevaux, y ont repris leur liberté primitive et y fuient le voisinage de rhomme. Le sanglier, que l'on a chassé quelquefois sur les bords du Rio-Negroy ne nous semble pas un pécari, mais bien une espèce

domestique devenue sauvage. — Les cétacés et les amphibies abondent sur les côtes, ainsi que les oiseaux de mer, et leur chasse est faite avec bénéfice par des baleiniers. Les eaux de Tarchipel austral et du détroit abondent en poissons, crustacés et mollusques de qualité supérieure . La pêch^ y est on ne peut plus fructueuse ; les indigènes de la Terre de Feu ne vivent presque que de son produit. Les Patagons du sud vont en hiver pêcher sur les côtes ; ils affirment que toutes les rivières sont très-poissonneuses.

Lorsque le pays se peuplera, il sera possible d'acclimater, en Patagonie, tous les animaux domestiques de l'Europe, comme ses produits végétaux, car le climat est,, réellement, fort tempéré. Dès aujourd'hui, sur la rive droite du Rio-Negro, il existe des estancias qui prospéreraient si Ton n'avait constamment à y craindre les nuilones (incursions) des Indiens. — En somme, le pays est parfaitement habitable et conviendrait surtout aux émigrants des régions de la Baltique, des côtes du Danemark, de Norwége et du nord de l'Ecosse.

§ IL — Population.

Nous avons déjà indiqué, dans le chapitre précédent, comment se compose la population de la Patagonie. Ses principaux habitants sont les Indiens Tehuelches, ou plutôt un ensemble de tribus désignées sous ce nom, qui veut dire gens du sud-est; mais il y a aussi des Pampéens et des Puelches, qui passent le Rio-Negro , et parcourent, soit avec leurs troupeaux, soit dans leurs chasses, la Patagonie septentrionale. Toutefois, il est peu de leurs bandes qui aillent jusqu'au détroit de Magellan, tandis qu'au contraire rien de plus commun que de rencontrer les Tehuelches de l'extrême sud en voyage à l'établissement chrétien du Carmen ou aux tolderias (campements) des Péhuenches de la Cordillère des Andes.

La race du sud est d'une taille remarquablement élevée, surtout si l'on considère le buste, de sorte qu'à cheval ces hommes paraissent véritablement des géants ; leur stature ne dépasse pourtant point en moyenne 1",73, selon d'Orbiguy, mais tout le monde est d'accord que quelques-uns atteignent 2 mètres. Sarmiento, lors de son premier voyage en 1379, nomma l'une des baies qu'il découvrit, Bahia de la gente grande, Baie de la nation à la'haute taille, sans en faire pour cela des géants. Les autres navigateurs, en général, disent qu'ils

furent étonnés de la taille de quelques-uns. En somme, les Patagons ont les épaules extrêmement larges, les bras longs et bien musclés ; les jambes , au contraire , sont un peu grêles, proportionnellement au reste du corps. Une de leurs tribus, celle des Che-Huel-Ches^ est d'une taille moins élevée et d'un aspect féroce, sans être pourtant ni plus mauvaise, ni meilleure que les autres. Son accent est extrêmement guttural ; on dirait qu'elle parle une langue très-différente de laraucan, et c'est cependant à peu de chose près le même idiome, mais prononcé avec un autre accent. Comme nous l'avons déjà dit, tous les Indiens du sud parlent et comprennent cette langue, et les différences que l'on trouve dans la manière de s'exprimer de quelques-unes, tiennent à l'accent et à l'intercalation de quelques mots particuliers. Les Che-HuelrChes n'ont point de chevaux ; ils poursuivent à pied le gibier dont ils vivent, sont fort légers à la course, et manient avec une extrême habileté l'arc et la flèche, les boules et la fronde. Leur pied, suivant M. Guinnard, est plus grand que celui des autres Patagons. — Les Chao-Ches se montrent dans les environs du port Désiré et près de la côte où ils poursuivent les phoques, et en font leur nourriture. Les Pilma-Ches et les Yakanah^Ches du détroit vivent dans le sud; les Ché-He-Ches sont éminemment nomades, et affectionnent les plaines de la Patagonie septentrionale, qu'ils se partagent avec les Molu-Ches^ ou gens du nord. Les Poyu- Ches habitent au sud du Nahuel-Huapi ; les Tani-Ches^ sur les versants des Andes, de l'autre côté des sources du Chupat. Les Pampéens donnent à tous les gens du sud-ouest le nom de Huili-Ches^ que M. Guinnard traduit par urineurs^ du mot huili^ uriner, car sud en araucan se traduit par Puel-Tu. Il se peut aussi que le mot Puel aitélé changé en Huil. — Tous les Argentins et même les Chiliens, en rapport avec ces nations, sont d'accord pour les désigner sous ce nom de Huili-Ches , qui leur a été transmis par les Indiens, leurs voisins. Les Patagons, voisins du détroit, se donnent à eux-mêmes le nom à^Inaken; les gens de la Terre de Feu les désignent sous celui de Tiremenen.

