Lepidocyclina, à loges médianes arrondies
Les 4 premiers sous-genres ont tous des loges rectangulaires; par là ils présentent entre eux une connexion intime et se séparent nettement des lépidocyclines à loges médianes rondes ou plutôt en forme de spatule.
Chez les rhipidocyclines, la division en étages des loges médianes a eu sans doute pour cause l'étendue de la couche de ces loges, ce qui a nécessité un cloisonnement transversal pour donner au système une plus grande solidité.
On trouve la même division en étages chez les actinocyclines et tes astérocyclines, mais uniquement aux endroits où la couche de It^es médianes devient particulièrement haute, notamment dans les rayons. Au demeurant, elles sont tout à fait analogues aux discocyclines.
C'est pourquoi on peut convenablement réunir les 4 sous-genres à loges médianes rectangulaires en un seul groupe, celui des discocyclines, comprenant des espèces qui, en Europe, se montrent exclusivement dans les couches éocènes.
Il en est tout autrement des lépidocyclines; bien que ce soient de vraies orbitoïdes, elles se distinguent du groupe des discocyclines par la forme des loges médianes qui, ainsi qu'on l'a déjà dit, sont le plus souvent spatul if ormes. D'autre part, les couches où existent les lépidocyclines d'Europe sont plus récentes que celles où apparaissent les discocyclines. En effet, selon GiiMBEL {1. c. pp. 140 à 146), elles sont originaires, en Italie du miocène ancien, en France, probablement du tertiaire moyen. En Amérique, elles ne se montrent pas dans les calcaires à Zeuglodon du Mississippi et de l'Alabama, ainsi que le signale GiiMBEL (I. c. pp. 141 et 143), mais dans des couches situées plus haut, les Vicksburg-beds, que divers auteurs tiennent pour de Péocène supérieur ou pour de foligocène. M. Heilprin (Angelo Heilprin. Contributions to the tertiary Geology and Paleontology of the United
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States. Philadelphia 1884, pp. 3, 6, 34, 26, 33 et 34) divise comme suit en étages les "couches tertiaires du Misstsijipi, de l'Alabama et de la Floride:
Miocène
Carolinian.
Marylandian.
Oligocène. Orbitoitîc = Vicksburgbeds {Conrad).
Jacksonian (avec débris de Zeuglodon).
Ciaibornian.
Buhrstone.
Eo-Lignitic.
En désaccord avec Conrad (Geol. N. C. Vol. I 1875, Appendix A, p. 25), qui considérait le claibornien comme éocène récent, !e jacksonien comme oligocène ancien et le Vicksburg comme néo-oligocène, M. Heu.PRIN rattache le jacksonien à l'éocène supérieur et leVicksburg à l'oligocène. D'après lui, les restes de Zeuglodon se montrent exclusivement dans le Jackson, les lépidocyclines, notamment l'O. Mantelli, uniquement dans le Vicksburg; jamais on ne trouve ces pétrifications réunies ; et l'ancienne assertion, que le calcaire à Zeuglodon contiendrait aussi l'O. Mantelli, est donc inexacte. En effet, j'ai con.staté par l'analyse microscopique qu'un morceau de calcaire à Zeuglodon de l'Alabama, du musée royal de minéralogie de Dresde, que le Professeur H. B. GeinitZ a eu l'obligeance de me céder, renfermait il est vrai de nombreux foraminifères, mais ne présentait aucune trace d'orbitoîdes.
Selon M, Heilprin, l'O. Mantelli existe dans les mêmes couches oligocènes à la Jamaïque, à Antiguaet à Trinidad; puis dans les couches calcaires inférieures de Malte {Geol. Magazine I, 1864, p. 104), qui sont assimilées h. une portion du „Bormidian" de SiSMONDA, aux mola.sses marins inférieurs de la Bavière et de la Suisse, et probablement aussi aux couches de Sotzka du bassin de Vienne (FUCHS, Sitzungsber. der k. k. Acad. de Wissensch. LXX, 1, 1874, p. 92; HOERNES. Jahrb. der k. k." geol. Reichsanstalt XXVIIl 1878 pp. 30 à 38}.
Dans l'ouvrage le plus récent sur la géologie de l'Alabama {Report on the geology of the coastal plain of Alabama, 1894), on trouve, aux pages 25 et 27, la division des couches tertiaires et crétacées, telle qu'elle est admise actuellement par le Dr. E. A. Smith, State geologist of Alabama; et aux pages 107 à m, une division et une description sommaire du St. Stephens, White Umestone (Vicksburg and Jackson}, qui nous intéresse ici particulièrement. Voici la division établie par cet auteur:
«^-^- { lZ7alu.
