I. Flavim Saturniu
Fi lia bas I. Generis Fecit.
» Kas-Baite , vu sa distance et sa position par rapporta Sitifi et lgilgili, doit être le Satafi des anciens, comme Baboure doit être leur Ba-
silica.
» A quatre lieues au nord-est de Kas-baitc est la ville de Djim-milah, l'ancienne Gemella, située dans un pays entrecoupé de montagnes et de vallées. On y trouve de beaux restes d'antiquités, particulièrement les fragmens d'une des portes de la ville, et partie d'un amphithéâtre.
» L'Oued-el-Dsahab , après s'être réunie à la rivière de Djim-mi-lah, sépare les camps des Tol-hah de ceux des Béni-Mérouan ; et, séparant ensuite le territoire des Béni-Silione et des Fraidah , elle laisse les Béni-Omran et les Oûrarr très à l'ouest. Toutes ces tribus sont considérables. La dernière est placée précisément sur la grande route de Milah à Djidjel.
» La ville de Milah , le Milevum ou Milieu des anciens, à cinq lieues au nord-Ouest de Constantine, et à onze au sud -est de Djidjel, est bâtie de la même manière et dans la même position que Djim-Milah. Elle est environnée de beaux jardins, et tout son territoire est bien arrosé. Il y a une source au milieu de la ville, dont l'eau tombe dans un grand bassin carré , d'architecture romaine. Cet endroit fournit la ville de Constantine de légumes et de fruits. 11 produit entre autres de très belles grenades d'une grosseur extraordinaire, qui ont à la fois un goût doux et acide, et qui sont fort estimées dans tout le pays. Léon-l'Africain et Marmol parlent de la bonté de ce fruit, dont ils font dériver le nom de Milah.
» Trois lieues au-dessus de Milah , au sudsud-ouest, sont les ruines de Deik ou Medeik- Bou-essah , autre ancienne ville romaine sur la
limite du territoire des Certésiens. Il y existe plusieurs petites cellules de différentes constructions, taillées dans le roc, et une source d'eau excellente nommée Ain-el-Fouah , de la grande quantité de garance qui croît dans les environs, Les Ergh-ache , le Soua-gah et les Béni- ache-oure, habitent le territoire situé entre Milah et Deih. Au sud-est on trouve le Gibel-Ousgcr, longue chaîne de montagnes qui s'étend jusqu'à Constantine. Les anciens Chitues occupaient probablement le pays que je viens de décrire , entre Bougia et Milah.
• Tels sont les lieux et les tribus les plus remarquables du district montagneux de la Mauritanie de Sitife , vers la mer. Nous allons maintenant parcourir un pays plus uni. A cet effet, tournant a 1 ouest, nous traverserous d abord les plaines de Madjana , couvertes au nord par le Dra-el-Ham-mar, et à l'ouest par les montagnes d'Ouanougah. Ces plaines sont aussi étendues que fertiles; mais la grau de quantité d'eaux croupissantes (doù elles tirent vraisemblablement leur nom) qui s'y amassent après la saison des pluies , et qui se corrompent ensuite au printemps, y occasionent des fièvres endémiques d'une nature dangereuse. Ou rencontre dans ces plaines différens espaces cou-
verts de ruines , dont les Turcs ont tiré les matériaux pourbâtir un château et un fort, où ils ont une garnison, qui est chargée de surveiller les mouvemens des Béni-Àbbess, et des autres Kabyles et Arabes , leurs tributaires.
» Le territoire de Sod-ratah confine aux plaines de Ma-djanah à Test, et aux nord aux montagnes de Zammorah. Ce pays n'est ni aussi plat ni fertile que les plaines dont il vient d'être question, et n'offre de remarquable que le sanctuaire de Sidy-Embarak-Es-mati , marabout renommé pour sa sainteté. Ce lieu, dont nous aurons quelquefois occasion de parler par la suite, est à trois lieues à l'cst-sud-est de Borgh- Ma-d jana , et à sept lieues à l'ouest-sud-ouest de
Sctif. Les Salampsienset les Malchubrins, dont il a été question précédemment, s'étendaient, selon toute probabilité, â Test, non "seulement jusqu'ici, mais même jusqu'à Mésulah, et aux plaines d'el-Hothnah au sud.
» Après les Sod-ratah, on trouve les Ammer, qui campent le long des bords de la Robber- At-liah et de la Bousellam, fort au-delà do Setif. Cette tribu est puissante, mais d'une démoralisation telle, que les hommes prostituent ouvertement leurs femmes et leurs filles.
• 11 existe dans ce district diverses ruines,
dont aucune, toutefois , ne mérite d'être mentionnée, excepté celles de Setif, la Sitipha
ou Silifi des anciens, et la métropole de cette
«fa
partie de la Mauritanie. Cette ville pouvait avoir anciennement une lieue de circuit, et était bâtie sur une émibence exposée au sud.
Les Arabes l'ont détruite de fond en comble, et Ton n'y trouve plus ni murailles, ni citernes, ni colonnes antiques; le petit nombre de maisons que Ton y voit encore sont visiblement l'ouvrage de ses habitans actuels. Il existe au centre plusieurs sources très agréables, et dont les eaux étaient vraisemblablement distribuées jadis avec beaucoup d'art.
• Au sud des Animer sont les douares des Raigah , qui habitent les plaines de Cassir-Attyre, et s'étendent depuis les montagnes des Béni-Boutaleb jusqu'à Gibel-Yousef. Ces Arabes, favorisés parla nature de leur territoire , qui est arrosé par les ruisseaux de Kohber-attiah , de Beidah, de Berbess et autres , et renferme d'excellens pâturages et de bonnes prairies, élèvent beaucoup de bétail. Le Sitlaphionpedfon, ou la Campagne de Sitlafe de Ptolomée, pourrait bien avoir été ici.
Les el-Elmah, que l'on trouve après les Raigah, ont au nord les Béni-Merouan , et au sud
lesOuelled-Àbd-nore. On voit quelques ruines dans ce district. Entre autres lieux remarquables, sont la montagne et le tombeau de Sidy- Braham , à quelques lieues au sud de Hadjarel Ham-mar où la Pierre-Rouge, à moitié chemin de Constantiue. 11 y a à Hadjar-el-Ham-mar un ruisseau , et un sanctuaire fameux autour duquel les Zouôouiab habitent dans des matamores. Entre ce lieu et Mosteouah, montagne escarpée des Ouelled-Abd-nore, sont les montagnes de Tenou-teite, d'El-mai-chairah et de Tamagzah , ainsi que les sources d'el Ain-el- Kibche ou la Source des Brebis, et celle de Chibkah-el-Bazar, qui en est un peu au nord. Tous les ruisseaux de ce territoire tombent dans la Chibkah , et occasionent de fréquentes inondations, qui rendent une grande partiedu pays environnant fort malsain et peu peuplé.
