‹ Description géologique de Java et Madoura (volume 2)Chapitre 130 sur 224 · XI. Les Sédiments modernes · texte numérisé non relu

XI. Les Sédiments modernes

A la fin de la période quaternaire, Java paraît avoir éprouvé un nouveau soulèvement, qui a fait émerger les sédiments déposés sous la mer. On ne peut déterminer le degré de ce soulèvement, car nous ne savons pas exactement quelles sont les couches quaternaires qui se sont déposées dans la mer; et nous ne connaissons donc pas davantage la hauteur à laquelle les sédiments marins quaternaires se trouvent maintenant au-dessus des eaux. Dans tous les cas, ce soulèvement doit s'être produit d'une manière très régulière et très uniforme, car il n'y a pas de couches quaternaires inclinées qui pourraient faire penser à une pression ou <t un soulèvement irrégulier. 11 se peut donc que l'aspect actuel de Java n'ait pas été obtenu par une élévation du sol de l'île, mais par un abaissement graduel du niveau de la mer, ainsi que l'admet SuESS. Toutefois, nous n'avons trouvé ni à Java, ni à Sumatra des terrasses côtières bien nettes, ce qui est peut-être une conséquence d'une forte érosion, d'une végétation vigoureuse et de la rareté de rochers suffisamment hauts, arides et abrupts, le long de la côte de ces îles. En effet, on voit des terrasses côtières dans la partie orientale de l'archipel, et M. MARTIN en a rencontré entre autres aux îles Saparoua et Bouton.

Après émersion des sédiments quaternaires, Java avait à peu près sa forme actuelle ; seulement l'alluvium actuel des côtes était encore recouvert par la mer. Le Blambangan et le Mouriah avec le Tiiléring étaient encore des (les ; les parties septentrionales de Batavia, de Krawang et de Chéribon n'existaient pas et Java présentait des bras de mer, s'avançant loin dans les terres, au nord-ouest de Nousa Kambangan

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et à l'ouest de Madoura, là. où s'étend maintenant la pla.îne de Lamongan. Le fait que ces plaine sétaient effectivement recouvertes parla mer est prouvé par les coquilles marines modernes, qqe l'on a trouvées dans la localité Lamongan, à 22 kilomètres de la mer, et ailleurs encore dans cette plaine. On a rencontré aussi des coquillages marins modernes dans des puits artésiens à Batavia, à une profondeur de o à 6 mètres, et à Sëmarang, jusqu'à une profondeur plus grande encore.

Matériaux. Les anses dont il vient d'être question sont comblées par des débris rocheux, fins ou grossiers, apportés presque tous par les rivières; une petite partie seulement peut provenir de l'éboulement des anciennes côtes sous l'action des vagues. L'alluvium le long des côtes Nord et Sud a été transporté aussi, en grande partie, par les rivières, et déposé à la côte ancienne.

Les matériaux consistent, au moins pour 90%, en débris volcaniques à l'état très divisé, du sable et de l'argile, de teintes grisâtres, par suite de la présence de restes de plantes, qui exercent une action réductrice sur l'oxyde ferrique et donnent naissance à des sels ferreux. Par contre, les argiles et les sables quaternaires renferment presque tout le fer sous forme d'hydrate ferrique et ses combinaisons, ce qui leur donne une teinte brune foncée. Par là seul ces derniers dépôts se distinguent déjà d' ordinaire des sédiments les plus récents ; mais il y a encore d'autres différences. Les dépôts alluviaux sont situés presque toujours à moins de 10 m. d'altitude; et à la limite des dépôts quaternaires, il n'est pas rare de rencontrer une petite terrasse, un seuil de 1 à 3 mètres de hauteur; ce qui prouve clairement que l'on est ici au bord d'un dépôt, sur une ancienne ligne côtière. Cette limite se voit distinctement entre autres en Batavia et en Krawang; en d'autres endroits, au contraire, le terrain descend, de 50 m. à o m d'altitude, d'une façon très régulière, sans terrasse; et si en outre la teinte brun rouge ne passe pas brusquement mais lentement à la teinte grisâtre des dépôts d'alluvion, ou si ces dépôts consistent entièrement en sable volcanique grisâtre, récent, meuble, apporté par les eaux, comme au sud de loguia, il est clair que la limite des sédiments ne peut être indiquée d'une manière précise; et dans ces cas ce n'est qu'arbitrairement que nous l'avons établie à une dizaine de 'mètres d'altitude, comme nous l'avons représenté sur notre carte,

