‹ Description géographique, physique, philologique, etc., de cet étatChapitre 3 sur 16 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des quadrupèdes, des oiseaux, des insectes, des poissons , etc.

« Comme la principale richesse des Arabes Bédouins consiste dans le nombre de leurs troupeaux , je décrirai d'abord ici les différens animaux que Ton trouve dans ces contrées , en commençant par ceux que Ion appelle domestiques , en ce qu'ils sont les plus profitables à l'homme.

y> Le cheval , qui faisait anciennement la gloire de la Numidie, a beaucoup dégénéré depuis un assez grand nombre d'années, ou plutôt les Arabes négligent l'éducation de ce bel animal, dans la crainte où ils sont de se voir tôt ou tard frustrés de leurs peines par les officiers turcs, qui ne manqueraient pas de leur enlever leurs chevaux, pour peu qu'ils en valussent la peine ; d'où il résulte qu'aujourd'hui les haras de la Tingitanie et de l'Égypte l'emportent sur ceux de la Barbarie , tandis qu'il n'y a qu'environ un siècle les chevaux barbes jouissaient d'une réputation justement méritée ; ils étaient surtout renommés pour la sûreté de leurs pieds, leur douceur à se laisser

dresser et monter, la longueur de leur pas, etc. On ne sait ici ce que c'est que de trotter ou d'aller à 1 amble ; les Arabes regardent même ces allures du cheval comme inconvenantes.

On n'en admet que deux, le pas et le ga lop.

• L'âne et le mulet sont de tous les animaux de la Barbarie les plus propres à la fatigue , outre qu'ils n'exigent pas la moitié autant de soins que le cheval. On ne se sert pas beaucoup d'ânes à Alger comme montures ; mais ils sont d'un usage général comme tels à Tunis , ou il y en a en grand nombre d'une belle race. Le mulet est très estimé dans les deux régences, et I on s'en sert plus volontiers que du cheval. 11 est certain qu'il a le pas plus sûr et qu'il est plus fort que ce dernier. Quoi qu'en disent Pline et d'autres auteurs , je n'ai jamais ouï dire que le mulet fût prolifique.

• 11 y a dans ce pays une autre espèce àv petit mulet nommé kumrah , provenant de l'accouplement d'un âne et d'une vache. On l'emploie comme bête de somme , et il est d'un usage général. Ceux que j'ai vus n'avaient qu'un ongle au pied comme l'âne; mais ils différaient d'ailleurs de ce quadrupède sous tous les autres rapports, ayant la peau plus

lice , une queue et une tête rie vache , mais sans cornes.

t Quelles que soient les bonnes qualités de tous ces animaux, aucun d'entre eux ne peut cependant être comparé au chameau pour le travail et la fatigue. Il peut se passer de boire pendant quatre ou cinq jours de suite , et n'exige d'autre nourriture qu'une petite quantité de fèves et d'orge , ou bien quelques morceaux de pâte de farine. C'est ce que j'ai souventétéà même de remarquer dans mon voyage au mont Sinaî , quoique chacun de nos chameaux portât au moins sept quintaux, et que nous fissions des marches de dix et quelquefois de quinze heures par jour, à raison de plus d'une lieue par heure. Ces qualités précieusesdu chameau sont sans doute cause que les Arabes s'appliquent par tous les moyens a en multiplier le nombre, qui surpasse en effet dans leurs troupeaux celui de toutes les autres bêtes de somme.

• L'espèce de chameau que nous appelons dromadaire porte ici le nom de mai hary II n'est pas aussi commun en Barbarie qu'au Levant; il se distingue surtout du chameau ordinaire par son extrême vitesse. Les Arabes disent qu'il peul faire autant de chemin dans un jour qu'un

de leurs meilleurs chevaux dans huit ou dix.

Le cheik, qui nous accompagna au mont Sinaï et qui était monté sur un de ces dromadaires, prenait souvent plaisir à nous donner des preuves de sa célérité. En effet , nous le voyions quelquefois parcourir une distance considérable dans l'espace de quelques minutes. Cet animal diffère encore du chameau ordinaire, en ce qu'il a le corps plus rond et mieux fait , et qu'il n'a qu'une petite bosse sur le dos au lieu de deux.

• Les chameaux mâles, qui sont très doux et fort traitables dans toutes les autres saisons de l'année , deviennent furieux au printemps , qui est l'époque de leur accouplement , lequel a ordinairement lieu pendant la nuit. Les femelles portent presque une année entière , ou d'un printemps à l'autre ; les petits sont, diton, aveugles durant les premiers jours de leur naissance, comme le sont les chats et les chiens.

■ Dans cette partie de l'Afrique , le gros bétail est généralement d'une plus petite espèce que le nôtre : un bœuf bien gras pèse rarement au-dessus de cinq ou six cents livres. Les vaches n'ont que peu de lait en proportion de leur taille, et quoiqu'elles aient abondamment de quoi pâturer depuis décembre jusqu'en juillet,

elles De donnent qu'un beurre médiocre. Ces vaches ont encore un autre défaut , qui est de perdre leur lait en perdant leur veau.

» Les brebis et les chèvres suppléent d'ailleurs aux vaches, et c'est principalement de leur lait que se font tous les fromages qui se consomment dans le pays. Au lieu de mulet tes, les Arabes et les Maures se servent , surtout en été, des fleurs de l'artichaut sauvage pour faire tourner le lait; quand il est caillé, ils le versent dans de petits paniers, où ils le pressent fortement. Leurs fromages pèsent euviron deux à trois livres chacun. Ils font le beurre en mettant la crème dans une peau de chèvre qu'ils suspendent aux deux extrémités de leur tente ; ils le pressent ensuite également d'un côté et d'autre avec les mains , de manière a en faire sortir le petit lait , et ce qu'il y a de gras e t d'onctueux reste dans la peau.