Ce pays, avec celui des Ammer, des Raigah et autres tribus de ce district, paraît avoir été ha bité anciennement parles Cédamusiens; tandis que les anciens Duces occupaient les camps actuels des Ouelled-Eisa, des Ziganiah, et des autres tribus qui fréquentent les bords du Rommel et du Boumarzouke.
* A quelques lieues à lest des Hadjar-el- Ham-mar sont les douares des Ouelled-Eisah
qui se mêlent souvent aux Ouelled-Elmah et aux Ouelled-Abde-nore. Us habitent cependant plus particulièrement dan9 le voisinage du Gibel-Agrise, sur les bords de l'Oued-el-Haaiman, qui est un bras du Romrael, et dont j'ai déjà parlé. Au pied du Gibel-Agrise sont les sources qui ont donné le nom à la rivière. On y trouve aussi les ruines d'une petite ville.
• LesOuelled-Araimah possèdent le voisinage du Gibel-Filtaan, au sud-est des Ouelled- Eisah. Près des sources de la rivière Sigan, à l'ouest-sud-ouest des Ouelled-Araimah, et au sud des Ouelled-Eisah , sont les camps nombreux des Ouclled-Abdc-nore , tribu considérable et turbulente, qui possède beaucoup de terres labourables , outre la Moteouah et autres montagnes inaccessibles qui sont au sud. 11 existe dans ce district un grand nombre de ruines, dont les plus remarquables sont celles de Taggah et de Zainah , villes situées , à quatre cent cinquante toises environ l'une de l'autre, dans un pays ouvert et fertile, au-dessous du Gibol-Mostcouah. On parle rarement de ces deux villes séparément; les Arabes, à cause de leur voisinage, le* comprennent toute»
deux sous le nom de Tagou-Zainah. Elles sont séparées par un petit ruisseau. A Zainah ou
voit les débris d'un arc de triomphe soutenu par deux colonnes d'ordre corinthien.
» A cinq lieues à Test de Tagou-Zainah, près du Gibel-Àuress, au nord, se trouve un tombeau assez beau r situé entre deux éminences, et que Ton appelle Medrachem ou Mail- Cachem , c'est-à-dire le Trésor de Cachem. 11 a à peu près la môme forme que celui de Kobber-Romiah ; seulement il est plus grand , et la base de sa corniche est soutenue par des pilastres d'ordre toscan. Les Arabes, qui s'imaginent que ce tombeau renferme d'immenses trésors, l'ont ouvert avec aussi peu de succès que celui de Kobber-Romiah.
y> Le district ou s'élève ce mausolée porte le nom d'Ali-Yac-coute, probablement du nom de l'Ain-Yac-coute, c'est-â-dire la Fontaine du Diamant, qui se trouve au mileii. H y a plusieurs vestiges dé chaussées et d'autres ruines romaines, parmi lesquelles celle d'Om-oley-Sinaab, situées à un peu plus d'une lieue à l'ouest de Medrachem , sur la route de Tagou- Zainah, sont les plus remarquables.
» Tattobt, qui est sur les bords de l'Ain-Yaccoute au nord-est, à quatre lieues d'Om-Oley- Sinaab, et à huit lieues au sud-sud ouest do Constantine, était anciennement une ville con-
sidérable, maïs qui e9t aujourd'hui totalement en ruine. Hassan, le bey actuel de cette province , y découvrit il y a quelque temps plusieurs colonnes de beau granit, parfaitement intactes, et toutes de dimensions égales. Elles ont douze pieds de haut, et sont le principal ornement de la nouvelle mosquée que ce bey a fait bâtir à Constantine. Tattobt , au reste, paraît être la même ville que la Tadutti del'Ilinéraire d'Antonin , attendu sa position entre [jimbesa et Gemetlœ.
•» Le pays situé à l'ouest- nord -ouest de Tattobt, du côté de Gharla-Tache et de Djid- Milak, est en partie plat et fertile, et en partie montagneux et aride ; de plus on n'y trouve presque que des eaux saumâtres. Ce qui pourrait faire supposer qu'il formait anoiennement la limite entre la Mauritanie de Sitifeet le district des Cirtésiens , qu'il faut chercher près de ce méridien. Mais à Test et au nord-est de Tattobt, vers Tagzah et les sources du Boumarzouke, le sol est très fertile, et le paysage fort agréable.
)> La chaîne du mont Atlas, que nous avons quittée dans le territoire des Ouelled-Aly-Ben- Saboure, se prolonge par le Gibel- Yousef , montagne fertile qui est à cinq lieues au sud-
est de Setif. Sur le versant septentrional de cette montagne près des camps des Raigah, se trouve le petit village de Gidje-el, qui s élève sur les ruines d'une ville romaine. AprèsleGibel-Yousef viennent les montagnes des Ouelled-Sellem, où il existe d'autres ruines, que les Arabes nomment Zeiryah; puis celles de Mosteouah , qui sont hautes et escarpées, et qui , ainsi que celles des Ouclled-SeMern , inclinent au sud-est. J'ai déjà remarqué que ces montagnes sont en la possession des Ouelled-Abdcnore, tribu considérable qui campe, tantôt dans la plaine, et tantôt dans les montagnes, où leurs dissensions les obligent souvent de se retirer. Aly-Ben-Gy-Doune, émir de cette tribu, a plus d'une fois triomphé par sa valeur des Algériens, qui eussent immanquablement succombé daus leurs luttes ensemble, s'ils n'avaient appelé à leur secours les Hirkaat, les Ziganiah et autres Arabes du voisinage. Le Hadjar-Soudah ou le Rocher-Noir, et le district montagneux des Ouelled Hirkaat, forment le prolongement des montagnes qui s'étendent au sud-est, dans la même direction que le Gibel-Yousef et le Mosteouah. Au pied de ces montagnes, près du Gibel-Auress , on trouve Baitnah, vaste amas de ruines, extraordinaircment bien ar-
rosé, et qui est à moitié chemin entre Constantine et Bescara.