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St Slephens, White I.mcstone \ vkksburg (orbitoidal).
(Vicksburg and Jackson) ( Jackson.
Claiborne (Claiborne proper anti Buhrstone).
Lignitic.
Clayton (Midway).
En dessous, le terrain crétacé.
La division supérieure du Whîte limestone, épaisse de 150 pieds, n'a été trouvée qu'en un seul endroit en Clarke-Counfy et consiste en un calcaire dur, à nombreux restes de coraux silicifiés en partie. Appartient probablement au Vicksburg.
L'étage moyen, de 140 pieds d'épaisseur, consiste en partie en calcaire dur, partie en calcaire tendre, maculant, que l'on emploie partout comme pierre à bâtir et qui durcit à l'air. Cette division renferme un très grand nombre d'orbitoïdes (O. Mantelli), surtout dans les deux-tiers supérieurs; vers le bas, elles deviennent de plus en plus rares.
La division inférieure du White limestone, de 60 pieds d'épaisseur, est le plus souvent un calcaire argileux, de teinte claire, avec beaucoup de coquillages marins et des restes de Zeuglodon (Z. cetoides). Cette division inférieure, l'auteur la considère comme l'équivalent du Jackson; et la division moyenne, comme celui des Vicksburg-beds du Mississipi; MM. Smith et Heilprin sont donc d'accord en ceci que les restes de Zeuglodon et les orbitoïdes n'existent pas dans les mêmes couches; mais M. Smith les rattache toutes à l'éocène supérieur, parce que le Vicksburg et le Jackson ont en commun la très grande majorité des fossiles, et que dans les couches supérieures du White limestone, on a trouvé la Venericardia planîcosta Lam., pétrification qui existe également en divers endroits dans des couches éocènes plus profondes de l'Alabama. D'ailleurs, il est pour nous peu important de savoir quel nom il faut attribuer à ces couches à orbitoïdes; ces fossiles se montrent en tout cas encore dans le terrain tertiaire ancien, bien que ce ne soit que dans les couches tout-à-fait supérieures.
J'ai pu examiner au microscope les orbitoïdes de la division moyenne du White limestone; ces fossiles sont contenus tant dans la variété tendre que dans la variété dure de ce calcaire. Dans le calcaire tendre existent de nombreux disques, grands mais lisses et fort minces, à petite élévation papillaire centrale; D. = 26 mm., é. ^ | à i mm. Les orbitoïdes du calcaire dur sont plus petites, un peu plus grosses, et elles présentent à la surface des ponctuations ou protubérances très apparentes; D. ;= 15 mm., é. = i^ à 2 mm. Au microscope, elle donnent la même image ; la loge centrale est très petite, les loges médianes augmentent d'étendue de dedans en dehors ; elles sont en forme de spatule, plus longues que larges ; dans les grands disques elles ont au maximum
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o.io à 0.15 mm. de longueur et o.io à 0.12 mm. de largeur; dans les petits elles sont longues au maximum de 0.08 à o.io mm. et larges de 0.08 à o,t2 mm. Les loges sont donc parfois plus longues que larges, mais pas toujours; la largeur peut devenir égale ou même supérieure à la longueur, d'où résultent des loges déprimées. Par cette variabilité dans la forme des loges, il devient excessivement difficile de déterminer si les orbitoïdes de l'Alabama appartiennent à l'O. dilatata MiCH. ou bien à l'O. Mantelli MORT. La seule distinction que j'aie pu trouver entre ces deux orbitoïdes, d'après leur description et les figures (GûMBEL, Beitrâge etc. pp. 139 et 140, Taf IV Figs. 45 à 47; Carpenter, Quartcriy Joum. of the geol. Soc. VI 1850, p. 32, PI. VI, fig. 21 ; et Introduction to the study of the foraminifera 1862, p. 298, PI. XX, ^S- 5) consiste dans la forme des loges ; chez l'O. Mantelli, elles sont aussi longues que larges ; chez l'O. dilatata on les représente plus longues que larges; or, comme les deux formes existent ensemble parmi les orbitoïdes d'Amérique que j'ai examinées, je considère comme extrêmement probable que l'O. dilatata n'est pas une espèce distincte, mais qu'il faut la réunir à l'O. Mantelli d'Amérique.
Nous avons observé que des exemplaires de l'O. Mantelli de Jasper-Counly, en Mississipi, du calcaire des Vicksburg-beds, de 28 mm. de diamètre et I mm. d'épaisseur seulement, ont des loges qui le plus souvent sont aussi longues que larges, d'une dimension de 0.16 mm. au maximum; toutefois il y a aussi des loges plus longues et surtout de plus courtes. Ces orbitoïdes sont identiques sous tous les rapports à celles de l'Alabama.