» Les chèvres de Barbarie ressemblent à celles des autres pays ; mais il y existe deux espèces de brebis qui sont inconnues en Europe. L'une d'elles, qui est très commun dans tout le Levant et dans la régence de Tunis, est remarquable par la grosseur de sa queue. Elle est surtout très recherchée pour la qualité de sa laine; mais sa chair n'est ni aussi bonne ni

aussi que tendre eelle de l'autre espèce. 11 n'y a que sa queue dont on fait beaucoup de cas, et qui fait la base des couscous et des pillans ; elle est tout entièrë composée d'une graisse dure et qui a un goût de moelle.

• La seconde espèce de brebis qui se trouve dans le voisinage de Ghadatnès, d'Ouragalah, et d'autres parties du Pahara, est presque aussi haute que notre daim , et lui ressemble assez , excepté pour ce qui est de la téte. Sa chair est sèche, et sa laine, qui a quelque rapport avec le poil de chèvre , est grossière ; ce que Ton peut attribuer à la chaleur du climat, à la rareté de l'eau et aux mauvais pâturages.

» On ne sait pas ce que c'est dans ce pays qu'un cheval hongre ou un mouton. On se borne, par une o pération si m pie , à mettre les animaux mâles dont on n'a pas besoin pour la conservation de l'espèce, hors d'état de reproduire. Les Mahométans regardent comme un acte decruauté de mutiler d'autres créatures que leurs semblables.

* Outre le bétail que l'on élève en grande quantité dans les villes et dans les villages, les Arabes ont des troupeaux considérables de chaque espèce. 11 y a, par exemple, des tribus qui possèdent trois ou quatre cents chevaux ,

presque autant de milliers de chameaux , et un nombre beaucoup plus grand encore de bœufs et de brebis. Ils tuent rarement leur bétail, et se nourrissent principalement de lait et de beurre, ou de ce qu'ils obtiennent en échange pour leur laine. Quelle que soit la consommation en viande qui a lieu dans les villes et les villages , elle est fort au-dessous du nombre d'élèves que Ton fait chaque année; et si les habitans apportaient le moindre soin a leurs troupeaux, et les mettaient à couvert , au moins pendant la mauvaise saison , ils en auraient bientôt d'innombrables.

• Cette partie de la Barbarie abonde en bœufs sauvages que les Arabes appellent bekker-el-ouache. Les individus de cette espèce diffèrent du bœuf ordinaire, en ce qu'ils ont le corps plus rond , la tête plus plate , et les cornes plus rapprochées. Il y a quelque apparence quec'est 1 animal que Bellonius nomme bos africanu*, et qu'il croit . avec raison , être le bubulus , ou le buffle des anciens. Toutefois, d'après la description qu'il en fait, ce quadrupède ne serait guère plus grand qu'un chevreuil , tandis que celui dont je parle est de la taille et de la couleur du daim. Leurs petits s'apprivoisent facilement, et paissent avec les autres bœufs.

» Les Arabes donnent aussi le nom de bckker-

el-ouache à une espèce de daim qui a précisément les cornes d'un cerf, mais qui n'est pas aussi grand. Ceux que j'ai vus avaient été pris dans les montagnes situées près de Sgigata , et m'ont paru d'un naturel très doux. La femelle n'a point de cornes ; ce qui fait que les Arabes la nomment, par dérision, fortase, ou téte chauve.

» La ficlietdl ou leroui est une espèce de chèvre si peureuse, que lorsqu'on la poursuit elle se jette de frayeur contre les rochers et dans les précipices. Elle est â peu près de la grosseur d'une génisse d'un an , excepté qu'elle a le corps plus rond, une touffe de poil de la longueur de cinq pouces sur chaque genou, et une autre dans la nuque , de près d'un pied. Sa couleur esllamémcquecelledubekker-el-ouache; mais ses cornes , cannelées et courbées en arrière comme celles des chèvres, ont plus d'un pied de long, et ne sont séparées sur le front que par un peu de poil , comme celle des moutons. A en juger par la taille , la forme, et plusieurs autres circonstances , on est porté à croire que la fîchetâl est le tragelaphus des anciens. Il est vrai que Pline dit qu'on ne trouvait celui-ci que sur les bords du Phase; mais c'est probablement par une erreur du genre de celle que

commet cet auteur lorsqu'il assure que le cerf n est pas un animal d'Afrique.

» Outre la gazelle ou l'antilope ordinaire qui est très connue en Europe, il y en a encore ici une autre espèce qui a la même forme et la même couleur, à cette différence près qu'elle est de la taille de notre chevreuil , et que ses cornes ont quelquefois deux pieds de long. Les Africains rappellent Udmi , et je crois que c'est le $lrepùcero$ et Yaddace des anciens. Bochart, sur la blancheur supposée de sa partie postérieure , trouve un grande ressemblance entre Yaddace dont il est ici question, et le dison de l'Ecriture que notre version a rendu , d'après les Septante et la Vulgate, parle mot de chevreuil.

» Le bekker-el-ouache, de même que la gazelle, marche en troupe. Ces animaux se ressemblent d'ailleurs par la robe , la manière de courir, ainsi que celle de s'arrêter, et de faire volte-face à ceux qui les poursuivent. Les districts qui nourrissent l'une de ces deux espèces nourrissent aussi l'autre; mais c'est particulièrement sur les confins du Tell et du Sahara qu'on en trouve en plus grand nombre.

Au reste Bochart et d'autres savans se sont trompés en prenant la gazelle pour un faon de chevreuil; car on entend toujours par ce mot,

tant dans le Levant que dans la Barbarie, l'animal que nous appelons l'antilope.