La zone côtière. Immédiatement à' la côte on rencontre parfois une bande d'argile marine bleue, parfois aussi de sable marin fin, formant çà et là des collines, de vraies dunes, qui atteignent à la côte Sud en Préanguer plus de 30 m., en Bantam 20 m. et à la côte Nord de Madoura, à Ambountèn, jusqu'à 27 m. d'altitude. Le sable marin consiste en petits morceaux de quartz, entremêlés de particules de feldspath, de pyroxène, de hornblende et de minerai de fer magnétique.

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Iles coralliennes. Dans les îles basses de Bantatn et de Batavia ainsi qu'en de nombreux endroits le long des câtes, on trouve des bancs de corail qui, à la côte Sud, s'élèvent parfois de i à 2 mètres au-dessus du plus haut niveau de la mer, et accusent donc un léger soulèvement du sol, survenu dans ces derniers temps. Un banc horizontal de brèche récente de sable, pierres et calcaire corallien est situé dans le Tiî Baïawak, — terrain houiller de Baïah, côte Sud de Bantam — à 6 m. d'altitude; et Je calcaire de Kapouran, au détroit de Bali, s'élève même à l'état de banc parfaitement horizontal jusqu'à 17 mètres; mais ces deux derniers exemples ne peuvent aucunement servir de mesure pour le degré du soulèvement dans la période contemporaine ; car il est fort probable que ces bancs doivent encore être rangés dans nos sédiments quaternaires.

Le soulèvement de Java, dans la période moderne, t^est donc que de quelques mètres au maximum.

Madoura, qui, après le soulèvement de l'étage m,, se rattachait très probablement à la partie septentrionale de Sourabaïa et de Rèmhang, paratt s'en être détachée lors de l'affaissement dans la période quaternaire; le détroit est fort peu profond; dans le chenal cette profondeur n'est que de 15 mètres; elle est encore plus faible sur les bords.

Tuf calcaire. Aux formations contemporaines appartiennent encore les dépôts des sources thermales, consistant en spath calcaire, aragonite et tuf dolomitique, parfois avec un peu de tuf siliceux. Toutefois, les dépôts d'anhydride silicique sont très rares à Java et de fort peu d'importance, ce qui est assurément en rapport avec la distribution parcimonieuse de roches riches en quartz dans cette tie. Les dépôts de calcaire et de tuf d'aragonite aussi sont presque partout de faible étendue; sur la plantation de Kouripan seule, en Buitenzorg, l'aragonite constitue de véritables collines qui s'élèvent de 17 à 23 mètres au-dessus de la plaine quaternaire environnante.

Sources boueuses. Les sources boueuses, parfois improprement appelées ,, volcans de boue", ne sont autre chose que des sources d'eau froide ou d'eau chaude, qui amènent à la surface de l'argile -finement divisée. L'eau, provenant de couches tertiaires, contient d'ordinaire en dissolution du chlorure de sodium et parfois aussi des sels d'iode. Les sédiments boueux autour de ces sources sont de fort peu d'importance.

Activité des volcans. Divers volcans de Java sont encore actifs ; ils dégagent des coulées de lave, et projettent de la cendre, du sable et des pierres, qui restent en partie sur le manteau du volcan ; le reste est entraîné par les eaux de pluie et des rivières et déposé finalement dans la mer aux embouchures des cours d'eau. Ces matériaux contribuent donc à l'augmentation de l'alluvium, le long de la côte.

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Afin de donner à ceux qui ne connaissent pas Java pour l'avoii'vue, un aperçu du caractère des formes de montagnes des divers terrains, nous avons intercalé dans le texte quelques phototypies faites d'aprts des photographies des points les plus importants de l'île. Quelques explications succinctes suffiront pour les faire comprendre.