• Le Gibel-Auress ou Evress , comme les Turcs le prononcent , est le mont Àurasiu* du moyen âge, et le mont Jludus de Ptolomée. il s'étend au-delà des montagnes des Hirkaat, au sud de Constantine. Ce n'est pas une seule montagne, comme son nom semble l'indiquer, et comme le dit Procope, mais une véritable chaîne entrecoupée de petites plaines et de vallées. Ces montagnes, qui sont cultivées depuis leur base jusqu'à leurs sommets, sont très fertiles , et peuvent être considérées comme le jardin de la régence. Elles ont environ cinquante lieues de circuit , ou trois grandes journées, comme dit Procope.
» La partie septentrionale seule , où les Algériens envoient tous les ans un camp , est habitée par un si grand nombre de tribus , que ces troupes ne font pas moins de quarante stations pour prélever lecarache. Toutefois, elles passent rarement l'Ain-ou-Heide , source intermittente qui est au sud-est , et qui ne coule , m'a-t-on assuré, que les vendredis. Ces montagnes sont aussi d'un accès fort difficile au sud; aussi les Turcs redoutent-ils de s'avancer vers le territoire de la belliqueuse tribu des Near-
die, qui en comprend une partie, et qui est à l'abri de toute attaque de leur part. Le siège de leur dachekras s'élève sur un grand rocher conique et inaccessible qui parait être le Péira- Geminiani, ou le Tumar de Procope, puisqu'il correspond exactement à la description que cet historien nous donne de ces deux endroits.
» 11 eiiste de nombreuses ruines dans toutes ces montagnes; les plus remarquables sont celles de l'Erba ou Tezzoute, qui ont près de trois lieues de circuit. On y voit, entre autres fragmens de l'antiquité , de maguifîques débris de plusieurs portes de la ville. Les Arabes disent que ces portes étaient au nombre de quarante, et qu'à l'époque de la prospérité d'Erba il arrivait souvent de voir sortir quarante mille hommes armés par chacune d'elles. Il y a encordes gradins et une partie delà toiture d'un amphithéâtre , le frontispice d'un beau temple d'ordre ionique qui était dédié à Esculape ; une salle plus longue que large , avec une grande porte à chaque extrémité, et qui était peut-être destinée à faire un arc-de-triomphe; enfin le Cobb-el-Ar-rosah ou le Dôme de la Mariée , nom que les Arabes donnent à un joli mausolée bâti en dôme , et soutenu par des colonne? d ordre corinthien .
» Ces ruines, et plusieurs autres semblables, font suffisament connaître quelle a été l'importance et la grandeur de la ville qui s'élevait sur leur emplacement. Aussi , quand bien même nous n'aurions pas l'autorité des inscriptions, nous n'en serions pas moins disposés à croire que l'Erba ou Tezzoute est la LamOesa des anciens. La manière dont il en est tait mention dans l'Itinéraire d'Antonio , prouve que cette ville devait être une des plus considérables de ce pays; d'ailleurs les distances et les directions que l'auteur donne pour s'y rendre indiquent suffisamment sa position. 11 dit qu'elle formait, avec Theveste et Sitifi, un triangle irrégulier, dont la hauteur devait être déterminée par la distance de Cirla. Ptolomée en plaçant Sitifi au sud de Cirta et de Lambe&a, c'est-à-dire au point où est aujourd'hui la ville de Theveste, donne à chacune de ces villes , une position très différente de celles qu'elles ont réellement. 11 nous apprend cependant que la troisième légion d'Auguste était stationnée à Lambesa.
» Je terminerai mes observations sur les montagnes d'Auressen faisant remarquer que les indigènes qui les habitent ont un air et une physionomie difTérens de leurs voisins.
Loin d'être basanés, ils ont, au contraire , le teint blanc et rosé, et leurs cheveux sont d'une couleur jaune -foncé, au lieu d'être noirs comme ceux des autres Kabyles. Ces dissemblances nous portent à croire ( quoiqu'ils soient d'ailleurs mahométans et qu'ils parlent la langue des Kabyles ) qu'ils sont , sinon la tribu dont parle Procope, du moins les descendans des Vandales, qui, bien qu'ils eussent été chassés de leurs forteresses , et dispersés parmi les familles africaines, trouvèrent cependant moyen, dans la suite, de se réunir en corps de nation , et de se rétablir dans quelques districts éloignés. Il s'ensuit que les montagnes d'Auress, étant, si je ne me trompe, l'ancien Audits, ont dû avoir été habitées jadis par les Misa lames.
* La rivière Serkah prend sa source dans cotte contrée montagneuse , au sud de Tayrah et de Borgh-Touill , d'où, se dirigeant ensuite près du Gibel-Auress, elle reçoit le Soutos , ruisseau qui passe à Tezzoute , et quelques autres. Delà, elle prend le nom d'Oued-Abiadh ou la Rivière-Blanche , de la blancheur de ses eaux , coule au sud et entre dans le Zab, en laissant les Touaabah à quelques lieues à l'ouest. Cette rivière, coulant dans la direction du mé-
ridien de Constantine , a pu servir de limite naturelle entre la Mauritanie de Sitife et la Nu miel ie.
y> Nous allons maintenant décrire les différens districts de la partie orientale de la province de Constantine, contrée qui était anciennement occupée par les Cirtésiens, et était située entre les méridiens de l'Oued * el- Kébir et de Sgigata, à l'ouest, ayant au nordest les Nabathres, qui s'étendaient jusqu'au méridien de Tockoche, et les Iou tiens , qui étaient maîtres de l'autre partie de la Numtdie jusqu'à Tabarca.
» Au-dessus des Béni - belit sont les Béni- Ouel-banne, tribu considérable qui habite à moitié chemin entre Constantine et Sgigata.
La montagne escarpée de Sgoou est dans la possession de ces Kabyles. Sur le versant occidental gisent les ruines d'une ancienne ville que l'on nomme aujourd'hui Masarah. Les Grarah et les Hamzah habitent au delà à l'est ; ils occupent la frontière des Cirtésiens, au nord-est. Plus loin, le pays, qui devient plus uni, est habité par les Hareichah et les Fezarah. Le territoire de ces derniers renferme un grand étang, entre lequel et la ville de Bona se trouve Gonnara , amas de ruines dont
la partie la plus remarquable consiste en un vieux château.
