‹ Description géologique des environs de ParisChapitre 21 sur 94 · ET DE LIGNITE HORS DU BASSIN DE PARIS · texte numérisé non relu

ET DE LIGNITE HORS DU BASSIN DE PARIS

PAR M. ALEX. BRONGNIART

Avant la première édition de notre essai de description géologique des environs de Paris, publiée définitivement en 1810, aucun géologue, du moins à notre connoissance, n’avoit pensé à assigner nettement la position géognostique de l’argile plastique. On confondoit , sous la dénomination d’argile et de glaise , toutes les terres à potier 5 et je crois que nous avons été les premiers à faire remarquer que l’argile plastique tenace, liante, infusible et non effervescente, avoit dans le bassin de Paris une position déterminée bien différente de celle des marnes argileuses effervescentes; que l’argile plastique faisoit partie principale d’un dépôt qui s’étoit fait à une époque postérieure à celui de la craie et antérieure à celui du calcaire marin que nous avons nommé grossier ou à cèrites , et qu’on appelle aussi tertiaire >ew sorte que les argiles qui sont dans la craie ou au-dessous de la craie, celles qui sont dans le calcaire grossier ou au-dessus de ce calcaire étant généralement effervescentes , appartiennent au mélange que j’ai désigné minéralogiquement sous le nom de marnes argileuses.

C’est du moins ainsi que les choses se sont toujours présentées dans l’étendue du bassin de Paris , dans toute la ceinture de craie qui entoure ce bassin, sur la limite de cette ceinture, sur les côtes de la Manche, en Alsace, dans les Ardennes, en Champagne, dans la Tourraine, etc., c’est-à-dire, sur une étendue circulaire de plus de quatre-vingts lieues de diamètre. En supposant que cette règle de position se bornât à cet espace , il étoit encore assez grand pour quelle valût la peine d’être remarquée.

lia été reconnu depuis que les combustibles charbonneux fossiles , qu’on nommoit quelquefois bouilles et qu’en raison de leur origine évidente j’ai désigné sous le nom de lignite , et que le suecin qui accompagne si souvent les lignites , faisant partie du dépôt de l’argile plastique, appartenoient à la même époque de formation quelle.

Pour savoir quelle importance peut avoir cette règle si constante dans le bassiu de Paris et dans les pays qui forment sa ceinture, il faut examiner si elle esL également suivie dans des pays situés tout- à-fait hors de ce bassin et qui en sont quelquefois très-éloignés.

Les dépôts d'argiles plastiques , de lignites et les mines de succins sont si nombreuses , que si je voulois les énumérer toutes, je me jeterois dans un travail de détail considérable et tout-à-fait étranger au sujet que iy>us traitons. Je me bornerai

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donc a présenter quelques exemples que j’aurai cru devoir choisir en raison ou de leur éloignement du bassin de Paris, ou de leur importance , ou des renseignemens plus précis et plus particuliers que j’ai sur eux. Mais avant de commencer celte énumération il faut encore rappeler quelques règles ou principes de géologie.

i°. Pour établir qu’un terrain est postérieur ou inférieur à un autre, il n’est pas nécessaire de le voir immédiatement placé dessus ou dessous ce terrain. Il suffit quon nait jamais vu au-dessus de lui le terrain ni aucun des terrains qu’on regarde comme plus anciens et vice versa / il peut donc se présenter tantôt à nu à la surface du sol , et tantôt placé immédiatement sur un terrain très-ancien.

20. Il n’est pas nécessaire que dans une formation composée de plusieurs sortes de roches et de minéraux, comme est celle de l’argile plastique, toutes ces roches se présentent , ni même que la roche principale s’y trouve pour que la formation soit représentée. Par conséquent, en admettant que la formation d’argile plastique soit composée d’argile , de sable quarzeux et de lignite mêlés de pyrites, de succin , d’huîtres , de cérites et de coquilles d’eau douce , la présence de deux de ces roches , même d’une seule quand c’est la principale et de quelques-uns de ces minéraux ou pétrifications, suffira pour caractériser la formation.

C’est d’après ces principes que je rapporterai à )a formation de l’argile plastique les terrains que je vais citer en exemple,

§ I. En France,

Nous trouvons en France l’association complète de ces roches sur les bords du bassin de Paris, dans presque tout le département de l’Ain, et notamment aux environs de Soissons ; nous avons déjà parlé de ce lieu , et je ne le rappelle ici que pour faire remarquer qu’il se présente avec toutes les circonstances propres à établir son véritable gisement -, il est sur la craie qui se montre évidemment et immédiatement au-dessous près de Laon , près de Rheims , près d’Epernay, il est recouvert par le calcaire grossier dans un grand nombre de lieux et notamment aux environs de Soissons , comme le font voir les coupes (fig. i de la pl. II, B ). Il est composé de lignite plus ou moins compacte, de pyrites, de sable et d’argile plastique. Celle clés environs d’Epernay est renommée par l’emploi que l’on en fait dans la fabrication des poteries les plus réfractaires. Enfin, on a trouvé dans plusieurs points des environs de Vauxbuin et de Villers en Prayer près Soissons, des nodules de succin. Nous ne parlons plus des coquilles fossiles cpii l’accompagnent presque constamment, puisque nous en avons donné, d’après MM. Daudebardde-Ferussac et Prévost, une énumération assez complète à l’article II, dans lequel nous avons établi les caractères zoologiques de celte formation.

Au fort Sainte-Marguerite près de Dieppe , le lignite pyriteux alternant avee des lits d’argiles, de sable et des masses de grès renfermant des huîtres ( ostrea bellovacina Lam. ) , des cérites ( cerithium junatwn , Lam.), se montre placé immé-

diatement au-dessus des falaises de craie blanche , mais ici il n’est recouvert que par des terrains de transport (1).

Les argiles plastiques célèbres d’Audennes et d’autres lieux des environs de Namur , semblent a l’inspection de la carte être dans le terrain de transition , mais on apprend, par la description que M. Bouesnel a donné de ce gîte , qu’elles sont sur ce terrain dans des espèces de bassin ou cavités de sa surface. On voit d’ailleurs qu elles sont sur les limites du terrain de transition et peu éloigné de celui de craie. Enfin, on reconnoît dans la succession des lits, qui composent celte formation , le sable quarzeux et le lignite terreux et compacte qui lui appartiennent généralement.

Aux environs de Cologne, les argiles plastiques employées dans les fabriques de poterie de grès de cette ville et les masses immenses de lignite terreux de Brühl et de Liblar, ne peuvent être placées que sur la craie tufau qui est la roche fondamentale de ce pays.