No. I. Le volcan de roches leucitiques Ringguit, en Besouki, vu de l'ouest, pris à g kilomètres à l'est de Bësouki. La forme très particulière de la crête, que l'on ne retrouve chez aucun autre volcan de Java, est faiblement accusée sur la planche à cause du brouillard, mais elle présente cependant une netteté suffisante. On comparera cette planche à notre dessin Fig. i, qui a été pris 13 kilomètres plus à l'ouest.

No. 2. Coulée de lave du petit volcan Lourous, en Bësouki, au rivage de la mer, à 13 kilomètres à l'ouest de Bësouki. Cette coulée consiste en basalte leucitîque.

No. 3. Le Rantm Bëdali, à Kanouïoso, en Probolinggo. C'est un des petits lacs de cratère situés sur le manteau du volcan Lemongan. Ce cratère a des parois très escarpées, hautes de 150 mètres, consistant en basalte; au fond un petit lac (ranou).

No. 4. I^ colosse basaltique Gounoung Lingga, au sud de Trènggalek, en Këdiri. La roche est un basalte miocène ancien, divisé en prismes, et environné de brèche mj. A comparer avec notre dessin Fig. 13-

No. 5. La chaîne du Minoreh, à la limite de Këdou et de loguia. prise de la colline qui porte la ruine hindoue Boro boudour {Kedou). Au premier plan, on voit la plaine volcanique; à l'arrière plan, la chaîne du Minoreh, constituée de brèches escarpées (étage m,), et se terminant à la plaine par une faille.

No. 6. Les volcans Soumbing et Sendoro, vus de l'Est, pris d'une colline, près du village Margawati en Këdou. Ces deux monts présentent l'un et l'autre des versants volcaniques particulièrement beaux et élégants, qui se raccordent au défilé de Klédoung (1405 m. d'altitude). Le monticule situé près du défilé est le point d'éruption Pëtarangan, appartenant au Soumbing. La cime de ce dernier est à 3336 mètres ; celle du Sêndoro à 3145 m. d'altitude.

No. 7. Mont brèckeux près Wonoguiri, en Solo. On voit ici l'extré-

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mité orientale de la Chaîne méridionale de loguia-Solo, qui se termine à Wonoguiri au pied du Lawoy. Les brèches appartiennent à l'étage mi. No. 8. Vue du Counoung Séwou (mille montagnes), prise du signal à Glonggong, sur la frontière entre Solo et Madioun. Le caractère des collines calcaires arrondies de cette chaîne bizarre est fort bien rendu par cette planche. Etage m^.

No. 9. La plaine de Dtëng (chaîne du Prahou), prise du Nord, au temple Dorowati, à la limite de Baguëlen et de Banioumas.

A l'avant-plan on. voit le village de Diêng koulon ; en arrière et à droite, dans la plaine, ce qu'on nomme les temples d'Ardiouno; derrière ceux-ci se dresse la montagne allongée le Pangonan. A gauche à l'arrière- plan la crête dentelée Prambanan (Pakouwodio)-Këndil; et à l'avant-plan, le pasanggrahan. Entre les deux, la plaine horizontale de Dïeng, à 2050 mètres d'altitude. C'est un des terrains volcaniques les plus remarquables de Java.

No. 10, Le ffn/^ftf /*<ï^^^jfca»(/i3n:^, avec le village de Paguèrkandang (chaîne du Diêng) en Banioumas. C'est un des nombreux points d'éruption de la chaîne du Diëng ou du Prahou. L^ bord, dont on ne peut voir qu'une partie, est sensiblement circulaire; le village est situé dans le fond du cratère, à peu près au centre.

No. II. hc lac Merdodo, lac de cratère du Pangonan (chaîne du Prahou), en Banioumas.

