‹ Description géographique et statistique de la confédération ArgentineChapitre 37 sur 60 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

L'époque à laquelle se peupla la partie australe du continent

jlO DESCRIPTION DES PROVINCES.

sud-américain est inconnue. Les populations qui Thabitent n'ont pas d'histoire, et ne se rappellent que vaguement l'existence de l'ancien empire de Cuzco. Ce qu'elles n'oublient pas, c'est l'arrivée des Huincas (les Espagnols), l'origine des guerres qui n'ont pas cessé depuis cette époque. Ceux voisins des Andes se rappellent même la destruction des sept villes espagnoles de l'Araucanie, au commencement du dix-septième siècle, sous le vaillant Toqui Paillamachu. — Les Pampéens se considèrent comme originaires du Chili et frères des Araucans ; ils s'en donnent le nom , Auca, en parlent la langue, en partagent les idées religieuses et, en grande partie les mœurs. Les modifications qui se sont faites dans leur manière de vivre tiennent à la nature du terrain qu'ils sont venus habiter, à une époque déjà fort reculée.

En effet, lorsque Mendoza fit sont premier établissement à Buenos-Ayres, en 1536 , d'après tous les récits de tous les historiens qui racontent cette malheureuse expédition, — les Quérandis, contre lesquels il eut à combattre et par lesquels il fut chassé , étaient évidemment de race pampéenne. Leurs armes, leur manière de combattre étaient celles des tribus actuelles du sud ; ils en montrèrent l'intelligence et l'énergie. Plus tard , l'introduction du cheval et du xju

bœuf vint favoriser leur goût pour la vie nomade , et l'on s'ex- — ^-

plique comment Garay n'eut plus affaire à eux en 1582, et comment il lui fut facile de réduire en commanderie les Indiens Guaranis, agriculteurs et pécheurs de Santiago et de Las Couchas. Les Quérandis s'étaient retirés dans les plaines du Rio-Salado, où le ^Jle bétail de toute sorte abondait , où la chasse était facile ; mais ils n'a- — vivaient point oublié leur haine contre les envahisseurs, et la firent par- — t*tager aux autres tribus. On voit en effet que, dès 1587, les commu- — -■nications de Buenos-Ayres avec le Chili étaient gênées par les pil- — XIlards de la Pampa. Ces hostilités n'étaient toutefois qu'acciden- — ^telles, et le Père Ovalle, qui écrivait en 1640 et passa trente ans «^ »*' dans les provinces chiliennes des deux versants des Andes, raconte que les convois pourvus d'armes à feu avaient peu à craindre, et se contentaient de faire quelques cadeaux aux Indiens, pour payer en quelque sorte leur droit de passage (1).

Les guerres du Chili entre les Araucans et les Espagnols y mêlèrent aussi les tribus qui vivaient de l'autre côté de la Cordillère. En 1580, sous l'administration du capitaine-général RuizdeGamboa,

(1) Rtlaeion historicadel Reino de Chile. — 1 vol. in-8°. Page 103. — Rotiie, 1644.

ksGhiquillanes et les Pehuenches cantonnés entre les 34* et 38* degrés de latitude envoyèrent des secours aux Araucans et firent souvent des invasions dans les provinces espagnoles de Colchagua, Maulc, Chillan et- Huilquelemu* Dès-lors le gouvernement chilien eut à traiter avec eux, et leurs Ulmènes figurèrent à tous les parlements qui eurent lieu dans le courant des dix-septième et dix-huitième siècles pour pacifier le sud du Chili.

Celui de Lonquilmo , célébré avec les autorités espagnqles en 1784, traita expressément des frontières entre chrétiens et Araucans, et de la démarcation des quatre Butal-Mapus ou départements qui partajgeaient TAraucanie , et étaient commandés chacun par un Toqui ou chef supérieur. Ces départements s'étendaient du nord au sud en bandes parallèles.

Le premier, Lauquefi-Mapu, ou département maritime, se compo ait des districts à'Arauco^ Tucapel, Illicura, Boroa et Nagtolten.

Le second, Lelbun-Mapu^ ou département de la plaine, comprenait ceux d'^wco/, Pureriy Repocura, Maquegua^ Mariquina.

Le troisième, Inapiré-Mapu^ ou département sub-andin du versant occidental, était formé de ceux de Maroen, Colhué^ Chacayco^ QutcheregtujL et Gvanaga.