Dans le détroit, les Fuégiens, ou habitants de la Terre de Feu, passent souvent sur le continent ; on sait qu'ils sont essentiellement navigateurs, mais ils ne s'éloignent jamais beaucoup des côtes. Ils échangent quelquefois avec les Patagons du poisson pour des peaux de cheval, de guanaque et même de la viande ; mais leurs relations sont peu suivies. Cette population, quoique appartenant par Faspect physique à la race araucane de la région maritime du

Chili austral, est moins bien confonnéey ce qui tient, sans doute, à son genre de vie. Elle se divise en beaucoup de petites tribus, ou plutôt de familles, qui parcourent incessamment leur immense archi* pel, et campent près du rivage sous des abris de mousse et de plantes marines, recouvrant une claie formée de piquets plantés en terre. Les Patagons leur donnent le nom de Jjoguedi-Ches et Aveguedi'CheSy mais chaque tribu se désigne généralement sous celui de son chef. Leur nourriture presque exclusive se compose de poissons, de nK)llusques et de crustacés. Us sont naturellement paisibles et vivent en bonne intelligence, tant avec leurs voisins du continent qu'avec les navigateurs qui traversent le détroit. Le grand archipel des Chonos est peuplé par les Cocaus, qui servent d'intermédiaires entre les Araucans et les Fuégiens; toute cette population appartient donc à la même race. Les natioQS tehuelches ont les plus grands rapports avec celles qui habitent le territoire indien du sud : ce sont les mêmes mœurs, presque le même langage, et nous ajouterons, les mêmes idées religieuses. Ces dernières toutefois n'admettent pas un principe bon et un principe mauvais, comme les PuelchesetlesPampéeus. Leur Achekenat-lf anet est une divinité tour à tour bonne ou mauvaise, avec laquelle leurs devins peuvent se mettre en rapport. Les tribus voisines du détroit avaient été longtemps très-pacifiques, mais depuis que la' colonie de Punta-Arenas est établie , elles ont commencé à entrer en querelles avec les chrétiens.

Il serait fort difficile de fixer un chiffre à la population patagonne. Elle paraît cependant aujourd'hui plus considérable qu'on ne l'avait cru d'abord, et peut-être atteint-elle un chiffre égal à celui que nous avons supposé aux Puelches et aux Pampéens, c'est-à-dire 30,000 âmes réparties en un grand nombre de tribus généralement très-nomades. Quant à celle de l'archipel de la Terre de Feu , d'Orbigny l'estimait arbitrairement à 4,000 , car elle échappe à tout contrôle ; on ignore également le chiffre des habitants du grand archipel occidental qui s'étend du cap Pilarès aux lies de Chiloé.

IIL — Histoire abrégée de la Patagonie.