Le Pangonan, dont on peut voir le versant extérieur dans la planche No. 9, présente deux cratères sensiblement circulaires, dont celui du Nord contient le lac Merdodo (ou Wërdodo); c'est un des plus grands lacs de cratère de la chaîne du Prahou ; seul le lac Mendier est plus étendu. No. 12. Le cratère du Pakouviodio (chaîne du Prahou), en Baguëlen. Les deux cratères du Prambanan, l'un des points d'éruption les plus orientaux de la chaîne du Prahou, portent le nom de Pakouwodio, d'après une aiguille d'andésite très pointue (pakou wâdia, clou d'acier), qui se dresse sur l'arête, entre les deux cratères. Les 4 personnes placées sur l'arête de séparation, à droite de l'aiguille, donnent une idée des dimensions.

No. 13. Le mont d'andésite à deux cimes Gounoung Tlawoungan ou Radia, au nord de Bandiarnëgara, en Banioumas.

C'est encore une des cimes d'andésite caractéristiques du miocène ancien, que l'on peut reconnaître déjà à une grande distance. La roche est de l'andésite à pyroxène et à hornblende.

No. 14. Le mont ^andésite Gounoung Gadia, en Tëgal. Egalement un colosse d'andésite escarpé du miocène ancien, que l'on aperçoit déjà de la rade de Tegal. Le nom provient de la similitude avec un éléphant (gadia), ressemblance qui se voit assez clairement sur la planche. La roche est de l'andésite à hornblende.

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No. 15. La source salée Ttinirov, en Chéribon.

Cette source est située dans la chatne miocène (m,), au sud de Kouningan ; outre de l'eau salée, elle ramène aussi de la boue, qui s'est amassée autour de l'ouverture sous forme d'un cône très plat. De pareilles sources, mais plus grandes, se rencontrent aussi à Kouwou, dans la section de Grobogan, résidence de Sêmarang.

No. 16. Couches marneuses très redressées dans le TU Diolang, Chéribon, avec le Gounoung Gueulîs à l'arrière plan. Les couches sont situées entre les villages de Bodiong et lanlapa, à l'endroit où le Tii Diolang formait jadis un coude en forme de boucle, mais se dirige à présent vers le Sud. Elles appartiennent à l'étage m,, et ont une position sensiblement verticale.

No. 17. Couches marneuses très redressées dans le Tii Monteh, près Soubang en Chéribon.

Sur la route qui conduit de Soubang au Sud vers Pamoulihan, les couches marneuses de l'étage m^ sont bien à découvert dans le Tii Monteh, affluent du Tii Diolang. Dans le lit de la rivière, elles ont une Inclinaison de 65° ; plus haut, au bord gauche de la vallée, elles sont plus redressées, même verticales ; et çà et là même à proximité de la surface les têtes des couches se replient; toutefois cela ne peut bien se voir sur la planche. A comparer avec notre dessin Fig. 44.

No. 18. Le mont d'andésite et de brèche Pangléséran, à la côte Sud, à l'ouest de Tiisolok, pris du nord-est, Préanguer.

Le long de la plage, on trouve des couches qui consistent en brèches de l'étage m, et inclinent de 10° au Nord. Elles sont recouvertes d'un banc de roche éruptive massive, épais de 200 mètres au moins; c'est de l'andésite à hornblende à mica et à quartz, bien dénudée sur les parois escarpées, visibles entre la futaie.

No. 19. Couches de grès du cap Karanghawou, à plus d'un kilomètre au sud-est de Tiisolok; étage m ^, Préanguer. Au rivage, les couches sont nettement dénudées ; elles sont horizontales ; en un seul point on a constaté D. = 60°, I, = 15° au Sud-Sud-Est- No. 20. Couches de brèches avec banc d'andésite interposé, à la cascade du Tii Awitali (affluent du Tii KasoJ, près du hameau de Tipar, vues du Sud. Préanguer.

Au premier plan de la planche, on voit le bord de couches de grès de l'étage m, inclinant légèrement au Nord; ces grès sont recouverts de couches de brèches, par-dessus lesquelles la rivière se précipite en chute rapide. A la cascade proprement dite, on trouve une roche éruptive massive, de l'andésite à pyroxène, de nouveau recouverte de brèche.

