Le Mérbabou
De ce volcan (3145 m.), la partie orientale seule se trouve en Solo; le versant septentrional appartient à Sémarang et la moitié occidentale à Kédou Au Sud, le Méërbabou se relie au Mérapi par la selle de Séloh.
Par suite de la délimitation irrégulière de Solo et de Sémarang, la partie supérieure du versant oriental du Mérbabou, depuis le sommet jusqu'à Ampel, appartient à Solo; la partie inférieure, vers le Nord- Est jusqu’à la chaîne tertiaire, fait partie de Sémarang. De ce côté il n'existe pas de points d’éruption particuliers.
Roches. Le versant du mont est constitué par les blocs incohérents ordinaires, avec de l’argile brune volcanique (cendre et sable altérés) ; dans certains ravins, il apparaît aussi des coulées de lave compactes. Les produits sont basaltiques le plus souvent.
No. 561. De gros blocs foncés situés près du village Kadisono, au Sud d’Ampel. Ce sont des basaltes, avec beaucoup d’olivine serpentinisée en partie.
No. 562. Coulée de lave dans une petite rivière, entre Boïolali et Sëloh, à proximité de cette dernière localité. C’est une roche gris-foncé très poreuse qui, au microscope, présente une pâte finement microlithique et de gros cristaux de plagioclase, d’augite et d’olivine ; ce dernier minéral a été en partie décomposé en hydroxyde de fer brun. C’est un basalte.
AMEN Mere pr.
La partie orientale de cette montagne appartient à Solo; le pied méridional aboutit à la plaine de loguia et la portion occidentale fait partie de Kédou.
Le sommet du Méräapi, haut de 2875 mètres, présente un ancien bord de cratère, dont il ne reste plus qu'une petite portion du côté Nord; c'estMlatpartie nb C"sur les Figures 33 et: 351et le points B.-sur.la coupe Fig. 34.
La Fig. 33 donne une représentation du cratère en décembre 1883, à l'échelle 1 : 10,000; la partie septentrionale y figure d’après les mesures; la partie méridionale, à l’état de croquis approché. La Fig. 34 est une coupe du cratère suivant la henérP10:1derla"Fis,33; dans la Fig. 35, composée de la Fig. 33 et d’un croquis fait par M. l'ingénieur des mines À. STOOP en juillet 1885, on a dessiné à l'échelle 1 : 10,000 le sommet de la montagne avec ses environs immédiats.
La portion A. B. C. fait partie d’un cercle de 770 mètres de rayon.
A l’intérieur de ce cirque, il s’est formé un nouveau cône, à bord de cratère elliptique D. E. F. G. H. K.; le grand axe dirigé du N. W.au S. E. mesure 600 m. environ; le petit axe mesure à peu près 480 mètres. Auparavant, ce cône était plus haut, et son sommet L. (Fig. 34) s'élevait de 260 mètres environ au-dessus du fond du cratère. Le cirque D. E. F. G. H. K. s’est produit à la suite de l'effondrement du sommet L. Dans ce cratère, il se forme de temps en temps des cônes de blocs d'andésite (M. Fig. 34) que la pression a fait remonter dans le tuyau du cratère. En 1836 et en 1838 JUNGHUHN a déjà observé un pareil ,çcône de scories”; il l’a dessiné dans son ,,Mérapi Fig. 13” et dans son album de paysages; d'après ces dessins 1l dépasse le bord du cratère. D'après ARRIËNS (Nat. Tidschr. van Ned. Indië XXIX 1867, p. 93 à 1o1), en mai 1864 le sommet était ,tout-à-fait plat”, le cône de cendres et de scories existait donc encore; seulement, à la suite des éruptions qui eurent lieu en 1863 et dans les premiers mois de 1864, il avait changé de forme. Il paraît que lors des éruptions de 1865, les blocs du cône ont été expulsés en totalité, bien qu'il manque à cet égard des relations précises datant de cette époque. Il résulte de communications faites par les indigènes, qu'avant l’éruption de 1872 il s'était à nouveau formé un pareil cône de blocs incohérents, qui s'élevait d’une vingtaine de mètres au-dessus du bord septentrional du cratère. Ce cône, ou ce tampon” comme on l'appelle vulgairement, doit également avoir été expulsé lors de l’éruption de 1872; il avait du moins disparu lorsqu'en 1880 M. l'ingénieur des mines FENNEMA a visité la montagne; d’après ce dernier, le cratère était alors une chaudière à parois escarpées et à fond #/af, complètement vide.
