XI. LES SÉDIMENTS MODERNES
À la fin de la période quaternaire, Java paraît avoir éprouvé un nouveau soulèvement, qui a fait émerger les sédiments déposés sous la mer. On ne peut déterminer le degré de ce soulèvement, car nous ne savons pas exactement quelles sont les couches quaternaires qui se sont déposées dans la mer; et nous ne connaissons donc pas davantage la hauteur à laquelle les sédiments marins quaternaires se trouvent maintenant au-dessus des eaux. Dans tous les cas, ce soulèvement doit s'être produit d’une manière très régulière et très uniforme, car il n'y a pas de couches quaternaires inclinées qui pourraient faire penser à une pression ou à un soulèvement irrégulier. Il se peut donc que l'aspect actuel de Java n’ait pas été obtenu par une élévation du sol de l’île, mais par un abaissement graduel du niveau de la mer, ainsi que l’admet SUESS. Toutefois, nous n'avons trouvé ni à Java, ni à Sumatra des terrasses côtières bien nettes. ce qui est peut-être une conséquence d’une forte érosion, d'une végétation vigoureuse et de ja rareté de rochers suffisamment hauts, arides et abrupts, le long de la côte de ces îles. En effet, on voit des terrasses côtières dans la partie orientale de l’archipel, et M. MARTIN en a rencontré entre autres aux îles Saparoua et Bouton.
Après émersion des sédiments quaternaires, Java avait à peu près sa forme actuelle; seulement l’alluvium actuel des côtes était encore recouvert par la mer. Le Blambangan et le Mouriah avec le Tiilèring étaient encore des îles; les parties septentrionales de Batavia, de Krawang et de Chéribon n’existaient pas et Java présentait des bras de mer, s’avançant loin dans les terres, au nord-ouest de Nousa Kambangan
et à l’ouest de Madoura, là où s'étend maintenant la plaine de Lamongan. Le fait que ces plaine sétaient effectivement recouvertes par la mer est prouvé par les coquilles marines modernes, que l’on a trouvées dans la localité Lamongan, à 22 kilomètres de la mer, et ailleurs encore dans cette plaine. On a rencontré aussi des coquillages marins modernes dans des puits artésiens à Batavia, à une profondeur de 0 à 6 mètres, et à Sémarang, jusqu'à une profondeur plus grande encore.
Matériaux. Les anses dont il vient d’être question sont comblées par des débris rocheux, fins ou grossiers, apportés presque tous par les rivières; une petite partie seulement peut provenir de l’éboulement des anciennes côtes sous l’action des vagues. L’alluvium le long des côtes Nord et Sud a été transporté aussi, en grande partie, par les rivières, et déposé à la côte ancienne.
Les matériaux consistent, au moins pour 90°, en débris volcaniques à l’état très divisé, du sable et de l'argile, de teintes grrsûtres, par suite de la présence de restes de plantes, qui exercent une action réductrice sur l’oxyde ferrique et donnent naissance à des sels ferreux. Par contre, les argiles et les sables quaternaires renferment presque tout le fer sous forme d’hydrate ferrique et ses combinaisons, ce qui leur donne une teinte brune foncée. Par là seul ces derniers dépôts se distinguent déjà d'ordinaire des sédiments les plus récents; mais il y a encore d'autres différences. Les dépôts alluviaux sont situés presque toujours à moins de 10 m. d'altitude; et à la limite des dépôts quaternaires, 1l n’est pas rare de rencontrer une petite terrasse, un seuil de 1 à 3 mètres de hauteur; ce qui prouve clairement que l’on est ici au bord d'un dépôt, sur une ancienne ligne côtière. Cette limite se voit distinctement entre autres en Batavia et en Krawang; en d’autres endroits, au contraire, le terrain descend, de 50 m. à o m d'altitude, d'une façon très régulière, sans terrasse; et si en outre la teinte brun rouge ne passe pas brusquement mais lentement à la teinte grisâtre des dépôts d’alluvion, ou si ces dépôts consistent entièrement en sable volcanique grisâtre, récent, meuble, apporté par les eaux, comme au sud de loguia, 1l est clair que la limite des sédiments ne peut être indiquée d'une manière précise; et dans ces cas ce n’est qu'arbitrairement que nous l'avons établie à une dizaine de mètres d'altitude, comme nous l'avons représenté sur notre carte.
La zone côtière. Immédiatement à la côte on rencontre parfois une bande d'argile marine bleue, parfois aussi de sable marin fin, formant Çà et là des collines, de vraies dunes, qui atteignent à la côte Sud en Préanguer plus de 30 m., en Bantam 20 m. et à la côte Nord de Madoura, à Ambountën, jusqu'à 27 m. d'altitude. Le sable marin consiste en petits morceaux de quartz, entremêlés de particules de feldspath, de pyroxène, de hornblende et de minerai de fer magnétique. :