I. Bassin de la côte Nord
1. Le Tambaägoung, qui se jette dans la mer près Ambountën (feuille f2 de la carte topographique détaillée, échelle 1 : 20.000). Dans le cours supérieur de cette rivière, (feuille f 3) on rencontre un peu d'huile minérale de couleur sombre.
2. La rivière qui a son embouchure près Pasongsongan (feuille e 2).
3. La Sounguéi Bantié dont l'embouchure est près Paséïan (feuille ç 2).
4. La rivière de Tambéërou qui près Tambëérou daïa (feuille b 2)se jette
dans la mer.
5. La rivière de Batioh, qui a son embouchure près Batioh (feuille D 2). IL Bassin de la côte Ouest.
6 La rivière qui coule par Arisbaïa (officiellement Arosbaïa) et dont l'embouchure figure sur la feuille K 2.
7. La rivière de Bangkalan, qui prend sa source dans la montagne calcaire près Télengkok et se jette dans la mer à l’ouest de Bangkalan(feuille M4). IT. Bassin de la côte Sud.
8. La rivière de Baléga avec 2 grands affluents (embouchure sur la feuille E 7).
9. La rivière de Sampang, qui coule principalement du nord au sud (embouchure sur la feuille C 7 et C 8).
10. La rivière de Pamëkasan, nommée Samëdangan et Madioungan dans son cours inférieur (feuille b 8).
11 et 12. La rivière Mangounan ou Boundër, reliée par le bras nommé Tiapak et Pandan à la rivière Boungkaling. Ce sont toutes deux des rivières à cours peu étendu mais à large embouchure (feuille ç 7), IV. Bassin de la côte Est.
13. La rivière Païoudan, dont le cours est dirigé principalement de l’ouest vers l’est. Les branches supérieures ont leur origine non loin à l’est de Pagantënan, en partie sur l’arête du mont Païoudan- Tamboukou cité plus haut. Dans son cours inférieur, cette rivière est nommée Saronggui, Diépoun et Saroka. L’embouchure, appelée Kéëbon dadap, se trouve sur la feuille h 5. C’est la plus grande rivière de Madoura; depuis l’origine de l’affluent supérieur jusqu’à l'embouchure elle a une longueur de plus de 40 kilomètres. Le long du cours supérieur de cette rivière, dans la vallée nommée Païoudan, ou plutôt le plateau de Païoudan, on trouve les terrains les plus fertiles de cette île, d’ailleurs fort aride.
14. Une rivière sans nom, qui se décharge dans la mer par une large embouchure au sud-ouest de Grëésik poutih (feuille Kk 4).
C’est une singularité de Madoura, que les rivières n’aient que rarement
un nom; on les dénomme parfois d’après les villages le long desquelles elles coulent, de sorte que le nom change fréquemment.
La constitution géologique de Madoura est extrêmement simple, l'île ne consistant qu'en marnes et calcaires marneux, à l'exception des plaines post-tertiaires (quaternaires et modernes).
Absence de l'étage m,. Les andésites font ici complètement défaut, ainsi que les brèches, les conglomérats et les grès qui les accompagnent, lesquels constituent ailleurs l’étage inférieur du terrain miocène.
Etage marneux m,. Les couches inférieures visibles de Madoura sont des marnes molles qui se décomposent facilement (Nos. 5, 8 et 9)1), des marnes sableuses et des argilolithes que nous plaçons à notre étage m,, bien qu'on n’y ait presque pas trouvé de fossiles.
Etage calcareux m,. L'étage marneux est recouvert par l'étage calcareux m, qui consiste ici presque partout en un calcaire marneux mou (Nos::7,, 10,015, 16, :20, 23,24 et/25)/ lequel devientihpan places seulement plus dur et cristallin. Ce calcaire marneux aussi, se désagrège fortement et se transforme en une terre jaune argileuse ou limoneuse. Dans les terrains où les couches sont planes on ne peut apercevoir parfois que peu de roches dures par suite de leur décomposition et on se figure difficilement qu'on se trouve dans un terrain calcaire. Cependant là où les couches sont redressées à pic, les sommets en forme de pain de sucre et les dentelures aiguës ou peignes, qu’on trouve d'habitude ailleurs dans la montagne calcaire, ne font pas défaut.
