RIVE GAUCHE DE LA SEINE
§ IX. Plateau du sud de Paris.
Ce plateau est un des mieux connus, il fournit le plus grand nombre des pierres employées dans les constructions de Paris. Il est percé de carrières dans une multitude de points. On peut aisément déterminer ses limites. Il comprend la partie méridionale de Paris, et s’étend de l’est à l’ouest depuis Choisy jusqu’à Meudon. La rivière de Bièvre le sépare en deux parties; celle de l’est porte la plaine d’Ivry, et celle de l’ouest forme la plaine de Montrouge et les collines de Meudon.
Dans la plaine d’Ivry, le calcaire marin se trouve presque immédiatement au-dessous de la terre végétale ; il n’est recouvert que d’un à deux mètres d’un agglomérat composé de silex roulés et de débris de calcaire enveloppés d’un sable rougeâtre argileux. Le calcaire marin proprement dit est précédé d’environ un mètre de marne ou de sable calcaire.
Le plateau de la plaine d’Ivry se prolonge au nord dans Paris , jusqu’à l’extrémité orientale de la rue Poliveau.
i52 description géologique
Le plateau de la plaine de Montrouge est séparé du précédent par le vallon où coule la rivière des Gobelins; ce vallon est creusé assez profondément pour couper tous les bancs calcaires, en sorte que la rivière des Gobelins coule sur l’argile plastique. Les bords de ce plateau dans Paris, forment une ligne qui passe sous l’extrémité méridionale du Muséum d Histoire Naturelle , et suit les rues Saint- Victor, des Noyers, des Mathurins, de l’Ecole de Médecine, des Quatre-Vents , de Saint-Sulpice , du Colombier et de Sèvres jusqu’à Vaugirard. Sur cette limite, les bancs de calcaire marin n’ont plus aucune solidité, ils sont minces, friables et marneux (i). C’est sous cette portion de la ville que sont creusées ces fameuses carrières qui ont quelque temps menacé la solidité des édifices qu’elles supportent.
Le bord oriental de la plaine de Montrouge présente une disposition à peu près semblable à celle du bord occidental du plateau d’Ivry. Dans les deux carrières que nous avons étudiées particulièrement, au lieu dit la Croix penchée , près le petit Gentilly, on trouve les premiers lits de calcaire marin coquillier , dès qu’on a traversé environ i mètre de terre meuble , mélangée de pierrailles calcaires et siliceuses. Les couches de marne qui précèdent ordinairement le calcaire coquillier ne se voient point ici. Il y a i5 à 17 mètres de masse; mais les couches inférieures, composées de calcaire sablonneux et formant environ trois mètres , ne sont pas exploitées.
C’est une règle qui n’a pas encore présenté de véritables exceptions (2).
(1) Nous tenons la plupart de ces renseignemens de M. Héricart de Thury , ingénieur des mines et inspecteur général des carrières du département de la Seine.
(2) Détail des Carrières de Gentilly.
Numéros des couches observées en allant de haut en bas.
N°. 1. Marne calcaire avec quelques moules de coquilles bivalves indéterminables.
2 — 4. Calcaire dur , mais presque entièrement composé de cériles , et renfermant aussi, quelques autres coquilles :
Cerithium s erratum ,
La formation calcaire paroît s’amincir sensiblement à mesure qu’elle approche du lit de la Seine. Près d’Issy on ne traverse guère que io à 12 mètres de calcaire pour arriver à la glaise. Dans la
Fusus bulbiformis ,
Corbula ,
Cardium Lima ,
Miliolites.
5 — 6. Calcaire friable.
Les mêmes coquilles ,
Les miliolites plus abondantes.
7. Calcaire tendre, coquilles plus rares, surtout les cérites.
Les mêmes espèces qu’aux numéros précédens.
En outre Corbula anatina ,
Ampullaria acuta ?
Citherea lœoigata ?
8—io. Calcaire tendre.
Beaucoup de coquilles , mais tellement brisées qu’il est presque impossible de déterminer les espèces ; presque plus de cérites.
11 — i3. Calcaire plus dur que le précédent.
Point de cérites.
Corbula anatina,
Lucina saxorum.
Une grande quantité de miliolites.
i | et i5. Calcaire tendre , coquilles non apparentes.
16 — 17. Calcaire dur, entièrement semblable aux numéros 2 — 4- 18. Calcaire tendre, coquilles non apparentes, ig — 20. Calcaire dur , absolument semblable aux numéros 2 — 4i *6 et 17.
21 — 22. Calcaire moins dur que le précédent, renfermant les mêmes fossiles que les numéros il — 1 3 .
Ces divers lits réunis forment une masse d’environ quatorze mètres. On remarquera que ces lits ne sont que des subdivisions de la couche puissante qui renferme les cérites tuberculées et les cérites des pierres, la seule qui soit exploitée. Les assises à coquilles variées à fer chloriteux granulaire , etc. , sont situées au-dessous ; comme elles ne sont pas exploitées nous n’avons pu les voir dans le lieu où cette description a été prise ; mais en visitant les puits qu’on creuse pour l’exploitation de l’argile plastique et qu’on ouvre précisément au fond des carrières , nous avons reconnu , en le mesurant nous-mêmes , qu’on traversoit encore treize mètres de calcaire pour arriver à la glaise , et que les dernières assises étoient composées de sable siliceux , de calcaire jaunâtre, d’une quantité considérable de fer chloriteux granulaire d’un beau vert , et de coquilles extrêmement variées et d’un très-beau blanc.
Dans la seconde carrière qu’on trouve en sortant du village de Gentilly et en suivant le bord de la vallée de Bièvre qui est exposé au levant , après avoir traversé , en allant du nord au sud . les carrières dans le fond desquelles on a creusé les puits destinés à l’exploitation de
plaine de Grenelle, le calcaire a disparu entièrement, et la craie se trouve presque immédiatement au-dessous du sol d’attérissement qui forme cette plaine basse. Ce sol, entièrement composé de silex roulés dans un sable argileux, ferrugineux, est très -épais dans quelques endroits; il a, auprès de l’Ecole Militaire, 6 à 7 mètres d’épaisseur.
Sur les parties inférieures des pentes des collines qui bordent la vallée de la Seine au midi , la glaise n’est recouverte que par des couches minces de calcaire grossier et tendre.
En remontant vers la colline qui est située au S. E. de Vaugirard, entre ce village et Montrouge, on trouve des carrières ouvertes qui font connoître la disposition des couches calcaires, dans cette partie du plateau. Il y a d’abord dix-huit lits de marne calcaire et argi-
l’argile plastique , on remarque une circonstance particulière au-dessus du banc que nous avons désigné avec les ouvriers sous le nom de Lambourde . (PI. I, C, fig. 5.)
L’ordre de succession des bancs est comme à l’ordinaire , en allant de haut en bas.
i°. La roche qui est très-dure.
2°. Des lits de calcaire grossier , nombreux , assez tendres , très-coquilliers et de mauvaises qualités.
3°. Un banc puissant d’un calcaire grossier , tendre , homogène. C’est dans ce banc qu’on remarque des petits lits assez nombreux interrompus, très-minces, très-parallèles, d’un silex corné , noirâtre , qui , retirés du banc friable qui les renferme , se présentent sous la forme de plaques de plusieurs décimètres d’étendue sur quelques centimètres d’épaisseur et très-sonores.
4°. Le banc très-épais appelé Lambourde.
Dans d’autres carrières situées un peu plus au S. O. , les marnes qui recouvrent le calcaire marin , et qui paroissent manquer dans celle que nous venons de décrire , présentent la succession de lits suivante :