Selon Carter, (Annals and Magazine of nat. history, 2< sér. X, 1852. p. 175; idem 2* sér. XI, 1853, p. 177, PI. VII, figs. 30 à 35 ; idem, 3e sér. VIII, 1861, p. 329, PI. XVI, fig. 2), l'O. Mantelli existerait aussi dans l'Inde Anglaise, dans des couches éo ce nés ; mais cette assertion repose sur une erreur; car d'après Fedden {Memoirs of the geol. Survey of India, Vol. XVII, p. 19g) Carter a pris l'O. Fortisi pour l'O. Mantelli. De pareilles méprises ne peuvent se produire que lorsqu'on néglige de tailler les orbitoïdes et de les analyser au microscope. Car il y a des lépidocyclines qui ont tout à fait l'aspect de discocyclines. Des lépidocyclines recourbées en selle peuvent être prises pour l'O. ephippium; et des exemplaires aplatis, pour des individus d'O. papyracea. Il ne me paraît pas douteux qu'il existe aussi des lépidocyclines avec des rayons à la surface, ce qui les fait ressembler à des actinocyclines; c'est probablement le cas, entre autres, pour l'O. radiata Mart. {Die Tertiairschichten auf Java, p. 163), des couches miocènes de Java (localité K. de JUNGHUHN, au nord de Sindangbarang, Préanguer), qui n'a pas encore été taillée, de sorte que jusqu'à ce jour la forme des loges médianes est inconnue. Je suis néanmoins convaincu que ces loges doivent être spatuliformes.
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Si donc en Amérique les lépidocyclines se montrent encore dans l'étage supérieur du tertiaire ancien, tel n'est pas le cas, d'après mes recherches, dans notre Archipel, notamment à Java, Bornéo et Sumatra. Dans toutes les couches, caractérisées comme éocèncs par la présence de nummulites et d'alvéolines, il existe de nombreuses discocyclines (y compris dés rhipido- des actino- et des astéro-cyclines), mais pas une seule lépidocycline i). Par contre, dans des milliers de plaques microscopiques de roches de Java et de Sumatra, qui d'après leurs mollusques doivent appartenir au terrain tertiaire supérieur, je n'ai rencontré que des lépidocyclines et jamais je n'y ai observé une seule discocycline.
Il semble donc que, en allant de l'Ouest vers l'Est, les lépidocyclines se montrent dans des couches de plus en plus jeunes; en Amérique, dans l'éocène supérieur; en Europe, dans le miocène ancien; dans l'Inde Néerlandaise dans toutes les couches miocènes et pliocènes. Mais il ne faut pas oublier que la détermination de l'âge de quelques unes de ces couches pourrait bien dans la suite subir encore quelques modifications.
Les couches de Nanggoulan, en loguia, qui d'après leurs mollusques semblent présenter un caractère miocène, nous les rangeons dans te tertiaire ancien, principalement à cause de la présence de discocyclines et la grande ressemblance de celles-ci avec les orbitoîdes incontestablement éocènes. Si ces couches étaient néo-tertiaires, elles constitueraient, parmi tous les sédiments de Java, l'unique exception, tout à fait isolée, à la règle précédente ; sur tout le globe, elles seraient même ' les seules roches du tertiaire supérieur qui contiendraient des discocyclines.
Ce fait remarquable attribue aux orbitoîdes une importance capitale dans la séparation des couches tertiaires anciennes {éocènes et oligocènes) de l'Archipel Indien de celles du tertiaire supérieur (miocènes et pliocènes). Alors que pour déterminer l'âge des couches tertiaires de l'Inde on a besoin d'un très grand nombre de mollusques fossiles, l'analyse miscroscopique d'une seule orbitoïde d'une roche suffit pour s'assurer si l'on a affaire à une couche tertiaire ancienne ou bien à un dépôt tertiaire récent. Toutefois pour établir une subdivision ultérieure
I) Dans ma notice, „Voorlonpig bericht over nummutietcn etc. ..Nut. Tijdschr. voot N. I. 1891 LI p. 105, j'ai signait une eiceplion que je dois retirer ici. Dans des pUques de fragments de calcaire éoccne de Hoguëlen, du village de Sampang, catalogue No. 687, inclus dans des brèches miocènes, j'ai Ironïé, à côté de sections de Nummulites BaguSIensis I el II, d'alïéolines, de linopores cl d'aulres forain in if ères, aussi de petites orbitoîdes, longues de ij^i, épaisses de l mm,, à loges ridangulaires, longues de 0.03 n 0.05 mm. En certains points, ces loges ne sont pas ijaadrangulaires mnis hexagonales, par une flexion des parais supérieure et inférieure, ce qui Tes fait ressembler \ des loges en spatule; c'est ainsi que dans le temps j'ai cru avoir affaire à des lépidocyclines. Dans de bonnesplaques, on observe distinctement la transition des luges quadrangulaires aux hexagonales.