» Le lion et la panthère tiennent le premier rang entre les bêtes féroces de ces contrées ; mais il n'y a pas de. tigres. Les femelles des deux premières espèces ont deux rangs de mamelles comme la chienne, et mettent bas fréquemment trois, quatre et quelquefois cinq petits. Les Arabes disent que lorsque ceux-ci font leurs dents ils sont sujets â une fièvre violente, qui en enlève souvent trois ou quatre , et que c'est là la raison pour laquelle les lions et les panthères sont en moins grand nombre que les autres animaux sauvages. Quelle que soit la cause de cette diminution , soit qu'elle provienne en effet des obstacles qu'ils éprouvent dans leur dentition , ou de ce que les Arabes sont plus répandus dans l'intérieur du pays qu'ils ne l'étaient anciennement, soit enfin que l'usage plus général des armes à feu ait donné aux habitans le moyen d'en détruire plus qu'on ne le faisait jadis, toujours est-il certain qu'on aurait maintenant beaucoup de peine à trouver la cinquième partie des bêtes féroces que Ton conduisait alors â Rome pour les donner en spectacle au peuple.

* J'ai lu dans quelques descriptions de ce

pays que les femmes peuvent sans danger se fa railiariser avec le lion , et qu'en 8 'armant d'un bâton , et en lui parlant avec douceur, elles lui font perdre sa férocité , et l'éloignent ainsi des troupeaux confiés à leur garde, il est possible que cela soit lorsque ces animaux sont bien repus : car alors ils perdent , dit-on, leur courage, et souffrent même qu'on leur arrache leur proie. Mais ces exemples sont rares, et il arrive souvent qu'ils dévorent les femmes ainsi que les hommes lorsqu'ils n'ont pas d'autre pâture.

■ Le feu est la chose du monde qu'ils craignent le plus; mais, malgré les précautions que prennent les Arabes à cet égard , malgré l'aboiement de leurs chiens , et les cris qu'ils font eux-mêmes pour les éloigner, il se passe peu de nuits sans que ces terribles animaux, méprisant toute espèce de dangers, ne se jettent au milieu de quelque douar, et n'y enlèvent quelques brebis ou quelques chèvres.

Lorsque par hasard ils reviennent à la charge pendant plusieurs nuits de suite, alors les Arabes , après avoir exactement observé leurs traces , creusent sur leur route une fosse qu'ils recouvrent légèrement de roseaux ou de petites branches d'arbres, et parviennent ainsi souvent à les faire tomber dans le piège.

» La chair du lion , qui est fort estimée des Arabes, a assez de rapport avec celle du y eau, tant pour le goût que pour l'odeur. Il paraît que les anciens Romains ne se piquaient pas de beaucoup d'exactitude en parlantdes animaux, puisque, suivant ce que remarque Juste-Lipse, ils appelaient quelquefois un lion un ours, et une panthère un rat d'Afrique.

» Le faadh ressemble au léopard en ce qu'il est tacheté comme lui; mais il en diffère à d'autres égards : il a, par exemple, la peau plus foncée et plus grossière, et n'est pas si farouche. Les Arabes croient qu'il provient du lion et de la femelle du léopard. 11 se nourrit ordinairement de carcasses d'animaux morts ; mais il mange aussi des racines et des herbes comme le dib et le dobbah, et n'attaque les brebis et les chèvres qu'à la dernière extrémité. Ainsi cet animal ne peut guère être le tôhs ou loup- cerner des anciens , qu'ils décrivent comme étant très carnassier ; ce serait plutôt celui que Pline appelle charnus.

» 11 existe deux autres quadrupèdes en Barbarie , qui sont tachetés comme le léopard ; mais leurs taches sont généralement plus foncées, et leur poil un peu plus long et plus doux. Le premier de ces animaux est une espèce

de chat, d'un tiers plus petit que le léopard, et qui a quelque rapport avec le lynx, ou plutôt avec la petite panthère dont parle Appien.

» L'autre a une petite tête pointue, avec des dents, des pieds et des doigts semblables à la belette. Son corps, rond et mince, a environ un pied de long, et sa queue est marquée d'un bout à l'autre de petits anneaux noirs et blancs. Cet animal , de même que l'ichneumon, est très friand de volaille, et s'il était privé, comme il répand quelquefois une odeur fort agréable, on serait tenté de le prendre pour la civette ; mais il a le corps plus délié et le nez plus pointu que celle-ci. Gessner suppose que la civette est une espèce de thyos, ou petite panthère d' Appien ; mais ce que les anciens disent de ce quadrupède est si peu exact , que l'on ne sait trop à quelle espèce le rapporter ; car, outre que la petite panthère est, à ce que je crois, une espèce de chat , elle devait être plus redoutable que l'animal dont je parle ici, et qui, d'après ce que les anciens disent eux-mêmes , était moindre qu'un renardeau. Quelques Maures l'appellent gat eLberrany, ou le chat étranger; d'autres le nomment Ihib beardou.

» Le dobbah est de la taille du loup ; mais il a le corps plus plat, et boite naturellement

du pied droit de derrière. Malgré ce défaut , il est assez léger, et plus difficile à prendre à la course que le sanglier. Il a le cou tellement raide, que lorsqu'il veut regarder en arrière ou seulement de côté, il est obligé de se tourner entièrement, comme le cochon, le blaireau, etc. Sa couleur est d'un brun sombre tirant sur le rouge, avec quelques raies d'un brun encore plus obscur. Le poil de la nuque a presque trois pouces de longueur, mais il est moins rude que les soies du cochon. 11 a les pieds longs et armes d'ongles dont il se sert pour remuer la terre et en tirer des rejetons du palmier et d'autres racines, et quelquefois même des cadavres ; car les Bédouins, en particulier, ne sont pas dans l'usage d'enterrer leurs morts dans des lieux fermés, destinés à cet usage, comme nos cimetières. Lorsque les Arabes attrappentun de ce animaux, ils ont grand soin d'en enfouir la tète, ou du moins le cerveau, de peur, disent-ils, que Ton ne s'en serve pour quelque sortilège. Après le lion et la panthère, le dobbah est le plus féroce et le plus cruel de tous les animaux de la Barbarie. D'après sa conformation et ses habitudes, il y a toute fpparence qu'il est plutôt l'hyène des anciens que la civette , qui est tachetée et ne se trouve point dans ce pays,

ou que le blaireau, qui est plus petit, et qui paraît aussi y être entièrement inconnu.