Roches de transition. Entre les marnes, qui n’ont pas de bancs calcaires ou qui n’en contiennent que quelques-uns, et les calcaires qui les recouvrent se trouve un étage de transition, consistant en couches alternantes de marnes et de calcaires (N. 4, 19). En général le nombre et l'épaisseur des bancs calcaires augmente aussi de bas en haut, de sorte que les marnes diminuent et que les bancs calcaires augmentent jusqu’à ce qu'on soit arrivé à l'étage calcareux qui ne renferme que peu de couches marneuses.
On a essayé d’abord de représenter sur la carte ces roches intermédiaires comme un étage séparé, mais on a dû y renoncer, de sorte que les marnes pauvres en couches calcaires sont réunies sur la carte avec l'étage m,; les marnes riches, avec l’étage m,. On aurait pu, avec le même droit, (exactement comme dans la résidence Batavia, voir plus loin) les réunir toutes avec les marnes m,, quoique dans ce cas la limite avec l'étage m, eût été encore plus difficile à tracer avec exactitude qu’elle ne l’a été maintenant avec l'étage m,.
Toutefois l'accroissement lent des couches calcaires de bas en haut et la situation toujours concordante de toutes ces couches l’une sur l’autre,
1) Numéros du catalogue des roches de Java, après la Section IV.
montre qu’on a affaire ici à un ensemble de couches, à un tout géologique qui s'est probablement déposé des eaux sans aucun intervalle. Ce fait est d’ailleurs confirmé par les cycloclypées que l’on rencontre non seulement dans les bancs calcaires intercalés dans les marnes, mais aussi dans les bancs calcaires qui les recouvrent; et, à ce qu'il paraît, ce sont des espèces identiques.
Epaisseur. On ne saurait mesurer l'épaisseur de l'étage marneux, car la roche sous-jacente n'apparaît nulle part. L'’épaisseur de l'étage calcareux, y compris les couches alternantes de calcaire et de marne, n'est pas partout la même; près du Tamboukou, où la plus forte inclinaison des couches est de 38, l'épaisseur peut être tout au plus de 680 mètres; mais comme la pente moyenne ne dépasse probablement pas 20°, l'épaisseur pourrait aussi ne pas être plus forte que 500 mètres. Au sud de Goulouk goulouk on trouva 300 mètres pour l'épaisseur de l'étage calcareux jusqu'à une couche de marne, mais la couche marneuse mise à nu est peut-être une couche interposée, sous laquelle peut se trouver encore du calcaire, de sorte que l'épaisseur peut être bien supérieure à 300 mètres. Je pense donc ne pouvoir fixer à plus de 500 mètres l'épaisseur maximum de l'étage m,..
Position des couches. La direction des couches coïncide avec l'axe longitudinal de Madoura; elle est presque partout de 90°; en quelques endroits seulement la direction devient parfois 80° et 110. Des plissements se remarquent presque partout; par contre on n'a constaté nulle part des failles.
Comme la direction des couches est de l’ouest vers l’est, on se fait la meilleure idée de leur position lorsqu'on parcourt l’île du nord au sud. C’est aussi dans cette direction qu’on a pris tous les profils qui seront décrits ici. Comme à Madoura les différences d'altitude sont le plus souvent faibles, on a, dans ces profils, agrandi la hauteur 4 fois relativement à la longueur.
