‹ Description géologique de Java et Madoura (volume 3)Chapitre 134 sur 216 · IX. LES VOLCANS · texte numérisé non relu

IX. LES VOLCANS

L'activité éruptive, qui était très violente au commencement de l'époque miocène, faiblit peu à peu dans cette période; dans l'étage m, nous trouvons encore diverses couches interposées d’andésite et de basalte; dans l'étage m, elles sont peu nombreuses et dans l'étage m, on ne connaît, jusqu'à présent, aucune roche éruptive.

Age des volcans. À la fin de l’époque tertiaire, après le soulèvement des couches et probablement à la suite des dislocations qui en furent la conséquence, l’activité éruptive s’accrut considérablement; en nombre de points se dégagèrent des matières en fusion, en coulées de lave ou en projections meubles, et l’on peut admettre avec certitude que le début de cette recrudescence d'activité tombe déjà dans la période tertiaire. C'est ainsi que les grès marneux, près de la station de la voie ferrée Lawang, en Solo, consistent en sable volcanique, à peu près inaltéré, aggloméré par du calcaire spathique; les feldspaths sont très frais et à angles vifs, et ressemblent complètement à ceux qu'on rencontre dans certains tufs volcaniques quaternaires. Il est probable que ces marnes, et nombre d’autres de l'étage m,, se sont formées par des déjections volcaniques, qui tombèrent dans la mer, où elles furent enveloppées de limon calcaire.

Les roches leucitiques et phonolithiques aussi appartiennent incontestablement à la période tertiaire, car on a rencontré des fragments de ces roches dans les couches tertiaires avoisinantes. En ce qui concerne certains volcans de leucite (Bawéan, Ringguit), il n'est pas certain s'ils ont encore été actifs après l'époque tertiaire; pour d’autres (Mouriah), on peut admettre qu'ils étaient encore en activité à l’époque quaternaire,

parce que leurs produits recouvrent le calcaire de létagetmihmars

3) d'aucun d'eux on ne connaît d’éruptions dans les temps historiques. A cause de leur forme de cônes isolés, à cratère bien net, et aussi à raison de l'incertitude qui règne sur leur âge, on les a réunis, comme un groupe relativement plus ancien, aux volcans récents; et on ne les a pas traités en même temps que les andésites tertiaires, dont ils ne doivent pas fort différer, en partie, quant à l’Âge. Ainsi, le Lourous p. ex., présente dans un anneau de roches leucitiques, un jeune cône d’éruption d’andésite à hornblende, qui offre une grande analogie avec la roche du Gg. Lasém et d'autres andésites tertiaires.

On a même rencontré dans des sédiments néo-tertiaires de Bësouki, des particules de pierre ponce, qui doivent provenir des volcans voisins, de sorte que chez un grand nombre d’entre eux la première activité paraît s'être manifestée par une éruption de ponte. Mais comme il existe aussi des fragments ponceux dans l'étage miocène inférieur m,, et qu'en Bantam et en Préanguer une grande partie de l'étage m, consiste aussi en tufs ponceux blancs — alternant avec des marnes fossilifères, donc assurément tertiaires, bien qu'ils commencent à ressembler fortement aux tufs ponceux quaternaires, qui d'ordinaire sont seulement encore plus fins et plus tendres, — on voit que, durant toute la période tertiaire et la période quaternaire jusqu'à nos jours, il s’est produit des éruptions de pierre ponce; et nous arrivons à cette conclusion, que nos éruptions volcaniques récentes ne sont que la continuation de celles de l’époque tertiaire, dont la violence s’est accrue vers la fin de cette époque et qui atteignirent leur maximum d’activité dans la période quaternaire.

En effet, bien que le début de l’activité volcanique tombe dans l’époque tertiaire, il est incontestable que le massif principal des grands monts coniques est plus jeune que les couches tertiaires, vu que leurs produits recouvrent partout ces couches.

Configuration des volcans. Une distinction notable entre les volcans récents et les roches éruptives tertiaires anciennes se manifeste dans leur configuration. Alors que ces dernières se dégagèrent d'ordinaire par des fissures, plus ou moins longues, et que par suite on n’y observe que rarement la forme d’un cratère, les déjections des volcans récents s’'amassèrent presque toujours autour d'un centre, pour former des monts coniques présentant, presque toujours, un cratère bien distinct. Plus il s’est écoulé de temps depuis la cessation de l’activité, plus irrégulière est généralement la forme du cratère, car celui-ci a perdu par érosion sa forme circulaire primitive. Chez la plupart, on peut encore reconnaître des fragments des anciens bords circulaires, formés par effondrement; et sur la carte on les a signalés par des lignes rouges en trait plein ou interrompu.