En 1308 et 1S15, Solis avait découvert l'embouchure du Rio de laPlata. — Le H janvier 1B20, le Portugais Magellan (Fernando Magalhaês, en espagnol Magallanès), parti l'année précédente de San*

Lucar pour les Moluquesavec une commission de Tempereur Charles- Quint et cinq navires, — reconnut, à son tour, le cap Sainte-Marie et pénétra dans les eaux du grand fleuve. Arrivé près de Tendroit où avait été tué Solis, il vit quelques Indiens Charmas qui prirent la fuite, et pendant les quinze jours qu'il mouilla sur cette côte , probablement près de Maldonado, il fit explorer le haut de la rivière. Au lieu d'un passage maritime qu'il cherchait, ne trouvant qu'un fleuve, il remit à la toile; les vents l'entraînant vers le sud, il longea la côte de Buenos-Ayres, et vers le 41* degré arriva dans*un grand golfe auquel il donna le nom de Saint-Mathias. De là il fut hiverner à un port appelé par lui du nom de Saint- Julien, suivant l'habitude espagnole de donner aux localités nouvelles le nom du saint assigné au jour de leur découverte. Ce port offrait des ressources ; il y construisit un petit fort, et de là ses navires furent explorer les côtes voisines ; on reconnut l'embouchure de la belle rivière de Santa-Cruz. — Ce fut pendant cet hivernage que l'on vit pour la première fois les Patagons. Ces Indiens, qui parurent aux Espagnols d'une taille fort élevée, s'habillaient de peaux de guanaco et de renard, avaient pour armes un arc de quatre pieds et des flèches garnies d'un silex tranchant; ils maniaient avec une habileté extrême la fronde et les boules. Leurs pieds, enveloppés de peaux, parurent si grands, qu'on leur doMia le nom de Patagon (grande patte). On vécut avec eux en assez bonne intelligence; le printemps venu, l'escadre reprit sa route, cherchant toujours un passage vers l'ouest. — A la fin d'octobre, on aperçut le cap des Vierges, par 32° 20', et Magellan donna hardiment dans le canal inconnu qui s'ouvrait devant lui et auquel son nom est resté. — On prit terre plusieurs fois dans la traversée; sur la rive septentrionale, les Espagnols virent des Indiens pareils à ceux qu'ils avaient déjà aperçus au port Saint-Julien, mais ils leur parurent encore plus grands; le chevalier Pigafetta, historiographe du voyage, en fait de véritables géants d'une taille supérieure de moitié à celle de ses compagnons.

Ce qu'il y a de singulier dans son récit, c'est que tous les autres détails donnés par ce voyageur sur la couleur, la manière de vivre , les mœurs et habitudes de ces Indiens sont exacts, et que les mots mêmes, dont il fit un vocabulaire, ont été trouvés dans la bouche des Tehuelches que d'Orbigny revit, trois siècles après, au Carmen. Nous remarquerons aussi en passant que M. Guinnard, qui a vécu parmi eux, donne aux Che-Huel-Ches ou Patagons, qui n'ont point de che- Taui, un très-grand et très-large pied, alors que tous les autres In-

diens ont, comme on sait, les extrémités généralement plus petites qu'on ne les voit chez les gens de race caucasienne. — C'est depuis le récit de Pigafetta qu'on a cru si longtemps à l'existence de géants à l'extrémité du continent sud-américain.

Pendant que Magellan et ses marins disaient ne voir que des géants sur la rive septentrionale, les habitants de la rive australe leur paraissaient de taille à peine moyenne. L'amiral donna à cet archipel le nom de Tierra del Fuego, Terre du Feu, parce que toutes les nuits le rivage était semé d'une foule de petits feux autour desquels se rassemblaient les naturels.

Enfin, le 27 novembre, on déboucha dans la mer à laquelle l'heureux navigateur donna le nom de Pacifique, trente-sept jours après avoir doublé le cap des Vierges. Magellan, se dirigeant alors à l'ouest, fut découvrir les lies Mariannes, où il périt ; mais son lieutenant Sébastian del Gano put ramener à San-Lucar, d'où il était parti trois années auparavant (10 septembre 1S19, — 7 septembre 1522), l'unique navire qui restait de l'escadre, la Victoria et ses dix-huit hommes, avec Pigafetta l'historien. — Le premier voyage de circumnavigatiou était accompli.