Profil No. I. Cette coupe est faite depuis Lobouk, près du pasanggrahan Kébaniar daïa à la côte nord, dans une direction nord sud, passant par Dourdian et se terminant à la côte méridionale près de l'embouchure de la rivière Balega. Le terrain monte d'abord sur du calcaire, qui incline de 10 à 20° vers le nord, jusqu'à 150 mètres au-dessus de la mer: alors on descend vers un terrain qui se compose de calcaire alternant avec des couches marneuses inclinées également vers le nord. On arrive alors à des marnes molles et sablonneuses qui d’abord s’inclinent vers le nord; au sud du hameau d’Olor l’inclinaison change et se fait vers le sud; mais encore avant Dourdian, elles penchent de nouveau vers le nord, de sorte qu’il existe entre Olor et Dourdian une selle et un bassin. La direction des couches est ici de 85° à 120°, l’inclinaison de 15 à 25, près Dourdian de 10° seulement. L’inclinaison vers le nord se
change encore plus loin en une pente vers le sud; puis les marnes disparaissent sous des couches calcaires, qui dans le profil atteignent 200 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer; plus loin à l’est cependant il y a des sommets de 260 mètres. Plus vers le sud, la pente. des couches calcaires est plus faible, jusqu'à ce qu’elles disparaissent sous les sédiments post-tertiaires de la rivière Balega et de ses branches latérales. Près de la côte sud, le calcaire apparaît encore une fois en une colline de 25 mètres de hauteur, pour disparaître ensuite sous la mer.
Profil No. 71. Ce profil est tracé depuis Këtapang à la côte nord et en direction nord-sud par Tordiounan vers la côte sud à l’est de Sampang. On coupe ici les mêmes couches que dans le Profil No. I et dans une situation identique, mais les marnes penchent ici moins fort, de 15 degrés au plus; elles présentent encore ici deux selles, et un bassin près de Tordiounan. La direction des couches est de 90 à r00°.
Ce profil a été continué aussi, mais à une échelle plus petite, à travers le détroit de Madoura et par la résidence de Probolinggo jusqu’à la côte méridionale de Java. (Voir Profil No. VI).
Le Profil No. III. S'étend de Tambërou daïa, sur la côte septentrionale, dans la direction nord-sud, par le poste Boudiour et le sommet Rodiüng I, par Paganténan et Paméëkasan vers la côte méridionale.
Cette coupe fait voir autre chose que les deux précédentes, puisque le calcaire pénètre beaucoup plus avant dans l’intérieur du pays et que les marnes émergent de part et d'autre. Près Paganténan (312 mètres audessus de la mer) les couches sont à peu près horizontales; mais elles sont redressées près du sommet Roding I (350 mètres au-dessus de la mer) et l’inclinaison vers le sud atteint 35 à 40°. Les couches calcaires alternent ici avec des couches marneuses plus molles; les premières renferment des cycloclypées. Entre Paganténan et Pamëkasan, le calcaire penche d’abord faiblement vers le sud, puis un peu vers le nord; on arrive ensuite à des marnes sensiblement horizontales, puis de nouveau à du calcaire qui s'incline faiblement vers le sud et disparaît, près Pamékasan, sous des sédiments post-tertiaires, pour faire une dernière apparition tout près de la côte.
Le Profil No IV fait voir encore quelques chose de nouveau. Il commence à Pasongan sur la côte septentrionale et poursuit une direction nord-sud en passant par le sommet Roding IT (308 m. au-dessus de la mer) et par Goulouk goulouk jusqu'au poste Pragaän sur la côte sud; puis il franchit la mer pour aboutir à la petite île Guili Douwa.
En venant du Nord, on coupe d’abord le calcaire, puis des marnes comme dans le profil précédent. A celles-ci succède du calcaire fortement incliné vers le Sud, mais dont la pente diminue rapidement jusqu’à ce que, près de la vallée de Païoudan, la couche soit tout à fait horizontale. Au Sud de Goulouk goulouk, ce calcaire incline de nouveau
vers le Nord jusqu’au delà du sommet Minoumi; puis il penche faiblement vers le Sud jusqu'à la côte. En un point seulement, dans une petite rivière, la marne se fait voir sous le calcaire. Si l’on prolonge ce profil vers le Sud à travers la mer, on coupe une petite île, nommée Guili Douwa, formée d’un calcaire correspondant à la série calcaire de Sampang et du sud de Pamékasan. Au nord de Goulouk goulouk, le calcaire est très redressé, l’inclinaison atteint même 38°. Cette série n’a que 310 mètres de hauteur dans notre profil; mais plus à l’ouest, entre ce point et le Gounoung Rodiüng du Profil III, les plus hautes cimes de Madoura, les Gounoung Païoudan et Gounoung Tamboukou se trouvent comprises dans cette série et atteignent une hauteur de 470 m. au-dessus de la mer.