» Les Ouelled - Bouzise ont leurs douarcs plus près de la rivière Sei- bouse, au sud des Hareichah. Leur territoire est plus boisé, plus montagneux que le précédent, excepté dans le Bou-Ham-mam, vers les bords de la Sei-bousc. Sur la limite orientale du Bouham-mam , du côté des Âin-Mylfah , on trouve un petit espace couvert de ruines, appelé Àchecoure, et un peu au-dessous, d'autres ruines et un grand nombre de sources thermales dont les eaux tombent dans un vaste bassin carré, qu'on reconnaît pour être un ouvrage des Romains. Ces eaux , que les habitans appellent Ham-man ou Hammah , à cause de leur chaleur, paraissent être les Aquœ-Calidœ ou Tibilitanœ des anciens , et les ruines , celles de l'ancienne Tibilis, attendu qu'elles sont à dix lieues sud ouest de Hippo-Regius , et à seize à l est de Cirta; ce qui correspond assez bien à la position que leur assigne l'auteur de l'Itinéraire d'Antonin.
» Sous le même parallèle de latitude que les Ouelled- Bou-zi-se, mais à l'est de laSei-bouse, sont les Ouelled-Masoude, qui habitent à lopposite des Ànebbiens et des Merdass. Les
Chebnah, que l'on trouve ensuite, sont au sud des Ma-zoulah. Ces deux tribus possèdent un vaste territoire très fertile, quoiqu'un peu montagneux. Les Ouelled-Aly demeurent audessus des Chebnah , et les Béni-salah au-dessus desOuelled-Ma-Soude : ce sont aussi deux puissantes tribus, qui cultivent le district montagneux situé au bord de la Hamise , bras occidental de la rivière Me-djerda.
» Au nord-ouest des Béni-Salah , et au-dessous de la montagne du même nom , on trouve le district de Mô-nah, pays uni et fertile, arrosé par la Sei- bouse, au sud. Les Bou-ham-mam et les Ain-Melfah habitent vis-à-vis. Alachoure, ancienne ville romaine, s'élève sur les bords de cette rivière , à Test. Au-dessous des Béni-Salah, et à proximité de Y Aquœ-TibUitanœ y est Gelma ou Kalmah , comme les Turcs le prononcent. C'est une ville en ruine où l'on remarque encore des colonnades entières, et d'autres antiquités que je ne pus pas examiner, à cause des démonstrations hostiles que faisaient alors les Béni-Salah. Gelma est indubitablement la Calama , l'objet de tant de graves discussions géographiques, et qui devait être située entre Hippo-Regius et Constantine, mais cependant plus près de cette dernière ville que
de l'autre , comme le remarque saint Augustin.
» Au nord des Bou-ham-mam sont les montagnes d'Artyah et les Arabes Ly-Aichah; ceuxci s'étendent au-delà du Oued-el-Ze-nati au sud , et campent quelquefois dans le territoire des Girfah. C'est dans leur district que se trouvent les Ham-mam-Meskoutin ou les Bains- Enchantés. Ce sont plusieurs sources thermales situées dans un fond , entourées de montagnes , et dont les eaux , qui sont à une température très élevée, après s'être réunies, se jettent dans la rivière Zenati. On voit auprès les ruines de quelques maisons qui servaient apparemment autrefois à loger ceux qui venaient faire usage de ces thermes.
» Les Girfah , voisins des Ly-Aichah , ont les Béni-Salah à Test, les Grarah et les Hamzahau nord. C'est une tribu nombreuse qui descend peut-être des anciens Ze-nati. Leurs d ou ares s'étendent depuis les bords des rivières Seibouse, Sebba-Ai-oune et Ze-nati, jusqu'à ceux de la SerfFet de l'Alligah ; il est possible que la rivière Ze-nati ait pris son nom des anciens habilans du pays. Tout ce district, qui est entrecoupé de collines et de vallées, est très fertile. Les parties montagneuses renferment
des bois de haute futaie et des plantations d'oliviers.
» Sur uneéminence, à deux lieues au sud-est des Ham-mam-Meskoutin, et près de Tune de ces plantations, sont des ruines d'une grande étendue que Ton appelle Ànounah. On y remarque, entre autres choses, un petit édifice carré presque entier, et qui doit avoir été une chapelle de chrétiens, attendu que l'on distingue encore la figure d'une croix au-dessus de la porte;
» Alligah , autre ville en ruine , est à sept lieues à l'ouest-nord-ouest Anounah , et cinq lieues à Test de Constantine. Elle est située dans une plaine, sur le bord occidental d'une rivière qui porte son nom. Seni-ore, autre amas de ruines , se trouve à dix lieues au sud d'Ânounah , non loin de la rivière Serff. Il existe dans cet endroit une grande tour, une source d'eau excellente, et de très bons pâturages; mais les forêts voisines sont le refuge d'un si grand nombre de bêtes féroces, que lesGirfah ne fréquentent guère ce district.
» Les Ouelled-Braham confinent aux camps des Girsah à l'ouest, et s'étendent jusqu'à Constantine. Leur territoire, qui est moins boisé que le précédent, peut avoir formé jadis
la partie orientale du pays des Cirtésiens. J'ai déjà parlé de la partie occidentale située près de Tattobt , Djidmilah , etc. On trouve sur le territoire de ceux qui habitent le plus près de Constantine, Bir-Staal , où il y a , ainsi que son nom l'indique, un puits de construction romaine situé entre les rivières Alligah et Hydrah, et qui est Tune des sources de la Bou-marzouke. Sommah , belle plaine au milieu de laquelle on voit un amas de ruines , est un peu au sud d 'Hydrah. Quatre lieues plus loin est l'Ain-el- Trap ou Trab, c'est-à-dire la Source- Bourbeuse, dans un pays fertile qui appartient aux Ouelled-Isah. Phys-giah, où il existe aussi des ruines romaines, est à quatre lieues à l'ouest de l'Âin-el-Trap, et à cinq au sud-ouest de Constantine. Il y a ici une source très abondante qui fournissait autrefois d'eau la ville de Constantine. La haute montagne de Ziganiah est dans le voisinage ; et , à deux lieues de cette montagne , sur les limites du territoire des Ouelled-Isah, sont des ruines auxquelles on donne le nom de Tagzah, dans un beau pays bien arrosé. Un peu plus loin, dans la même direction, est le Borgh-Touill ou la Grande-Tour, seul débris existant d'une autre ancienne ville des Cartésiens, située dans une
contrée non moins fertile que celle qui entoure Tagzah. 11 faut que l'un ou l'autre de ces deux endroits, mais plus vraisemblablement le dernier, soit la Turris Cœsaris que l'Itinéraire d'Antonin place è quarante milles romains (i5 lieues de 2000 toises) de Cirta, par la route de Sigus. Quant à cette dernière ville, qui est à six lieues de la Turris Cœsaris, au point d'intersection des routes de Theveste et de Tipasa à Constantine, on peut la considérer comme ayant occupé l'emplacement deTemlouke, ville en ruine , bâtie dans une grande plaine, audessous du mont Telladise , à quatre lieues au nord-ouest de Borgh-Touill , et à sept de Constantine.
