EUX , ET CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Les hauteurs relatives des différentes formations du bassin de Paris que nous venons de décrire, étoient une connoissance curieuse à acquérir, utile pour établir les lois qui ont pu régir ces formations, si jamais on parvient à les découvrir, et nécessaire pour completter l’histoire géognostique du sol des environs de Paris; aussi avonsnous entrepris avec autant de suite et d’ardeur que les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons ont pu nous le permettre, les observations propres à obtenir cette connoissance.
Le peu de hauteur de nos collines, et par conséquent les différences très-foibles qui peuvent exister dans le niveau des différens points d’une même couche, nous avoient fait croire que le nivellement géométrique étoit le seul moyen que nous puissions employer; mais dans ce même temps les travaux de MM. de Humboldt , Ramond , Biot et Daubuisson ont, d’une part, tellement perfectionné les méthodes de nivellement barométrique et l’instrument lui-même, et, de l’autre , tellement simplifié les méthodes de calculer les observations, que, même dans un pays presque plat, nous avons vu qu’il y avoit un avantage immense à adopter ce moyen simple, sûr et expéditif de nivellement. Nous avons donc mesuré, à l’aide du baromètre, la hauteur de plus de cinquante points aux environs de Paris; nous avons répété nos observations deux fois , même trois fois lorsqu’il nous a été possible de le faire.
Nous aurions désiré pouvoir les multiplier davantage, observer un plus grand nombre de points sur une surface plus étendue, et n’inscrire que les résultats des observations qui , répétées au moins deux fois, auroient été parfaitement d’accord entre elles; mais le temps
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ne nous a pas permis de donner à notre travail cette extension et ce degré de perfection. Nous ne présentons donc encore que comme un essai imparfait, quant aux petites différences de niveau, les coupes générales que nous donnons ici, ainsi que le tableau des hauteurs qui les précède et qui leur sert, de preuve.
On ne doit regarder comme points exactement déterminés et placés, que ceux qui sont mentionnés dans le tableau qui va suivre. Toutes les lignes de jonction de ces points ont été mis , ou par supposition ou d’après d’anciennes observations dans lesquelles on ne peut avoir beaucoup de confiance. Mais on remarquera au moins que la plupart de ces points sont peu importans, tandis que ceux qui dévoient donner des connoissances précises sur les hauteurs des diverses formations, tels que Montmartre, Montmorency, Bagneux, le calcaire de Sèvres, etc., ont tous été déduits de deux ou trois observations faites avec beaucoup de soin.
La vue de ces coupes et de la carte géognostique qui y est jointe, conduit nécessairement à des considérations générales sur la disposition des divers terrains que nous venons de décrire , et à une récapitulation des règles qu’elle paroît avoir constamment suivies; elle nous amène à rechercher quel aspect ont dii présenter ces divers terrains avant d’avoir été recouverts par ceux qui se sont déposés sur eux, et par conséquent quels sont les divers changemens et révolutions probables que notre sol a dû éprouver avant de prendre la forme que nous lui connoissons.
Nous tacherons cl’ètre aussi réservés dans ces considérations générales que nous l’avons été dans les conséquences particulières que nous avons déjà eu occasion de tirer, et de nous défier de la propension aux hypothèses à laquelle conduit presque irrésistiblement l’étude de la structure de l’écorce de la terre.
On voit d’abord, tant par les coupes que par nos descriptions, que la surface de la craie qui constitue le fond de cette espèce de golfe ou de bassin, est très-inégale , et que les inégalités qu’elle présente ne ressemblent pas à celle de la surface du sol actuel.
Tandis que celui-ci offre de vastes plateaux tous à peu près au
même niveau, des couches horizontales qui les divisent, et des vallons réguliers qui les sillonnent, la craie au contraire ne présente que des masses sans couches, des promontoires ou des îles ; et si on la suit dans les lieux plus éloignés de Paris, où elle se montre à nu et beaucoup plus élevée, on la voit former des escarpeinens et des faces abruptes sur le bord des vallées , et de hautes falaises sur les rivages de la mer.