Garcia de Laiza, en 1523, répéta ce voyage de Magellan, et franchit le détroit, mais il mourut presque aussitôt après d'une épidémie, sans doute du scorbut, qui s'était mise à bord de ses navires , et ses compagnons revinrent en Espagne. — Simon de Alcazaba qui voulut, en 1534, suivre cette route, fut assassiné par ses équipages révoltés, lesquels périrent eux-mêmes misérablement. — AIodzo de Gamargo, en 1539, hiverna dans le détroit et put arriver, l'amiée suivante, sur les côtes du Pérou où il découvrit le port d'Islay. Il fut le premier qui fit ainsi un voyage direct de l'Espagne aux côtes chiliennes et péruviennes du Pacifique. Néanmoins, le gouvernement espagnol se préoccupa peu de cette voie, et le commerce avec les colonies nouvelles de la région équatoriale, centre de sa domination, continua de se faire par l'isthme de Panama, que traversaient des caravanes de mulets et d'Indiens, et par le cabotage du Pacifique.

A la suite des progrès de la colonisation dans le Ghili, on songea davantage à la voie océanienne. Par les ordres du capitaine général D. Antonio de Mendoza, l'officier de marine Ladrilleros, parti de Valdivia, fut reconnaître le détroit tout entier, en décrivit la route et revint heureusement au port dont il était parti. Mais les habitudes étaient prises, le centre du commerce demeura fixé à Panama comme auparavant, et la voie du détroit fut même presque oubliée.

Les expéditions du corsaire anglais Drake, en 1577, finirent par en ppeler le souvenir. Ce hardi navigateur franchit ce passage en ciix-sept jours, fondit inopinément sur les établissements espagnols e la côte, pilla Valparaiso et le Callao, et, chargé de butin, retourna n Angleterre par l'Océan Pacifique, répétant ainsi le voyage de Ma- ^^llan. Son expédition avait duré trois années. — Le vice-roi du I^érou envoya le capitaine de vaisseau Pedro Sarmiento de Gamboa âft sa poursuite, avec ordre d'examiner en détail le passage découvert par Magellan. Sarmiento parcourut le détroit, sans pouvoir naturellem^Tnent l'atteindre, mais il rapporta de son expédition la conviction de la convenance parfaite du terrain pour une colonie, et, lors de son "Voyage en Espagne, la fit connaître au roi Philippe II.

L'établissement en fut décidé par le roi, qui le nomma capitaine général du territoire magellanique, et Sarmiento partit sans retard de Séville, le 25 septembre 1581, avec vingt-trois caravelles portant ^68 soldats, des colons et ce qui était nécessaire pour une fondation pareille. Malheureusement tout contraria cette expédition : d'abord plusieurs navires périrent dans une tempête, puis l'insubordination se mit à bord de la flotte, et il fallut la réprimer avec sévérité. On atteignit enfin le détroit, mais une série opiniâtre de vents d'ouest empêcha Sarmiento d'atteindre la localité qu'il avait choisie dans son premier voyage ; il dut retourner à Rio de Janeiro pour y prendre des vivres et refaire ses équipages fatigués. Son escadre ravitaillée, il cingla de nouveau vers le sud. Ici une partie de son monde l'abandonna ; il ne lui resta plus que deux navires portant 280 colons et quelques soldats avec lesquels il fonda, dans la péninsule de Brunswick, une première colonie à laquelle il donna le nom de Jésus. Parcourant ensuite la côte avec quelques hommes choisis, il eut h repousser les attaques des Indiens et arriva à l'endroit appelé depuis Port-Famine, où, le 23 mars 1583 il établit une seconde colunic, qu*il nomma Ville de Saint-Philippe. Pendant qu'il s'occupait avrc une activité extrême de cette création, une conspiration nouvelle vint mettre ses jours en péril. Son énergie et son intelligence l'eu firent triompher. Ses deux établissements commençaient à marcher, lorsque, dans une de ses excursions d'une colonie à l'autre, il fut chassé par la tempête jusque sur les côtes de Patagoiiie. d'où il gagna une autre fois le Brésil, et fut à Rio de Janeiro chercher les ressources qui lui manquaient, et les expédia à ses colons. Il reveuiiit lui-même à Saint-Philippe lorsque, capturé par des pirates anglais, il fut conduit en Angleterre et présenté à la reine Elisabeth qui le lit

COUP. ABGBlfTniE. — T. III. 3^

mettre en liberté. Pendant ce temps, la malheureuse colonie restait sans secours, et ses habitants succombaient presque tous de misère et de faim (1).