Au mont Bastberg, au pied des Vosges et non loin de Bouxviller en Alsace, on exploite depuis long-temps une puissante couche de lignite alumineux , qui est accompagné d’argile plastique et bitumineuse et placé sous un calcaire d’eau douce également célèbre par les belles coquilles et les os de Lophiodon qu’il renferme. Le tout paroît être recouvert de calcaire marin de la formation de sédiment supérieur ; les géologues qui ont donné la description de cette montagne , n’ayant pas eu les moyens de déterminer les espèces, et n’ayant pu indiquer que des genres ^ il n’est pas possible de dire avec certitude qu’il appartienne au calcaire à cérites , mais celui de Lobsann près de Weissembourg , qui est accompagné de minérai de fer en grain et de bitume , et qui , suivant M. Calmelet, est situé dans un terrain tertiaire dont un grès coquillier fait partie, ne laisse guères de doute sur sa position et éclaire par conséquent celle de Bouxviller qui en est peu éloigné.

Ces exemples suffiront pour le nord de la France 5 nous allons en prendre quelques autres au midi.

lies rapports de position des argiles plastiques et des lignites ont encore été moins bien observés dans cette région plus éloignée de la route des observateurs qoe dans celle du nord, en sorte que nous n’avons, pour ainsi dire, que des faits négatifs à rapporter-, mais tous concourent à faire voir qu’aucune roche solide calcaire ou autre plus ancienne que la craie , ne recouvre les dépôts de lignite , et

(1) C’est l’observation de ce lieu où je vis si clairement la position de l’argile plastique et du sable sur de la craie , et l’association des lignites pyriteux avec les huîtres et les ce’rites dans les parties supérieures de ce dépôt , qui me conduisit à regarder comme de formation identique les lignites de Marly , du Soissonnois , etc. M. Buckland , auquel je communiquai ces observations et cette opinion, voulut bien, en l’admettant, la consigner avec détails dans son Mémoire sur l’argile plastique du bassin de Londres , inséré dans le quatrième volume des Trans. de la Sec. géologique de Londres pour 1817 , p. 298.

no DESCRIPTION GÉOLOGIQUE

que tous ces dépôts sont placés sur un calcaire compacte fin qui est analogue au calcaire du Jura.

C’est ainsi que se présentent les gîtes de lignites que j’ai eu occasion de visiter en Provence il y a plus de vingt-cinq ans , c’est-à-dire dans un temps où on faisoit fort peu d’attenliou aux rapports de position des formations.

Les lits de lignite de la foret de Saon , près de Crest , département de la Drôme , sont dans un dépôt de sable qui est appliqué sur le pied de montagnes assez hautes composées de calcaire compacte coquillier.

Celui de Nyons est en bancs puissans dans un terrainde sable qui s’appuie contre des montagnes d’un calcaire compacte renfermant des silex pyromaques blonds.

Le lignite de Piolenc , au sud-ouest d’Orange, est en bancs horisontaux , de près d’un mètre d’épaisseur , dans un terrain de sable placé sur le calcaire analogue à celui du Jura, qui constitue toute cette partie de la Provence, et recouvert d’un dépôt très-puissant de cailloux roulés. Nous reviendrons sur ce terrain à la suite de la description du calcaire grossier.

On connoît aux environs de Sisteron et de Forcalquier, sur un terrain calcaire qui me paroît être analogue à celui que je viens d’indiquer , des dépôts pareils de sable , qui non-seulement renferment des lits de lignite , mais le succin , l’un des minéraux qui appartiennent à cette formation.

De l’autre côté du Rhône , dans la partie méridionale et occidentale de la France , nous retrouvons des exemples semblables du gisement du lignite.

A Saint-Paulet, près du pont Saint-Esprit, dans le département du Gard, ce lignite renferme des coquilles d’eau douce (i), et du succin ; il est accompagné d’argile et recouvert de calcaire grossier à cérites. On ne dit pas sur quelle roche il repose, mais on peut raisonnablement présumer que c’est sur un calcaire du Jura ou sur un calcaire Alpin, qui forme la base fondamentale du sol calcaire de cette contrée.

A Saint-Victor, dans le même département, on trouve plusieurs bancs d’argile de diverses couleurs, qui peuvent, par leur position, être rapportés à l’argile plastique -, ils en présentent en outre le caractère de pureté et ne font aucune effervescence avec les acides.

On a trouvé près de Bordeaux un lit de lignite à une assez grande profondeur; il est dans le sable qui compose le sol des Landes au sud de cette ville , et que je crois pouvoir rapporter à la formation de sable immédiatement supérieure à la

craie.

(1) Ampullciria Faujasii. A. Br. — Fauj. , Ann. du Mus. , t. XIV, p. 3 1 4 > pb XIX, fig. i-6.

Melania? ibid. fig. 7-10.

Melania? ibid. fig. 11-12»

Cyrena ?

Le lignite de Cezenon près de Béziers, dans le département de l’Hérault, est accompagné d’argile et des coquilles d’eau douce, déterminées par M. Marcel de Serre , sous les noms de plauorbis regularis etc. 5 il est situé sous un calcaire grossier à cé rites.

On remarque dans quelques dépôts de lignite du département de l’Isère, notamment dans ceux du canton de Roussillon, aux environs de Vienne, l’alternance ordinaire des argiles et des lignites d’autant plus compactes et plus purs qu’on s’approfondit davantage , et dans les bancs supérieurs une grande quantité de coquilles fossiles, terrestres et fluviatiles écrasées (1).

Je ne parle pas des mines de lignite de Voreppe, parce que l’analogie de leur position avec celle des prétendues mines de houille de la Provence aux environs d’Aix , de Marseille , et de Toulon , exige des développemens particuliers pour établir que ces dépôts , quoique beaucoup plus puissans, beaucoup plus étendus que ceux que nous venons de citer, ont cependant avec eux la plus grande analogie de formation, et ne sont pas placés dans le calcaire compacte du Jura, comme on l’avoit cru généralement, et comme je l’avois cru moi-même jusqu’au voyage que j’ai fait en Provence, en avril 1820.

§ II. En Angleterre .

Le terrain des environs de Londres, et d’une grande partie des comtés de Kent et de Sussex , ayant été reconnu par M. Webster et par tous les géologues Anglois, ainsi que nous l’avons déjà dit, comme parfaitement analogue à celui du bassin de Paris, il étoit présumable que les mêmes minéraux s’y présenteroient dans les mêmes circonstances géologiques, et c’est en effet ce que l’on a observé.