L’argile plastique et le sable qui la recouvrent ont commencé, dans quelques points, à unir ce sol raboteux, en remplissant les cavités les plus profondes et s’étendant en couches minces sur les parties élevées; mais ce dépôt argileux s’est beaucoup trop ressenti des inégalités de la surface du sol de craie : c’est ce qui rend sa présence toujours incertaine et son extraction souvent dispendieuse, à cause des recherches infructueuses qu’on est obligé de faire. La coupe que nous donnons du sol des environs d’ Abondant près de Dreux, montre cette disposition telle qu’on peut se la figurer d’après les résultats des fouilles nombreuses qu’on a faites dans ce lieu pour en extraire l’argile qui y possède une qualité réfractaire assez rare.
La surface du sol de craie pourroit avoir été constamment sousmarine et recouverte par le calcaire grossier, dans le sein de la même mer où se seroient successivement déposé ces deux terrains ; et lors de la première publication de ce travail nous eussions admis cette hypothèse qui paroissoit la plus simple, si la considération de la séparation nette et complète qui se montre partout dans notre bassin, entre la craie et le calcaire grossier qui la recouvre, ne nous eût fait dès-lors hésiter. Mais maintenant qu’il est reconnu, tant par nos observations subséquentes, que par celles de MM. Prévost, de Férussac, Bequerel, etc., qui confirment les idées anciennement émises par M. Poiret, que la formation d’argile plastique et de lignite qui recouvre la craie dans tant d’endroits, et qui est elle-même recouverte par le calcaire grossier, est essentiellement et même uniquement composée dans ses lits les plus inférieurs de débris organiques terrestres, fluviatiles ou lacustres, il n’est plus possible de concevoir comment la surface de la craie auroit toujours été sous -marine,
quelque difficulté qu’il y ait d’un autre côté à concevoir ces retraites et ces retours si fréquens de la mer ; il faut donc ou les admettre ou se jeter dans des hypothèses compliquées beaucoup plus difficiles à établir, et qu’il est presque impossible d’appuyer de preuves satisfaisantes.
Nous consentirons, par excès de réserve, à ne point dire que la mer s’est retirée de dessus la craie, qu’elle l’a laissée à découvert, que des végétaux et des animaux terrestres ou lacustres y ont vécu, et que la mer est revenu envahir ce sol et le recouvrir des débris des êtres qui l’habitent ordinairement; mais nous ne pouvons nous empêcher de voir et nous refuser à dire qu’après un terrain pétri uniquement de débris organiques marins, se présente un terrain composé des restes de corps organisés terrestres et fluviatiles, et ensuite un autre terrain encore pétri uniquement de débris organiques marins.
La craie, avant d’être recouverte parle calcaire, le gypse, etc., qui se sont déposés sur sa surface, paroissoit donc devoir former un sol, une campagne dont les collines et les vallées, et par conséquent l’aspect étoit très-différent de celui de notre sol actuel; mais examinons si cette ancienne surface a passé à la surface présente sans intermédiaire. C’est sur quoi nos coupes pourront encore nous donner quelques lumières.
On voit, tant par la carte que par ces coupes, que le fond du bassin de craie a été recouvert, en partie rempli, et ses inégalités considérablement adoucies par un dépôt de calcaire marin grossier.
Ce calcaire marin s’étendoit-il en couches horizontales dont la surface supérieure et extérieure formoit une plaine unie, surtout le bassin de craie, en faisant disparoître entièrement toutes les inégalités de son fond , ou suivoit-il de loin ces inégalités de manière, non pas à les faire disparoître entièrement, mais seulement à les adoucir ? Cette dernière supposition nous paroît la plus fondée, et nous pourrons ajouter maintenant aux preuves que nous donnent nos propres observations dans le bassin de Paris, celles qui résultent de la structure des bords de ce bassin , observée par M. Prévost sur les côtes de Noimandie.
A mesure qu’on s’éloigne du bassin particulier au milieu duquel sont situés Paris et Montmartre, on voit non-seulement les collines calcaires s’élever , mais les lits reconnoissables qui entrent dans cette formation s’élever également , comme on peut le remarquer sur la coupe de la plaine de Montrouge.