» Le dib ou chacal est d'une couleur plus foncée, mais à peu près de la même taille que le renard. 11 se nourrit, comme le dobbah, de racines, de fruits et de charognes, et glapit tous les soirs dans les jardins et dans les villages. Ray suppose que c'est ici le lupus aureus des anciens. Mais, d'après ce qu'en ditÀppien, le lupus aureus doit être un animal beaucoup plus féroce.

j> Le gat-el-kallah des Arabes , que les Persans appellent siyah-ghoche , et les Turcs karra ko-lak, c'est-à-dire chat noir, ou le chat aux oreilles noires , est de la taille d'un gros chat. 11 a le corps couleur brun tirant sur le rouge , le ventre plus clair, et quelquefois tacheté ; le museau noir, et les oreilles gris-foncé, avec les extrémités garnies d'une petite touffe d'un poil noir et raide, comme celle du lynx. Cet animal, peint par Charleton, est très différent du gat-elkallah de Barbarie 9 qui a la téte plus ronde et les lèvres noires; mais du reste, il ressemble parfaitement à un chat. On a long-temps cru queeequadupède, ainsi que le chacal, épiaient la proie du lion, d'où lui est venu le nom de pourvoyeur du lion; toutefois on a fort

lieu de douter de leur prétendue bonne intelligence. Il est vrai que durant la nuit, lorsque, suivant l'expression du Psalmiste « toutes les bêtes de la forêt sont en mouvement, celles-ci, comme les autres, bruyent après leur proie; et quand le soleil se lève, et que le lion se retire dans sa tanière, » on voit souvent le gat-el-kallah et le chacal ronger les débris qu'il a abandonnés. Cette circonstance, et le bruit que ces animaux, du moins le chacal, font en quelque sorte de concert avec le lion, et que j'ai souvent entendu moi-même , peuvent seuls favoriser cete opinion.

» Le jird et le jerboa (1) sont deux petits quadrupèdes inoffensifs qui habitent sous terre. Ils existent en grand nombre dans le Sahara ; mais j'en ai vu aussi dans le voisinage d'Oran. Ils sont l'un et l'autre de la taille d'un rat; ils sont de couleur fauve avec le ventre blanc ; ils ont les oreilles rondes et creuses, et ressemblent au lapin quant à la disposition des dents de devant et des moustaches ; mais ils en diffèrent sous d'autres rapports. Le jird a la tête un peu pointue et toute garnie de poil. Les naseaux du jerboa sont plats et dégarnis, et près-

(i) La gerboise d'Égjpte. ( Hôte du traducteur.

que de niveau avec sa bouche ; c'est en quoi il diffère de l'espèce apportée d'Àlep , et dont Uaym a donné la description. Les quatre pieds du jird sont à peu près de la même longueur, et sont terminés par cinq doigts, au lieu que ceux de devant du jerboa de Barbarie n'en ont que trois, et sont très courts. Ses pieds de derrière sont presque de la même longueur que son corps, et chacun d'eux a quatre doigts et deux éperons, si Ton peut donner ce nom à de petites griffes placées au-dessus du pied. La queue du jird est un peu plus courte que celle du rat ordinaire , mais elle est plus fournie. Celle du jerboa, qui est aussi longue que son corps, est jaunâtre, et a uflte touffe de poil noir à son extrémité'. Celui-ci , quoique ses pieds de derrière soient beaucoup plus longs que ceux de devant, court, ou, pour mieux dire, saute avec beaucoup d'agilité. Il se sert de sa queue comme d'un gouvernail ou d'un contre-poids pour se diriger dans ses mouvemens ; il la porte ordinairent en l'air, et quelquefois recourbée; le jird et le jerboa sont l'un et l'autre bons à manger.

v Quelques auteurs ont pris le jerboa pour le saphan de l'Écriture ; mais je remarquerai à cet égard que , quelque? part que j'aie vu de

ces animaux, je ne me suis jamais aperçu qu 'ils se tinssent dans les rochers. Ils recherchent , au contraire, les terres fortes, et de préférence les sables du Sahara. Us aiment beaucoup les roseaux, le lauréole, et quelques autres plantes qui sont particulières à ce désert; aussi, partout où nous en trouvions, nous étions sûrs de rencontrer des jerboas. La grande disproportion qui, comme je lai dit, existe entre leurs pieds de derrière et ceux de devant, et l'habitude où ils sont de se tenir debout sur leurs pieds de derrière, pourraient bien faire prendre ce petit animal pour un des rats à deux pieds d'Hérodote et de quelques autres auteurs.

• Outre les animaux dont je viens de parler, la Barbarie en nourrit aussi quelques-uns qui ne sont pas inconnus dans les autres régions du globe. De ce nombre sont le dob ou Tours, le ckeddy ou le singe, le tezer-dia ou l'ichneumon, le Izur-ban ou le porc-épic , le kon-foude ou le hérisson , le thaleb ou le renard , le nirme ou le furet, le fert-el-heil ou la belette, la taupe, le lapin , le lièvre , et le sanglier. On assure que le lion se nourrit principalement de la chair de ce dernier animal ; cependant il ne parait pas que celui-ci soit, pour son terrible adversaire , une proie aussi facile qu'on sem-

ble le croire , puisqu'on les trouve quelquefois morts l'un à côté de l'autre , également maltraités.

> Parmi les reptiles ovipares de la Barbarie se trouveut la tortue de terre et celle d'eau. Cette dernière a le corps plus plat que l'autre , et n'est pas bonne à manger. Les personnes douées d'une bonne vue peuvent facilement apercevoir des taitah-bouiak ou caméléons, sur toutes les haies. Ce petit animal a une langue longue de quatre pouces, et qu'il lance avec une rapidité étonnante contre les mouches et autres insectes qu'il veut attrapper. Les Maures et les Arabes font de sa peau, après l'avoir fait sécher, une espèce d'amulette qu'ils portent au cou, et qu'ils croient douée de la vertu de les préserver des influences d'un mauvais œil. Le mot tait ah diffère peu du Utaa de l'Ecriture, que nous avons traduit par lézard. D'après Léon l'Africain, Youarral ou guarai est un lézard qui a quelquefois trente pouces de long. Il est ordinairement d'un rouge très vif, avec des taches noirâlres. Vansleben dit sérieusement que cet animal s'engendre des œufs pourris du crocodile.