Le récit des aventures de Drake et de ses incursions heureuses sur les côtes de TOcéan Pacifique avait excité les esprits et provoqué les cupidités européennes. Sir Tomas Gandish , en 1886, pénétra dans le détroit, toucha à San-Fellpe, où il trouva les colons de San- Felipe dans une affreuse détresse, et donna à cette localité le triste nom de Port-Famine. Il consentit à en prendre à bord quelques uns^ mais ne voulut pas qu'on allât chercher les autres, sans doute de peur d'en avoir un trop grand nombre à son bord. Comme Drake, ii fit quelque butin sur les côtes espagnoles. — Merlick- en 1589^ Ghidley en i59i,Hawkins en 1593, visitèrent également les côtes dJ Patagonie et du détroit. Ce dernier arriva jusqu'au Callao ; échappa d'abord à la flotte espagnole qui le poursuivait , il fut pris à PaE nama et expédié comme prisonnier en Espagne. — En Î591, Caïc dish voulut faire une seconde expédition; mais, malheureux dao quelques attaques sur les côtes du Brésil, il retourna en Angleterrif pendant que Davis, un de ses officiers, cinglait pour la Patagoni^j oii il relâcha au port Désiré et s'y livra à la pèche des phoques. Repoussé vers l'est par les vents, il vit, le 12 août 1592, des lies que r<o suppose être les Malouines, et qui furent oubliées jusqu'en 170*' époque à laquelle elles furent retrouvées par des Français de Saiiw Malo.

Bientôt des navigateurs belges et hollandais marchèrent sur W traces des Anglais, et voulurent attaquer les établissements espagnol de la mer Pacifique, auxquels on faisait une immense réputation & richesse et de prospérité. — Olivier Van Noort (1598), Sebald 3 Wart (1599), Joris Spilbergen (1614), firent diverses expéditions de cette nature, en touchant aux côtes de Patagonie et en traversant le détroit de Magellan. — En 1615, Lemaire découvrit, entre la Terre de Feu et l'Ile des États, le détroit qui porte son nom, et le cap Horn, qu'il est le premier à avoir doublé. — Le roi d'Espagne,

(1) Ce récit, emprunté à un travail fort intéressant de D. Juan Raraoa Muniz , sur le détroit de Magellan, public dans la Revista del Ptici/ico, diffère sur quelques points de U version généralement adoptée, et que nous avons rapportée dans une note du tome I, page 68. — Le résultat en est le même dans les deux cas. — On irouvera de très-longs détails sur cet voyages divers dans l'Art di vérifier les dates de Wardcn , tome XI , page 289 et saîvuitet (Paris, 1828), riche et immense réunion de documents de toute nature sur rAmériqaedc Sud. n y a aussi un fort bon travail de M. Frédéric Lacroix sur la Patagonie et la Terre di Feu, dans la collection de V Univers pittoresque, — Paris, 1840, chez Firmin Didot.

PATÂGOME. Ô31

Philippe III, fit aussitôt reconnaître ces nouvelles terres par les tfères Nodal, qui atteignirent dans le sud jusqu'à Ttlot de Diego- Ramirez, situé par 56"* 28' de latitude, ainsi nommé de Tingénieur hydrographe qui les accompagnait. Ce voyage compléta la connaissance de Teitrémité australe de l'Amérique. Il est d'autant plus re-. marquable, que, dans cette difficile navigation qui dura neuf mois et douze jours , les deux navigateurs espagnols ne perdirent pas un homme, tandis que, dans tous les voyages précédents, les marins, à quelque nation qu'ils appartinssent, avaient horriblement souffert du scorbut et autres maladies.

