CHAPITRE X
Description de la province de Zab.
Elle est bornée au nord parcelle deConstântine; à Test par la régence de Tunis; au sud par le Bilédulgérid ; et à l'ouest par la province de Titerie. Elle a environ 100 lieues dans sa plus grande longueur de Test à l'ouest, et 75 lieues dans sa plus grande largeur du nord au sud. Sa surface est montagneuse dans tout son pourtour. Cette province, la Zeb des anciens, faisait autrefois partie de la Mauritanie Sitife et de la Gétulte. Les rivières de Ganne et de Djer-roufe coulent un peu à lest du village de Dousan , et se jettent ensuite dans la Oued- Adjedi. Sur les bords de cette dernière rivière, à trois lieues au sud, sont les Zôouah de Sidy- Khallet , que les Arabes regardent comme un prophète. Un peu à Test de ceux-ci se trouvent les Ouelled-Dje-lil, tribu guerrière qui , en cas de besoin , peut mettre mille hommes en campagne.
• Après avoir passé Bou-me-liah , petit district consistant en terres arables, on trouve une multitude de villages qui ne sont guère
qu'à quelques centaines de toises les uns dés autres. Nous citerons; entre autres, ceux de Lamri, Borgh , Tolgah, nommé Théolacha par quelques géographes; Farfar, Za-atchah, Lechanah, Bou^ehagroune , Biscara , Chitmah, Toudah et Seri-ana. Au sud, les villages ne sont pas aussi rapprochés, et il y a au contraire quelquefois deux, trois ou quatre lieues entre eux. Les principaux sont Le-ouah. Sairah, Mo-hadtnah, Djes-bane-ah , Ban-teuse, Ourelan, Elme-nalah, Bigoe, Mely-ly, Omache, Oumil-hennah, Sidy Occ'-ba et Garla.
• 'Lyoena, Zerybt-el-Oued , Zerybt-el-Hamett, Cassir-Romanah rî Badass , sont une autre réunion de villages , à douze lieues a l'est de Sidy-Occ'-ba ; et à la même distance au sud, vers les confius du Ouad-reag, se trouve el- Fylhie . arrosé par la même rivière que Lyoena, qui est une continuation de l'Oued el-Serkah ou de l'Abiad , dont j'ai déjà parlé dans la description du Gibel-Auress. Touda et Sidy- Occ'-ba, Biscara et Oumil-heuna, reçoivent les eaux du Tell, comme Dousan. Mais les sources et les ruisseaux qui arrosent les autres villages viennent du désert ou de quelques lieax marécageux situés sur le versant méridional du mont Atlas. L'Oued-Adje-diou Djedi,
qui signifie la Rivière-du-Chevreau, reçoit tous ces ruisseaux, coule au sud -est, et se perd dans le Mel-gigg , marais salé , semblable à celui de Chot. Cette rivière doit être la Garrar ou leDjerad d'Àbulféda ; et comme il n'y a point d'autre rivière remarquable de ce côté du Niger, ce pourrait bien être aussi le Geir de Ptolomée , quoiqu'il la place dans le pays des Garamantes , beaucoup plus à lest.
» À Biscara ou Bescarah, appelée parLéonl' Africain PacaraAj chef-lieu du Zab, il y a une garnison turque. Le bey deConstantine y a fait bâtir un château fort qui n'est armé que de six petites pièces de canon , et de quelques lourds mousquets montés sur des espèces d'affûts (1 ).
(1) Cette ville est située sur une colliue, au pied de laquelle coule l'Oued-el-Kant-rah, et est entourée d'une muraille construite en briques crues. Il s'y fait quelque commerce en esclaves et productions de la Nigritie. La plupart de ses habitans vont à Alger, où ils sont estimés pour leur honnêteté et leur civilité. Les environs abondent en scorpions qui incommodent beaucoup les habitaus pendant la saison chaude. Détruite dans les guerres des Vandales, durant la chute de l'empire romain , elle a été rebâtie par les Sarrasins. Elle appartenait autrefois à la régence de Tunis ; mais elle est aujourd'hui sous la domination du dey d'Alger. Latitude nord 34° 4°'« Longitude est 5° i5\
» Lyoeoa est le plus riche de tous les villages que nous venons de nommer, attendu que c'est là que les Arabes indépendans déposent leur argent et leurs effets les plus précieux. 11 est sous la protection des Ouelled-Soulah , tribu nombreuse qui, grâce à sa bravoure, a toujours su conserver son indépendance, malgré tous les efforts que les Algériens ont faits pour les soumettre.