» Le dkab ou dab, autre lézard dont parle aussi Léon l'Africain, ressemble assez, quant

au corps et à sa queue écaillée, au caudiverbera de Gesner et de Jonston. Tsab, terme de l'Écriture qui répond à celui-ci, est traduit dans nos bibles par tortue.

» On trouve aussi dans ce pays le lézart vert commun; il est couleur brun-clair, et a la peau rayée de la tête à la queue, avec quelques raies jaunes. Le ckinkj que Ton voit souvent dans les boutiques des apothicaires et des droguistes , se tient presque toujours sous des pierres, ou dans des trous de vieilles murailles. Le nig4diamak ou boukachache, quoiqu'il entre souvent dans les maisons, et va même jusque sur les lits, préfère aussi les décombres. 11 est de couleur noirâtre, et a de cinq à six pouces de long ; il a la tête et le corps plats , et la queue semblable à celle du dab. J'ai souvent remarqué que chaque fois que cet animal s'arrête il remue la queue; ce qui porterait a croire que c'est le caudiverbera ou l'uromatlix de quelques auteurs. L'ouarral fait le même mouvement en courant sur la terre ; les Arabes assurent gravement que quiconque reçoit un semblable coup de queue est aussitôt frappé de stérilité. Le serpent le plus remarquable de ce pays est le thaibanne; on m'a dit qu'il y eu avait de neuf à douze pieds de long. Les ser-

pens de cette espèce sont ceux qui ont le plus d'analogie avec celui que Régulus tua.

o Le zwrreikc, autre serpent du Sahara, a ordinairement environ quinze pouces de long ; son corps est mince , et il est remarquable en ce que, comme son nom semble l'indiquer, ses mouvemens ont une vitesse surprenante (■). Peut-être est-ce le jaculus des anciens?

» Le plus dangereux de tous ces c'est le leffak; il a rarement plus d'un pied de Jong , et a le corps plus gros que le zurreike. Le serpent que Lucaia appelle torrida dipsas repond assez bien au lefFah.

» Les Arabes disent qu'il existe entre le leflah et le taitah une antipathie aussi grande qu'entre le caméléon et la vipère , et qu'une seule goutte de la salive d'un taitah cause a un Jeflah des convulsions qui sont toujours suivies d'une mort immédiate.

Nous allons maintenant passer à l'ornithmlogie de la Barbarie. Outre l'aigle , on y trouve le karaborno, espèce d'épervicr couleur cendrée, de la grandeur de notre buse, et qui a le bec noir, les yeux rouges, les pattes jaunes et cour-

(') Son nom Tient de l'arabe turalc, qui signifie darder ou lancer. (Note de l'auteur.)

tes, le dos bleu-sale ou cendré, les ailes noires, le ventre et la queue blanchâtres.

» Le graab-el-Saharra ou le corbeau du désert , est un peu plus grand que notre corbeau ordinaire. 11 a le bec et les pattes rouges; ce qui pourrait le faire prendre pour le coracias ou le pyrrhocorax des anciens.

* Le ckaga-rag est de la forme et de la taille du geai; seulement il a le bec plus petit et les pattes plus courtes. Son dos tire sur le brun , sa tête, son cou et son ventre sont couleur vertpâle, et il a des taches ou des cercles bleufoncé sur les ailes et sur la queue; son ramage est désagréable. On le trouve sur les bords du Chélif, du Bouberak et de quelques autres rivières.

» |Le hou-baara ou hou-baary est de la grosseur d'un chapon , mais il a le corps plus long. 11 senourritdebourgeonsd'arbreset d'insectes, comme le graab-el- Sahara, et comme lui il vit sur le bord du désert. Il a le corps couleur jaune-pâle, et partout tacheté de brun; les grosses plumes de ses ailes sont noires , et ont une tache blanche vers le milieu ; celles du cou sont blanchâtres, avec des raies noires, et sont hérissées comme celles des coqs lorsqu'ils si; battent. Son bec , qui est plat , a à peiiie un

pouce et demi de long ; ses pattes , comme celles de l'outarde, n'ont pas de doigts en arrière. On dit que son fiel et l'intérieur de son estomac sont très bons pour les maux d'yeux ; aussi se vendeut-ils quelquefois extrêmement cher.

11 n'y a rien de plus amusant que de voir le grand nombre de tours et de stratagèmes qu'emploie cet oiseau pour s'échapper quand il est poursuivi par un épervier. Golius se trompe lorsqu'il le prend pour l'outarde, à laquelle il ressemble d'ailleurs par la couleur, le plumage et le nombre de ses doigts , mais qui est deux fois plus grande que lui.

• Le rhaad ou $af-$af, oiseau qui vit de grain et vaj toujours en troupe , n'a point non plus de doigt de derrière. 11 y en a deux espèces. La plus petite est de la grandeur d'un poulet ordinaire ; mais la plus grande est presque aussi grosse que l'hou-baara, et diffère de la petite en ce qu'elle a la tête noire et une touffe de plumes bleufoncé précisément au défaut de la tête; elles ont toutes deux le ventre blanc, le dos et les ailes couleur de buffle avec des taches brunes ; mais elles ont la queue plus claire et barrée de noir ; elles ont le bec et les jambes plus forts que ceux des perdrix. On prétend que le nom de rhaad (qui en arabe signifie tonnerrej a été

donné à cet oiseau à cause du bruit qu'il fait en s'élevant de terre, et celui de saf-saf, du mouvement de ses ailes quand il vole.