Le Profil No. V enfin ne va pas exactement du Nord au Sud; ilest à peu près perpendiculaire à la direction des couches de l’île Poutëran, qui est ici de 105 à 110. La ligne de profil passe par la localité Batang batang et les îles Poutéran et Guili Guënteng. Entre la côte Nord et Batang batang, on coupe du calcaire dont les couches inférieures alternent comme d'habitude avec des marnes. Puis viennent des marnes dans lesquelles on rencontre un pli; puis du calcaire, un peu incliné vers le Sud et recouvert bientôt par l’alluvium puis par la mer, pour ne reparaître que dans l’île de Poutëran. La direction des couches est ici de 105 à 110’, l’inclinaison de 10 à 15° N.N.O.: et comme du côté Sud le terrain descend à pic vers la mer, il y a probablement en dessous des marnes molles, comme cela figure au profil, bien qu’on ne puisse voir ces couches puisque la mer les recouvre. Partant du Midi de Poutéran, la ligne de profil franchit la mer pour aboutir à l’île de Guili Guënteng, où le calcaire émerge encore une fois et correspond à la série calcaire de Sampang.
Distribution horizontale des terrains; nombre des séries calcaires. En général, on peut donc dire que Madoura consiste au centre en marnes, à la côte Nord et à la côte Sud en calcaire; et que ce calcaire, eu égard à sa situation, se rencontre en 3 séries dans la partie occidentale de l’île et en 4 séries dans la partie orientale (y compris les îles). Un coup d'œil jeté sur la carte synoptique à l'échelle r : 500.000 pour la comparer avec les profils, suffira maintenant pour faire comprendre la constitution de l’île d’une manière satisfaisante. On ne doit toutefois pas se figurer les séries calcaires comme ayant jadis formé un ensemble, disloqué plus tard par le plissement des marnes. La distance des séries calcaires, surtout dans la partie occidentale de l’île, est pour cela beaucoup trop grande: On doit admettre plutôt que les marnes ont d’abord été soulevées et ont formé ainsi un terrain sec; et qu’ensuite, sur les côtés marneuses, déjà peut-être plus ou moins plissées, des couches plus calcarifères ont commencé à se déposer, d'abord en alternance avec du
gravier marneux, passant enfin totalement à l’état de calcaire marneux corallien. Le fait que les marnes et les calcaires rentrent, géologiquement parlant, dans la même catégorie, est clairement prouvé par l'existence de couches de transition de marne et de calcaire entre les deux terrains; ces couches, dont il a été question plus haut, font qu'il est difficile de tracer ici une limite bien tranchée entre les étages m, et m,.
C'est surtout après le dépôt du calcaire qu’eut lieu le plissement des roches que nous rencontrons à présent, plissement qui donna à Madoura sa forme actuelle.
Les plaines; le quaternaïre et l’alluvium. Les calcaires et les marnes ont été enlevés en plusieurs endroits par les rivières et ont été remplacés par des sédiments horizontaux plus récents, qui n’atteignent pourtant une épaisseur un peu notable que près des embouchures. Partout où le calcaire (calcaire marneux) est en couches horizontales, on trouve des plaines étendues, ou pour parler plus exactement, des plateaux très faiblement inclinés qui, sur la carte, sont marqués partie comme quaternaires, partie comme modernes. Ces plateaux se composent en majeure partie des produits d’érosion de la roche sous-jacente, transportés plus ou moins loin par les rivières et aussi par la mer, et déposés en couches.
Les plaines principales se trouvent 1o Entre Bangkalan et Tanahmerah; cette plaine finit à l’est de cette dernière localité à une altitude de 85 mètres au-dessus de la mer et descend d'ici avec une pente extrêmement faible en direction occidentale jusqu'à Bangkalan. Le calcaire se montre encore dans les petites rivières près Tanahmerah et les matières peu cohérentes qui le couvrent n’ont que 1 ou 2 mètres d'épaisseur; cette épaisseur augmente cependant vers l'Ouest et on y trouve alors des couches d'argile et de sable avec des caïlloux roulés et des lits de ces cailloux. 20. Entre Baléga et Sampang, de 10 à 30 mètres; 3°. Entre Ombéën en Paméëékasan, de 10 à 50 mètres et 40. Près de Souméënép, de 10 à 20 mètres au-dessus de la mer.