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du terrain tertiaire supérieur en miocène inférieur, miocène supérieur et en pliocène, les orbitoïdes ne peuvent provisoirement pas servir; nos connaissances relativement aux lépidocyclines qui existent dans les diverses couches de Java sont pour le moment encore tout à fait insuffisantes.
Un défaut que l'on observe chez les auteurs anciens (CarpeNter, Kaufmann, Gùmbel, von Fritsch et d'autres), dans la description des orbitoïdes, c'est d'abord qu'ils ne signalent pas toujours la dimension de la loge centrale ; et d'autre part, que jamais ils n'indiquent le mode d'accroissement des loges, c'est à dire la manière dont leur longueur se modifie du dedans au dehors. Et cependant ces deux propriétés conviennent le mieux pour la classification des orbitoïdes en espèces-
D'abord, en ce qui concerne les dimensions de la loge centrale : chez les discocyclines de Java elle est ou bien très grande {i mm.) ou bien très petite (0.02 mm. ou o.oi mm). Il semble que les auteurs cités plus haut admettent tacitement que la loge centrale soit toujours très grande ; mais je puis le contester formellement. Des exemplaires de rO. Fortisi d'Arch. (O. discus Rùtim ou 0. Pratti MiCH. ou O. papyracea BouB.) de Bos d'Arros, appartenant au Muséum d'histoire naturelle de Paris, et que la bienveillance du Professeur DaubrÉE m'a permis d'examiner, ont une loge centrale très petite ; par contre, chez l'O. cphippium, cette loge est très grande (0.7 mm,), comme dans les exemplaires de Java. L'erreur proviendra sans doute du nombre trop restreint d'exemplaires soumis à l'analyse microscopique; et aussi peutêtre a-t-on confondu des exemplaires des deux espèces. En effet, l'O. ephippium n'est pas toujours recourbée en selle; elle est parfois plate, et ces exemplaires aplatis peuvent très aisément se confondre avec les jeunes individus de l'O. papyracea.
A cette diversité dans la grandeur de la loge centrale, vient s'ajouter un mode d'accroissement tout à fait différent de la longueur de ces loges, du centre vers l'extérieur. Chez les discocyclines à petite It^e centrale (O. papyracea), cette longueur augmente assez régulièrement du centre vers le bord ; les loges intérieures sont très petites (o.oi mm.), les extérieures ont une longueur de o.io à 0.25 mm. Chez les discocyclines à grande loge centrale (0. ephippium, O. dispansa), ce sont les chambres intérieures qui sont les plus grandes (o.io mm. \ 0.15 mm.), et elles n'augmentent pas vers les bords ; parfois même elles deviennent plus petites (0.08 mm. à 0.05 mm.). L'indication de la longueur des loges à une distance du centre de 5 mm. n'a donc le plus souvent aucune importance, car elle peut être la même chez les espèces les plus diverses.
Chez les lépidocyclines, il y a également des espèces à grande et à
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petite loge centrale; mais chez la plupart des espèces, la longueur des loges paraît augmenter de dedans en dehors; pour quelques autres, elle semble rester sensiblement la même.
Quant à l'accroissement des loges chez les rhipido-, lesactino-et les astérocyclines, je ne puis rien en dire, car ces espèces sont très rares à Java et elles n'ont pu être examinées que dans des plaques microscopiques du calcaire, en toutes sortes de sections obliques, et jamais à l'état libre. Il est probable qu'elles se comportent comme les discocyclines.
Enfin, il faut encore mentionner comme propriété générale des orbitoïdes, que constamment elles se présentent par couples, tout comme les miliolidécs et les nummulites, sur lesquelles j'ai déjà communiqué t'unc ou l'autre particularité dans mon travail ,,Voorloopig bericht over nummulicten etc." i8gi ; nous reviendrons encore sur cette question à la fin de la description des orbitoïdes.
A. DISCOCYCLINES.
I. Orbitoides papyracea BOUBÉE, var. javana, minor, Vekb. Planche IX, Figs. 136, 137, Planche X, Figs, 150, 151.
Uibliogr. R. D. M. Vkhosek. Voorloopie bericht elc. Nat. Tijdscht.