• De l'autre côté du mont Telladise gisent les vestiges d'une autre ville considérable, nommée Chbai-hi et quelquefois Chbai-hienta bent-Pharaoune , c'esl-â-dire Chbai-hi, des fils de Pharaon ; dénomination fondée sur une tradition qui veut que les Pharaons aient été autrefois maîtres de ce pays, et que la résidence du viceroi , qui devait toujours être un des fils du roi, était dans ce lieu. Cette ville se trouve aussi dans une plaine fertile et toujours verdoyante, par suite du grand nombre de sources et de ruisseaux qui l'arrosent. Sidy - Rou - geise,
grande chaîne de collines fertiles, est au-dessus de Chbai-hi, à quatre lieues au sud-est de Borgh-Touill.
» Pline place Cirla ou Constantine , comme on lappela dans la suite, à quarante- huit milles romains (18 lieues de 2000 toises) de la mer. Les historiens la dépeignent non seulement comme Tune des principales, mais aussi comme l'une des plus fortes villes de la Numidie. L'étendue de ses ruines attestent en effet qu'elle devait être fort grande, et sa position fait facilement juger qu'elle devait être très forte. La plus grande partie de son enceinte s'élevait sur une espèce de promontoire qui, se projetant très avant dans la mer, formait comme une presqu'île inaccessible de tous côtés, excepté au sud-ouest. Autant que j'en pus juger, cette partie de la ville devait avoir plus de huit cents toises de circuit. Du reste , elle inclinait un peu au sud , et se terminait au nord par un précipice de cent toises de profondeur. La vue, de ce côté, domine, à une grande distance, sur des sites magnifiques, formés par un grand nombre de vallées, de collines et de rivières. A l'est , elle est bornée par uue chaîne de rochers qui s'élèvent au-dessus de la ville ; mais au sud-est le pays est plus ouvert, et on y
( Si* )
découvre les montagnes de Sidy-Rougeise et celles des Ziganiah. De ce côté , le promontoire est séparé des plaines du voisinage par une vallée profonde, mais étroite , formée de rochers qui s'élèvent perpendiculairement de chaque côté , et où passe la rivière Roramel, sur laquelle il existait autrefois un très beau pont.
• La langue de terre au sud-ouest, près de laquelle se trouve la principale porte de la ville, a environ cinquante toises de large , et est entièrement couverte de débris de mura renversés, de citernes et autres ruines, qui se prolongent jusqu'à la rivière , et s'étendent ensuite parallèlement à la vallée ci-dessus. Telle était la position et l'étendue de l'ancienne Ciria. Constantine n'est pas à beaucoup près aussi grande, et n'occupe que le promontoire dont il
a été question.
• Outre une multitude de ruines en tous genres répandues sur remplacement de l'ancienne Cirla, il existe au milieu de son enceinte une réunion de citernes destinées probablement jadis à recevoir l'eau du Physgiah , qui y parvenait par un aqueduc. Il y a environ vingt de ces citernes qui occupent un espace de vingtcinq toises carrées. L'aquéduc est plus endommagé que les citernes; mais ce qui en reste
prouve le génie des Cirtésiens , qui ne cràignirent point d'entreprendre un ouvrage d'une aussi prodigieuse dimension.
• Au bord du précipice , situé au nord, Sont les débris d'un grand èt bel édifice, qui sert aujourd'hui dé caserne à la garnison turque.
On y toit aUssi quatre piédestaux de chacun sept pieds de diamètre, qui paraissent avoir appartenu à un portique. Ils sont d'une pierre noire pett inférieure au marbre , et qui paràît avoir été tirée des rochers sur lesquels la ville s'élève.
» Les piliers formant les côtés de la principale porte de la ville , qui sont d'une belle pierre rongeât re, comparable au marbre, sont artistentent sculptés. On voit , incrusté dans Un mur du voisinage, un autel en beau marbre blanc, et en saillie Un vase bien conservé, de ceux qu'on appelait simpulum. La porte du côté du sud-est est du même style d'architecture que la porte principale , quoique plus petite. Hlle s'ouvre du côté du pont qui, comme je l'ai dit , traversait la vallée dans cet endroit.
» Ce pont était un chef-fJ'œuvre dans son genre. La galerie et les colonnes des arches étaient ornées de corniches, de festons, de têtes de bceufs et de guirlandes. L'entre -deux de
chaque arche était surmonté de caducées et autres figures. Entre les deux principales arches, on voit, sculptée en relief, et très bienexécutée, une femme marchant entre deux éléphans, et dont la tête est surmontée d'une grande coquille en forme de dais. Les éléphans ont la tête placée l'un vis-à-vis 1 autre, et leurs trompes croisées. La femme, qui est coiffée en cheveux , a pour vêtement une espèce de large chemise, dont elle relève devant la partie inférieure avec la main droite, en regardant la ville d'un air moqueur. Si ce morceau de sculpture s était trouvé partout ailleurs, j'aurais pu croire qu'il servait d'ornement à quelque fontaine, parce qu'il est assez connu que l'on y représentait quelquefois des sujets comiques ou badins.
» Au-dessous du pont, le Rommel tourne au nord , et coule dans cette direction , pendant près de deux cents toises, par un conduit souterrain que l'on a ouvert en plusieurs endroits, soit pour y puiser de l'eau, soit pour nettoyer le canal. Sans ce passage, il se serait inévitablement formé ici un lac considérable qui aurait fini par inonder une grande partie des terres voisines.