En ‘1883 — le 25 juillet, d’après les indigènes; donc peu avant la violente éruption du Krakatau — ïil se forma de nouveau, dans le
cratère, un cône pareil, qui, en décembre 1883, avait à peu près la forme représentée dans la figure 33. Le ,tampon” entièrement nu, consistant en gros blocs d’une andésite à pyroxène très poreuse, faisait l'effet d'un amas de cokes ou de scories et, dans sa partie la plus haute, s'élevait un peu au-dessus du bord Nord-Est du cratère. Ce bord n'était à cette époque percé qu'en un endroit, la crevasse de Bélongkeng, par laquelle quelques pierres dégringolèrent de la montagne, exactement comme JUNGHUHN l'avait observé en 1838.
Depuis ma visite, en décembre 1883, dont 1il existe un rapport avec carte dans le ,,Nat. Tijdschr. van Ned. Indié, tome XLIV p. 89”, le cratère a été visité à différentes reprises par M. l'ingénieur À. STOOP qui en a fait rapport dans la même revue, tome XLIV p. 177, et tome XLV, p. 89 et p. 518: une carte est annexée au dernier rapport. ll résulte de ces descriptions, que le tampon” s’est d'abord un peu surhaussé et qu'il a conservé ensuite sensiblement la même hauteur.
Néanmoins, en 1885, la paroi du cratère s’est effondrée du côté Sud, en H. (Fig. 33), par suite de l'érosion continuelle des eaux de la rivière Kouning, de sorte que les blocs du cône d’éruption roulent maintenant en bas de la montagne non seulement par la crevasse de Bélongkeng, mais aussi par celle du Kouning (Fig. 35). Pour le reste, jusqu'à ce jour (août 1893) l’état du cône est resté le même, et il ne s'est encore produit aucune éruption de cendres, pareille à celles de 1865 et de 1872, par laquelle les blocs viennent à être chassés.
La paroi intérieure du cratère se compose de produits meubles, alternant avec des coulées de lave ; celles-ci consistent en une andésite grisclair #on poreuse, contenant de nombreux cristaux porphyriques d’augite et ressemblant à la roche de l’ancien rempart A. B. C. En divers points, des fragments se sont détachés des bords et sont tombés au fond du cratère; nous les retrouvons au pied de la paroi. Le ,,cône d’éruption” ou tampon” consiste au contraire en une tout autre roche, une andésite érès poreuse, rude au toucher, de teintes grises et brunes, dans laquelle il ne se trouve que peu de cristaux porphyriques d’augite.
Certains fragments sont de vraies laves scoriacées, ressemblant aux scories de la houille. Cette différence dans les roches du tampon et des parois du cratère fait déjà voir clairement que ce tampon n’a pu être produit — ainsi que le prétend M. l'ingénieur STOOP— par des blocs qui se sont détachés des parois et qui ont été soulevés plus tard par la lave montant dans le tuyau du cratère. Nous avons bien plutôt sous les yeux un véritable cône d’éruption, lequel à la vérité n’a pas été édifié par projection et entassement autour d’un point central, mais qui s'est formé aux dépens de la partie supérieure de la lave restée dans le tuyau du cratère après la dernière éruption. À la suite d'une reprise et d’une recrudescence de l'activité du volcan, cette portion supérieure solidifiée fut mise en pièces; les fragments furent soulevés par la lave liquide qui existait en dessous; puis, arrivés dans le cratère, ils se disséminèrent dans tous les sens et formèrent une sorte de cône ou plutôt un amas de blocs incohérents. Le cône s’est donc constitué, non par des déjections qui se sont amassées autour d'un point central, mais par des blocs compacts que la pression a soulevés; et c’est pourquoi, en 1883, il n’y existait pas d'ouverture en forme de cratère, autant du moins qu’on ait pu l’observer. À cette époque en effet, des points accessibles on ne pouvait pas bien voir la partie supérieure de ce cône.