>• Le village de Sidy-Occaba ou Occ'-ba, comme l'abrègent les Arabes, renferme non seulement le tombeau d'un général arabe du même nom , mais encore celui de Sidy-Lascar, saint tutélaire du lieu. On dit que la tour qui s'élève prèsdu sanctuaire de Sidy-Occ'-ba tremble visiblement lorsqu'on prononce ces mots : Tezza bil Ras Sidy Occ'ba c'est à-dire, tremble pour la tête de Sidy Occ'-ba.
» On trouve dans toute cette province des ruines romaines consistant la plupart en débris de murailles , qui , disséminés çà et là, ont échappé à la rapacité des Arabes. On a déterré tout récemment à Banteuse, l'un des villages situés au sud, plusieurs cercueils de pierre. Je crois devoir remarquer ici que partout où les Romains découvraient des ruisseaux et des rivières coulant à travers des terres légères ou
marécageuses , ils avaient toujours soin d en revêtir les bords en pierre de taille, et d'en paver le fond en cailloux.
v Les habitansde ce district mangent encore de la chair de chien , ainsi que le faisaient les anciens Canarii, leurs aïeux. Les Carthaginois étaient dans le même usage. r
» Ouad-reag est une autre réunion de villages dans le même genre que ceux cités plus haut.
On en compte vingt-cinq, disposés sur une ligne du nord -est au sud-ouest. Ma-djyre, qui est le plus près du Zab , se trouve à dix lieues au sud d'el-Fythe. Torn-marnah , le plus remarquable après Ma-djyre, en est é six lieues à l'ouest , et Toggort , le chef-lieu , à douze lieues au sud-ouest de Tom-marnah. Cet endroit, d'après ce qu'on m'a dit, est situé dans une plaine , et n'a ni rivière ni ruisseaux dans son voisinage. Léon -l'Africain assure cependant le contraire (i). « Les villages du Ouadrag, dit-il, sont pourvus d'eau d'une manière particulière. Ils n'ont proprement ni fontaines ni sources ; mais les hafcfeatis creu-
'i) On sait aujourd'hui que Tog-gort est bâti" sur uoe montagne su pied de laquelle coule une rivière.
(Noir du traducteur.)
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sent des puits à cent, et quelquefois à deux cents toises de profondeur, où Us ne manquent jamais de trouver de l'eau en abondance. A cet effet , ils enlèvent d'abord plusieurs couches de sable et de gravier, jusqu'à ce 'qu'ils trouvent une espèce de pierre qui ressemble à de l'ardoise, et qu'ils savent être précisément au-dessus de ce qu'ils appellent Bahartaht-el-Erdj ou la mer au-dessous de la terre. Ils percent ensuite cette pierre , ce qui se fait très facilement; après quoi l'eau sort si subitement et en si grande abondance de l'excavation , que ceux qui sont chargés de l'opération en sont quelquefois suffoqués.
v À trente lieues au sud-ouest de Tog-gort est En-gousah , le seul village qui se trouve encore dans ce district , de tous ceux qui existaient du temps de Léon-I' Africain. A cinq lieues à l'ouest, en arrière d'En-gousah, est située la ville populeuse d'Ourglah , la dernière qui existe dans cette direction. Les anciens ont comparé avec raison toutes ces villes et ces villages, ainsi que ceux des fiéni-Mezzab, à des îles vertes et fertiles, environnées d'un vaste désert. C'est probablement le pays des anciens Mélanogétuliens. . . , :
» J ai déjà émis l'opinion que les montagne*
de l'Animer font partie du Prhurœsus de Ptolo* mée, etqueseshabitans, tu l'analogie des noms, devaient être les Pharusiens. Le même auteur met les Mélanogétuliens, peuple de Lybie, au sud des Pharusiens, entre les méridiens et les parallèles des montagnes de Sagapola et d'Huergla. Il place sur cette dernière montagne les sources de la Magrada , la Me-djerdah de nos jours ; mais comme il est avéré que ces sources sont dans la partie cultivée de la Numidie, à quelque distance du désert, le pays des Mélanogétuliens doit être par conséquent la Gétulie proprement dite ; et les Pharusiens ne peuvent être que les habitans les plus méridionaux du Tell ou des montagnes de l'Atlas.