» Parmi les ruines qui sont au sud-ouest du
pont, on remarque un arc de triomphe presque dans son entier. On le nomme le Cassir- Goulah ou le Château du Géant. 11 se compose de trois arches, dont celle du milieu est la plus spacieuse. Toutes les bordures et les frises sont enrichies de figures, de fleurs, de faisceaux d'armes, et d'autres ornemens. Les pilastres, d'ordre corinthien, élevés de chaque côté de la grande arche , sont sculptés de la même manière que les piliers des portes, et dans un assez bon état de conservation ; mais les colonnes du même ordre qui soutiennent le fronton sont rompues et très endommagées (i).
» A deux cents toises à lest de Sidy-Mimon ,
(i) A environ trente lieues sud de Bona , dit M. Blaquières, s'élève Constantine, la Cirtaàe l'antiquité. Elle est bâtie sur uuc haute colline, qui, convenablement fortifiée, offrirait une bonne position militaire. Ony entre au nord en passant un immense pont de construction romaine, et qui se compose de trois rangs d'arches. L'intérieur offre de tous côtes des débris de son ancienne splendeur, des colonnes de granit , des piédestaux , des frises brisées , et d'innombrables inscriptions grecques, latines et puniques. Sa population , composée en grande partie de Turcs, de Maures et de Juifs, s'élève, dit-on, à 3o,ooq ames. Cette ville, qui est à 67 lieues 1/2 d'Alger, est située par 56° a.V de latitude nord et 3° 48' de longitude est du méridien de Paris. {Note du traducteur.)
le Rom Miel , sortant de sou canal souterrain, forme une grande cascade qui domine la partie supérieive de la ville, et d'où aujourd'hui, comme autrefois , ou précipite le» criminels. Un .peu au-delà de cette cascade, se trouve la kabat-bir-a-haal, nom que porte une belle source d une eau limpide et transparente* et qui nourrit un grand nombre de tortues. On a fait biin de» contes extraordinaires à cet égard, mais sans le moindre fondement.
» Laissant Çonstantine et les Oueltad-lsah au nord et au nor^J r ouest, ou entre dans le district des Heq-iNeicbab , qui sont, non seulement une tribu puissante et guerrière , mais encore très civilisée. Les Algériens leur sont redevables des différent avantages ^u'iis ont remportés dans leurs dernières guerres contre les Tunisiens. Leur district, le plus fertile et le plus étendu de la INumidie , est situé entre les rivières Hamise et Myski anah, qui sont : celle-ci le bras le plus méridional , et l'autre le bras le plus septentrional de la Hedjerdah. 11 qest peut-être pas un arpent de terre dans tout ce pays qui ne soit arrosé par une source ou un ruisseau. Les anciens habitans avaient si bien profité de cet avantage inappréciable , qu'il y avait à peine jadis un cours d'eau près
duquel il n'y eût quelque ville ou village Mais leschosessont tellement chaugées aujourd'hui, que tout ce territoire n'offre plus qu'un amas de ruines , quelques noms et quelques inscrio» tions , seuls témoins de sa splendeur passée. Les plus remarquables d'entre ces ruines sont celles de Daha-mam, à seiae lieues au sud-est de Constantine , sur la route de Tipsa ; celles d'Ama-mah, à trois lieues de là, vers le sud ; et celles de Grisah , à six Keues au nord-est d'Ama-mah.
» Tiffeche, l'ancienne Theveste, est, je crois, la seule ville de ce district qui ait conservé è peu près son ancien nom. Toutefois, elle est aujourd'hui complètement en ruine. Elle est située dans une belle plaine arrosée par un petit ruisseau, à environ six lieues au sudsud est de Gelmah, à huit lieues nord-est de Daha-wam , et à dix-neuf lieues ù IVstsud-est de Constantine.
» El-Galtar, ville ancienne située à l'extrémité orientale du territoire des Hen-Neichah , est à huit lieues de Tiffeche. Trois lieue» plus loin, an nord-est, on trouve Tage-elt, autre ancienne ville qui était renommée par l'abondanee des fruît9 que produisait son territoire. Les Ouelledi-lés et Ie9 Ouiran habitent les plai-
neâ qui sont autour de ces villes. Viennent ensuite les Ourgah , dont les douares s'étendent jusqu'à Cassir-Djibbir, petit village à huit lieues d'el- Gattar à lest. Il existe ici quelques vestiges d'un aquéduc et d'une ville ancienne ; et comme il y a aussi des sources dans le voisinage , tandis que le pays environnant manque de bonne eau , je suis tenté de croire que Cassir-Djibbir est bâti sur l'emplacement de la N ara g gara, auprès de laquelle on dit que Scipion campa , parce qu'il y trouva de l'eau.
» La rivière Seraat , qui sert de limite à la régence du côté de la terre-ferme , est à quatre lieues plus loin, à Test. L'eau en est un peu saumâtre. Elle se jette dans le Mc-djerdah. Près de ses bords, â l'ouest , à cinq lieues sud-sud-est d'el -Gattar , est Callah , Gellah ou Gellah-at- Sbaan, village considérable bâti sur une haute montagne conique , et auquel conduit un seul chemin fort étroit. Cet endroit, qu'on- ne saurait réduire que par famine ou que par surprise, sert d'asile aux rebelles et aux criminels des deux régences, qui y sont nourris et entretenus jusqu'à ce que leurs parensou leurs amis aient obtenu leur grâce ou arrangé leurs affaires. A une petite distance du pied de cette
montagne sont les ruines de Gasta , ville jadis considérable.
» Un peu à l'est de Gellah , la rivière Seraat se jette dans la Myski-anah, dont la source principale est à Ain-Thyllah , à dix-huit lieues de là, à l'ouest. Cette rivière coule parallèlement à THamise , qui en est à dix lieues , et sépare les Hen-Neichah des Ne~men-chah, tribu également puissante et nombreuse , mais moins civilisée que les Hen-Neichah. A six lieues â l'ouest d'Ain -Thyllah , vers les confins du Gibel-Auress , se trouvent les ruines de Bagay, ville autrefois importante. 11 y passe une rivière qui porte le même nom , et qui se jette en arrière de la ville, dans le Mailah, grand étang d'eau salée, auprès du Gibel- Ouste, montagne célèbre du côté de Sidy-Rougeise. On pourrait croire, à l'analogie des noms , ainsi qu'à la position , que ce sont ici la Bagais e\YAbiga$ dont parle Procope.
