Le Lémongan
Ce volcan a été décrit d'une manière si détaillée par l'ingénieur FENNEMA, dans le Jaarboek van het Mijnwezen 1886, Wetenschappelijk gedeelte, qu'une description générale très sommaire pourra suffire ici; pour plus de détails, nous renvoyons au rapport très étendu de l’auteur.
Le Lémongan consiste en une partie plus ancienne, nommée ,,Taroub”, à cratère d’effondrement, dont on peut encore reconnaître la partie orientale du mur sur une étendue de plus de 3000 mètres; et en une partie plus jeune qui s’est édifiée à l'Ouest du sommet de Taroub, dans la partie effondrée, et qui constitue le Lémongan proprement dit. Le versant extérieur du Taroub est couvert de végétation; le Lémongan est tout-à-faitt nu au-dessus de 700 m. d'altitude. Envisagé dans son ensemble, le quadrant Sud-Ouest seul est formé à la surface par les produits du Lëémongan; les 3 autres quadrants du mont consistent en déjections du Taroub. Des cendres meubles, du sable et des pierres y forment aussi la masse principale de la montagne ; mais le Lémongan est surtout remarquable sous deux rapports, d’abord par le nombre considérable de petits lacs et de petits cratères parasites que l’on trouve sur son manteau: et en second lieu parce qu'il appartient aux volcans peu nombreux des Indes Néerlandaises qui ont émis des coulées de lave évidentes dans les temps #rsforiques.
Le Lémongan est un des volcans les moins élevés de Java, ce qui concorde non seulement avec sa faible étendue, mais encore probablement avec sa grande activité. Car, plus est grand et épais le manteau de matières projetées, et plus le tuyau du cratère est élevé, plus il est difficile aussi pour la lave de se frayer un chemin au-dehors. D'ailleurs, il ne faut pas oublier qu'en 1885 il s'est réellement échappé de la lave du Sémerou, donc précisément de celui des cratères de Java dont
la hauteur est le plus grande; cela prouve donc qu'exceptionnellement la pression dans les foyers éruptifs des volcans de l’île peut encore devenir actuellement assez forte pour faire monter la lave à une hauteur de 3600 mètres au-dessus de la mer. ;
Le plus haut point du bord du Taroub est à 1670 mètres d'altitude ; celui du Lémongan était en 1870 à 1640 mètres; en 1885, après de nouvelles éruptions, à 1664 mètres. Les deux cônes sont très escarpés dans leur. partie supérieure; ainsi, le côté Nord-Est du Taroub a une pente de 32°, le côté Sud du Lémongan a même une pente de 36°.
Après l'effondrement de l’ancien cratère du Taroub, deux points d'activité se sont produits près de son sommet; on y trouve en effet deux petits cratères elliptiques, désignés par FENNEMA par & et f, le premier long de 360 m. et large de 280 m., le second long de 400 m. sur 280 m. de largeur. Le sommet Taroub appartient au bord septentrional de f. Ils ont tous les deux une profondeur de + 110 mètres. Plus tard, le point d’éruption s’est déplacé vers le Sud-Ouest du Taroub et beaucoup plus bas; et c'est alors que fut édifié graduellement le cône du Lémongan.
Les coulées de lave récentes que l’on trouve principalement sur le manteau du Lémongan mais aussi sur le versant septentrional du Taroub ont été déjà décrites en détail par FENNEMA. Elles ont jailli en partie du sommet de la montagne, en partie de fissures du manteau situées plus bas. Les plus importantes de ces coulées, savoir celles des années 1847, 1640 (du pied dus Maroub) "1809, #r877, r065MelMre0s Sont indiquées sur la carte de l’auteur. Parmi ces coulées, celle de 1883 peut être visitée facilement à cheval, allant de la localité Klakah par Papringan et Soumbér pétoung. Ce courant finit juste près de ce dernier village et ressemble à un amas puissant de cokes rugueux et de scories, que l’on peut voir s'étendre vers le haut pareil à une masse noire, jusqu'à mi-côte. C’est ici en effet que se trouve le point d'où la lave à jaill. C’est une des coulées de lave les plus grandes et les plus larges du Lëmongan, et c’est en avril 1883 qu’elle est venue au jour, c'est à dire très peu de temps avant la première éruption du Krakatau (mai 1883). A l'extrémité inférieure, la largeur de cette coulée mesure, d’après FENNEMA, 300 mètres; son épaisseur varie de 10 à 15 mètres et sa longueur est de 3400 mètres environ.
Points d'éruption adventifs. Les points d'éruption adventifs du Lémongan et du Taroub sont très nombreux; on y trouve entre autres 10. des cratères distincts, partiellement remplis d’eau (le nom ,,Ranou” (lac) est donné toutefois aussi bien aux cratères secs qu'aux cratères inondés); 20. des remparts annulaires, des cirques ronds ou en fer-àcheval, plus ou moins complets, en partie inaltérés en partie effondrés; 3°. de petits sommets sans cratère, qui sur l’Etna portent le nom de ,,bocche”.
[0] GEOLOGISCHE BESCHRIJVING VAN JAVA EN MADOERA. INDES:
De Ranoe Bédali (Lëmongan-vulkaan) bij Ranoejoso, in Probolinggo.