Nous savons d’ailleurs par M. Héricart de Thury que les bancs calcaires de dessous Paris vont en s’approfondissant, en s’amincissant , et même en se désaggrégeant tout-à-fait à mesure qu’on s’approche de la rivière. On remarque sur la coupe n°. i , que le banc vert , à l’extrémité de la rue de l’Odéon, est au niveau de la rivière , tandis que ce même banc, qui suit toujours celui qu’on nomme roche , est à quarante mètres d’élévation dans les carrières près de Bagneux. On observe à peu près la même disposition dans les autres couches. Le calcaire est peu élevé sur les bords de la plaine de Grenelle , depuis Yaugirard jusqu’à Issy; mais il s’élève considérablement à Meudon. La même disposition se remarque de l’Etoile à Saint- Germain , sur la coupe n°. 5.
Le calcaire grossier, en se déposant sur les parois du bassin de craie, l’a donc recouvert d’une couche qui paroît avoir suivi de loin les piincipales inégalités du fond de ce bassin. Cette disposition n’a apporté aucun changement dans l’ordre de succession des différens lits qui composent cette formation; mais elle en a apporté de trèsgrands et dans leur hauteur et dans leur épaisseur relative. Ainsi la carte et nos coupes font voir que le calcaire grossier, très-haut à Grignon ( coupe n°. 3 ), à Meudon et à Chantilly, va en s’abaissant vers la plaine de Montrouge, vers celle de Colombe et sur toutes les collines basses qui entourent la plaine de Saint-Denis. On ne connoît pas précisément ce calcaire, ni dans cette plaine, ni dans ses appendices étendues, soit parce qu’il y est trop profondément situé, soit parce qu’il a pris une nature minéralogique qui le fait méconnoître ; mais on retrouvera facilement cette formation à la place et presque au niveau qu’elle doit occuper, si on veut la rechercher avec quelque attention et au moyen des caractères géologiques qui lui sont propres.
On peut remarquer, non-seulement aux environs de Paris, mais dans un grand nombre d’autres lieux, que chaque espèce de formation est séparée de celle qui la suit ou de celle qui la précède, par un lit de sable siliceux friable ou agglutiné en grès, et plusoumoins épais. Ainsi, entre la craie et le calcaire à cérites on trouve des bancs de sable très-puissans alternant avec l’argile plastique. Les lits inférieurs de ce calcaire sont souvent aussi sablonneux que calcaires. On reconnoît également à la partie supérieure du calcaire grossier ou h cérites, et par conséquent vers la fin de la formation , soit des dépôts dequarz et de silex corné assez abondans, comme à Neuilly, à Passy, à Sèvres, à Saint-Cloud , etc. ; soit des bans de grès puissans, tantôt coquilliers, comme à Triel, Ezainville, etc. ; tantôt et même plus souvent sans coquilles dans la plus grande partie de leur épaisseur, comme à Villiers-Adam , à la descente de Maflier, à Louvres, etc. ; enfin la masse énorme de sable ou de grès qui surmonte presque partout le gypse, qui est la dernière des trois grandes formations de nos cantons, vient confirmer d’une manière bien évidente cette règle générale.
C’est par le grès marin qui forme ordinairement les derniers lits du calcaire à cérites, que se manifeste la présence de cette formation dans plusieurs points de la plaine Saint-Denis. Les lieux où nous l’avons décrit sont principalement Beauchamp près de Pierrclaye , Ezainville, le fond de la carrière dit de la Hutte-au-Garde , à l’ouest de Montmartre, et celui du puits de la rue de la Rochechouart, au sud de cette même colline.