La surface de ces plateaux, jusqu’à une hauteur de 10 mètres au-dessus de la mer, consiste en argile jaune résultant en grande partie de la désagrégation du calcaire ou du calcaire marneux, et contenant parfois de petits cailloux roulés de calcaire. Comme ce calcaire contient le plus souvent beaucoup de minerai de fer magnétique, la couleur devient plus foncée à mesure qu'on approche de la limite du calcaire, et il n’est pas rare que directement sur celui-ci se trouve une argile ou limon, produit d’érosion de couleur brun-rouge foncé qui n’a été que peu ou point déplacé.
Par contre, l'alluvium des rivières est une argile gris-clair ou gris-foncé qui nulle part ne s'élève plus haut que 10 mètres environ au-dessus de la mer; l’on peut donc très bien séparer les deux terrains en quaternaire et moderne, ou si l’on veut en alluvium inférieur et alluvium supérieur,
et cela aussi bien d’après la position que d’après la différence de composition. Tout ce qui le long de la côte se trouve à moins de 8 à 10 mètres au-dessus de la mer appartient aux dépôts fluviatiles et marins les plus récents.
Finalement, on trouve l’al/luvium marin uniquement le long de la côte, et il consiste en un sable quartzeux fin mélangé de minerai de fer magnétique et de quelques parcelles de feldspath, d’augite et d’hornblende. Il n’atteint d'ordinaire que quelques mètres de hauteur; le long de la côte Nord seulement et surtout près Ambountën, on rencontre des collines sablonneuses plus élevées, de véritables dunes, qui près Kirtatimour à l’est d'Ambountën atteignent une hauteur de 27 mètres au-dessus de la mer. Elles ont été élevées par les violents vents du Nord qui règnent fréquemment en ces parages.
La vallée du Païoudan près Goulouk goulouk est marquée comme entièrement calcaire, parce que l’alluvium fertile déposé par le Païoudan et ses affluents est trop peu étendu pour être signalé séparément.
Les îles. Les îles qui figurent sur la carte sont formées de calcaire. Takat Bloukaran, Takat Wéëdi, Guili Douwa, Guili Pandan, Pasir poutih, Guili Guilingan, Gui Radia, Guili Guënteng et Guili Lawak forment ensemble la continuation de la série calcaire de Sampang. L'île Poutéran appartient à la série calcaire du Sud de Goulouk goulouk; et Guili Hïüang est le prolongement de la série calcaire du Nord de Souménép. Plus à l'Est, suivent les îles Sapoudi, Raäs et d’autres plus petites dans le prolongement de Poutéran; plus au Nord, dans le prolongement de la côte nord de Madoura, se trouve en dehors de notre carte la grande île Kanguéan, qui doit se composer aussi en grande partie de calcaire; mais nous n'avons pas encore visité cette île, et Sapoudi pas davantage.
Composition pétrographique des roches. La plupart des roches de Madoura n'ont qu'une dureté relativement médiocre et par là elles sont très sujettes à se désagréger. Dans le cours des siècles, une partie très notable non seulement des marnes mais encore du calcaire a dû être entraînée par les eaux; les sommets restants en forme de pain de sucre sont là pour en témoigner. Le produit de la désagrégation des marnes et du calcaire est, ainsi qu’on l'a dit plus haut, une argile dont la teinte varie du brun au rouge-brun; cette couleur rouge est due à de l’hydroxyde ferrique, résultant de la transformation du minerai de fer magnétique qui existe presque partout en petites granulations.