No. 21. Couches miocènes très redressées, à proximité de ta vote ferrée, à la halte THreunghas, à l'est de Soukaboumi, Préanguer.

Ces couches appartiennent à. l'étage m, et consistent alternativement en grès et en argiles; ces dernières sont, en partie, fort silicifiées. D, = 100°, I. = 70° au Nord.

No. 22. Le flanc du Bengbreng, à 6 kilomètres à /'esi de Kadoupandak. Préanguer.

A l'arrière-plan s'élève le flanc abmpt, dont le pied est rendu invisible par des collines couvertes de végétation. Le flanc consiste en couches de marnes de l'étage m,, qui inclinent très doucement au Sud.

No. 23. Une couche de charbon éocÈne dans la vallée du TU Mandiri, terrain kouOler de Baiah. Bantam.

Cette couche est très redressée; l'inclinaison est de 80° au Sud; avec le schiste carbonifère qui s'y rattache elle a une épaisseur de 1.80 m. Le toit est du grès quartzeux; le mur, de l'argile désagrégée.

No. 24. Mont gréseux éocène du terrain houiller de Baiah, à la rive droite du Sawarna, en aval de Wangoun, Bantam.

Entre les arbres apparaissent les couches de grès quartzeux, inclinant au Sud. Elles appartiennent au grand terrain gréseux situé entre Baïah, Pamouboulan, Wangoun et la côte Sud.

No. 25. Banc de basalte, situé entre des calcaires marneux miocènes, dans la rivière Sawarna, en aval de Wangoun, Bantam.

C'est là le basalte à caractère ancien, situé à proximité du pont de rotan, et signalé, dans notre dessin Fig. 80 et 8r, comme banc No. III ; l'épaisseur est de i \ mètre ; la direction, 30° ; l'inclinaison, 20° (plus à l'ouest, elle est cependant de 70°; voir Fig. 81) au S. E.; le mur est du calcaire marneux; le toit, du calcaire cristallin.

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COUP D'ŒIL RETROSPECTIF.

Formation générale de Java.

Java forme avec Sumatra, Bornéo et les îles intermédiaire l'extrémité Sud-Est de l'Asie, dont elle est séparée actuellement par une mer peu profonde, mais % laquelle elle était positivement réunie encore à l'époque quaternaire, comme nous l'avons vu plus haut. Un abaissement du niveau de la mer de 45 mètres seulement serait suffisant pour établir une communication entre ces îles et l'Asie i ) ; et si ce niveau descendait de 180 mètres, la mer située entre ces trois tles et Malaka, Cambodge et Siam deviendrait tout -à-fait terrain sec; c'est ce dont on peut se convaincre à l'inspection de la carte No. 1, où la ligne des profondeurs de 180 mètres se dirige du Cambodge vers le cap Negrais en Birmanie, en tournant autour de Bornéo, Java et Sumatra.

Il en est tout autrement au sud de Java et à l'ouest de Sumatra ; à une faible distance de la côte, la mer accuse déjà une profondeur de 1000 brasses, et bientôt celle de 2000 brasses et au-delà; on y est déjà dans le bassin de l'Océan Indien, dont le fond est passablement plat et a (d'après la vitesse de la vague du Krakatau), entre Java et Port Elisabeth (Afrique méridionale) une profondeur moyenne de 4200 mètres ou de 2300 brasses. On n'y a effectué que quelques sondages, pour le placement des câbles télégraphiques de Ceyion à Fenang, de Ceylon à Aniër et de Baniouwangui à Port Darwin (Australie); mais ils ont suffi à prouver qu'on trouve de grandes profondeurs déjà tout près de la côte Sud de Java et d'Engano. La série d'îles néo-tertiaires, dont font partie Engano, les tles Méntawéî et Batou, Nias et les tles Babi, doit donc, au point de vue géologique, être rattachée encore à Sumatra, bien qu'il existe entre elles une mer dont la profondeur dépasse 100 brasses.