»Le kitaoûiah ou le la go pus d'Afrique, comme on pourrait l'appeler, est un autre oiseau qui se nourrit de grain, vit en troupe, et est aussi privé de doigt derrière. Il habite les lieux les plus arides, au lieu que le rhaad se plaît dans les campagnes fertiles. 11 ressemble a la colombe quant â la taille et à la forme,etales pattes couvertesdepetites plumes, comme les pigeons patus. Il a le corps d'une couleur livide, tacheté de noir, le ventre noirâtre, sur la gorge un croissant d'un beau jaune, et sur le bout de chaque plume de la queue une tache blanche; la plume du milieu est longue et pointue, comme la queue du pivert; sa chair est de la couleur de celle du rhaad, rouge sur la poitrine et blanche vers les jambes. Elle est également bonne à manger, et se digère facilement.

» La perdrix de Barbarie est la même que notre perdrix rouge; mais il y a une espèce de caille qui diffère de la caille ordinaire, en ce qu'elle n'a pas de doigt de derrière , et qu'elle est d'une couleur plus claire. L'une et l'autre sont des oiseaux de passage, ainsi que la bé-

casse, qui commence à paraître en octobre, et qui séjourne dans le pays jusqu'au mois de mars. Les Africains appellent celte dernière hammar-el'hadjil ou l'âne des perdrix.

«Parmi les petits volatiles se trouve une espèce de grive dont le plumage est aussi beau que celui de quelque oiseau d'Amérique que ce soit. Sa tête, son cou et son dos sont d'un beau vert-clair, ses ailes gris-cendré, sa poitrine blanche ou tâchetée comme celle de la grive; le croupion et les extrémités des plumes de sa queue et de ses ailes sont d'un beau jaune. Si l'ou en excepte les pattes, qui sont plus courtes et plus fortes, cet oiseau ressemble, pour le bec comme pour tout le reste du corps , à la grive. Il n'est pas très commun , et on ne le voit qu'en été, dans la saison des figues.

» J'ajouterai ù la nomenclature des petits oiseaux une espèce de moineau que l'on nomme capta , et que l'on rencontre assez ordinairement dans les districts où croissent les dattes, à l'ouest du lac des Marques. Il ne diffère point du moineau ordinaire pour la grosseur, et il est de la couleur de l'allouette , excepté la poitrine, dont la teinte est plus clairè, et luisante comme celle du pigeon. Son chaut est délicieux, et surpasse beaucoup, tant sous le rapport delà

douceur que de l' harmonie, celui du rossignol et du serin des Canaries. On a essayé plusieurs fois d'en transporter à Kairouan et dans d'autres villes, mais inutilement: ils ne font plus que languir dès qu'on les change de climat.

» On trouve aux environs de Bizerta, et dans quelques autres districts , une multitude d'allouettes couleur cendrée.

y> Outre les oiseaux aquatiques que Ton connaît en Angleterre, il existe ici les espèces suivantes :

» \JÀ nas ptatyrjrnchoê ou le pélican de Barbarie, comme on peut l'appeler, est de la grosseur d'un vanneau. Ses pattes sont rouges , et il a le bec large, plat, noir et armé de dents. Sa poitrine, son ventre et sa tête sont couleur de fer ; mais son dos est plus foncé , et il a sur chaque aile, près l'une de l'autre, trois taches : une bleu , une blanche et une verte.

» Le pélican de Barbarie à petit bec est un peu plus gros que le précédent. Il a le courougeâtre, et la tête ornée d'une petite tou ffe de plumes de la même couleur. Son ventre est tout blanc, et sou dos bariolé d'une grande quantité de plumas blanches et noires. Les plumes de sa queue sont pointues, et ses ailes mar-

(es;

quées de deux taches continués, Pune noire et l'autre blanche. L'extrémité de son bec est. noire , et ses pattes d'un bleu plus foneé que ceux du vanneau.

y Le canard de Barbarie à tête blanche est de la grosseur du vanneau. 11 a le bec large , épais et bleu; sa tête est entièrement blanche, et son corps couleur de fer.

t> Le canard de Barbarie à tête noir a les ailes tachetées comme celles du pélican à petit bec dont j'ai parlé. Il a le bec noir , long et étroit , les pattes d'une couleur qui tire sur le brun , le cou approchant du gris , le dos et les ailes noirâtres, et le ventre mêlé de blanc.

» La grise queue de Barbarie est moitié plus petite qu'aucun des oiseaux dont il vient d'être mention. Elle a le ventre blanchâtre, les pattes noires , le corps et les ailes grises , et a sur chacupe de celles-ci une tache noir et une verte, environnée chacune d'un cercle blanc.

» Les habitans du pays comprennent ces différens oiseaux, ainsi que la sarcelle, le vanneau, et toutes les espèces de canards , sous la dénomination générale de brak.

» La poule d'eau de Barbarie est plus petite que le pluvier. Elle a le bec noir, d'un pouce et demi de long ; la poitrine et le ventre brun-

foncé ou couleur de rouille; le dos de la même nuance, mais encore plus obscure; le croupion blanc par-dessous, et raye par-dessus de noir et de blanc; les ailes tachetées de blanc, et les pattes vert-foncé.

» Le francolin de Barbarie, est encore plus petit que le vanneau. 11 a les pattes longues et noires, avec le doigt du milieu dentelé des deux côtés; le bec, qui a quatre pouces de long, est brun, mais noir au bout; la tète petite et couleur de rouille, le cou de la même nuance et le croupion blanc; le dos et les ailes sont d'un brun fort obscur, et ces dernières sont tachetées de blanc; la poitrine est mouchetée comme celle de la bécasse.