La flotte hollandaise partie pour conquérir le Pérou en 1624 passa parle détroit de Magellan, et y perdit plusieurs hommes tués par ks naturels. — En 1669, le capitaine anglais John Narborough fut chargé par le roi Charles II de fonder un établissement sur la c6te dePatagonie ; il reconnut en détail les ports Désiré et Saint-Julien, découverts par Magellan, visita quelques petites lies voisines du continent, et entra dans le détroit, sans toutefois y créer aucune colonie. LfiToyage de Strong, exécuté vingt ans plus tard, eut le même résultat négatif.

Le gouvernement français voulut à son tour, dans les dernières Muiées du dix-septième siècle, voir s'il était possible de se créer quelque port de refuge dans ces parages. — Sous ses inspirations, «i 1695, le capitaine De Gennes y avait poussé une première reconnaissance ; en 1698, une compagnie formée pour établir des colonies françaises dans les parties de l'Amérique méridionale, non occupées parles Européens, y envoya le capitaine Beauchesnes-Gouin, qui étu- <lia, pendant plus de deux années, le détroit et l'archipel; il prit même possession d'une des îles de la Terre de Feu, au nom du it)i de France, et l'appela île Louis-le-Grand. .Cependant on ne poursuivit pas cette tentative d'occupation, et bientôt l'avènement de Ja dynastie des Bourbons sur le trône d'Espagne vint détourner le gouvernement français de ces projets, qui pouvaient froisser la susceptibilité espagnole. Ce ne fut que soixante ans plus tird, en 1764, qu'il voulut fonder un établissement aux Malouines, mais il le céda bientôt, moyennant une indemnité pécuniaire, à l'Espagne, qui le léclamait comme faisant partie de son territoire.

Ainsi donc, pendant la première moitié du dix-septième siècle, on ne s'occupa plus de la Patagonie ni du détroit. La mer Pacifique n'était guère fréquentée que par des navigateurs espagnols, qui préféraient doubler le cap Horn. Les gouverneurs du Chili, du Tucu-

iiiaii el de Buenos- Ayres avaient renoncé depuis longtemps aux explorations par terre à la ville fabuleuse de Los Cesares, que ron avait placée dans la Patagonie septentrionale, au pied des Andes, vers le 43** degré de latitude. Les Missions du Nahuel-Huapi, établies par les jésuites, et qui subsistèrent près de vingt ans (voyez tome I, p. 173) entre les mains des Pères Mascardi et Elguea, au milieu des Indiens l*oyas (Poya-Ches), avaient achevé de détruire cette fable. (Voyez tome I, p. 174.)

Lors des tentatives faites vers 1740, pour entrer en arrangement avec les tribus pampéennes, le roi d'Espagne Philippe V voulut que ce système de pacification et de colonisation s'étendit également aux côtes de Patagonie et du détroit. Le Père Quiroga fut envoyé au port' Saint-Julien, quil explora, ainsi que plusieurs auti^es points de la côte, tandis que les Pères Cardiel et Strobl pénétraient fort avant dans le désert, sans y rencontrer d'Indiens. On se boni h la création de la Mission du Yulcan, ou le Père Falkuer séjourna jusqu'à l'expulsion de son ordre, et y rassembla, sur l'intérieur dn pays, toutes les notions qu'il a publiées depuis dans sa description de la Patagonie.

A la paix de 1763, qui termina la guerre de Sept-Ans, l'Europese reprit aux expéditions maritimes, et ce fut vers cette époque que ks marins anglais Byron, Carteret, Wallis, elle Français Bougainville, exécutèrent leurs célèbres voyages autour du monde. Tous viâtèi*ent les côtes de la Patagonie, passèrent par le détroit de Magellan, y virent les Patagons et les Fuegiens, et purent rectifier les erreurs longtemps publiées sur ces peuplades. — En 1767, le gouverneur de Buenos-Ayres, Bucaréli, chargé de réoccuper les lies Malouines, que la France venait de céder à l'Espagne, essaya de créer une colonie dans unedeslles de la Terre de Feu, située par 54*" 40' de latitude. La localité paraissait convenable, les Fuégiens s'étaient montrés pai* sibles et aidaient les premiers colons ; mais l'éloignement de cette colonie, considérée comme un lieu d'exil, l'empêchant de se développer, elle fut abandonnée.