Lorsqu'on sépare par lévigation la poudre des marnes et des calcaires de la poussière trop ténue, et qu'on porte cette poudre ainsi traitée dans du baume de Canada et sous un couvre-objet pour l’examiner au microscope, on s'aperçoit que, presque dans toutes les roches, se rencontrent des éléments qui proviennent d’andésites. Ceci devient encore plus
évident lorsqu'on traite d’abord la poudre par l'acide chlorhydrique, qui enlève toute la chaux et une bonne partie des particules argileuses (silicate d’alumine). On obtient alors un résidu qui, pour 90 % et parfois davantage, se compose de petits fragments de plagioclase lesquels présentent, entre nicols croisés, de vives couleurs de polarisation. On trouve en outre des éléments vitreux bruns ou des verres grenus noirs et bruns, provenant de la pâte d’andésites; puis encore de l’augite, et aussi de la magnétite si l’action de l'acide n'a pas duré trop longtemps. Tous ces éléments proviennent évidemment de roches éruptives tertiaires, d’andésites et peut-être aussi de basaltes (on ne trouve cependant pas d’olivine dans la poudre lévigée). Il vient s'y ajouter presque toujours des particules argileuses et calcaires; quelques argilolithes seulement ne font absolument pas effervescence avec les acides, tandis que chez d’autres la proportion de chaux semble dépendre uniquement des tests de foraminifères qui se rencontrent dans la roche.
Quelques calcaires renferment un peu de quartz; d'autres donnent une poudre blanc-pur qui se dissout totalement dans l'acide chlorhydrique. Ce sont donc là des calcaires très purs ou des calcaires dolomitiques ; chez quelques-uns on a trouvé 25.8 % de carbonate de magnésium; des calcaires moins purs donnent, par dissolution dans l’acide chlorhydrique, un résidu de T7:
Les marnes donnent après dissolution dans HCI un résidu qui peut être de 40 à 60 +, et consiste, pour la majeure partie, en poussière d’andésite.
Fossiles. Pendant le peu de jours que nous avons pu consacrer à l'exploration de Madoura, nous avons rencontré des fossiles principalement dans les calcaires de diverses localités. Les calcaires alternant avec les couches marneuses (les couches dites de transition) contiennent surtout des cycloclypées (C. annulatus) qui atteignent un diamètre de 58 millimètres, restent toujours très- minces (1 à 2 mm.) et qui, chez les plus grands exemplaires, présentent 12 anneaux à la surface. La chambre cobteale est grande, de 0.25 mm. de diamètre; le diamètre de la 2e chambre, de forme semi- lunaire, est de 0.40 mm. à 0.50 mm. Les chambres deviennent plus grandes de dedans en dehors; les chambres près du centre mesurent 0.05 X 0.10 mm.; à 5 mm. de distance du centre la dimension est de 0.15 X 0.10 mm. Le carre contient aussi d’autres foraminifères en exemplaires fort nombreux, surtout des amphistégines, des rotanilidées, de petits orbitoïdes à chambres médianes en forme de spatule, longs de 2, épais de 0.80 mm, les uns avec une petite chambre centrale, d’autres avec grande de bbre centrale de 0.20 mm. en diamètre. Puis des nos des globigérines et l’algue calcaire lithothamnium.
Je reçus, par l'intermédiaire du Dr. F. SCHNEIDER à Sourabaïa, quel-
ques échantillons du calcaire (No. 1) d'une petite île située tout près de Kanguéan (appartenant à Madoura, voir ci-dessus); ils contiennent les plus grands orbitoïdes que je connaisse dans l’Inde Néerlandaise. Ce sont des disques lisses très minces de 70 mm. de diamètre sur une épaisseur de 24 mm. seulement; chez le plus grand nombre, la chambre centrale est très grande, et longue de 1.35 mm. en section transversale, large de 0.40 mm.; il n’est pas certain qu'il en soit ainsi chez tous les exemplaires. Les chambres médianes, en forme de spatule, deviennent plus grandes de dedans en dehors et atteignent au maximum 0.25 mm. de longueur et 0.20 mm. de largeur.
Dans les marnes de Madoura, nous n'avons presque pas trouvé de fossiles; non qu'elles n’en contiennent pas, mais parce que, le temps nous faisant défaut, nous n'avons pu faire de recherches suffisantes. Au sud de Goulouk goulouk, dans les marnes qui, en cet endroit, se montrent sous le calcaire, nous avons trouvé un exemplaire de Conus, probablement le Conus Striatellus Jenkins (No. 2) un fossile très commun dans les couches miocènes supérieures de Java. Nous avons collectionné des fossiles du calcaire, provenant des gisements suivants; nous les avons envoyés tous au professeur K. MARTIN à Leiden pour les déterminer :
a. Du mont Téguiring II près Sapoulou sur la côte septentrionale de l’île (No. 22). De cet endroit proviennent aussi les échinoïdées etc. décrites par M. BôHM (A. BôüHM. Ueber einige tertiäre Fossilën von der Insel Madura. Mit 4 Tafeln und 2 Holzschnitten. Denkschriften der Math. naturw. Classe der k.k. Akademie der Wissenschaften in Wien. Band XLV, 1882,S. 359—372). C'est par erreur que le lieu de provenance est écrit par lui Sepocloc.