Qu’on examine maintenant sur les coupes nos. 1 et 2 , et qu’on compare le niveau de ces grès ou de cette partie supérieure du calcaire marin avec celui de la plaine Saint-Denis , et on verra que si cette plaine et ses dépendances paroissent assez basses quand on les parcourt , c’est h cause des buttes de gypse qui y sont placées et qui les dominent; mais en examinant sur nos coupes la véritable position de ces grès, on voit qu’ils sont très-élevés au-dessus du sol cl’atterrissement, tous à peu près au même niveau, et que ce niveau est à peu de chose près celui du calcaire marin de Saint-Maurice près
Vincennes, de la plaine de Grenelle un peu au-dessus' de Vaugirard, de la partie la plus basse de la plaine de Montrouge, de Neuilly, et de toutes les couches calcaires qui avoisinent la plaine Saint-Denis. • \
Les coquilles marines trouvées au fond du puits de la rue de la Rochechouart paroissent faire une exception à cette règle par leur position beaucoup inférieure à celle de toutes les autres ; mais il faut observer que ce lieu est très-près du lit de la Seine, et par conséquent de la partie la plus basse de la vallée : ce qui s’accorde avec ce que nous avons dit plus haut sur la manière dont les couches calcaires paroissent avoir suivi la forme du bassin de craie. Ainsi on peut dire que si les constructeurs ne reconnoissent pas de pierre calcaire proprement dite dans la plaine Saint-Denis, la formation de ce calcaire marin n’existe pas moins dans cette plaine pour le géologue, et qu’elle n’y est recouverte que par un dépôt souvent très-mince du terrain d’eau douce inférieur.
Ces réflexions, que doit faire naître nécessairement l’étude de nos coupes, nous porte à croire que le calcaire marin ne formoit pas aux environs de Paris une plaine unie d’un niveau à peu près égal partout; mais qu’après avoir été déposé, et avant qu’aucune cause subséquente ait pu en sillonner la surface, il présentoit déjà des vallées et des collines; les premières peu profondes, les autres peu élevées, et suivant les unes et les autres, tout en les adoucissant, les inégalités du sol de craie. Telle a dû être la surface du second sol des environs de Paris avant que la troisième formation soit venue s’y déposer, et avant que des causes que nous ne pouvons assigner, aient creusé des vallées qui n’étoient pour ainsi dire qu’ébauchées.
Le terrain qui est venu recouvrir le calcaire grossier marin ne renferme plus de productions marines ; il ne présente au contraire que des débris d’animaux et de végétaux semblables à ceux que nous voyons vivre actuellement dans l’eau douce. La conséquence naturelle de cette observation , c’est que la mer, après avoir déposé ces couches de calcaire marin, a de nouveau quitté ce sol qui a été recouvert par des masses cl’eau douce variables dans leur étendue
et dans leur profondeur. Ces amas d’eau douce ont déposé sur leur fond , d’abord du calcaire , tantôt pur, tantôt siliceux, renfermant de nombreux débris des coquilles qu’elles nourrissoient, ensuite des bancs puissans de gypse alternant avec des lits d’argile.
L’inspection des coupes semble indiquer que ces dépôts ont été plus épais dans les parties où le calcaire marin étoit plus profondément situé, et plus minces sur les plateaux élevés de ce calcaire. Mais quoique les couches de gypse d’un même bassin soient à peu près au même niveau, comme on peut le voir sur les coupes n°. i et 2 , de Bagneux à Montmorency, on y voit aussi , i°. qu’elles sont un peu plus relevées sur les bords du bassin dont Bagneux etClamart faisoient très-probablement partie, et un peu plus basses, mais beaucoup plus épaisses dans le milieu de ce bassin, c’est-à-dire dans le lieu où sont situés Montmartre, Sanois, etc. } 2<>. que ces couches de gypse ne se continuoient pas horizontalement d’une colline à l’autre, lorsque l’espace qui les séparoit étoit considérable, mais qu’elles suivoient encore à peu près les inégalités du fond sur lesquelles elles se déposoient. Ainsi la coupe n°. 2 nous fait voir le gypse de Saint- Brice, à l’extrémité orientale de la colline de Montmorency, un peu plus bas que dans le milieu de cette colline ; celui du nord de Montmartre, à Clignancourt, est sensiblement plus bas que dans le centre de cette montagne, et cette inclinaison est même tellement forte dans certains points, qu’elle a forcé les couches de se rompre et de se séparer, comme on l’observe dans la carrière de Clignancourt.