» Uemsisy ou l'oiseau du bœuf est de la grandeur du corlieu. Il est couleur blanc de lait partout le corps, excepté au bec et aux pattes , qui sont d'un beau rouge. Il vit ordinairement dans les prairies , et se tient auprès du bétail ; sa chair est de mauvais goût , et se corrompt facilement.

y> Le bou-onk ou le long cou est une espèce de butor un peu plus petit que le vanneau. Il a le cou, la poitrine et le ventre jaune-clair , le dos et le dessus des ailes noir de geai , et la queue courte; les plumes de son cou sont lon-

gues et rayées de blanc ou jaune-pâle; son bec, qui a trois pouces de long, est vert, et semblable à celui de la cigogne; ses pattes sont courtes et menues. Lorsqu'il marche ou qu'il cherche sa nourriture, il allonge le cou de sept ou huit pouces ; de là vient que les Arabes l'appellent bou-onk, le long cou, ou le père du cou.

v Les insectes et les vermisseaux qui existent en Barbarie sont plutôt nombreux que curieux. J'en ai vu de beaucoup d'espèces; mais il n'en est aucun, je crois, qui n'ait été déjà décrit. On y trouve une multitude de papillons, d'escarbots, etc., qui diffèrent autant les uns des autres par leurs formes que par la couleur de leurs ailes ; mais je ne chercherai point à les décrire chacun en particulier, ce qui ne pourrait être que très fastidieux; je me bornerai à faire connaître un individu de chaque genre.

11 y a une espèce de papillon très remarquable qui a près de quatre pouces d'envergure, et tout le corps couvert de raies couleur châtin et jaune. Excepté les ailes inférieures, qui sont dentées et se terminent par un appendice étroit, ayant un pouce de long, elles sont fort joliment bordées de jaune ; près de la queue est une tache incarnat

» L'espèce la plus rare des libellules (') est celle qui est couleur rouille, a 3 pouces et demi de long, la queue large et les ailes tachetées. Il y en a une autre espèce de la même grandeur dont le corps est plus cylindrique , et dont la couleur approche assez de celle de la sauterelle ordinaire.

» A l'espèce de sauterelles que les naturalistes nomment mante , j'en ajouterai une de couleur brune, et qui a trois pouces de long, avec les pattes de devant armées de fortes scies de corne. Il en existe plusieurs autres de la même grandeur , de l'espèce capuchonée , et dont les ailes supérieures sont rayées d'un vert-clair, et les autres agréablement bigarrées d'incarnat, de brun et d ecarlate. 11 y en a une troisième espèce qui a deux pouces de long avec de belles ailes vertes. Ce qui la caractérise particulièrement, ce sont deux antennes qui lui sortent du front en forme de plumets.

» Je n'ai jamais remarqué que les mantes se réunissent en grand nombre ; mais il n'en est pas de même des sauterelles proprement

dites , et dont il est si souvent parlé dans les

(') Genre d'insectes généralement connus sous le nom de demoiselles, (Note du traducteur.)

auteurs sacrés et profanes : car elles vont tou-

vues en 1734 et 1725 étaient beaucoup plus grandes que nos sauterelles ordinaires. Elles avaient les ailes tachetées de brun, et le corps et les pattes d'un beau jaune. Elles commencèrent à paraître à la fin de mars, le vent s'étant tenu quelque temps au sud. Vers le milieu d avril, elles s'étaient si prodigieusement multipliées , que pendant le jour elles formaient des espèces des nuées qui obscurcissaient la clarté du soleil. Vers la mi-mai , après leur fécondation, elles commencèrent à se retirer graduellement dans les plaines de Mettijiah et autres lieux voisins , pour y déposer leurs œufs. Le mois suivant, parurent les jeunes sauterelles, qui , dès qu elles furent écloses , se réunirent en essaim assez nombreux pour couvrir plusieurs centaines de toises carrées. Dès qu'elles furent ainsi rassemblées, elles s'avancèrent en ligne droite, grimpant aux arbres, aux murs et aux maisons , et dévorant sur leur passage tout ce qui était verdure. Afin de lesarrêter, les habitans creusaientdans leurs champs et leurs jardins des fossés qu'ils remplissaient d eau, ou disposaient sur une même ligne une grande quantité de bruyère , de chaume et autres ma-

tières combustibles auxquels ils meltaienl lo feu. Mais tout fut inutile : les fossés furent bien* tôt comblés, et les feux éteints par les myriades de sauterelles qui se succédaient sans interruption. Celles qui ouvraient la marcbe s'avançaient audacieusement , et celles qui suivaient serraient les premières de si près, qu'il leur était impossible de reculer.

« Ces sauterelles ayant ainsi vécu pendant près d'un mois , et détruit non seulement toute la dure environnante , mais rongé les petites branches et l'écorce des arbres, dont elles avaient déjà dévoré les fruits et les feuilles , se trouvèrent enfin parvenues à leur grandeur naturelle , et changèrent de peau ; ce qu'elles faisaient en s'accrochant les pattes de derrière aux buissons , aux branches d'arbres et même aux pierres , et en exécutant ensuite un mouvement

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che. Leur métamorphose s'opérait en sept ou huit minutes, après quoi elles demeuraient pendant quelques instans dans une espèce d'engourdissement qui cessait toutefois dès que le soleil et l'air avaient donné quelque consistance à leurs ailes, et détruit l'humidité dont elles étaient enveloppées. Elles reprenaient alors leur première voracité, et devenaient même

plus fortes et plus agiles qu'auparavant Néanmoins, elles ne stationnaient pas long-temps dans le même lieu, mais se dispersaient comme leurs mères, après avoir déposé leurs œufs.

Comme elles se dirigeaient toujours du côté du nord , il y a quclqu'apparence qu elles finissaient par s'engloutir dans la mer; telle est du moins l'opinion des Arabes.

» Les sauterelles salées et frites se rapprochent du goût des écrevisses d'eau douce. Il était permis aux Juifs d'en manger. On trouve dans le Commentaire de Ludolphe, sur l'histoire d'Éthiopie, une dissertation ingénieuse où il cherche à prouver que les chelloouin , ou les cailles que les Israélites mangèrent dans le désert, n'étaient qu'une espèce de sauterelles ; mais le Psalmiste , qui les appelle de la volaille ajanta(ïi«,contreditentièrementcetteopinion.