M. Buckland a déjà fait voir (2) que l’argile plastique du bassin de Londres étoit située, comme dans celui de Paris , au-dessus de la craie , que cette formation argileuse étoit souvent divisée en deux dépôts par un banc de sable, que la partie supérieure étoit accompagnée, comme en France, d’huîtres , de cérites et de cyrènes, et recouverte par un terrain analogue aux assises inférieures de calcaire grossier. Dans un assez grand nombre de lieux connus , à l’ile de Scheppey, à l’ile de Wight, etc. , on a rencontré des lignites et des parties de végétaux tels que des tiges , des feuilles, des fruits très-reconnoissables. Ce que M.Crow a trouvé de ces derniers dans le dépôt argileux de l’île Scheppey, à l’embouchure de la Tamise, est prodigieux. Ce dépôt se fait surtout remarquer parle nombre considérable d’espèces distinctes d'une parfaite conservation , ce qui donne l’espoir qu’on pourra arriver à déterminer

(1) Héricart de Thury. Journ. des Min. , t. XXXIII , p. 60.

(2) Description of a Sériés of specimeas frotn the plasdc-claj , etc. , by the R. AV. Becxland, 'Fransacl . of the geol. Soc. , 1817 , vol. IV, p. 277.

assez exactement, si ce n’est les espèces, au moins les familles, et peut-être même les genres auxquels ces fruits appartiennent (i). Toutes ces parties sont changées en pyrites , combinaison ferrugineuse qui accompagne si constamment l’argile plastique , mais qui semble, comme nous l’avons dit, se montrer pour la dernière fois dans cette formation.

Le succin ou au moins les résines succiniques, se rencontrent dans le dépôt argileux , supérieur à la craie , du bassin de Londres; on les a reconnues dans les argiles bleues de la colline de Highgaîe, près Londres, et à Brentford. La position de celte argile au-dessus de la craie, et dans les parties les plus inférieures de la formation analogue au calcaire grossier , est la même que celle de l’argile plastique ; elle renferme, comme elle, des fragmens de lignites, et est mêlée d’une grande quantité de pyrites. La résine succinique y est disséminée en petits nodules , accompagnés de coquilles marines , dont les espèces n’ont pas été déterminées. M. T l immer y a trouvé un Nau tile. Ces coquilles sont souvent tapissées de pyrites (2).

§ III. En Suisse .

En s’avançant dans les parties orientales de l’Europe, on rencontre dans un grand nombre de lieux, le même terrain à peu près dans les mêmes circonstances.

Dans certains cas le terrain de formation d’eau douce domine par les roches calcaires et siliceuses mêlées de dépouilles organiques , qui sont ordinairement une de ses parties constituantes. Il est placé immédiatement ou médiatement sur le calcaire du Jura, et la présence du lignite n’y est indiquée que par quelques débris de végétaux. Tels sont les terrains du Locle dans le Jura de Neufehâtel, d’OEningen près de Schaffouse; localités, sur lesquelles je reviendrai à l’article des terrains d’eau douce.

En descendant dans la grande vallée qui sépare le Jura des Alpes, les terrains

(1) M. Crow nous a remis directement une très-grande quantité de ces fruits, et c’est à lui que nous devons d’enrichir notre travail des faits et des observations que nous fournit cette nombreuse et intéressante collection.

(2) Ayant eu en i8i5 l’intention de faire voir que le succin n’appartenoit pas aux terrains d’alluvion- comme tous les minéralogistes le disoient, mais à un dépôt très-ancien (c’est-àdire formé long-temps avant que nos continens aient pris leur forme actuelle) et recouvert par deux terrains marins et deux terrains d’eau douce , j’avois demandé à M. Blagden des renseignement sur le gisement de la résine sucçinique de Higbgate ; il me transmit une lettre de M. J. Trimmer à sir Joseph Banks à ce sujet. Les faits que je viens de rapporter sont extraits de cette lettre et de l’article intitulé Carbo retinasphaltum de la minéralogie britannique de M. Sowcrby , p. 22g , tab. DXXII , article dans lequel il me fait l’honneur de citer mon opinion et les secours que MM. Banks , Blagden et lui ont bien voulu me donner pour la constater..

DES ENVIRONS DE PARIS. u3

de cette vallée montrent le lignite, non plus en indice , mais en bancs puissans et dominans , accompagné de coquilles d’eau douce et de végétaux qui ne peuvent laisser aucun doute sur son origine.

Mais si cette origine est expliquée par ces débris organiques , la position de ces formations n’est pas , comme on va le voir, aussi évidente que celle des lignites que nous avons donnée pour exemple.

Les dépôts de lignite que je choisirai ici pour exemple , parce que j’ai eu occasion de les visiter en 1817, sont ceux de Saint -Sapliorin près Vevay , de Paudé près Lausanne , et de Kœpfnacli près d’Horgen , sur la rive occidentale du lac de Zurich.

Je crois pouvoir avancer que la position de ces trois gîtes de combustibles fossiles charbonneux, que je rapporte aux lignites, étant la meme , les circonstances qui se présentent dans l’un sans s’offrir dans les autres , pourront servir à compléter l’ensemble des caractères qui leur appartiennent.

Ce combustible charbonneux fossile, est placé en lits plus ou moins puissans , au milieu d’une roche d’aggrégation , à laquelle on a donné aussi le nom de grès -, mais ce grès possède cependant des caractères assez particuliers pour qu’on ait senti la nécessité de les désigner par les épithètes de molasse dans les pays Français , et de Nagelflue-Sand dans les pays Allemands.

Cette roche couvre des étendues immenses de terrain ; elle a une épaisseur considérable , et s’élève à une assez grande hauteur ( elle forme en grande partie le Jorat) 5 elle est recouverte dans plusieurs endroits d’une autre roche d’aggrégation , que j’ai désignée sous le nom de poudingue polygénique > et qu’on appelle Nagelflue dans la Suisse.

Ce poudingue recouvre évidemment le psammite molasse ou alterne avec lui dans ses parties supérieures dans plusieurs endroits 5 mais on n’admet pas généralement qu’il lui soit constamment supérieur, et comme je n’ai pas eu occasion de l'observer dans un assez grand nombre de lieux , je n’ose affirmer que cette superposition soit constante 5 j’ai cependant beaucoup de motifs pour présumer que quand ces deux roches , le psammite molasse et le poudingue polygénique se trouvent ensemble , la masse générale du premier est inférieure à la masse générale du dernier , et que ce n’est que dans les points de contact que ces deux roches alternent ; mais cette question étant étrangère au sujet que nous avons à traiter, je ne dois pas m’en occuper davantage.

Malgré les différences extérieures très-nombreuses et très-remarquables qu’on trouve au premier aspect , entre le psammite molasse et nos terrains de calcaire grossier des environs de Paris, malgré la différence encore plus grande qu’il y a entre nos terrains de sédiment supérieur et le poudingue polygénique ( Nagelflue qui

(1) Essai d’une classification minéralogique des roches mélangées , Journ. des Min. „ i8i3 , juillet, n°. 19g.

s’élève en passe immense pour former au milieu de la chaîne des Alpes , des montagnes extrêmement; hautes (par exemple le ïtigi quia environ 2000 mètres), je présume que ces terrains sont de la même époque de formation, c’est-à-dire , des mêmes temps géologiques et dus aux mêmes causes que nos terrains de sédimens supérieurs.