Il paroît que la formation de calcaire inférieur formoit, au lieu dit la Hutte-au-Garde , une sorte de protubérance (1). Aussi les couches de gypse appliquées ici immédiatement sur le calcaire marin , sont-elles plus hautes que les couches correspondantes dans le corps de la montagne. Nous avons indiqué par une ligne ponctuée la forme que nos nivellemens permettent d’attribuer à cette protubérance.
(1) Cette protubérance du calcaire marin fait probablement partie d’une colline intérieure de calcaire qui entoure Paris au nord , qui forme le plateau qu’on remarque à la partie supérieure des rues de Clichy, de la Rochechouart , du faubourg Saint-Denis , du faubourg du Temple , etc. , et qui semble lier le calcaire de Passy avec celui de Saint-Maurice.
Le gypse porté à Clamart sur une masse puissante de calcaire marin , est dans une position très-élevée; mais en continuant d’aller au sud, et en descendant dans la vallée de l’Yvette, le calcaire marin, probablement très-profond, disparoît entièrement, et on voit le gypse, les huîtres et toutes les parties de la formation gypseuse s’abaisser vers cette vallée ou vers le milieu de ce second bassin.
On peut donc présumer que la surface de la formation gypseuse proprement dite avoit aussi des collines et des vallées qui lui étoient propres; que ces inégalités avoient quelques rapports avec celles du sol inférieur, mais qu’elles étoient encore plus adoucies que celles du calcaire grossier. Ainsi nous ne pensons pas qu’il régnât de Montmartre à Montmorency, cl’une part, et de Montmartre à Bagneux, d’une autre part , une couche de gypse parfaitement horizontale et continue; mais il paroît, autant qu’on peut en juger par les témoins qui restent, que cette couche s’abaissoit et s’amincissoit vers les vallées de la Seine et de Montmorency, et présentoit déjà l’ébauche de ces vallées.
Enfin , une nappe de sable siliceux d’une immense étendue et d’une grande puissance, a recouvert tout le sol gypseux. Les productions marines évidentes, nombreuses et variées qui se trouvent dessous et dessus cette masse de sable, nous obligent d’admettre qu’elle a été déposée par une eau analogue à celle de la mer. Ce dernier dépôt se formant sur un sol déjà assez uni, a fini par niveler presque complètement le terrain. C’est ce que prouvent les nombreux témoins qui restent de ce sol, et qu’on voit sur nos coupes presque tous au même niveau. L’épaisseur considérable de ce sol , le peu d’adhérence de ses parties, et les faces abruptes qu’il présente sur le bord de presque tous les plateaux et collines, son absence totale des vallées qui séparent ces collines, sont des faits qui ne nous permettent pas de supposer que cette couche de sable ait été déposée partiellement sur chaque sommet ou plateau, ni que les vallées qui la sillonnent actuellement existassent au moment où elle s’est formée. Ces observations faciles à faire, évidentes, nombreuses,
nous forcent donc d’admettre qu’à l’époque où les eaux qui ont amené cette nappe de sable se sont retirées, le sol des environs de Paris, maintenant si agréablement varié par ses coteaux, ses plaines et ses vallons , présentoit une plaine sablonneuse immense, parfaitement unie ou du moins foiblement creusée dans les parties où sont actuellement nos vallées les plus grandes et les plus profondes.
Telle doit avoir été la surface du troisième sol des environs de Paris, de celui qui a précédé immédiatement le sol actuel.
Ce sol uni a été modifié ensuite par des causes dont nous ne pouvons nous faire aucune idée satisfaisante; il a été coupé dans presque tous les sens par de nombreuses et belles vallées.
On a proposé , pour expliquer la formation des vallées des pays primitifs et secondaires, deux principales hypothèses qui ne peuvent s’appliquer ni l’une ni l’autre à la formation de nos vallées.
