IV. Hors du bassin de Paris
Le silex meulière, cette roche particulière de formation lacustre, peut être rapporté comme un exemple réel d’une formation locale et très- circonscrite ; il est ou très-rare ou encore très-peu connu hors du bassin de Paris, et nous ne le connoissons qu’en France, et même dans un petit nombre d’endroits; mais s’il ne se présente pas dans tous ces lieux avec des caractères minéralogiques parfaitement semblables à ceux de la meulière de notre bassin, il offre toujours, comme on va le voir, les caractères géologiques qui donnent une même origine aux meulières de ces différens lieux.
(1) Description des carrières de pierres à meules qui existent dans la commune des Molières , par M. Coquebert-Monbret , Journ. des Mines , n°. 22 , p. 25.
Nous citerons :
i°. Les carrières de pierres à meules dTIoulbec près Pacy-sur- Eure : elles ont été décrites avec détail par Guettard (i). On voit par cette description qu’elles sont recouvertes de sable argileux et ferrugineux, de 5 à 6 mètres de cailloux roulés , que le banc exploité est précédé d’un lit de meulière en fragmens appelé rochard, et enfin que ce banc , qui a deux mètres d’épaisseur, repose sur un lit de glaise ; par conséquent que toutes les circonstances de gisement sont les mêmes dans ce lieu qu’aux environs de Paris et qu’à la Ferté, qui en est éloigné de plus de trente lieues.
2°. Les carrières de pierres meulières de Cinq-Mars-la-Pile, bourg sur la Loire, à quatre lieues et demie au-dessous de Tours et à une et demie au-dessus de Langeais sur la rive droite de la Loire , arrondissement de Chinon , département d’Indre et Loire.
Je n’ai pas vu ce canton , mais j’ai reçu de M. Duvau des échantillons suffisamment caractérisés pour indiquer à quelle formation ces meulières appartiennent et quelques renseignemens sur leur gisement.
Elles sont en banc assez puissant dans un sol marneux et argileux. Ce banc solide est recouvert de fragmens de meulières , et consiste principalement en silex pyromaque grisâtre ou roussâtre assez translucide , rempli de cavités et traversé par ces tubulures sinueuses qui se montrent presque constamment dans les terrains d’eau douce. On y trouve des moules de coquilles d’eau douce qui paroissent avoir appartenu à des limnées et à des paludines; cette roche passe au silex corné grisâtre ou blanchâtre, ses fissures sont couvertes de dendrites , et les parois de ses cavités tapissées de concrétions siliceuses mamelonées.
Les meules qui proviennent de ces carrières , dont les parties les plus estimées portent les noms de jariais noir , janais gris , grain de sel oXœil de perdrix , sont transportées par Nantes, dans toute la Bretagne et jusqu’en Amérique , et se vendent de 90 fr. à 120 fr.
(1) Mémoire de U Acad, des Sc. de Paris , i y 58 , p. 2o3.
3°. Une roche siliceuse de même nature , c’est-à-dire à pores plus ou moins grands , se trouve et s’emploie avec avantage près du lieu nommé la Fermeté sur Loire , canton de St.- Bénin d’Azy , département de laNièvre, à une demi-lieue de la Loire; nous n’avons aucun renseignement précis sur son gisement.
§ II. Des autres terrains d’eau douce supérieurs dans le bassin
de Paris.
Nous allons reprendre dans le même ordre géographique, l’examen des principaux terrains d’eau douce dont la position supérieure dans ce bassin est bien déterminée. Nous parlerons dans un troisième paragraphe de ceux dont la position relative est encore incertaine, du moins pour nous. Mais le terrain d’eau douce est si abondamment répandu dans ce bassin , que nous n’avons ni l’intention ni la possibilité de désigner tous les lieux où il se présente. Nous devons nous contenter d’en indiquer un certain nombre dans des points éloignés et surtout de choisir ceux qui sont les plus remarquables.
I. Sur la rive droite ou septentrionale de la Marne et de la Seine.
Presque toutes les collines gypseuses qu’on voit à l’est depuis Meaux, et au nord de Paris , sont terminées à leur sommet par des plateaux plus ou moins étendus , composés de terrain d’eau douce siliceux. Ce sont des silex cornés, des silex jaspoïdes, des meulières compactes pétries de limnées , de planorbes , de gyrogonites et de coquilles turbinées que l’un de nous a décrites sous le nom de potamides (i).
Les sommets des collines de Carnetin, de Chelles et Villemonble, de Dammartin , de Montmorency, de Marines et Grisy, de Belleville ,
(i) Alex. Brongniart , Ann. du Mus. d’Hist. natur. , t. XV, p. 38 , pl . I , fig. 3.
deSanois et de Triel à Meulan , appartiennent à cette formation.
Sur le plateau de Carnetin , le terrain d’eau douce siliceux est composé de bancs de silex j aspoïde, de silex agatin et rempli de limnées, de planorbes dont les cavités sont tapissées de petits cristaux de quarz et d’une espèce de cyclostoma différente du mumia et qui se rapproche beaucoup de l’espèce vivante que Draparnaud a nommée cyclostoma patulum.
Nous avons décrit la plupart des autres plateaux en traitant particulièrement des meulières au § I.
Ces roches siliceuses sont toujours les plus superficielles ; elles 11e sont recouvertes que par la terre végétale et par un peu de sable argilo-ferrugineux ; elles sont disposées en bancs interrompus , mais réguliers et horizontaux, lorsqu’on ne se contente pas de les observer sur les pentes rapides des vallons. Dans ces derniers lieux elles se présentent en fragmens bouleversés; mais elles sont toujours dans un sable rougeâtre argilo-ferrugineux qui recouvre le banc puissant de sable sans coquilles.