‹ Description historique de l ́abbaye royale d ́Hautecombe, et des mausolées élevés dans son église aux princes de la maison royale de SavoieChapitre 63 sur 66 · DESTRUCTION · texte numérisé non relu

DESTRUCTION

La révolution française de 4789 ne porta d'abord au cune atteinte au territoire des puissances voisines de la France; mais après la catastrophe du 10 août 1792, la convention nationale décréta l'abolition de la royauté, proclama la république , et envoya des troupes aux frontières. Une division des armées républicaines , commandée par le général Montesquiou , envahit la Savoie le 22 septembre 1792. Dès lors, les lois démocratiques publiées à Paris furent déclarées exécutoires pour ce duché, qui fut incorporé à la France , et qui dut subir toutes les phases de ses bouleversements. Toutefois , leurs déplorables effets furent atténués , eh Savoie , par le bon esprit de ses habitants , chez qui le flambeau de la religion ne s'éteignit jamais , et où l'auguste maison royale qui nous gouverne , continua toujours à trouver des preuves d'une vive affection et du dévouement le plus désintéressé.

L'un des premiers actes du gouvernement républicain

en Savoie, fut de s'emparer des biens du clergé. Un décret du 26 octobre 1792, déclara propriété nationale les biens du clergé de Savoie, tant séculier que régulier(67). En exécution de ce décret , deux officiers municipaux se rendirent à Hautecombe le k novembre suivant , pour dresser l'inventaire des immeubles et du mobilier de l'abbaye. Successivement, les moines furent chassés de leur paisible retraite, et obligés de fuir ou de se cacher pour échapper aux rigueurs des lois révolutionnaires. Enfin , les commissaires du gouvernement , après avoir saisi tout le mobilier de l'abbaye , vendirent aux enchères publiques, en 1796, l'église, le monastère et tous les biens qui l'entouraient, compris dans la catégorie des domaines nationaux, d'après les lois du temps (68). Pendant cette époque d'anarchie , les commissaires républicains descendirent dans les caveaux de l'église et firent ouvrir les tombes , pour prendre les objets précieux qui pouvaient s'y trouver , notamment la couronne ducale , qui était dans le caveau de la chapelle des princes , sur le tombeau du duc Philibert. Les hommes égarés qui s'étaient rendus coupables de sacrilège en s'emparant des vases sacrés et en profanant les églises , pouvaient - ils être arrêtés par le respect qu'on doit à la cendre des morts ? Mais comme la cupidité était leur seul mobile , ils laissèrent en place les ossements des princes (69).

Tristes effets des vicissitudes humaines ! cette dernière demeure des souverains , ces lieux sanctifiés par les prières des cénobites, et qui avaient été embellis pendant plusieurs siècles par la munificence de nos princes et leur goût pour les arts ; ces lieux , disons-nous , étaient occupés, quelques années après, par une fabrique de faïence, et l'encens qui s'élevait aux voûtes de l'église , dans les

fêtes solennelles , était remplacé par la noire fumée des fourneaux (70).

Quelles sombres réflexions se présentent en foule à l'esprit , en songeant à la destruction d'un monument aussi célèbre , à l'anéantissement des anciens manuscrits conservés dans la riche bibliothèque du couvent , dont plusieurs remontaient aux premiers temps de la fondation de l'abbaye ; perte immense , perte irréparable pour les arts, la littérature et l'histoire !...

Cette fabrique de faïence n'eut pas de succès. Le propriétaire n'ayant pas les moyens d'entretenir les bâtiments, une partie finit par s'écrouler; les décombres couvrirent les caveaux qui renfermaient les cercueils , et ces vastes édifices n'offrirent plus que l'aspect d'une ruine , toujours majestueuse pat ses souvenirs.

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