• 1) D'après la carte inariiie la plus récente (Noordkust van Java Feuille I, échelle 1 : aoo.ooo 1SS7}, la mer n'a qu'en un seul point, entre la pointe de Krawtmg et le ZuidirHchter, une profondeur de 25 brasses ou de 45 mètres; et depuis le Zuidwachter, au Nord-Est vei^ Bornéo, et au Nord-Ouest vers Sumatra et Malaka, la profondeur ne dépasse pas z2 brasses ou 40 mètres; de sorte qu'une baisse de niveau de 40 mètres relierait l'Asie à Sumatra et \ Bornéo, et nae baise de 45 mètres joindrait aussi ces àeaj. Iles à Java par nne étroite langue de terre.

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L'allure probable des lignes de profondeur de looo à 2000 brasses a été représentée sur notre carte No. I; si donc l'on construit une coupe du Cambodge à Bornéo, du Nord-Ouest au Sud-Est ; et puis vers Java, du Nord au Sud, on obtient sensiblement le profil de la fig. 88, dans lequel toutefois il a fallu agrandir 50 fois les altitudes relativement aux distances, afin de pouvoir représenter encore la faible profondeur des mers de Chine et de Java. Au sud de Java, nous devons admettre un faille, par laquelle ou bien fut soulevé le pays situé au nord, ou bien, ce qui est plus vraisemblable, le fond de l'Océan Indien actuel éprouva un affaissement.

On est tout-à-fait dans l'incertitude quant à l'époque géologique à laquelle eut lieu ce déchirement du fond; et cette incertitude persistera toujours, car on ne pourra jamais recueillir des échantillons de roches au fond dt la mer des Indes.^ et d'autre part, les fies situées au sud de Java, notamment l'île Christmas ou de Noël, et l'île des cocotiers ou Keeling, ne sont pas des vestiges du fond affaissé; mais elles consistent l'une et l'autre en calcaire récent. En effet, l'île des cocotiers est un atoll corallien récent; et l'île de Noël consiste en calcaire, s'élevant à l'altitude de 350 m. environ et apparemment d'âge tertiaire récent. Ces deux formations calcaires se seront probablement déposées sur des roches éruptives tertiaires ou sur de jeunes volcans, dont les sommets ne sont pas à une grande profondeur sous la surface de la mer ; et elles ne nous donnent donc aucun renseignement relatif aux roches qui composent le fond de l'Océan Indien. Mais il y a lieu de supposer que cet Océan est un bassin très ancien, et par conséquent la faille dont il vient d'être question doit être aussi d'un âge très reculé.

Dans la mer peu profonde, au nord de la faille, il s'est formé, dès les temps les plus anciens, des dépôts de sédiments et des épanchements de roches éruptives; c'est ainsi que l'on trouve des schistes et des quartzites puis des granités, tous^/wj anciens que t époque carbonifère (donc d'âge dévonien ou silurien, ou plus reculé même, azoïques) à Sumatra, Bangka, Billîton, Karimoun-diawa et Bornéo; et des roches carbonifères^ Sumatra. A Java même, celles-ci n'arrivent pas à la surface, mais elles peuvent exister sous la couverture de sédiments plus récents. Les roches des terrains triasique et jurassique font défaut à Java et à Sumatra; de sorte que, dans ces périodes, ces îles émergeaient; et il existait alors probablement une communication avec l'Asie. Une partie de l'archipel oriental, notamment les îles Timor et Rôti, était cependant recouverte par la mer aux époques pcrmienne, triasique et jurassique; et il n'y a pas longtemps, on a trouvé aussi à Bornéo des fossiles qui, selon M. Martin, sont probablement jurassiques et peut-être même en partie triasiques.

Dans la période crétacée, une portion de notre terrain s'était de

nouveau aifaissée sous le niveau de la mer; car nous trouvons des roches à fossiles crétacés à Bornéo et à Java.

Aux époques éocène et oligocène, l'affaissement a persisté; car il existe des sédiments marins (et d'eau saumàtre), à poissons fossiles à Sumatra, et à nummulîtes à Java et Bornéo; on trouve aussi dans les trois ties des formations d'eau saumàtre ou d'eau douce, des grès, des argiles avec houilles, et du schiste houiller à dents de poissons et empreintes de plantes.