Cependant, comme quelques points d’éruption miocènes présentent aussi un bord de cratère plus ou moins apparent, il est souvent difficile,

lorsqu'ils n'offrent pas de contact avec des sédiments tertiaires, de constater si l’on a affaire à un volcan tertiaire ou à un volcan érodé, plus récent.

Cratères primitifs et cratères d'effondrement. Le cratère actuel de la plupart des volcans n’est pas en général, le cratère primitif; lorsqu'un volcan s’édifie par projection de matières incohérentes qui s’amassent autour d’un point central, il prend une forme conique régulière, dont la génératrice est une courbe logarithmique 1); au sommet on trouve une petite dépression, l'ouverture de la cheminée, ou le cratère primitif. Or il arrive très souvent que la partie supérieure des volcans s'effondre par l’excavation du manteau; 1l se forme alors une grande dépression circulaire, qui peut prendre parfois des dimensions colossales et que l’on nomme d'ordinaire aussi tout simplement le ,,cratère”.

Il n'est pas rare que dans le cratère effondré se forment des cônes plus petits de points d’éruption plus jeunes; ou bien il y apparaît seulement des fumerolles et des solfatares.

Ce sont les bords de ces cratères d’effondrement qui éprouvent une modification continuelle par l'érosion. Primitivement, ils se rapprochaient tous de la forme circulaire; et ces cercles ont été indiqués sur la carte, car ils donnent une image fidèle de l'étendue des espaces effondrés. L'éruption du Krakatau, en 1883, a fourni la preuve que les grands effondrements ne se bornent nullement aux temps préhistoriques; l'effondrement sensiblement circulaire qui s’est produit alors a un rayon de près de 4 kilomètres.

Produits les plus anciens. Comme par l’entassement des matières meubles et des coulées de lave autour d’un point central, les produits anciens sont recouverts par les plus jeunes, il n’est pas, en général, possible d’apercevoir les plus anciens ou premiers produits des grands volcans. C’est donc un hasard particulièrement heureux qu'il existe aussi à Java, de même qu’à Sumatra, quelques embryons de volcans, dont l'activité a cessé peu après leur édification. Ils sont constitués de déjections basaltiques, d'ordinaire de teintes claires; et il est très vraisemblable que les produits les plus anciens des grands volcans, dérobés à présent au regard, consistent aussi en déjections ordinaires, soit de basalte, soit d'andésite. Ce qui prouve qu'ils ont un Âge plus reculé, c'est que ces petits cônes sont recouverts des produits des grands volcans voisins.

Matériaux. Les matériaux des cônes volcaniques récents consistent en produits incohérents d’andésite et de basalte — gros blocs, sable et cendre, cette dernière désagrégée à la surface en une argile brune —

(1) Voir R. D, M. VERB&Ek. Topografische en geologische beschrijving van een gedeelte van Sumatra’s Westkust p. 391 à 398.

et en coulées de lave. Puis en produits vitreux, pechstein, obsidienne& et pierre: ponce, qui sont toutefois à Java beaucoup moins importants que les roches à pâte ,,pierreuse”. Parmi les andésites, on trouve principalement des andésites à pyroxène; néanmoins, il y a aussi des andésites à hornblende, lesquelles cependant sont peu nombreuses en comparaison des andésites miocènes anciennes.

Influence des volcans sur le relief de Fava. Altitudes. Beaucoup de volcans atteignent des altitudes de 2000 à plus de 3000 mètres; ce sont donc, bien que les plus jeunes, les plus hautes montagnes de Java, car les anciennes andésites, avec les brèches qui s'y rattachent, ne dépassent pas 1900 mètres environ (seuls l’'Halimoun IT et le Sanggabouwana, sur la frontière de Bantam, s'élèvent respectivement à 1929 et 1919 mètres), ‘et les sédiments tertiaires ne vont pas au delà de 1350 mètres.

Ils contribuent donc dans une large mesure au relief de Java; ils donnent à cette île le vrai caractère montagneux; et par la désagrégation facile des produits meubles, riches en sels de sodium et de calcium ils donnent en même temps au sol un haut degré de fertilité.

Plusieurs volcans, notamment dans les Préanguer, et tous les volcans de Bantam et du détroit de la Sonde, ont néanmoins une altitude inférieure à 2000 mètres.

Altitude des principales cimes volcaniques. Les altitudes des cimes volcaniques les plus importantes de Java sont:

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