Ce n’est point ici le lieu de développer les preuves de cette opinion ; d’ailleurs ce rapprochement qui pouvoit paroître très-hasardé au moment où je crus l’apercevoir en 1817, et où j’osai en faire part à plusieurs naturalistes, a beaucoup moins besoin de preuves actuellement qu’il est admis par plusieurs géologues qui ont observé ce terrain dans différens temps , et dont l’opinion est pour moi d’un grand poids. (M. Beudant, en Hongrie, M. Prévost, aux environs de Vienne en Autriche, M. Buckland, en Suisse.) Il ne reste donc qu’à rechercher maintenant de quelle partie du terrain de sédiment supérieur il peut être plus particulièrement rapproché , quelle est la valeur des différences frappantes qu’on trouve entre ces deux terrains , et à quelles circonstances sont dues ces différences ; mais l’examen de toutes ces questions nous éloigneroit trop de notre sujet, et leur solution n’est pas absolument nécessaire pour arriv.er au résultat que nous voulons obtenir 5 il nous suffit donc d’avoir montré que le terrain de psammite molasse de la Suisse ( Nagelflue Sand ), et de poudingue polygénique qui le recouvre, alterne avec lui ou au moins l’accompagne , peuvent être rapportés avec la plus grande probabilité aux terrains de sédimens supérieurs ( terrains tertiaires ), pour en conclure que les couches de lignites de Saint-Sapliorin , de Paudé , et de Kœpfnach , qui sont situés au milieu du psammite molasse , ou même au-dessous de cette roche, sont dans une position géologique analogue à celle des lignites du bassin de Paris.

Nous allons voir actuellement que les circonstances minéralogiques et géologiques de détails concourent également à établir cette analogie de formation, et je vais dans cette intention donner une courte description de chacun de ces gîtes :

A Saint-Sapliorin , près Vevay, le lignite qui y a été autrefois exploité avec avantage, présente encore des affleuremens très-instructifs dont la coupe ( pl. H, B, fig. 2) donnera une idée suffisante. De Vevay à Saint-Saphorin , la partie supérieure du sol est composée de poudingues polygéniques ( Nagelflue ), qui varie par la grosseur de ses parties , et un peu par leur nature ; ce sont généralement des cailloux de calcaire compacte , gris de fumée, de silex corné noirâtre, d’eurite, etc. , fortement aggrégés par une brecciole calcaréo-calcaire, c’est-à-dire à ciment calcaire, et traversé par des veines de calcaire spathique quelquefois très-épaisses.

Au-dessous de ce poudingue se voient des bancs peu puissans d’une roche trèsdure que je rapporte aux psammites calcaires compactes, c’est-à-dire, aux roches argilo-calcaires micacées.

C’est entre les assises et les fissures de cette roche que se voyoit en 1817, exactement comme la coupe le représente, un lit de matière charbonneuse et bitumineuse que je rapporte au lignite.

Au-dessous de ce lit de lignite on trouve une couche assez puissante d’une argile endurcie, fragmentaire, ou marne argileuse dure-, et encore au-dessous, presque sur les bords du lac , des bancs puissans de psammite calcaire compacte et assez solide -, je n’y ai vu aucun débris de corps organisés -, mais je tiens de M. de Charpentier des échantillons de cette meme mine , pris lorsqu’elle étoit en exploitation au moyen de la galerie dont on voit encore l’ouverture un peu au-dessus du niveau dulac. Ces échantillons qui sont du calcaire compacte marneux et bitumineux , brun de chocolat, et du lignite terreux fissile , sont remplis de débris de Humées etdeplanorbes.

Un peu avant Lausanne , entre cette ville et Lutri , auprès du village de Paudé , on retrouve la même formation , c’est-à-dire un autre dépôt de lignite qui se montre dans une assez grande étendue sur les bords coupés verticalement du ruisseau de Paudeze. Ici il n’y a plus de poudingue et le psammite molasse est bien mieux caractérisé. En allant de la surface du sol à la plus grande profondeur , on remarque la succession de roches suivantes (voyez pl. II, B, fig. 3) :

i°. Un gros banc de psammite calcaire dur , semblable au banc le plus inférieur du gîte de St.-Saphorin , et recouvert par un petit lit d’argile.

Un gros banc de psammite molasse (i) gris verdâtre , tendre , calcaire, présentant quelques impressions de végétaux.

3°. Un banc d’environ deux décimètres d’un calcaire compacte marneux bitumineux , d’un brun de chocolat, semblable en tout à celui de St.-Saphorin, pénétré de veinules de lignite charbonneux et recouvert d’un lit d’argile endurcie, qui néanmoins se ramollit dans l’eau.

4°. Un banc d’environ deux décimètres du même calcaire compacte brun , présentant comme le précédent des lits minces de lignite charbonneux ; mais surtout de nombreuses empreintes de coquilles fluviatiles, planorbes et limnées , trop altérées pour qu’on puisse les déterminer ou les décrire.

Encore au-dessous un lit d’argile endurcie.

C’est dans cette argile endurcie que j’ai reconnu des fragmens de coquilles bivalves, qui appartiennent sans aucun doute au genre Anodonte.

5°. Enfin au niveau du ruisseau un psammite mollasse gris , verdâtre , micacé , dont on ne connoît pas l’épaisseur.

(i) Ce nom indique les caractères suivans :

Roche d’aggrégalion, à petits grains , peu solide , quelquefois même friable, composée de quarz sableux , d’argile et de calcaire , c’est-à-dire , de marne tantôt calcaire , tantôt argileuse, suivant la prédominance de l’un des deux composans , et de mica en paillettes distinctes plus ou moins abondant. Le psammite molasse n’est point décrit dans mon Essai d.e Classification des Roches mélangées ; mais dans la nouvelle édition cette espèce y sera placée dans un nouveau genre , qui réunira tous les psammites calcaires sous le nom de Macigno , nom employé depuis long-temps parles naturalistes italiens pour désigner ces roches. Le psammite calcaire proprement dit ne différé du psammite molasse que parce qu’il est plus compacte , très-solide et à grains plus fins.

Il est probable que tous les gîtes de charbon bitumineux fossile du pays de Vaux et des environs de Genève , appartiennent à la même formation , que tous doivent se nommer lignites et non pas houille 5 du moins j’en suis sûr pour le gîte particulier de Vernier, près de Genève, qui a été décrit par M. Soret, et dont je tiens les échantillons qui me le prouvent. Ce gîte renferme en outre du gypse , circonstance qui n’est nullement étrangère aux terrains de lignite , et pourra contribuer à établir avec encore plus de précision la place de ceux-ci dans la série des formations qui constituent les terrains de sédiment supérieur.