La première, qui est en grande partie due à M. de Luc, explique d’une manière fort spécieuse la formation de la plupart des vallées des pays primitifs. Elle consiste à admettre des affaissemens longitudinaux de terrain. Dans cette supposition les faces des coteaux doivent présenter des couches inclinées, et le fond des vallons être de même nature au-dessous de l’atterrissement que le sommet au moins d’un des coteaux voisins. Mais nous devons faire remarquer de nouveau, i°. que les couches conservent sur le bord des coteaux leur horizontalité et leur régularité , et 2°. qu’aucune de nos vallées ne présente sur son fond un sol semblable à celui des collines qui les bordent. Ainsi la plaine de Grenelle , celle du Point-du-Jour, le fond de la Seine à Sèvres , qui devroient être composés au moins de calcaire grossier, si on suppose que les terrains de sables et de gypses supérieurs ont été enlevés ou dissous par les eaux, offre la craie qui fait la base de ces terrains, et elle est simplement recouverte de quelques mètres d’atterrissement.
La seconde hypothèse est la plus généralement admise, parce qu elle paroît très-naturelle et très-convenable à la théorie des vallées des terrains secondaires. On suppose que des courans puissans, dont nos rivières et nos ruisseaux sont les loibles restes, ont creusé les divers
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terrains qui constituent notre sol , en entraînant dans la mer les parties qui remplissoient ces immenses et nombreuses vallées. Certains faits paroissent assez bien s’accorder avec cette supposition : telles sont les faces abruptes des coteaux qui bordent les grandes vallées , et qui sont toujours placées vis-h- vis de vastes atterrissemens ; les sillons ou érosions longitudinales que présentent à une hauteur assez grande, et h peu près au même niveau, les faces abruptes de certaines vallées. Sans rappeler les objections générales qu’on a faites contre cette hypothèse, et en nous bornant aux seules objections qui résultent de l’observation de nos terrains, nous demanderons quel énorme volume d’eau ne faut-il pas admettre pour qu’il ait pu entraîner les matières souvent tenaces et même dures qui constituoient les portions de couches qui manquent; et comment est-il possible qu’une pareille masse ait agi longitudinalement dans un espace étroit, sans enlever les terrains meubles et friables qui bordent ces vallées, et en laissant h ces terrains des pentes très-rapides et même des faces abruptes ? Puis, passant par-dessus cette objection, nous demanderons avec M. de Luc ce que sont devenues toutes ces matières, ces masses de calcaire presque compacte, de grès, de meulières qui entrent dans la composition de nos couches, et cette énorme quantité de sable siliceux et friable, de marnes et d’argiles qui lient ces matières; car il n’est point resté dans nos vallées la dix-millième partie de ces déblais immenses. Les atterrissemens qui en recouvrent le fond ne sont ni très-abondans ni de même nature que les plateaux qui les bordent. Nous l’avons fait voir en décrivant, à l’article IX des terrains de transport, les blocs dispersés dans la plaine de Boulogne. Ces atterrissemens sont presque toujours, à l’exception de ceux des grandes rivières, des vases fines et argileuses, et des tourbes. D’ailleurs la pente de ces vallées est si peu rapide, que la Seine, qui remplit la plus grande d’entre elles du volume d’eau le plus puissant, n’a pas la force de déranger, dans ses plus grands débordemens, une pierre de la grosseur de la tête. Enfin, et cette objection est la plus forte, on trouve de temps en temps des élargissemens qui ne paroissent renfermer ni plus ni de plus gros déblais que le reste de la vallée, et
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qui sont même quelquefois occupés par des lacs ou amas d’eau que lesdéblaisde la partie supérieure de la vallée auroient dû nécessairement combler. L’inspection de la carte présentera une quantité considérable de marais, d’étangs et même de petits lacs dans les vallées les plus profondes et les plus circonscrites. Il faut donc encore se borner en géologie à l’observation des faits, puisque l’hypothèse qui paroît la plus simple et la plus naturelle est sujette à des objections jusqu’à présent insolubles.