» Niny, jadis ancienne et grande ville de Numidie, est à quatre lieues trois quarts à l'est de Bagay. A sept lieues au sud se trouve Tout, village des Ne-men-Chah, qui tire son nom des bois de mûriers qui croissent ici admirablement bien. Barbar, où l'on trouve encore des ruines d'une grande étendue , est
situé dans une vallée, à cinq lieues au sudouest de Tout. Maha-mall , le principal village de ces Arabes , est dans un terrain fort pierreux, à moitié chemin entre Bagay et Tipsa.
Ok-koss , autre de leurs villages , est bâti sur remplacement d'une ancienne station des Romains, sur le pen chaut d'une haute montagne, à six lieues nord-est de Maha-mall. A quatre lieues à Test d'Ok-koss est Tipsa ou Tibessa , la Tipasa des anciens , aujourd'hui place frontière des Algériens , et où ils ont une garnison. Cette ville, qui est parfaitement bien située, à une petite distance des montagnes, conserve encore quelques traces de son ancienne importance, entre autres Sa principale porte, et quelques débris de ses vieilles murailles. Il existe dans les montagnes du voisinage une grande et spacieuse carrière qui est peut-être la caverne que l'on assura à Léon -l'Africain avoir été habitée autrefois par des géans.
» La Me-lagge passe à Tipsa, et, se joignant en arrière de cette ville à la Maliana (nom que porte la Myski-anah au-dessous d'Ok-koss), elle donne son nom à cette rivière , et reçoit ensuitel'Ain-elHaloufe,feChibrou,el quelques antres gros ruisseaux des environs. Bile est aussi considérable que la Bou-marzouke ou
le Rpmrael. Kisab n'est pas éloignée de Tipsa à l'est. Quatre lieues plus loin, au sud, ae trouve Bi-cari-ah, bâtie sur le* ruine» d une ancienne ville. À quatre lieues au sud -ouest on rencontre Lerneb, qui s'élève aussi sur les ruines d'une ancienne ville. Derrière celle-ci on voit la continuation de cette partie du mont Atlas qui se dirige du coté du désert»
» En retournante sa partie occidentale, ou trouve d abord le Gibel-l-ate, ramification du mont Atlas, lequel s'étend d'ici jusqu'au Djerid des Tunisiens.
v A droite du Gibel- 1-atc s'élève le Gibel Djourb-sab, et se trouve le territoire des Ouelied-Tabanae , où l'Ouelled-Kasaab prend sa source. Cette rivière se grossit considérableaient eu passant près du mont I-ate» d'où elle coule au sud-sud-ouest en baignant la partie occidentale de U ville de Mes-silab, et finit par se perdre daus le marais de Chot. A lest du Gibel Djourb-sah est le Gibel Soubiilab qu'habitent les Ouelled-Mousah-tben-Tyab, tribu nombreuse. Une rivière, qui porto aussi le nom de Sou-biliah , prend sa source dans ces, montagnes, çuule parallèlement à laKasaab, traverse le pays desel-Hothuah, laisse les, Jouaniel-Mograh un peu à l'est, prend ensuite le
nom de Nakkar , et se perd aussi dans le Chot.
» Contigus au mont Sou - billah sont l'Anouaal , la Genisah, la Monkar, et autres montagnes des Béni-Bou-Taleb , Kabyles puissans qui habitent au-delà des Raigah , a quatorze lieues nord-est de Mes-silah. Ce district serait l'un des plus florissans de la régence , si Ton exploitait convenablement ses mines de plomb . Mais les Béni-Bou-Taleb , soit par jalousie , ou par ignorance, ne veulent pas que Ton en tire au delà de ce qui leur est nécessaire pour leur usage, et pour payer leur tribut.
» Les montagnes des Ouclled-Aly Ben- Sa boure sont situées près de celles des Béni-Bou- Taleb. Djih-bah, qui n'est qu'un monceau de ruines, se trouve au pied de ces montagnes, à l'est ; mais je n'ai pu découvrir l'ancien nom de ce lieu , ni celui de l'endroit dont j'ai parlé plus haut, et qui se nomme maintenant Smichah.
» Le Ras-el-Ai-oune ou la Source des Fontaines est à deux lieues du Djih-bah, et a huit de Setif, au sud. C'est la principale source de la rivière Nic-kôse, qui prend ensuite le nom d'Oued-el-Barikah , du district qu'elle arrose. Cette rivière coule dans la même direction que la Sou-billah et la Rasaab , c'est-à-dire au sud-
ouest. Les habitans tire ut partie de ses eaux poui- arroser leurs terres ; le reste se perd dans le marais de Chot.
» Entre les rivières Barikah et Kasaab , au sud des montagnes dont il vient d'être question, s'élendent les grandes et fertiles plaines d'el-Hothnah , qui sont cultivées par les Ouelled-Draage, une des principales tribus de cette province. Ce pays-ci , étant sur la lisière du désert, est en général plus sec et plus sablonneux que celui qui est plus au nord; ce qu'in^ dique son nom. Cependant , à force d'irrigations faites au moyen de la Soubillah et de la Kasaab , les moissons y sont très abondantes.
» Mes-silah s'élève sur le bord méridional de l'cl-Hotnah, à neuf lieues au sud-sud-ouest de Sedy-Embarak-Es- mati, et un peu moins à l'ouest des Djô - am - el- Mograh ; de manière qu'Abulféda se trompe en la plaçant à sept lieues seulement de Constantine. C'est un endroit fort sale, comme la plupart des petites villes de ce pays. Les maisons y sont bâties de roseaux enduits de terre , ou de tuiles séchées au soleil. Les Algériens y avaient autrefois une garnison de trois compagnies d'infanterie ; mais ils n'y ont plus aujourd'hui qu'un petit détachement de Spahis , qui n'ont pas grand
chose â faire , et qui , en cas d'attaque , n'auraient d'autre ressource que dans leur courage, car il n'y a point de fort. Le climat est trop froid, tant ici que dans les différent districts qui bordent le désert, pour que les dattes puissent y venir a maturité; aussi n'y recueille- 1on que des pèches 9 des abricots, et autres fruits très abondans dans la partie septentrionale de la Barbarie.