Le troisième gîte de combustible charbonneux que je citerai, et auquel je crois pouvoir appliquer également le nom de lignite, est celui deKœpfnach, près d’Horgen , sur la rive gauche ou occidentale du lac de Zurich.

Le charbon fossile ne se montre plus ici à la surface du sol ; le terrain n’offre plus d’escarpemens. Lamine est exploitée par des galeries qui s’enfoncent dans la colline, mais je dois au rapport du maître mineur qui paroît instruit, et à la suite d’échantillons qu’il m’a remis , ce que je sais sur la succession des couches. Ces renseignemens ont acquis toute l’autorité d’une observation directe par ce que j’ai appris des géologues de la Suisse et par l’inspection que j’ai eu occasion de faire des roches environnantes.

Or ces renseignemens de diverses origines s’accordent à placerle lit assez épais de charbon bitumineux fossile au milieu des psammites molasses , verdâtres , grisâtres et très-micacés, qui constituent le sol de ces collines.

C’est dans un banc puissant de psammite argileux, mêlé de lits de marne argileuse, que se trouve le lit de lignite qui a trente à quarante centimètres d’épaisseur 5 il est divisé vers sa partie supérieure par un lit mince de calcaire fétide , et dans son intérieur par quelques feuillets de marne argileuse noirâtre. Le lignite charbonneux est assez friable , d’un beau noir brillant, et ne m’a laissé voir dans aucun échantillon la texture du bois ; mais les corps organisés fossiles qu’il renferme donnent , avec sa position , des moyens presque certains de placer ce combustible fossile dans la formation dont il dépend.

Ces corps organisés appartiennent à trois divisions des règnes organiques très-éloignées l’une de l’autre, aux végétaux, aux mollusques et aux mammifères.

Les débris de végétaux se présentent sous formes de petites baguettes ou de grosses fibres sinueuses, à peu près parallèles et qui me semblent avoir beaucoup de ressemblance avec des masses fibreuses qu’on trouve dans le lignite de Cologne , et qu’on pourroit rapporter à des tiges de palmier (1) ; on croit avoir reconnu des fruits dans des corps ovoïdes , dont la forme n’est pas assez tranchée pour qu’on puisse la déterminer.

Les coquilles sont des planorbes et des limnées bien caractérisés; ces derniers

(1) Voyez à l’article des végétaux fossiles des terrains de sédiment supérieur les motifs de çe rapprochement .

y sont assez rares, et des coquilles turbinées que je crois pouvoir rapporter au genre mélanie et désigner sous le nom de melania Escheri , en l’honneur du naturaliste célèbre qui connoît si bien la structure des Alpes , et dont le nom se lie avec celui de la rivière ( la Linth ) , dont il a su arrêter les ravages.

Enfin ce qu’il y a de plus remarquable dans ce gisement de lignite, ce sont les débris de mammifère que l’on trouve au milieu même de la couche de charbon. Ceux que j’ai recueillis appartiennent bien certainement à un animal de l’ordre des rongeurs et très-voisin du castor , si ce n’en est pas un , et ceux que j’ai vus chez M. Meisner à Berne , sont une tête du même animal et des dents de mastodonte (1).

La présence fort remarquable d’os de mammifères dans la couche de lignite d’Horgen , sert à confirmer l’exactitude d’une semblable association , observée à Cadibona dans le golfe de Gênes et dans les environs de Soissons , et loin d’infirmer la position géognostique que j’attribue à ce charbon fossile , elle contribue au contraire à la rendre plus certaine , en l’éloignant davantage de la formation de la houille avec laquelle on l’avoit souvent confondu , et en la plaçant non-seulement dans les terrains de sédiment supérieur, mais dans les parties les plus nouvelles de ce terrain , au-dessus du calcaire grossier et dans la formation du terrain d’eau douce à laquelle appartiennent les gypses à ossemens. Je dois rappeler à cette occasion ce que j’ai dit plus haut de la présence du gypse dans le lignite de Vernier près de Genève.

Plusieurs autres circonstances , moins importantes il est vrai, concourent à indiquer cette position ; ce sont principalement : la présence des marnes argileuses , remplaçant les argiles plastiques, l’abondance du mica dans les psammites qui les recouvrent (on se rappelle que ce minéral est généralement rare dans les sables inférieurs au calcaire grossier , et commun au contraire dans les sables supérieurs au gypse) , la présence des coquilles marines et notamment des huîtres dans les bancs de psammite molasse supérieurs, enfin l’absence du fer chloriteux granulaire, des camerines et des autres matières et corps organisés qui accompagnent ordinairement les lignites inférieurs au calcaire grossier.

La réunion de ces circonstances et surtout la présence des os de mammifères doivent concourir à faire établir que ces lignites appartiennent à une formation postérieure à celle de l’argile plastique et du calcaire grossier, et dans ce cas nous aurions dû placer l’histoire de ce terrâin à l’article des terrains d’eau douce du gypse; mais ce résultat, quoique très -probable, n’est pas encore assez bien constaté pour nous autoriser à séparer ces dépôts de lignite des dépôts de même nature qui par leur position bien connue , appartiennent à la formation de l’argile plastique.

Ce qui est certain c’est que l’on ne voit dans ces terrains aucun des caractères des terrains de houille ancienne , et cependant , ce qui est assez remarquable , on

(1) Ce sujet sera traite en son lieu par M. Cuvier.

y retrouve pour ainsi dire les mêmes genres de roches , mais avec des caractères de variétés ou même d’espèces très-différentes des premières.

Ainsi l’argile schisteuse des houilles anciennes est représentée ici par les marnes argileuses presque plastiques ; le schiste bitumineux par la marne bitumineuse , etc. Le psammite micacé dur , souvent felspathique ou grès des houillères , par le psammite mollasse également micacé, mais sans apparence de felspath. Les cailloux roulés ou poudingues, ordinairement de jaspe schistoïde , qui recouvrent ces roches ou alternent avec elles, par le poudingue polygénique. Les débris de végétaux se montrent abondamment dans l’une et l’autre formation 5 mais ces végétaux sont tellement et si constamment différens dans chacune, qu’ils offrent un des meilleurs caractères distinctifs de ces deux dépôts charbonneux formés dans des circonstances bien différentes, et certainement à des époques bien éloignées l’une de l’autre.

Si le fer oxidé , qui est si constamment associé avec la houille ou charbon fossile de l’ancienne formation , semble manquer dans les lieux que je viens de citer , ce n’est pas une preuve de son absence complète : on sait déjà qu’il n’est pas toujours étranger à la nouvelle formation charbonneuse et qu’il l’accompagne dans des lieux que nous n’aurons pas occasion d’examiner ici.

§ IV. En Allemagne et dans l’Europe orientale.