Le plateau sableux est, comme nous l’avons dit, assez rarement à nu; il est recouvert presque partout d’un lit de terrain d’eau douce quelquefois très-mince, mais quelquefois épais de plusieurs mètres. Ce dernier lit n’ayant pas beaucoup changé l’aspect du sol, nous en faisons abstraction ; il nous suffira de faire remarquer qu’on ne le trouve ni sur le sommet de Montmartre ni sur celui de la butte d’Orgemont. Le sommet de ces collines beaucoup plus basses que les autres, semble avoir été emporté, et avec lui le terrain d’eau douce qui le terminoit; peut-être aussi ce terrain n’y a-t-il jamais été déposé, car il est possible qu’il n’ait été formé que sur des plateaux d’une assez grande étendue pour avoir pu conserver, après la retraite des eaux marines, des mares d’eau douce : tels sont ceux de la Beauce, de Meudon, de Montmorency, de Mesnil-Montant, de Fontainebleau, etc.
Le défaut de parallélisme entre les surfaces supérieures des trois principales sortes de terrains qui constituent les environs de Paris, savoir, la craie, le calcaire marin grossier et le gypse avec les sables qui le surmontent, doit donc faire supposer que ces terrains ont été déposés d’une manière tout-à-fait distincte et à des temps nettement séparés les uns des autres; car ce défaut de parallélisme est un des caractères essentiels, suivant M. Werner, de la distinction des formations. La forme actuelle de la surface de notre sol nous force d’admettre quelle a été modifiée par des causes sur la nature desquelles nous n’avons aucune notion précise, mais qui doivent avoir eu une grande puissance, puisqu’elles l’ont entamé jusque dans le milieu des bancs de calcaire , comme on peut l’observer dans un
grand nombre de points de la vallée de la Seine. Il paroît que ces causes ont agi principalement du sud-est au nord-ouest; c’est ce que nous indique l’alignement assez frappant de toutes les buttes et collines principales dont les sommets sont restés comme autant de témoins et de cette direction de la cause qui les a entamés, et du niveau à peu près le même partout du dernier dépôt.
C’est aussi cette dernière cause qui a le plus éloigné la forme de la surface du sol actuel des environs de Paris, de celle quelle devoit avoir lorsque la craie en formoit le terrain le plus superficiel. 11 régnoit alors une immense vallée entre le coteau de craie qui s’étend depuis le dessous de la plaine de Montrouge jusqu’à Meudon et Bougival, et celui qui reparoît au nord à Beaumont -sur -Oise. Dans ce même lieu, et à la place de cette large et profonde vallée , nous voyons maintenant les buttes, les collines et les plateaux de Montmartre, de Sanois, de Montmorency, etc., qui sont les points les plus élevés de nos cantons. On peut donc dire que si les surfaces des différens sols qui ont été déposés, depuis la craie jusqu’au sable , ont conservé quelque empreinte de celui sur lequel ils se sont comme moulés, il n’y a plus entre la forme de ce premier terrain et celle du sol actuel la moindre ressemblance. Si nous poussons plus loin la recherche curieuse des différences de cet ancien sol et du nôtre , sans toutefois nous écarter de la règle des analogies, et eu admettant, comme l’observation le prouve, que la mer a laissé quelque temps la craie à nu, nous devons nous figurer, à la place de nos fertiles campagnes delà Beauce, de la plaine Saint-Denis, de Gonesse , etc. , de larges etblanches vallées de craie stériles comme celles de la Champagne, et conservant cette stérilité jusqu’au moment où des marais d’eau douce sont venus nourrir des mollusques lacustres et des végétaux aquatiques et former ou recevoir des dépôts puissans d’argile plastique et de bois fossiles.
Un nouveau sol marin déposé par un nouvel envahissement de la mer a changé la forme extérieure du sol crayeux , et lorsque la mer en se retirant l’a laissé à découvert, il a montré plusieurs vallées larges et à pente douce, à la place des grandes et profondes vallées
de la craie et de grands lacs à la place des marécages de l’ancien sol. Le fond de ces lacs s’est couvert, non pas d’argile plastique et de bois fossiles bitumineux, mais de marnes calcaires argileuses et siliceuses et de gypse, tandis que leurs bords nourrissoient les végétaux et étoient habités par les paléothériums et les autres quadrupèdes dont nous voyons les débris dans le terrain gypseux qui paroîtles avoir presque comblés.