‹ Description historique de l'ancienne abbaye royale de Saint-Ríquier en Ponthieu; suivie d'une notice ... de l'église de Saint-Vulfran d'AbbevilleChapitre 10 sur 17 · DES · texte numérisé non relu

DES

abbés mm SAiHV^BiQvriEH.t1)

i°. Saint Riqüier. Né à Gentule, vers l’an 570, Riquier fut converti au Christianisme par Chaydoc et Frichor, et fonda l’abbaye de ce nom , qu’il gouverna avec tant d'édification ^ que Dagobert Ier. y vint pour recevoir ses avis. Désirant vivre dans une pius profonde retraite, ce saint Abbé se retira au fond

(t) Cette Chronologie des Abbés de Saint- Riquier a été rédigée en partie d’après un ancien tableau écrit par l’un des Religieux de la maison , vers le milieu du dix-hùitième siècle. Il est actuellement placé dans l’une des chambres du Petit-Séminaire. Le G allia Christiana nous a également servi.

U6 CHRONOLOGIE DES ABBES

d’une solitude située dans la forêt de Crécy, oii fut érigée depuis l’abbaye de Forest-Montier. Il y mourut en 645 . Six mois après , son corps fut transporté à Centule, où il s'opéra, dit-on^ des miracles par son intercession ; et par respect pour sa mémoire, l’Abbaye et la ville prirent par la suite son nom,

2°. OciALDE. Lorsque Saint Biquier se retira dans sa solitude pour se préparer à la mort, il choisit Ocialde pour lui succéder. Ce fut lui qui fit transporter le corps de ce Saint de son ermitage à Centule. Tout ce qu’on sait de cet Abbéj c’est qu^il gouverna son monastère avec beaucoup de sagesse et de prudence.

3°. COSCHIN. Ce personnage, d’une piété exemplaire , avait été disciple de Saint Filibert j abbé de Jumièges. La sainteté et la candeur de ses mœurs le firent choisir , en 687 , pour Abbé de ce monastère , qui était en grande relation avec celui de Centule. Il mourut en 724*

4°. Saint Guthaire. En 765 , Gutmaire assista, avec d’autres Abbés , au Concile d’Attigny, et en signa les actes. Dans l’ancien cartulaire de l’abbaye de Saint-Riquier , sa fête

DE SAIXT-RIQL1ER. i/j7

est indiquée le i3 de mars. Il fut inhumé à Gournai-sur-l’Epte , dans la collégiale qui porte son nom.

5°. ÂLDÉRIC. Cet Abbé gouverna son monastère avec beaucoup de sagesse. Ce fut durant son administration qu’il s’opéra un grand nombre de prodiges au tombeau de Saint Riquier. Les premiers Abbés de Centule augmentèrent considérablement le monastère de Forest-Montier ; ils y mirent des Abbés d’une conduite exemplaire, choisis parmi les religieux de leur communauté.

6°. SympiîORIEN. Pénétré de la crainte de Dieu , cet Abbé fut pour ses religieux un exemple de douceur et de chasteté. La réputation de sa sainteté attira à lui Saint M anguille , qu’il reçut au nombre de ses religieux ; mais le désir d’une plus grande perfection le porta à se retirer dans le désert , où il mourut vers l'an 791. Son corps fut apporté à Saint- Eiquier sous l’abbé Ingéiard , et placé dans une châsse d’argent.

70. Saint Angilbert. Charlemagne voulant témoigner h Angilbert l’estime et l’attachement

qu’il avait pour lui , lui donna en mariage sa seconde fille Berthe ; mais dégoûté de l’éclat des grandeurs et du séjour de la cour , il prit la résolution de prononcer des vœux dans l’abbaye de Saint-Riquier, touché par les miracles de ce Saint. Elevé à la dignité d’Abbé , il rebâtit le monastère, qui fut disposé en triangle; à chaque angle il existait une église^ dans chacune desquelles cent religieux chantaient les louanges de Dieu. Indépendamment de ces trois cents religieux , Saint Angilhert avait institué cent jeunes clercs pour aider à desservir ces trois chœurs. Cet Abbé fut chargé par Charlemagne de plusieurs missions importantes à Rome , d’où il rapporta des marbres précieux, des livres d’un grand prix, et des reliques de plusieurs saints personnages , dont il enrichit son église. Il mourut en 8i4»

80. HÉîtïC. Cet Abbé fit faire , par ordre du roi Louis-le-Débonnaire , le dénombrement des biens de l’abbaye de Saint-Riquier, qui se trouva alors posséder plus de quatre-vingtseize bourgs, villages et métairies; en 83 1 , il y avait dans l’enceinte de la ville 25oo maisons qui .toutes étaient tenues de quelques redevances envers l’Abbaye.

DE SAHVT-RïQUIED.