L’argile plastique est à peine sensible dans les gites de lignite que nous venons d’examiner ; les caractères de la formation qui y dominent sont le lignite lui-même , les roches sableuses, et surtout, comme on l’a vu, les coquilles fossiles. Dans ceux que je vais prendre pour exemple , en Allemagne , le lignite , sans cesser d’être dominant, est accompagné plus ou moins immédiatement d’argile plastique trèsabondante et de roches sableuses; mais les coquilles d’eau douce ne s’y montrent plus, tandis que les débris reconnoissables de végétaux y sont très-communs.

Je choisirai parmi les nombreux exemples que je pourrois réunir, les lieux que j’ai visités ou ceux sur lesquels j’ai eu des renseignemens particuliers, et je me bornerai à citer parmi les premiers les lignites de l’Habichtwald et du Meissner en Hesse; et de Putchern près Carlsbad en Bohême; mon intention ne peut être de décrire des lieux connus depuis long-temps, mais seulement de faire remarquer les rapports qu'ils ont avec les terrains qui nous occupent.

Je commence par le mont Meissner parce qu’il réunit le plus grand nombre de ces rapports.

Le sol fondamental sur lequel est placée la formation de lignite est un calcaire compacte , gris de fumée , renfermant X ammonites nodosus Schlot. , et que je considère comme de même formation que le calcaire alpin, par conséquent comme de beaucoup inférieur à la craie.

DES ENVIRONS DE PARIS. ng

Le dépôt de combustible fossile est très-puissant et composé , i». de ce combustible qui présente de nombreuses variétés minéralogiques dont quelques-unes paroissent tellement s’éloigner du bois bitumineux et se rapprocher de la houille , qu’on l’a pendant long- temps considéré comme de même espèce et désigné sous ce nom. C’est un exemple important de l’influence trop considérable qu’on laisse quelquefois prendre en géologie aux caractères minéralogiques. En effet , pour nous borner aux principales variétés , on trouve dans cette masse charbonneuse de véritable anthracite , c’est-à-dire du charbon dense sans bitume, tantôt terne et bacillaire , tantôt éclatant dans sa cassure. On y trouve un lit puissant de charbon bitumineux fossile, compacte, solide, à cassure presque droite, brûlant avec facilité et présentant plusieurs des caractères de la véritable houille, et on ne voit dans ces variétés aucun des caractères extérieurs du lignite. Mais leur manière de brûler , l’odeur qu’ils répandent en brûlant , et bien mieux que cela , l’amas considérable de tiges ligneuses , les unes parfaitement reconnoissables et à peine altérées, les autres assez altérées pour que le tissu ligneux ait presque entièrement disparu , sont des circonstances positives qui ne laissent plus de doute sur l’origine de cet amas de combustibles fossiles. L’absence de tout végétal de la famille des fougères et de tout autre végétal appartenant à l’ancienne formation des houilles, sont des caractères négatifs qui, en s’ajoutant aux premiers, contribuent à distinguer cette formation de celle de la houille.

L’argile plastique , c’est-à-dire non effervescente et infusible , se trouve audessous du lignite ; celle qu’on observe entre les lits de lignite est déjà moins pure et sablonneuse, et accompagnée quelquefois de bancs de grès, en sorte que les rapports de ces deux argiles semblent être ici les mêmes qu’auprès de Paris sur le plateau d’Arcueil et de Vanvres , circonstance qui complète l’ensemble des caractères de ce terrain. C’est dans l’argile plastique que se trouve le calcaire spa- 1 bique nacré dit schaumerde , et c’est cette même argile qu’on exploite dans le meme terrain, au pied de la montagne, près du village de Grossalmerode , pour en fabriquer les célèbres creusets de Hesse.

Ce dépôt n est pas à nu au mont Meissner , il est recouvert par une masse de basalte fameuse par les discussions que des géologues célèbres ont élevées sur son origine ; nous n avons pas à nous en occuper ; il nous suffit de dire qu’il est reconnu maintenant que la plupart des terrains trappéens ou basaltiques , et peut-être même tous, se sont répandus ou déposés à la surface de la terre à une époque contemporaine de celle des terrains de sédiment supérieur et postérieurement à la formation de la craie et de l’argile plastique. Par conséquent le terrain de lignite du mont Meissner, malgré son apparence si différente , est dans la même position géognostique que les lignites du bassin de Paris , et présente dans sa composition plusieurs d ,*s mêmes caractères.

Celui de 1 Habichtwakl près Cassel est aussi dans la même position et présente le

même ensemble de caractère, il est également recouvert par des breccioles volcaniques et par du basalte; il est accompagné de bancs puissans de véritables grès et d’argile qui ne fait aucune effervescence avec les acides ; outre les tiges ligneuses qu’il renferme , il offre une nombreuse suite d’empreintes de plantes et de feuilles d’arbres dicotylédons , mais aucune véritable fougère , malgré la ressemblance extérieure que quelques-unes de ces empreintes semblent avoir avec ces plantes (i).

A Tœflitz et à Putchern au nord de Carlsbad et sur la rive gauche de l’Eger , la formation de lignite se compose principalement d’argile plastique d’un gris blanchâtre , très-pure , très-infusible et qui est employée avéc avantage dans les manufactures de porcelaine et de poterie de grès établies près de cette ville. Cette argile est accompagnée d’amas peu puissans composés de lignite bitumineux , de bois silicifiés au moins en grande partie et d’empreintes de feuilles dans une roche brune, siliceuse et ferrugineuse ; on n’y voit aucune coquille. La formation git immédiatement sur le terrain primordial de granité porphyroïde, et elle paroît recouverte par un véritable grès composé de grains de quarz anguleux et assez volumineux; elle m’a paru accompagnée plutôt que recouverte de roches trappéennes que je présume être d’origine volcanique. •

J’ai dit que je regardois le succin comme une des substances minérales qui faisoit partie , et partie presque caractéristique , de la formation des lignites. Il faut donc examiner si un des lieux les plus célèbres par l’abondance de ce combustible , les rives méridionales de la mer Baltique , c’est-à-dire la côte de la Poméranie dans les environs de Kœnigsberg et de Dantzick , montrent , ou au moins indiquent , la présence des autres parties caractéristiques de cette formation.

Nous avons admis , d’après l’autorité des naturalistes qui ont visité ces contrées et d’après l’examen des pétrifications rejetées parla mer sur le rivage, que le sol fondamental de la Poméranie et des environs de Dantzick étoit très-probablement de la craie. Le terrain de sable qui forme la plus grande partie visible de ce sol jusqu’à une grande profondeur , me paroît être analogue à celui qui recouvre la craie et les argiles plastiques; toutes les analogies l’indiquent, et si on ne le voit pas clairement dans les lieux qu’on vient de citer , Deluc a reconnu cette superposition dans des vallons profonds de certaines contrées du Mecklenbourg , dont le sol superficiel est composé d’un sable siliceux entièrement semblable à celui de la Poméranie.