Le quatrième, Piré-Mapu^ ou département des Andes, renfermait feurs vallées et plateaux intérieurs , et s'étendait fort loin au sud jusque de l'autre côté duNahuel-Huapi. Il comprenait les districts de ChangolOj Goyoltné^ Rucachoroy et Malal-gûe , ce dernier tout à * fcit à Test de la Cordillère. — La section orientale et touchant aux Pampas fut désignée sous le nom de Mamil-Mapu. On y assigna les Builli-^hes de Changolo, Goyoltné et Rucachoroy. Les Puelches^ les fdmenches et les Chiquillanes de Malalgtie furent réunis aux Pueldies et aux Pehuenches de Maule^ Chillan et Antuco, de manière à former une seule division administrative dépendante du même Toqui, Ifiquel était en rapport direct avec l'autorité espagnole, en cas de difficulté quelconque qui viendrait à s'élever. (Molina.)

Comme les Indiens de ce département parlaient tous la langue ^Rtticane, malgré l'assignation de la province deCuyo à la vice-royauté ie Buenos-Ayres, il avait paru plus naturel de concentrer leurs affaires *u Chili. Cet arrangement n'empêcha pas qu'il n'y eût bientôt de nouvelles querelles avec les Espagnols, et, en 1793, il fallut célébrer ^ autre parlement, présidé par le capitaine général 0-Higgins, pour consolider la paix. Celle-ci ne fut plus troublée que lors de la guerre ^^Vindépendance, époque à laquelle royalistes et indépendants cher-

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chèrent tour à tour Talliance des Indiens de TAraucanie et les mêlèrent à leurs luttes acharnées.

On voit les tribus intérieures de la Pampa en guerre réglée avec les gens de la province de Buenos-Ayres, à partir de 1738. Jusqu'à ce moment, le Rio-Salado avait servi de limite entre les chrétiens et les barbares, et d'ailleurs la population espagnole ne s'éloignait pas beaucoup du littoral. Il y avait donc peu de contact entre les deux populations : le bétail sauvage abondait et les Indiens n'avaient pas grand intérêt à en venir chercher près des villes. Alors, une rupture eut lieu entre le Cacique pampéen Maypilquin et le gouverneur de Buenos- Ayres; on commença à s'égorger de part et d'autre. Le mestre de camp Juan de San-Martin, voulant terrifier les Indiens de l'ouest et du sud-ouest, les attaqua tous, sans faire acception d'amis ou d'ennemis; quelques tribus inoffensives furent détruites. Cette conduite imprudente et cruelle souleva toute la Pampa, et dès lors la guerre fut , pour ainsi dire, en permanence , les traités qui intervinrent n'ayant eu qu'une courte durée , violés qu'ils étaient trop souvent par l'une ou l'autre des parties.

Un an après cette rupture, le gouvernement espagnol, effrayé de ses résultats, voulut s'assurer la neutralité des tribus du sud. Des missionnaires jésuites furent envoyés dans les Sierras du Vulcan et de Taudiléofu , et fondèrent les réductions de La Virgen del Pilar et ' celle de Los Desamparados, Les Pères Falkner et Cardiel y réunirent quelques Puelches et Tehuelches , et parvinrent à maintenir tranquille cette région. Mais aussitôt après l'expulsion de leur ordre, en 1768, ces deux missions disparurent, et les néophytes retournèrent à leur vie nomade qu'ils n'avaient abandonnée qu'à regret.

Vers 1780 , l'Espagne essaya de coloniser la côte de Patagonie et fit reconnaître le Rio-Negro. Ces tentatives furent sans grands résultiits. On fut plus heureux pour l'établissement de la frontière indienne appuyée sur le Rio-Salado, et une ligne de postes fortifiés qui allaient de Rojas jusqu'à San-Carlos dans la province de Mendoza (voyez tome II, page 204). Azara traça une partie de cett^ frontière, en signala les avantages et les moyens d'amener les indigènes à la respecter.