M. FENNEMA a énuméré 50 de ces points d'éruption, en y comptant toutefois le cratère actif No. I du Lémongan et les cratères jumeaux du Taroub No. 2 &« et $. Cinq de ces points se trouvent encore dans la résidence de Bésouki, au Sud de Tiris, où le pied du Taroub recouvre le pied plus ancien de l’Hiiang; les autres sont tous en Probolinggo, ceux à l'Ouest entre 200 et 300 mètres, ceux du Nord et de l'Est, entre 400 et 600 mètres d'altitude; mais ils se trouvent tous sur le versant du Taroub. Il est probable que ces petits cônes se sont formés en grande partie avant l'effondrement du Taroub, puisque la lave pouvait se frayer un chemin en Jjailissant de points situés plus bas que le sommet, plus facilement que du sommet lui-même. Mais plus tard encore et même en 1849, de la lave s’est échappée du versant Nord du Taroub. L’'effondrement du Taroub a naturellement fait disparaître aussi les petits cratères situés près du sommet vers l'Ouest; on n’en trouve pas en effet sur le cône plus jeune du Lémongan, mais bien plus à l'Ouest sur le pied du Taroub.
La raison pour laquelle c’est précisément le Lémongan qui porte tant de ces petits cratères adventifs devra être cherchée sans doute dans la nature basique des matières projetées. Ce sont en effet toutes des basaltes et des déjections basaltiques, qui furent aisément liquéfiées à nouveau par la lave sous-jacente et par là donnèrent lieu à de petites éruptions sur le versant de la montagne.
Parmi ces cratères on trouve des cuves de toutes dimensions, le plus souvent circulaires; la plus grande a un diamètre de 800 mètres. Le fond en est parfois à sec, parfois comblé par un lac; le Ranou Klakah a une profondeur de 34 mètres; le Ranou Ségaran (en Probolinggo), a 45 m. et le Ranou Pakis a même 95 mètres de profondeur. Vers le dehors, il n’est pas rare que ces petits cratères présentent de belles pentes de vrai volcan; à l'intérieur, les bords sont escarpés; chez le Ranou Bédali (Planche No. 3) ils atteignent une hauteur de 150 à 200 mètres; ils sont plus bas cependent chez les autres petits lacs. Ainsi que M. FENNEMA l'indique dans quelques-uns de ses profils (Ranou Bëdalh, Ranou Pakis, Ranou Lading) leurs déjections et leurs coulées de lave reposent sur l’ancien pied du Taroub et sont cachées par des déjections meubles plus jeunes et par des coulées de lave du Lémongan.
Outre les points d’éruption mentionnés par M. FENNEMA, il y en a encore quelques-uns plus éloignés du volcan et qu'on doit probablement regarder comme des petits cratères établis sur des coulées de lave du Taroub, recouvertes à présent par des déjections plus récentes. A ces points appartiennent:
1. Le Go. Doulang près Klakah, à 220 mètres d'altitude et à 30 mètres au-dessus des alentours. C’est une colline ronde et plate sans cratère.
2. Le Gg. Grobogan, au Sud du précédent, à 360 m. d’alt. et à 160 m. au-dessus des alentours. Un sommet escarpé sans cratère.
3. Le Gg. Wenr, au versant Nord du volcan, à 355 mètres d'altitude : c'est un sommet escarpé sans cratère, s'élevant à 200 mètres au-dessus du terrain plat environnant.
4. Le Gg. Glougou, près la côte Nord et dans le voisinage du poste Béëntar; 1l touche au terrain marneux décrit plus haut. Le sommet sans cratère présente vers l'Ouest une paroi escarpée et se trouve à 105 m. d'altitude.
5. Le Pandak, au Nord-Ouest du précédent; c'est un petit sommet rond, de 50 m. d’alt., couvert supérieurement pas des tufs quaternaires, sous lesquels se trouve probablement un point d’éruption qui est, avec le Glougou, à l'extrémité d'une coulée de lave.
Roches du Lémongan. Toutes les roches du Lémongan, aussi bien les produits les plus anciens que les plus jeunes, ainsi que les coulées de lave récentes, consistent en basaltes. (No. 95—109). On ne rencontre point chez ce volcan de véritables andésites à pyroxène. Quelques-unes de ces roches contiennent beaucoup d'olivine, d’autres peu, et la roche du Ranou Bédali (No. 95) est même un basalte où ce minéral fait défaut. Les déjections meubles sont le plus souvent compactes; les coulées de lave sont poreuses ou même scoriacées ; la couleur des échantillons varie du gris-clair au gris-sombre; dans quelques-uns on distingue des augites, des feldspaths et des olivines.
LORIE et BEHRENS ont décrit, au point de vue microscopique, 3 des roches du Lémongan trouvées par JUNGHUHN; et M. FENNEMA en a fait autant pour 12 produits différents. Toutes ces roches appartiennent aux basaltes, et Je renverrai à leur description. Seule la roche du Ranou Bëdal (No. 05) mérite ici encore une mention spéciale. C’est une roche grise à grains extraordinairement fins, qui au microscope présente la pâte basaltique ordinaire : des baguettes de plagioclase, des grains d'augite, de la magnétite et fort peu de verre brun grenu. A l’état porphyrique on n’y trouve que du plagioclase et de l’augite verte légèrement Jaunâtre, mais pas d’olivine. Comme cette roche, par sa présence dans ce volcan formé entièrement de basalte, doit assurément être rangée parmi les basaltes, nous avons donc ici un exemple intéressant d'un basalte privé d'olivine.
Le Glougou, situé près la côte Nord, consiste en déjections meubles d’une roche gris-clair (No. 97), dans laquelle on peut voir des feldspaths et des augites. Au microscope, on reconnaît que c'est un basalte ordinaire dans lequel le noyau des olivines est passé à une modification brun-foncé, tandis que leur bord est encore limpide d'ordinaire et non altéré. C’est un basalte.
Le Lémongan se termine au Nord à la plaine de Guënding; à l'Est
il vient buter contre l'Hiang; au Sud, il descend vers la vallée de Loumadiang; enfin à l'Ouest, il confine au pied du Téngguér.