La description de la Patagonie publiée par Falkner en 1778 vint alors appeler l'attention de l'Espagne sur les rivières Negro et Colorado^ jusqu'alors inconnues, mais que ce missionnaire représentait comme navigables et capables de conduire une expédition maritiDie jusqu'au cœur de ses possessions dans le sud du continent. La viceroyauté de la Plata venait d'être créée, on commençait enfin à comprendre l'avenir de ces vastes et fertiles régions, et le ministère Gai-

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m s'en préoccupait sérieusement. Ce fut par ses ordres que Juan de LaPiedra, au commencement de 1779, alla fonder une colonie au port SaD4ose, par 42*" 13^ lat. S., dans le fond de la baie de San-Matias [Bahia sin-fondo, Bahia de San- Antonio). Le port, vaste et abrité Je. tous les côtés, était excellent, mais la rareté de Teau douce produiât des maladies parmi les colons ; le scorbut les décima, et la plupart brént obligés de retourner à Montevideo.

Tannée 1780 fut employée par les frères Yiedma, successeurs de A Piedra, à examiner le port de Sainte-Hélène [W 30') et de Saintrrégoire, les côtes de la baie de Saint-Georges, le port Désiré (47* 45') t celui de Saint-Julien (49^ 18'). Francisco Yiedma, ayant laissé on frère à la colonie de San- Jo^, se décida pour le port Désiré où : établit provisoirement une partie des colons qu'il amenait avec lui ; 018, le port Saint-Julien lui paraissant préférable, il en fit le siège 'un établissement définitif. Cette localité était en effet très-avanta- 6096 à cause de la profondeur de la mer, de Tabondance du bois, efeau douce et des pâturages; des Indiens paisibles vivaient dans les iifirons et avaient bien accueilli les Espagnols. Après un hivernage oi lut rude pour ses colons, dont l'installation ne pouvait être comlète, Viedma profita de leur bonne volonté pour pousser une reconlîssance jusque dans l'intérieur du pays, au mois de novembre 1782. arriva ainsi jusqu'au versant oriental de la Cordillère, après avoir eu Inverser les affiuents alors considérables du Rio de Santa-Cruz. Les idiens Tehuelches qu'il rencontra dans sa route étaient des hommes une taille supérieure à celle des Espagnols et atteignant en moyenne K pieds de Castille (1 m. 74); c'est la moyenne donnée par d'Orbi-' Ky; mais il y en avait parmi eux de plus grands encore. Leur manière invre était celle que nous avons décrite : la chasse et quelques trouiaQx les nourrissaient. Le pays qu'il parcourut était assez accidenté , en arrosé et paraissait fertile. On sut par expérience que les rivières d le traversaient éprouvaient de grandes crues lors de la fonte des %e8 dans la montagne de l'ouest. Yiedma considérait donc le port Saint-Julien comme le meilleur de toute la Patagoniô pour un étalaement colonial, lorsque le vice-roi en ordonna l'abandon, malgré ite l'insistance de leur gouverneur, lequel, avec raison, en faisait ob les avantages, l'avenir et les dépenses qui y avaient été faites. ne conserva que la colonie du Carmen sur l'embouchure du RiojTO, fondée par son frère Antonio en 1781. — Nous avons ralié la reconnaissance de cette rivière par Yillarino à cette époque yei page 165). Ces opérations diverses mirent les barbares de la

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Patagonie en contact plus fréquent avec lés chrétiens; en même temps les Pampéens s*allièrent à eux et cherchèrent, avec leur aide, à faire du butin sur ces établissements. En dépit de tout et quoique souvent négligé par le pouvoir, le Carmen n*en continua pas moins à grandir, et est arrivé sans trop d'encombrés jusqu'à Fépoque ac — tuelle.