Or, c’est dans les parties inférieures de cette masse de sable que se trouvent les noyaux: de succin souvent accompagnés de lignite que les vagues de la mer arrachent et rejettent sur le rivage , ou que des pêcheurs hardis vont détacher dans les escarpemens de ce terrain incohérent , au risque d’être engloutis dans la mer par les masses que le moindre effort fait écrouler. Ce succin adhère quelquefois à des portions de lignite ; il se présente même en lits de quelques centimètres d’é-

(i) Ces parties de végétaux seront figurées et décrites à l’article des végétaux fossiles.

paisseur entre des couches de lignite. Quand on le trouve dans dès parties entières d’arbres on remarque qu’il est placé plutôt entre les couches corticales qu’entre les ligneuses. La terre qui le renferme près Rantau, Palmeiken et Grosshubeniken , à l’extrémité septentrionale du golfe de Dantzick , est assez ferrugineuse (A. F. Schueiger). Il est accompagné de parties de végétaux , de feuilles et de fruits qui n'ont pas encore été décrits avec toute la précision désirable , mais dont la seule présence suffit pour confirmer les analogies déjà reconnues -, enfin on y connoîb aussi l’argile qui complète l’association des roches dont ce terrain se compose ordinairement -, par conséquent, s’il n’est pas parfaitement prouvé que les célèbres mines de succin du golfe de Dantzick gisent dans l’argile plastique supérieure à la craie , rien aussi n’indique une position différente, et toutes les analogies portent à croire que la formation d’argile, de sable et de lignite , qui renferme du succin dans cette partie orientale de l’Europe, à plus de cinq cents lieues de Paris , est la même à tous égards que celle que M. Béquerel a découverte près du village d’Auteuil à la porte de cette ville , et qu’on a reconnue dans d’autres parties du bassin dont la description et les rapports géologiques sont l’objet principal de ce chapitre.

Notre intention n’étant pas de donner une énumération complète des lieux ou se présente la formation des lignites , les exemples que je viens de rapporter suffisent pour prouver la ressemblance de presque tous ces terrains dans une grande partie de l’Europe.

Mais nous pouvons encore la suivre bien plus loin et jusque dans l’Amérique septentrionale.

§ V. Amérique septentrionale.

M. G. Foost a fait connoître un gite de résine succinique au lieu dit le Cap-sable sur la rivière Magothy dans l’état du Maryland.

En lisant la notice qu’il a rédigée sur ce sujet, on voit paroître successivement tous les caractères de la formation des lignites.

D abord du sable , ensuite de l’oxide rouge de fer agglutinant le sable en grès ferrugineux, ensuite du sable et des bancs de lignite dans tous les états , c’est-à-dire compacte , fibreux , terreux , pénétré de fer sulfuré ; puis le succin dans toutes ses variétés de couleurs et de transparence , en grains depuis la grosseur du millet jusqu’à celle d’une sphère de douze à quinze centimètres , placé sur le lignite ou dans ses masses même , et accompagné de branches d’arbres changées en pyrites , mais ayant conservé la structure du bois.

Au-dessous de ces lits de lignite , de pyrite et de sable reviennent encore le sable et les pyrites , et ici commence l’argile grisâtre en couches avec des cailloux roulés de quarz hyalin. Cette argile est placée sur un grès argileux, superposé lui-même à une masse d’argile blanche de douze à quatorze décimètres d’épaisseur..

Les exemples de gisement de la formation des argiles plastiques , lignites et snccins que je viens de rapporter , me semblent sufïisans pour établir « Que la » règle observée pour la première fois aux environs de Paris en 1810 n’est point » fondée sur un fait isolé , et que si tous les lignites n’appartiennent pas à ce gise- » ment, ceux au moins qui se présentent en grandes couches et accompagnés » d’argile plastique ont une position analogue à celle de cette argile dans le bassin » de Paris. »

Article III.

3e. Formation. — Calcaire grossier marin.

La formation du calcaire marin est beaucoup plus répandue aux environs de Paris, et partout beaucoup plus variée que celle de la craie. Elle présente, dans l’intérieur du vaste bassin de craie, dont nous avons indiqué les bords , un grand plateau sillonné par des vallons, et dont la superficie est tantôt à nu et tantôt recouverte par des masses de gypse ou par des nappes de sable.

La plus grande partie visible de ce plateau est placée sur le côté septentrional de la Seine, depuis l’Epte jusqu’à la Marne. Ce n’est pas qu’on ne trouve du calcaire grossier au-delà de l’Epte ; mais nous n’en faisons pas mention , parce que cette rivière forme de ce côté les limites du terrain que nous avons étudié particulièrement. D’ailleurs ce calcaire ne se montre plus au-delà de cette ligne que par lambeaux appliqués sur la craie, dont la masse très-relevée devient alors le terrain dominant. Ce que nous disons sur cette limite du calcaire doit s’appliquer à toute la ligne de circonscription que nous avons établie pour la région située au nord de la Seine et de la Marne.

Cette partie du plateau est sillonnée par deux vallées principales; celle de l’Oise et celle de l’Ourcq. Dans la partie où nous les examinons elles se dirigent toutes deux du N. E. au S. O.

11 ne paroît entre Seine et Marne que de très-petites parties de ce plateau, encore ne les voit- on qu’au confluent de ces deux rivières et sur la rive gauche de la Marne.

Sur le côté méridional de la Seine, le plateau calcaire ne présente qu’une zone qui n’a guère plus de 12,000 mètres de large, en partant des angles saillans de cette rivière. On peut voir que cette zone semble border la Seine, et qu elle part de Meulan pour se terminer à Choisv.

On remarque au milieu du grand plateau septentrional une plaine à peu près elliptique, dont le grand diamètre s’étend depuis Frepillon près l’Oise et en face de Pontoise, jusqu’à Glaye près de la Marne : sa plus grande largeur est entre Louvres et le pied de Montmartre; le calcaire marin proprement dit ne se montre dans aucune partie de cette grande plaine : nous ne pouvons même pas dire s’il existe dessous ou s’il manque tout-à-fait : tout ce que nous savons, c’est qu’en creusant le canal de l’Ourcq, dans la plaine de St.-Denis, M. Girard a fait sonder partout à plusieurs mètres sans trouver de pierre calcaire, quoique la formation marine se fasse voir dans quelques cantons à très-peu de profondeur.

Ce n’est pas ici le lieu de décrire la nature de cette plaine, il nous suffit de faire remarquer que cette espèce de grande lacune, placée au milieu de notre plateau calcaire 7 est composée de terrain d’eau douce.

Ce que nous venons de .dire, et mieux encore l’inspection de la carte, suffit pour donner une idée générale de la disposition géographique du calcaire grossier marin aux environs de Paris. Nous allons reprendre cette formation et faire connoître ce qu’elle offre de plus intéressant, en suivant une marche analogue à celle que nous avons adoptée dans la description des terrains crayeux.