En J781, le Carmen avait été fondé sur le Rio-Negro ; c'est de là que partit ViUarino pour son exploration de ce fleuve. Plus tard ce fort devint un presidio ou lieu d'exil. Les habitants eurent à se défendre constamment contre les Indiens, et, à force d'énergie, ils su-

sot s'y maintenir. Leurs rapports avec les tribus permirent d'exploiter "^antageusement les salines situées entre les rivières Colorado et Negro. e commerce, qui prit quelque extension, détermina le vice-roi à reconnaître en 1786, par l'officier de marine D. Pablo Zizur, le de Las Salinas grmides^ où des expéditions parties de Buenosyres allèrent périodiquement chercher du sel. — Ce fut aussi à ^tte époque que les caravanes de charrettes commencèrent à aller di- ^KT^ectement de Buenos-Ayres à Mendoza par Lujan, Rojas, Melincué, Tunas, Carlota, Oratorio, San-José près du Bebedero et le Tuuyan. Zamudio a donné des détails sur cette route. (Voyez la col- ^tion Angelis, tome I.)

Mais le voyage le plus remarquable à travers la Pampa est celui de iUis de la Cruz, opéré en 1806. — II part du fort de Ballenar situé 36'50' de lat. S. au Chili, franchit la Cordillère par le pas d'Ant^uco, traverse les terres des Péhuenches, passe les affluents du Colo- K^ado, puis le Latuel grossi du Diamantc, qui porte alors le nom de CZhadi-Leubu, avant de se jeter dans le réservoir salé de Curra-Laucjuen, parcourt les terres des Ranquels, et arrive enfin, en quarantesept jours, à Melincué, point qu'il estime à 166 lieues de 6,000 ^vares castillanes (866 kilomètres) d'Antuco. Comme il y avait, de ce fortin, 68 lieues jusqu'à Buenos-Ayres, la route qu'il indique et qu'il a mesurée se réduirait à 234 lieues jusqu'au village d'Antuco ; il évaluait à 46,000 piastres fortes les frais à faire pour la rendre oarrossable. Sans les événements qui survinrent depuis, le gou- ^Vemement espagnol aurait très-probablement suivi ses indications ^t le chemin eût été ouvert. Cruz avait su se ménager les Indiens <3ui ne Tincommodèrent en rien pendant toute son exploration. Ileut même beaucoup à se louer de Carripilum, cacique des Banquels, ^t les Péhuenches , chez lesquels il passa d'abord, furent très-exacts à remplir leurs engagements. Aujourd'hui, si l'on voulait diriger une route sur le pas d'Antuco, on la concfuirait plus au sud en la faisant {Hulir du Bragado et marcher directement sur le Cuero^ à travers la Pampa. Elle aurait tout au plus 1,000 kilomètres; mais il faudrait, comme nous l'avons dit , compter sur le concours des Indiens, et traiter sérieusement avec leurs chefs. La complète organisation de la frontière du sud permettra de réussir, si l'on met de la persistance dans Texécution de ce projet (1).

(I) L^itînérairc de Cruz est le travail le plus exact et le plus complet que nous possédions encore pour la traversée du territoire indien. — Cet intelligent et dévoué Chilien fit ce voyage à tei frais, avec une escorte de vingt hommes, étudia le terrain avec le plus grand soin, prit

COnr. AIGBlfTIlIB. — T. III. 33

Après 1806, les voyages aux Salines, tolérés par les Indiens, continuèrent ; le convoi partait avec une bonne escorte et faisait 120 lieues dans la Pampa pour arriver au grand bas-fond salin où se rendent toutes les eaux qui descendent des Sierras de La Tentana, Cuira- Malal et Guamini. Dans cette localité, qui est asse? boisée, existe une série de lagunes fortement salées , mais on trouve aussi, dans leur voisinage, un assez grand nombre de sources d'eau très-potable. Dy a des pâturages suffisants, du bois ; aussi les Indiens en ont-ils fiait un de leurs principaux campements. Ils affirment même que, de ce point, on peut aller jusqu'à la Cordillère sans manquer d'eau ni de pâturages pour les bestiaux sur toute la route. Lorsque le commerce transatlantique vint apporter en quantité du sel du Cap- Vert dans la Plata , ces expéditions devinrent inutiles ; cependant on considéra toujours cet endroit comme très-favorable pour l'établissement d'une colonie protégée par un fort et sa garnison , lorsque l'extension de la frontière le réclamerait.

La dernière expédition de ce genre fut faite en 1810 ; elle était commandée par le colonel Garcia, et fut assez pacifique ; mais tout porte à croire que, si l'escorte n'en eût pas imposé aux Indiens, ils eussent probablement attaqué le convoi.