Quand la lave est chassée de l’espace qu’elle occupe sous terre, par la vapeur d’eau, que l’on peut considérer comme force motrice, au point que cette vapeur peut se frayer un chemin à éravers cette lave, il faut s'attendre à une éruption de cendres assez violente, par laquelle les blocs du cône d’éruption sont expulsés en même temps, exactement
comme en 1865 et en 1872. Ces blocs tombent en grande partie dans les ravins qui environnent le sommet, et ils y demeurent jusqu’au moment où, par des pluies abondantes, la cendre, le sable et les pierres, mélangés avec l'eau à l’état de pâte, viennent à descendre et occasionnent des dégâts énormes aux champs cultivés situés plus bas.
La région située en Kéëdou au-dessus de Mountilan a particulièrement à souffrir de ces inondations de sable; mais les environs de Prambanan, sur la frontière de Solo et de loguia, consistent aussi en sable volcanique grisâtre qui est de date très récente. On peut voir au village de Goupolo, tout près de la voie ferrée, non loin de la frontière de loguia, une preuve de l’exhaussement du sol après les dernières éruptions de 1872. On y trouve 3 statues hindoues en pierre, deux grands rakshasas (dieux termes) et une statue plus petite; la plus grande a 2 mètres de hauteur environ. En 1866, HOEPERMANS a trouvé ces statues reposant sur le sol. En 1875, elles furent recouvertes par un torrent de sable venu du Mérapi, de sorte qu'en octobre 1890, les sommets des têtes seuls étaient encore visibles. Je les ai fait alors dégager quelque peu, afin de pouvoir en mesurer la hauteur. Dans les 2 mètres supérieurs le terrain environnant consiste entièrement en cendre volcanique grise et en fragments pierreux. Au-dessous, on trouve de la cendre qui, par l’altération, a pris en partie une teinte plus brune.
Dans le soulèvement de ce cône scoriacé, le Méërapi nous offre l'exemple d’une éruption très lente, telle qu'on n'en connaît pas de pareille chez aucun autre volcan de l’Inde. La façon spéciale dont la pression a agi, doit avoir sa raison d’être dans la disposition et l'étendue de l’espace occupé par la lave, relativement à la longueur du tuyau du cratère; en ce sens que la pression de la vapeur, qui fait monter la lave, est en général exactement équilibrée par la colonne de lave que la pression a chassée jusque dans le cratère. Ce n’est que par une recrudescence dans cette pression, où l'introduction de grandes quantités d’eau dans l’espace occupé par la lave joue probablement un rôle prépondérant, que se produisent des éruptions de cendres; et l'existence temporaire de ce cône de scories dans le cratère du Mérapi n'est donc qu'un cas particulier des éruptions ordinaires.
Roches. No. 563. Enlevé à des blocs gisant en amont du village de Guëndoulan, dans la rivière Sapou anguin, au versant Sud-Est du Mérapi. C’est une andésite à pyroxène avec verre foncé et beaucoup de grandes augites, ainsi que de nombreux petits cristaux d’olivine serpentinisée; la roche se rapproche ainsi des basaltes, bien que l’habitus soit celui des andésites.
No. 564. De la rivière Tampir, au village du même nom. Andésite à pyroxène sans olivine, avec verre limpide dans la pâte microlithique.
No. 565. Du voisinage de Soukaboumi, entre Boïolali et Séëloh.
Andésite à pyroxène avec quelques cristaux grenus de hornblende et beaucoup de minerai de fer.
No. 566. Roche de l’ancien bord de cratère À. B. C. Fig. 33; provient de blocs séparés. Andésite à pyroxène, à feutrage sombre de microlithes et fort peu de petits cristaux d’olivine. Non poreuse.
No. 567. Coulées de lave de la paroi intérieure du cratère. Andésite à pyroxène avec grandes augites, fort peu d’olivine et une pâte sombre microlithique. Non poreuse.
No. 568. Echantillons divers du cône d’éruption de 1883. Ce sont toutes des roches érès poreuses, en partie scoriacées, de teinte grise ou brune, et sensiblement sans grands cristaux. Au microscope, des augites porphyriques, beaucoup d’hypersthène, du plagioclase, peu d’olivine d'un vert extrêment clair et de la magnétite. Pâte de plagioclase, de pyroxène, de minerai de fer et de verre brun. Donc, andésites à pyroxène.
Les roches du Mérapi sont donc des andésites, dont la teneur en olivine est généralement faible.