y> A huit lieues à Test-sud -est de Mes silah, et un peu au sud-ouest des Djô-am-el-Mograh, est l'Ain-el-kelb ou la Source du Chien. On passe ensuite la Nak-kar (nom que prend la rivière Sou billah, près du marais de Chot, dans lequel elle tombe), et à cinq lieues plus loin , à l'est , encore une fois la Barikah ; après quoi on entre dans les plaines de ce nom , qui sont cultivées de la même manière que celles du Hothnah, par les Ouelled-Sidy-Mahamet- Ben - Hadge. La partie orientale du Hothnah botne ce district au nord ; et au sud-ouest on trouve le Lesbaah, district entrecoupé de montagnes et de vallées stériles, qui sont sur les bords du Chot. Le GibekSoffian, montagne escarpée habitée par les Ouelled-Yousef, est à trois lieues au nord-est de la Barikah , et au sud-sud-ouest de la Ras-el-Ai-oune. Le petit
ruisseau de Bou-na-zouze prend sa source dans cette montagne ; et , laissant la Barikah à trois lieues à l'ouest, se jette dans la Midar-Ben-Yousef, ou dans les plaines fangeuses des Béni-Yousef , à lest du Chot.
» A trois lieues au-delà , et dans la direction du Gibel-Soffian , gisent les ruines de l'ancienne Tubuna; ce que semble indiquer son nom moderne Tobnah , et que confirme sa position relativement à Igilgili. Ces ruines sont situées dans une belle plaine entre les rivières Barikah et Bou-ma-zouze. Les Arabes ont si complètement détruit tout ce qui existait de Tubuna, qu'il serait difficile de déterminer aujourd'hui quelle était autrefois son enceinte. Les Arabes assurent qu'il y a des trésors enfouis sous ces ruines ; opinion qui peut avoir donné lieu au dicton suivant : « Le trésor de Tobnah
Tu
chez-le. »
» Em-dou-kal , petit village entouré de montagnes, est à sept lieues au sud -sud -ouest de Tobnah , et a seize au sud-est de Mes silah. On trouve ici les premières plantations de palmiers, quoique le fruit n'y parvienne pas à un degré parfait de maturité.
• Le Chot est une grande vallée marécageuse
qui s'étend , avec quelque interruption, entre deux chaînes de montagnes , depuis le voisinage d'Em dou-khal, jusqu'à l'ouest du méridien des Mes-silah. Le mot de Chot si. nifie communément le rivage de la mer, les bords d'un lac ou d'une rivière. Mais ici la signification , qui est un peu différente , veut dire la lisière d'une plaine qui , selon les diverses saisons de l'année, est couverte de sel ou inondée. Plusieurs parties du Chot consistent en un sol fangeux qui, après les grandes pluies ou le débordement des ruisseaux voisins, se convertit en un sable mouvant , très dangereux pour les voyageurs qui n'y marchent pas avec précaution. La Croix s'est trompé lorsqu'il a dit que toutes les rivières de ce pays coulent du sud au nord , puisqu'il y en a ici cinq assez considérables qui coulent au contraire du nord au sud, sans parler de plusieurs autres dont le cours est fort différent.
» Après avoir passé la Bou-ma zouse vis-à-vis de Tobnah , on arrive à une montagne d'où l'on tire d'excellente pierre de taille, et où l'on voit beaucoup de gros quartiers de terre façonnés de manière à être employés dans la construction des maisons. Cette montagne s'appelle Mockat-et- Hadjar ou la Carrière. Les
Arabes prétendent que toutes les pierres dont on s est servi pour bâtir Setif , et vraisemblablement aussi Nic-K.ôse, Djig-bah, et autres vill^ du voisinage , ont toutes été tirées de cet endroit.
• A quatre lieues de Mockat-el-Hadjar, se trouve Bou-maggar, petit district fertile, et qui renferme quelques ruines d'anciens édifices.
Entre ce district et le Ras-el-Ai-oune, au milieu d'une plaine environnée de tous côtés de montagnes qui en sont à une certaine distance, est la petite ville de Nic-Kôseou Ben-Kôse, comme l'appellent les Turcs , qui y ont une garnison d une compagnie d'infanterie et quelques pièces de canon ; elle est environnée d'un rempart en terre. Les ha bilans sont presque tous des Zou-ouiah, et sont spécialement sous la protection de Sidy-Lassan, leur saint tutélaire. Avec le revenu de son sanctuaire ils entretiennent deux cents thalebs. Il passe à Nic-Kôse un ruisseau dont l'eau ne sert point aux usages domestiques , parce qu'elle est imprégnée de parties nitreuses. On trouve ici des vestiges d'une grande ville, et , comme à l'ordinaire , des débris de colonnes, de citernes et de murs.
• La ville de Nie- Rose se glorifie de posséder les tombeaux de sept dormeurs que les habi-
tans soutiennent fermement avoir été de bon* Musulmans (i).
v A moitié chemin, entre le Ras-el-Ai-oune et les montagnes des Ouelled-Aly Ben-Saboure , on trouve d'autres ruines, parmi lesquelles sont des citernes et des auges de pierre, où se jettent les eaux abondantes de la source d'Azell. A trois lieues au sud-sud est du Ras-el-Ai-oune, sontles montagnes des Ouelled-Sultan, qui ont pour voisins les Ouelled FathmahetlesLakhdar. Ccsderniers sontune tribu de Kabyles aussi sauvages que leurs montagnes. Us s'étendent depuis laBou-ma-zouse, à travers CassoureetMeder-ri, jusqu'au versant occidental du Gibel-Auress.
Les Ouelled-Zei-an sont les voisins des Lakhdar au sud. On trouve ici le viUagede Lô-taiah, démembrement de la tribu des Ahyle ou Hyle- Ben-Ali , la plus considérable de cette province. Outre leurs grandes possessions dans ce district montagneux, ils s'étendent encore fort avant dans le désert. La Oued-el-kant-rah ou la Rivière du Pont est connue de presque tous
(1) L'opinion commune est qu'ils dormirent dans une caverne du mont Ochlon, près de la Tille d'Ephèse, depuis l'an 553 jusqu'à l'an 408 de l'ère chrétienne, c'est-à-dire depuis la persécution de Décius jusqu'au temps du jeune Théodose. {Note du traducteur.)
ces Arabes. Elle commence au -dessous des Ouelled-Fatmah, et serpente à travers le territoire de Lakh-dar, où est le pont qui lui donne son nom ; elle arrose dans le surplus de son cours les districts des Ouelled-Zei-an et des Lo-taiah , et enfin les jardins de Biscara.