Du mont Batou koutung (cycloclypées) (No. 18).
Du mont Balatéran (échinoïdées et cycloclypées). (No. 15).
Du poteau 4 entre Këbaniar daïa et Dourdian (cycloclypées) (No. 10.) Du village Télok gounoung (barat et timour) (No. 14).
Du village Baniou bouni (No. 17).
Du village Dekong (No. 13).
. Du village Balega oulou (No. r2).
M. le Dr. SCHNEIDER à Sourabaïa possède une jolie collection de tossiles de Madoura; une partie en a été photographiée.
M. MARTIN a fait, sur les fossiles de Madoura, quelques communications dans les ,Sammlungen des geol. Reichsmuseums zu Leiden, Beiträge zur Geologie Ost-Asiens und Australiens. Band I, p. 147
Minéraux utiles.
1. Âluile minérale. Une huile minérale épaisse (No. 21) mêlée d'eau vient sourdre des marnes situées près de la source ,,Lantoung” (lantoung signifie huile minérale), indiquée sur la feuille H4 de la carte
SP RS à
topographique, au Nord de la série calcaire qui s'étend du mont Guëguër au Batou koutiing. La quantité qui s’en échappe à la surface est peu considérable.
On trouve un second endroit où l'huile minérale vient au jour sur la feuille f 3, dans le cours supérieur de la rivière Tamba agoung; la quantité en est aussi peu importante.
On n’a pas encore pratiqué de sondages dans les couches plus profondes pour rechercher le pétrole. Au Sud de Pamëkasan, entre les poteaux 3 et 4, un peu à l’ouest de la grande route postale, s’échappent, en divers endroits et avec une assez grande énergie, des gaz hydrocarbonés qui brülent presque continuellement. Il vaudrait peutêtre la peine de pratiquer ici quelques sondages d’essai pour rechercher le pétrole.
2. On connaît des /zgnites près du kampoung Tiampalak de la désa Lésoung laout, feuille b3 (No. 6), district de Paganténan, section Pamékasan. Ils sont de couleur terne et de qualité inférieure, comme toutes les couches de charbon dans les marnes et argilolithes du terrain miocène.
3. Calcaire. Le calcaire marneux mou et poreux de Madoura est exploité en divers endroits comme pierre à bâtir, on trouve de vastes carrières à l’est d’Arisbaïa près la localité Aïer mata, dans le voisinage immédiat des nécropoles des souverains de Bangkalan. 1) Dans ces carrières, qui ont une profondeur de plus de 10 mètres, on peut voir que la couche supérieure, sur une épaisseur de 1 à 3 mètres, consiste en un calcaire plus compact, partiellement cristallin et plus ou moins silicifié. En dessous se trouve un calcaire marneux mou jaune-clair dont on extrait les pierres à bâtir (No. 24), le plus souvent en morceaux de 22 cm. de long sur une largeur de 11 et une épaisseur de 3.5 à 5.5 centimètres; et tous les ans on en retire des centaines de mille. Jadis on fabriquait ici également des pierres à filtre pour l’eau; il en est de même de l’autre côté près Grisée en Sourabaïa; mais ces pierres ont été peu à peu supplantées par les pierres à filtre d'Europe, des grès qui sont bien meilleurs. On trouve aussi des carrières semblables le long de la côte septentrionale.
Enfin le calcaire est encore calciné et utilisé pour la maçonnerie.