Je ne pense pas non plus qu'on ait produit jusqu'à présent une autorité assez irrécusable pour prouver que le mot grec acrides doive être pris pour le fruit d'un arbre , ou pour les sommités d'une plante. Il y a plus d'apparence qu'on a donné à la sauterelle le nom d'acris parce qu'elle se nourrit effectivement des sommités des herbages. Les acrides dont parle Aristote et d'autres historiens sont les sauterelles dont il

est ici question. Les Septante ont toujours traduit arbak par le même mot, et il est naturel de penser que les auteurs du Nouveau- Testament l'ont compris d'une manière semblable. Ainsi les acridesdont il est dit que saint Jean-Baptiste se nourrisait dans le désert doivent aussi être de l'espèce de ces mêmes sauterelles ; et si elles se montrent ordinairement dans la Terre-Sainte à l'époque où je les ai vues en Barbarie , on pourra savoir en quelle saison de l'année saint Jean commença sa mission.

» Uackrab> ou le scorpion, dont les qualités pernicieuses sont généralement connues, tient, après les sauterelles, le premier rang parmi les insectes de la Barbarie. 11 y en a de deux espèces : les uns longs et minces, les autres ronds et gros ; ils ont tous deux-une queue à six vertèbres : je n'en ai jamais vu qui en eussent sept, quoi qu'en disent quelques auteurs anciens. Ceux que l'on trouve en-deçà du Mont Atlas ne sont pas fort dangereux ; leur piqûre ne cause qu'une légère fièvre , et un peu de thériaque de Venise fait bientôt cesser la douleur qu'elle produit. Mais les scorpions du Zab et de presque toutes les autres parties du Sahara sont non seulement plus gros et plus

noirs , mais leur venin est aussi plus subtil et plus violent , et cause souvent la mort.

« La morsure du boula- kaz, espèce de tarentule du Sahara , n'est pas moins dangereuse que celle de ce dernier scorpion ; c'est probablement le rhax, qu'Élien place au nombre des animaux de ce pays. On compte qu'il meurt vingt ou trente personnes par année de sa morsure , et de celle du laffag.

• Le moyen curatif en usage pour ces morsures est de cautériser la partie malade , ou d'y faire une profonde incision , puis de couper toute la chair environnante. Quelquefois on met Je blessé jusqu'au cou dans le sable brûlant, ou dans une fosse échauffée de manière à le faire transpirer abondamment. Dans les cas peu graves , on se borne à appliquer sur la blessure des cendres chaudes ou de la poudre à'algenna (»), avec deux ou trois tranches d'oignon, en forme de cataplasme. Je n'ai jamais ouï dire qu'on se servît en pareil cas d'huile d'olive, qui est cependant un spécifique certain contre la morsure de la vipère, en ayant toutefois soin de la faire chauffer avant de s'en frotter.

» Il n'y a guère de poissons sur cette partie

(•) C'est notre troène. {Note du traducteur.)

des côtes d'Afrique qui n'aient été décrits il y a long-temps par Rondelet, et qu'on ne trouve aussi sur la côte opposée de la Méditerranée, excepté le barbeau d'eau douce , qui est ferme et de bon goût, et qui n'a que deux barbes à la mâchoire inférieure; et la petite perche de Capsa , qui a la gueule relevée et les nageoires bigarrées ; une grande plume de mer, et un petit polype de forme circulaire. Il y a quelques années qu'une baleine de soixante pieds de long fat jetée sous les murs d'Alger, événement qui fut regardé comme un prodige, et que les Algériens considérèrent comme le présage de quelque grand malheur.

» Parmi les crustacés que l'on trouve ici, je citerai d'abord le hoinare, bien qu'il n'y soit pas fort abondant ; mais il n'en est pas de même des chevrettes et des langoustes , d'une espèce de crabe et des ecrevisses , que l'on y pêche en grande quantité.

» Les œufs marins ou oursins esculeus sont très communs dans ces parages; mais les genres n'en sont pas très variés : je n'en ai vu que de trois. La première est une espèce de pentaphiloïde d'une grande beauté, mais <Jui n'est d'aucun usage; les deux autres sont plus communes, et on en trouve sur tous les rochers.

La croûte calcaire qui les euveloppe a cinq sutures , accompagnées de plusieurs rangs concentriques de boutons, et chaque bouton a une épine ou lame mobile d'un pouce de long dans Tune de ces deux espèces, et de deux dans l'autre. La laite qui se trouve entre les sutures est la seule chose que Ton mange de ces animaux; elle est surtout fort estimée dans le temps de la pleine lune; on l'assaisonne avec du poivre et du vinaigre.

• Les côtes de Barbarie n'offrent pas non plus une grande abondance de coquillages. 11 est vrai que l'on trouve sur le bord de la mer des débris de quelques espèces décrites par plusieurs auteurs, mais c'est en petit nombre. On avait autrefois à Tunis beaucoup d'huîtres que l'on y apportait du port de Bizerta; mais on croit que les grandes pluies qui eurent lieu dans ces parages il y a quelques années , en adoucissant les eaux de la mer, out contribué à en diminuer le nombre. Il est vrai que l'on en voit souvent qui s'attachent à la quille, non seulement des navires qui font le cabotage le long des côtes, mais même de ceux qui ne font qu'un court séjour dans le port d'Alger; cependant, quelques recherches que l'on ait faites, on n'a pas encore pu en découvrir réunies en.

grand nombre. 11 n'y a guère ici de pétoncles, parce que les bancs de sable y sont rares; mais il existe partout beaucoup de moules de la même espèce que celles d'Angleterre , si ce n'est qu'elles renferment presque toujours de petites crabes , comme il y en a aussi quelquefois dans les nôtres. Si la soli tanna , qui, au rapport de Varron, pouvait contenir environ vingt bouteilles , se trouvait encore dans ces mers , elle suppléerait on ne peut mieux au manque de certains coquillages , et à la rareté de quelques autres.

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