» Je crois avoir suffisamment prouvé que la Gétulie était située au-delà des montagnes de l'Atlas et du Tell ; et on a pu voir aussi , par les détails que j'ai donnés, qu'elle s'étendait à une petite distance dans le désert. Après avoir parlé de cette contrée, Ptolomée fait le dénombrement des peuples qui habitaient au-delà , et place immédiatement après les Gétuliens proprement dits , les Mélanogétuliens et les Garamantes , les plus considérables de tous. Il est certain alors qu'ils s'étendaient en arrière de la plus grande partie du pays qui appartient
actuellement aux gouvernemens d'Alger , de Tunis et de Tripoli , ou depuis le méridien de Siga jusqu'à la Cyrénaique, c'est-à-dire trentecinq degrés plus loin, à l'est. Mais comme il n'y a point d'autres nations dans tout ce district que les Beni- Mezzab , les habitans duOuadreag, ceux de la ville d'Ourglah, de Gadamès, du Fezzan et les Bédouins arabes, qui appartiennent à chacun de ces peuples , les Mélanogétuliens et les Garamantes sont les seuls auxquels on puisse appliquer ce que dit Ptolomée. Quant aux Garamates en particulier, attendu leur position relativement aux sources de la Bagrada (car il n'importe en rien qu'il y ait quelque différence entre la position que leur assigne Ptolomée et celle qu'ils occupent aujourd'hui), on peut facilement supposer qu'ils habitaient les districts de Gadamès, le Fezzan, et quelques villages plus éloignés de la régence de Tripoli. 11 s'ensuit que les Mélanogétuliens, placés à l'ouest des Garamantes, correspondent, par la même raison , aux Béni-Mezzab , aux habitans du Ouad-réag, et aux tribus les plus méridionales de la régence d'Alger.
Ici se termine la partie descriptive de la relation du docteur Shaw , â laquelle nous croyons devoir ajouter une courte esquisse
historique des contrées qui en font l'objet, et que, nous empruntons à un ouvrage auquel toqi assure un véritable succès ( i).
/ • C'esjt au commencement du cinquième siècle que les Barbâtes foulèrent le sol de ces contrées; embellies par plusieurs siècles de civilisation. Genséric , avec ses Vandales, en chassa les Romains ; ses successeurs s'en virent dépouillés à leur tour par l'empire d'Orient ; et bientôt après l'Afrique fut envahie parles Sarrassins. Ces nouveaux maîtres s'affaiblirent par leurs divisions. Destructeurs par goût, ils infestèrent les cotes de la Méditerranée ; enfin , après quelques siècles d'uue domination qui ramena la barbarie, ils furent subjugués paries Turcs , encore plus barbares qu'eux. Le grandseigneur , pour conserver ses conquêtes , établit des gouverneurs appelés deys ou beye.
Alors commença l'existence politique des côtes delà Barbarie, telle qu'elle est encore aujourd'hui. INous avons dit que les Romains, l'empire d'Orient , les Vandales et les Arabes, avaient été successivement maîtres de cette côte. De toutes les régences qui la composent , la pre-
(i) C'est la Biographie universelle et classique ou Dictionnaire historique portatif.
{Note du traducteur.)
mière et la plus puissante est celle d'Alger. Elle donna asile aux Maures chassés d'Espagne sous Ferdinand et Isabelle. Les Espagnols, pour arrêter les brigandages de ces exilés, firent une irruption en Afrique au commencement du seizième siècle , et assiégèrent Alger qui se soumit à un tribut Mais bientôt les Algériens furent délivrés par le corsaire Barberousse , qui, après avoir étranglé Selim Eu terni , chef arabe voisin , qui , étant venu au secours d'Alger , y régnait de fait, gouverna en tyran, et laissa pour successeur son frère Hariadan. Louis IV, à l'exemple de Charles-Quint, dont la première expédition fut glorieuse pour les chrétiens , et la seconde si funeste , en fit une contre les corsaires de Barbarie; mais elle fut infructueuse ; car , marlgré le bombardement de 1682 , et la promesse arrachée à ces brigands de respecter le pavillon français et nos côtes, ils ne cessèrent d'infester les mers. Les Anglais ont renouvelé, en 1812, et plus récemment en 1816, l'expédition de Louis XIV, mais avec aussi peu de succès. »
FIN DU VOYAGF. DANS LA RÉGKNCK d'aLGKR.