Tonction de Madoura avec Fava. Géologiquement parlant, Madoura n’est qu'une partie de Java, qui en est à présent séparée par la mer. Entre Madoura et Probolinggo le détroit de Madoura est profond tout au plus de 52 mètres; et si l’on prolonge notre profil à travers le
1) On trouve ici beaucoup de maisons et de salles remplies de tombes, dont quelques unes. ont une pierre tombale composée entièrement de spath calcaire. Le calcaire de Madoura est, en divers endroits, riche en calcaire spathique qui s'est cristallisé dans les déchirures et les joints de la roche.
détroit et par Probolinggo ainsi que cela a été pratiqué à échelle réduite dans le Profil VI, on voit alors combien cette profondeur est faible relativement à l'altitude du pays. À la côte sud de Madoura, le calcaire plonge sous la mer; mais il cesse sans doute bientôt, de sorte que les marnes forment le vrai fond du détroit (abstraction faite de l’alluvium qui le recouvre); ces mêmes marnes apparaissent aussi sur la côte septentrionale de Probolinggo, couvertes ici par une couche calcaire épaisse de 3 mètres. Le prolongement occidental du détroit de Madoura, qui n’est donc en réalité qu'un faible bassin sous la surface de la mer, se trouve dans la plaine entre Sidoardio et Modiokërto dans la résidence de Sourabaïa ; cette dépression est presque totalement comblée par des produits volcaniques récents. Seuls une couple de petits mamelons marneux font saillie dans la plaine et ils donnent à supposer que plus vers l'Est le fond du détroit consiste aussi en marnes. (Voir plus loin: Sourabaïa.) Le prolongement occidental du: calcaire de Kamal se recontre près de Grisée, et celui du calcaire entre Bangkalan et Sapoulou, dans la série calcaire septentrionale de Sourabaïa, à l’est de Sidaïou. Ici encore la direction des couches est essentiellement la même qu'à Madoura, savoir d’est-ouest.
IL BESOUKI.
S'y rattachent: Catalogue de roches No. 26—8r. Dessins Fig. 1—6. Planches Nos. 1 et 2.
Topographie.
La résidence de Bésouki constitue la partie orientale de l’île de Java et se trouve séparée de l’île de Bali par le détroit de Bali. Ce détroit a sa plus faible largeur en face de Watoudodol; elle est en cet endroit de 2600 mètres et la profondeur y est de 54 mètres.
Baniouwangui, qui jadis était réunie avec Bali en une seule résidence, est maintenant une section de la résidence de Bésouki; les sections, districts et leurs chefs-lieux ont été énumérés dans la section I du livre.
Bësouki est pour une grande partie un pays de montagnes qui, au centre de la résidence, atteint une altitude de plus de 3000 mètres. On trouve des plaines importantes 1° près de la côte méridionale, entre Tanggoul, Pouguër et Diémbér; 2° près de la côte orientale entre Gradiagan et Rogodiampi; 3° près de la côte septentrionale entre Asëmbagous, Pradiékan et Sitoubondo et 4° entre Boungatan et Bésouki.
Les embouchures des rivières se trouvent en partie sur la côte Sud, en partie sur la côte Est, en partie sur la côte Nord. On peut voir le cours des lignes de partage des eaux sur la carte géologique synoptique à l'échelle 1 : 500.000. Le nœud des trois lignes de partage des eaux se trouve sur la hauté cime Raoun, une grande cuve qui n’a même pas de décharge. La ligne de partage des eaux descend de ce point, entre les côtes Nord et Sud, vers l'Ouest jusque près de Mahesan et monte alors vers le haut sommet Argopouro de la chaîne de l'Hiiang; elle s’infléchit ensuite, d’abord vers le Sud, puis vers l'Ouest, et atteint le sommet volcanique du Lémongan, qui se trouve déjà dans la résidence de Probolinggo. La ligne de partage entre les côtes Nord et Est se dirige à partir du Raoun vers l'Est, par les sommets Tiampid, Ranti, Mérapi et puis au Nord par le Ringguih (ou Ringngih de la carte topographique) vers le volcan Balouran et ensuite vers la mer, à l’angle Nord-Est de Java. Enfin, la ligne de partage entre les côtes Sud et Est est dirigée à partir du
Raoun vers le Sud jusque près Kradenan, et puis vers le Sud-Est à travers la presqu'île Pourwo pour aboutir à la côte près de l'angle Sud-Est de Java.