L'extension des roches néo-tertiaires, la plupart d'âge miocène, pour une faible partie d'âge pliocène, est tellement vaste dans notre Archipel, que dans cette période la plus grande partie devait être recouverte par la mer; et que seuls quelques terrains éocènes ou plus anciens s'élevaient comme des tIes ou des récifs au-dessus des eaux.

Effondrements de portions de la céte. Les sédiments ainsi formés étaient fréquemment dérangés de leur position horizontale primitive par des compressions et des plissements réitérés, qui assez souvent produisirent des crevasses et des failles et provoquèrent l'éboulement et la submersion de certaines parties de la côte.

J C'est ainsi que la grande anse qui forme la Wijnkoops-Baai a très probablement pris naissance par un effondrement postérieur au dépôt de l'étage m,. En trois endroits, des couches éocènes arrivent à la côte, {même des roches crétacées à la baie de Tiiletou) ; et celles-ci sont asseï souvent rompues, ce qui veut dire qu'elles inclinent à partir de la côte même, de sorte que leurs têtes regardent la mer. A l'extrémité du Gg. Madour, au sud de Baîah, les couches se recourbent le long de la côte, mais en conservant toujours leur pente du côté opposé. C'est encore le cas à la baie de Tiiletou .(Fig. 50) ; les couches inclinent presque constamment du côté opposé à la mer; à la côte même, elles sont parfois verticales ou plongent en pente très rapide {80°) sous la mer, comme si elles avaient été entraînées par l'effondrement des couches qui se trouvent actuellement sous les eaux. Les couches miocènes m,, au nord de la baife de Tiiletou, présentent la même disposition le long de la côte ; il est donc vraisemblable que cette côte s'est formée par l'affaissement du terrain avoisinant et qu'elle est le bord d'une faille. Une portion de cette côte a été indiquée sur la carte Fig. 50 par la ligne ABC, qui s'infléchit probablement vers l'Est au point A, pour se rattacher à la ligne de rejet No. 4 de la vallée du Mandiri, décrite déjà au chapitre VllI. A partir de Palabouhan vers l'Ouest, et le long de la côte Sud de Bantam jusqu'à la i^ pointe de Java, la côte forme la limite septentrionale du terrain submei^é. L'époque à laquelle se produisit cette faille est postérieure au dépôt de m,. Failles des détroits de la Sonde et de Bali. Dans cette période, el peut-être aussi en m^, Java était probablement encore reliée à Sumatra

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et à Bail et n'en (ut séparée que plus tard par des failles. Ainsi, dans la description de Bantam, nous avons vu que les couches m^ du Gg. Hondié tournent la tête vers la mer et inclinent par conséquent vers l'Est. A l'extrémité septentrionale, à la 3e pointe de Java, les couches m, sont coupées de la même manière; de sorte que ta faille, qu'il faut admettre ici, ne s'est produite qu'après m^ et est donc plus récente que celle dont il a été question plus haut. Par ce rejet, la 1' pointe de Java fut isolée en même temps que le Gg. Païoung et transformée en une île, qui n'a été reliée de nouveau à Java, par un peu d'alluvium, que dans la période contemporaine. Sur cette même faille est placé le volcan Dwars in den weg; et si l'on prolonge cette ligne plus au Nord, elle passe exactement par les détroits de Gaspar, entre Bangka et Bitliton, pour se diriger vers la pointe occidentale de Bornéo {voir la carte No. î). Toutefois, il n'est pas démontré que la faille se prolonge réellement jusque là et qu'elle soit la cause de la séparation de Bangka et de Billiton et de la terminaison de Bornéo en cet endroit; du moins, on ne peut pas le reconnaître à la profondeur de la mer; et la disposition des couches dans les ties explorées tout récemment par M. Verbeek dans les détroits de Gaspar ne fait pas supposer une faille.