Nous subdiviserons ce grand plateau en plusieurs petits plateaux, auxquels nous donnerons même des noms particuliers; mais nous devons prévenir que cette division n’est fondée que sur les intersections des rivières, et n’a d’autre objet que de rendre nos descriptions plus méthodiques et plus claires.

§ I. Plateau de la Ferté-sous-J ouarre.

Ce plateau calcaire , situé le plus à l’est de nos limites, est compris entre la vallée de la Marne et celle de l’Ourcq. Il ne se montre guère que dans Jes escarpemens , il est recouvert dans les plaines basses par des terrains d’alluvions, et, sur les sommets des collines, il est

caché ou par la formation gypseuse , ou par la formation des meulières, ou enfin par la formation d’eau douce.

Ce plateau est généralement mince, et n’offrê que dans un petit nombre de points des couches épaisses et exploitables. Il paroît que les meilleures pierres de taille sont prises dans les carrières de Cliangy. Nous n’avons pas visité ces carrières; mais nous avons vu, près de Trilport, les pierres qu’on en tire; elles sont très-coquillières, et appartiennent aux bancs intermédiaires voisins de celui qu'on nomme roche , ou peut-être à ce banc même.

Les autres carrières exploitées sont : i°. celles de J^arrède 3 près Poincy , sur les bords de la Marne ; la masse des bancs est de sept à huit mètres; les bancs inférieurs tendres et friables sont abandonnés, comme ils le sont presque toujours; 2°. celle de Reselle ; 3°. celle de Germiny-V Évesque , sur la Marne; la tour de Saint-Pharon, à Meaux, en est construite; 4°* enfin celle de Monthenard , près Trilbardou (i).

Sur les bords de ce plateau, à l’est et à l’ouest, la masse calcaire est encore plus mince, et les bancs de vrai calcaire marin coquillier qui restent pour caractériser la formation , sont mêlés de bancs de marnes calcaires, et même de marne argileuse. On y remarque aussi des lits et des rognons en masses puissantes de grès à coquilles marines et absolument semblables à celui de Triel. Nous avons observé cette disposition en sortant de la Ferté-sous-Jouarre, du côté de Tarteret , pour monter sur le plateau de meulière.

§h. Plateau de Meaux .

C’est celui qui est au-dessus de Meaux, au nord et à l’est de cette ville; il paroit avoir une structure analogue h celle du précédent, et en être même une continuation. Nous avons pu l’observer assez exactement, au moyen de la tranchée creusée, entre Fresne et

(i) Nous tenons ces renseignemens de M. Barigny , architecte de la cathe'drale de Meaux.

Vilaine, pour le passage du canal de l’Ourcq. Dans ce lieu, la formation du calcaire marin n’est représentée que par des lits très-étendus de grès gris coquillier, et par des couches minces de calcaire coquillier situées au-dessous du grès; les coquilles y sont d’un blanc perlé, mais tellement brisées qu’il n’est pas possible d’en reconnoître les espèces. Ces masses ou bancs de grès interrompus sont quelquefois placés dans une couche épaisse d’un sable argilo-calcaire, au milieu de laquelle courent des lits minces de calcaire solide et fin , et qui reposent sur des lits de marne calcaire sableuse et de marne argileuse.

§ III. Plateau de Cre'pj .

En remontant vers le nord du côté de Villers-Cotterets, nous ne connoissons point de carrière de pierre calcaire avant Vaucienne : c’est-à-dire que, jusque là, la formation calcaire est trop recouverte ou trop mince pour mériter d’ètre exploitée.

En suivant la route de Paris à Villers-Cotterets , et immédiatement à la sortie de Nanteuil-le-Haudouin , on trouve, au-dessus d’une masse très-épaisse de grès dur sans coquilles, une couche mince d’un décimètre d’un calcaire sableux, renfermant dans sa moitié supérieure des coquilles marines très-variées. Le sol au-dessus de cette couche est de calcaire d’eau douce. On retrouve près de Levignan ces mêmes coquilles marines, et notamment des cérites au milieu du terreau végétal qui recouvre les grès. Il paroît que celte couche marine, située immédiatement au-dessus des grès sans coquilles, appartient à la seconde formation des grès marins.

Ap rès avoir traversé Gondreville et des collines de grès assez élevées, et au moment de descendre dans la vallée de Vaucienne, on trouve encore, sur le sommet de la colline, des grès en blocs peu volumineux qui sont coquilliers ; ils renferment principalement des cérites, mais on- doit remarquer que nous n’avons pu apercevoir aucune coquille dans les bancs du grès inférieur à celui qui est coquillier; c’est une preuve que le grès supérieur appartient à la seconde

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formation marine , car on sait que ce grès marin repose constamment sur un banc plus ou moins épais de sable ou de grès sans coquilles, qui constitue la partie inférieure de cette formation. Nous n’en parlons donc ici que pour indiquer exactement sa position, et faire voir qu’il 11e faut pas le confondre avec celui du calcaire marin inférieur. Nous y reviendrons en son lieu.

En descendant dans la vallée on arrive au calcaire en gros bancs, qui compose le sol à une grande profondeur et sur une grande étendue. On en voit très-loin la coupe sur les bords escarpés de la vallée où coule la petite rivière d’Autonne qui se jette dans l’Oise : comme la route creusée dans ces coteaux a coupé les bancs, il est facile d’en remarquer la succession et de voir qu’ils suivent l’ordre que nous avons indiqué dans la première section (1).

Il paroit que le sable verdâtre se trouve sous le calcaire tout le long de la vallée de l’Autonne jusqu’à Verberie , où nous l’avons retrouvé en allant à Compiègne. La présence de ce sable et des num-

(1) On remarque eu allant de haut en bas la succession de bancs suivante : j°. Calcaire coquillier , dur, renfermant :

Des Miliolites.

Turritella imbricata.

Pectunculus.

Citherea elegans.

Cardium obliquum.

Orbùolïtes plana, etc.

2". Calcaire composé d’un si grand nombre de coquilles qu’il ne paroît pas y avoir de pâle. Il est peu dur, et quelques-unes des coquilles y ont conservé leur nacre. Nous y avons déterminé les espèces suivantes :

Voluta cïthara.

Ampullaria patula.

Turritella multisuleata.

Cardium porulosum.

Citherea nitidula.

Lucina lamellosa , etc.

3®. Calcaire composé de nummulites, réunies assez solidement, et renfermant du fer chloriteux granulaire.

4°. Bancs composés de sable à gros grains , et même de petits cailloux roulés , de nummulites lœdgata et des mêmes espèces que celles du n°. 2 , et en outre du turbinolia elliptica. 5°. Banc de sable verdâtre assez fin.

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