Pendant la première moitié du dix-neuvième siècle, la Patagonies et le détroit ne furent visités que par des navires et des commissions^ scientifiques employées à des voyages de circumnavigation. Nouss devons cependant noter le voyage des bâtiments anglais le Beagle elt i VAdventure qui firent une hydrographie presque complète de la cAte^ de Buenos-Ayres, de Patagonie et du détroit de Magellan, d*une par — tie de la Terre de Feu et de Tarchipel occidental. Les résultats d^ cette belle exploration, qui dura trois années, ont été consignés dan^ un ouvrage ad Aoc(l). Un peu avant le voyage du Beagle^ lenatura — liste français Alcide d'Orbigny visita le Carmen, le golfe de Saint- Mathias et leurs environs. M. Dar^vin, naturaliste de Texpédition du Beagle et de YAdv€nture,%i la géologie de tous les points de la côte patagonienne où touchèrent ces navires et la poursuivit dans Farchipel occidental, les tles Chonos et sur la côte du Chili. Quant aux bâtiments de commerce ou de guerre^ ils préféraient doubler le cap Horn que d'affronter les calmes et les courants du déti-oit où les voyages sont quelquefois très-rapides, mais plus souvent encore fort longs, par suite de la constance* des vents d'ouest dans la partie occidentale.

Malgré toutes ces explorations, aucun établissement ne fut créé dans ces régions, jusqu'à ce qu'en 1843, le gouvernement chilien se décida à occuper le canal de Magellan et ses deux rives. — Une petite expédition, partie des îles Chiloé le 10 septembre, arriva le 21 au Port-Famine et y jeta les fondements d'une colonie, à laquelle fut donné le nom de Port-Bulnès, en mémoire du président qui gouvernait alors la république chilienne. Six ans après, en 1849, l'établissement fut transporté à 16 lieues plus loin sur la côte, au petit cap dit Punta-Arenas, où la température était plus élevée, les bois plus abondants et l'aspect plus gai. La ville de San-Miguel y fut créée et existe encore à l'époque actuelle. Une émeute, suite de la tentative révolutionnaire de l'année précédente à Copiapo, l'ensanglanta en 1852 ; mais le chef de la révolte, l'auteur des actes de férocité qui s'y com-

(1) Narrative of thc survejÎDg voyages of His Majesty's ships Ad\)enturt and BeagU, hj captain King. 1826-1836. — Londres, 4 vol. in-8^ 1839. — Geological Observations on South America, by Charles Darwin, naturalist to thc expédition. —1 vol. in-8®. Londoo, 18&I.

mirent, Gambiaso , fut passé par les armes, et la colonie qui, comme Ton voit, a déjà vingt ans d'existence, commence, dit-on, à prospérer. Ce point deviendra fort important lorsque la navigation à vapeur se sera établie à travers le détroit. Un rapport du dernier gouverneur, M. Schythe, affirme qu'on trouve des gisements de charbon dans les environs de la colonie. Cette circonstance contribuerait puissamment à donner de la valeur à cette création, car il n'est pas douteux qu'avec le temps le canal de Magellan, comme les côtes de Patagonie, ne vienne à posséder une population civilisée et qu'il ne s'y forme des établissements sérieux. La grande pèche des amphibies, celle de la baleine, l'exploitation du guano sur les Ilots des côtes patagonnes, peuvent dès aujourd'hui ouvrir un champ fertile à l'industrie ; beaucoup de navires préféreraient le passage du détroit à doubler le cap Horn, s'ilsy trouvaient des remorqueurs à vapeur, absolument nécessaires, à cause des calmes et des courants, pour une traversée rapide, des ports habités où, en cas de relâche, on ,pût se ravitailler et se refaire des deux mois au minimum que nécessite la traversée d'Europe à cette latitude.

Le gouvernement provincial de Buenos-Ayres avait été saisi d'une demande en colonisation du Rio-Chupat. Il y a fort à regretter que la rtponse ait été provisoirement ajournée. Le gouvernement national ^aujourd'hui saisi de cette question, car lui seul a des droits sur des terres qui ne sont point occupées, et que l'Espagne, qui les a découvertes, a transmises à la nation argentine. Les tentatives de colonisation exécutées, de 1580 à 1782, avaient principalement pour but de garantir cette portion de territoire contre son occupation possible par ïiûe autre nation. — Or il peut arriver que leur non-occupation ^cite dans un temps prochain des convoitises, à la suite desquelles 1& question de droit serait bien peu de chose devant la question de fait.

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