Le détroit de Bali lui aussi doit son origine à une faille, qui partant de la baie de Pampang se dirige au Sud à travers l'alluvium, jusqu'à la baie de Gradif^an et sépare les brèches de Gradiagan du calcaire de Blambangan. Il est probable que cette crevasse se produisit aussi après m, ; plus tard, U se fit, le long de la même ligne, un soulèvement du calcaire m,, par lequel Blambangan surgit au-dessus des eaux, pour rester une tle jusque dans les tout derniers temps, où elle fut reliée à Java par une bande d'alluvium très basse. Le fait qu'il se déposa aussi du calcaire le long de la limite des brèches est prouvé par la présence de calcaire marneux au nord de Gradiagan ; mais celui-ci s'est soulevé beaucoup moins haut que le calcaire de Blambangan.

Anses de la côte Sud. Le terrain brécheux entre GradiagÉ^n et Watou oulo présente à la côte Sud des ajises nombreuses, tout comme le terrain andésitique de la côte Sud de Kediri. Pour autant que ces anses se trouvent dans l'andésite, elles doivent en grande partie leur origine à des effondrements de volcans anciens (miocènes), dont le cirque d'andésite qui environne la baie de Priguî, avec le Koumbakarno comme point d'éruption central récent, nous offre un bel exemple; mais là où ces baies existent dans la brèche, ou même dans le calcaire, il faut attribuer leur origine à l'éboulement et à l'effondrement de certaines parties de la côte Sud, car il est difficile d'admettre que leur forme soit uniquement le résultat de l'érosion. Ainsi, les montagnes qui entourent la baie de Patiitan consistent partie en brèche, partie en calcaire, qui partout se termine du côté de la plaine et de

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la mer par une muraille abrupte. Une partie du calcaire s'est assurément afTaiiisée sous les eaux; la baie ainsi formée s'est comblée plus tard vers le. Nord par les atterrisse m ents de la rivière Patiitan; la partie méridionale de cette baie est l'un des rares mouillages sors de la côte Sud de Java.

Donc, après la période m,, et même encore après m^, Java a pris essentiellement sa forme actuelle grâce aux failles qui se sont produites à l'Ouest et à l'Est; tandis que la côte Sud s'est modifiée çà et là par des éboulements et s'est accrue par des dépôts de bancs de calcaire m^; mais en principe, sa configuration était déjà arrêtée par l'ancienne faille qui sépare l'île des profondeurs de l'Océan Indien.

Evénements postérieurs à la formation de l'étage m^. Ce qui est survenu à Java après m^, a déjà été mis en lumière à la description des sédiments quaternaires, au chapitre X; pour compléter, il suffira de résumer brièvement. Voici l'énumération des événements successifs;

1". Dépôts de bancs calcaires mg sur les côtes de Java, encore divisée alors en 8 îles au moins.

2°. Derniers plissements et soulèvements considérables de Java, par lesquels le calcaire récemment formé fut amené, en quelques points, à l'altitude de 900 mètres.

3". Jonction de Java, Sumatra et Bornéo avec l'Asie, probablement à la suite des soulèvements signalés au No. 2. Migration de mammifères de l'Asie vers Java.

40. Affaissement du sol, par lequel Java, Bornéo et Sumatra furent derechef séparées de l'Asie.

5". Dépôt de sédiments quaternaires dans des anses et le long des côtes, par les rivières; dans des lacs et, pour une part, dans la mer. Les volcans, qui fournirent la plupart des matériaux, prirent déjà naissance à l'époque tertiaire, et certains d'entre eux projettent encore aujourd'hui des matières volcaniques; mais le maximum de leur activité tombe dans la période qui précède immédiatement l'époque contemporaine, aux temps quaternaires. Dans les sédiments quaternaires, on rencontre des ossements des mammifères signalés plus haut.

6", Soulèvement très faible de l'ensemble de Java, ou, ce qui est plus vraisemblable, abaissement du niveau de la mer.

•j". Formation d'alluvium le long de la côte, par le limon que les rivières déposèrent à leur embouchure. Formations marines modernes à coquillages le long de la côte Nord. Formation de corail. Continuation de l'activité volcanique.

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