La guerre de l'indépendance au Chili et dans la Plata, avec toutes ses péripéties, eut son contre-coup dans le désert. Les Espagnols de la province de la Concepcion s'étaient appuyés, en 1818 et 1819, sur les Araucans , qu'un chef chilien de capacité remarquable , Benavidès, dominait. Après le triomphe des patriotes, des oCBciers de Benavidès passèrent la Cordillère ; bientôt ils y furent rejoints par ! Juan-Miguel Carrera, irrité de la mort de ses deux frères , fusiUfe à Mendoza, et ces hommes altérés de vengeance poussèrent les barbares sur les Argentins. Le troisième Carrera , vaincu près de Mendoza, fut pris et eut le sort d^ ses atnés, mais quelques-uns de ses compagnons restèrent parmi les Indiens, et, confondus avec eux, menèrent la vie du désert. L'un d'eux, Pincheira, laissa une réputation

note des aiguades* des pâturages, des bois , séjourna quelques jours dans chaque triba po* y prendre tous les renseignements utiles; mesura avec soin en cuadres castillanes (ISOnreii — 129 mètres) la route parcourue, et dressa un itinéraire que Ton trouvera dans la CoUm* (ton Angelis, tome I , et que d'Orbignj a reproduit et analysé dans son grand ouvrage, — Géographie, tome 111. — Lorsque le gouvernement argentin se décidera à tenter l'ouvertnit de cette route, cet itinéraire n'aura pas encore perdu son utilité. Le voyage de Cnu donne surtout d'excellentes leçons pour la conduite à tenir avec les Indiens ; à la fois ferme et conciliant avec eux, il leur inspira un tel respect et une telle affection que ce fat eo pleurant qu'ils se séparèrent de lui i Mélincué*

sjjQistre, car non-seulement il fit la guerre aux Chiliens et aux Argens, mais aux Indiens eux-mêmes dont il poussait les hordes les unes o^ntreles autres; il ne disparut qu'en 1830. D'Orbigny raconte qu'en C29 il se yit sur le point d'être attaqué au Carmen par les Indiens mil lui obéissaient. C'est pendant cette période de troubles que le «urg du Salto, dans la province de Buenos-Ayres, fut pillé par les «rbares, et la frontière se vit incessamment ravagée. Pour faire cesser cet état de choses, le gouvernement du général odriguez voulut, en 1822, traiter avec les tribus du sud-ouest, en ^lébrant avec elles un parlement solennel qui établit une paix solide, es commissaires chargés de cette mission pénétrèrent avec une faible escorte jusqu'aux buttes de Curico, et non loin de la Serra de la Ventana. Les Indiens se montrèrent fort exigeants, leur ombre croissait chaque jour pendant les négociations, et de noueaux arrivants sollicitaient fièrement des présents nouveaux. En scjmme, on ne put racheter les captifs , et sans l'intervention du cacique Lincon, chef des Ranquels, la petite troupe eût peutété massacrée. On fut heureux de se replier sur Buenos-Ayres, cjfuoiquc sans avoir encore rien conclu de définitif.

Le mauvais résultat de cette tentative détermina le gouvernement mienos-ayrien à faire, l'année suivante, une démonstration énere et à reculer la frontière en établissant quelques nouveaux forts des positions bien choisies. Une expédition, composée de 2,S00 ommes de troupes et de tout le matériel nécessaire, s'avança vers la îerra du Vulcan, où l'on jeta les fondements du fort du Tandil. ne put encore traiter avec les Indiens, qui vinrent attaquer la coï-onne expéditionnaire sans pouvoir l'entamer. — Les années sui- 'Vwites on poursuivit l'organisation de la frontière ; en 1828, le fort ^e Bahia^Blanca fut créé, puis celui de Tapalquen^ à l'ouest-nord- ^uest du Tandil, et celui de La Cruz de Guerra ou Mulitas.

La guerre des Fédéraux et des Unitaires, en 1829, rendît la har- ^6866 aux Indiens. Les Argentins furent cernés dans leurs forteresses; le Carmen fut attaqué, le Tandil menacé , on se vit forcé d'abandonner Tapalquen et Mulitas. — La frontière était, à chaque instant, envahie par les barbares qui profitaient des querelles intestines des chrétiens et de l'anarchie, leur suite nécessaire, pour la piller à discrétion. Cet état de choses se continua les années suivantes» Jusqu'à ce qu'enfin, en 1833, sous l'administration du général Bsdcarce, une grande expédition fut décidée et confiée au général D. Juan Manuel de Rosas, dont Tinfluence était devenue im-

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