90. ÜELISACHAR. Cet Abbé, qui fut Chancelier de l’Empire sous Louis-le-Débonnaire , était très-savant. Nous lui sommes redevable de l’ouvrage le plus curieux du neuvième siècle ; c’est Y Histoire du Monde , depuis sa création jusqu'au sixième siècle , par Frémi fe , évêque de Lisieux, qui la composa d'après le plan qu’Elisachar lui en avait tracé. Cet Abbé gouverna plusieurs autres Abbayes, et interdit aux femmes l’entrée de celle de Saint-Eiquier. Il mourut vers l’an 83y.

io°. îUbolde. ïi jouissait de la réputation du plus saint personnage du royaume. Ce fut en cette considération que Louis-le-Débonnaire fit don à cette Abbaye de quantité de reliques qu’il avait apportées de Constantinople. Cet Abbé fit transporter le corps de Saint Angilbert de la porte d'entrée (où par humilité il avait voulu être inhumé), à la porte du choeur, vingt-huit ans après sa mort. Il le trouva , dit-on , sans corruption.

xi°. Louis Charles. Cet Abbé, cousin-

germain de Charles-Ie Chauve , était doué d’une grande piété. Son administration fut troublée par une nouvelle invasion des Normands, qui firent une descente en Picardie, et ruinèrent plusieurs monastères qu’ils livrèrent au pillage. Louis avait eu la précaution de faire transporter à Abbeville le corps de Saint Riquier et les autres reliques , qu’il fit rapporter processionnellement trois semaines après.

12°. NlTHAHD. Il était fils de Saint Angilbert, et comme lui comte de Ponthieu. Il est auteur d’une Histoire des divisions entre les fils de Louis-le-Dèbonnaire , qu’il composa selon toute apparence dans l’abbâye de Saint - Riquier , par Tordre de Charies-le- Chauve. Cet ouvrage est Tun des morceaux les plus curieux de nos annales. De nouvelles invasions des Normands Tarrachèrent bientôt au calme de la solitude et à la paix du cloitre. Tout h la fois pieux cénobite et guerrier intrépide^ il marcha contre eux et fut tué dans un combat , l’an 853 selon les uns , et 858 selon d’autres. Il fut inhumé près de son père , à Saint-Riquier , où son corps , renfermé dans un cercueil de bois rempli de sel et garni de

DE SAIflfT-PJQUIER. 151

peaux, fut retrouvé intact dans le onzième

siècle (0.

ï3°. Rodolphe. Il était frère de l’impératrice Judith, femme de Louis-îe-Débonnaire. Aidé des libéralités de ce monarque et de celles de ses parens , il augmenta considérablement les revenus de son Abbaye , dans laquelle les enfans de la haute noblesse recevaient depuis long temps une éducation digne de leur rang.

4°. HelGAULD. Comte de Ponthieu et de Montreuil, Helgauld étant veuf, fut choisi pour Abbé , dans la vue de donner au Vimeu et au Ponthieu un puissant défenseur de cette contrée contre les courses des Danois. Il fut tué dans un combat , et laissa les deux comtés à ÏÏilduin, son fils. Il fit en faveur des habitans du Ponthieu plusieurs lois qui étaient encore en vigueur au onzième siècle.

(l) Plusieurs historiens ont contesté à Nithard son titre de moine et d’Abbé de Saint-Riquier ; ils se sont sans doute fondés sur ce qu’il n’existe aucun vide dans la série des Abbés depuis l’année 814 jusqu’en 8S8 ; mais cette assertion se trouve démentie par le témoignage de la Chronique d’ Hariulphe et le Gallia Christiana , qui ne laissent aucun doute à ce sujet.

i5°. Guelfe Ier. Quoiqu’issu du sang royal, cet Abbé usa de beaucoup de douceur envers tous ceux qui étaient sous sa dépendance ; il sut également se concilier l’amitié des grands par sa piété et sa prudence. En 869 , il fit extraire de sa châsse le chef de Saint Riquier, et le mit dans une autre châsse d’or et d’argent, enrichie de pierres précieuses. A cette époque fleurissait dans ce monastère , Angelise , excellent religieux , dont Charles-le-Chauve se servit dans une mission à Rome, où il obtint du pape Nicolas Ier. plusieurs reliques qu’il apporta h Saint-Riquier.

160. Carloman. Cet Abbé était fils de Charles-le-Chauve. L’auteur de la Chronique de Saint-Riquier en fait le plus bel éloge, en disant que sa haute naissance était au-dessous de sa piété et de la sainteté de ses moeurs. Michon, religieux de cette maison, distingué par de rares connaissances , quoique dans un âge avancé, dirigeait encore la savante école de ce monastère , et formait à l’étude des sciences et h la pratique des vertus celte mu h

DE SA1NT-RIQUIER

titufie fi 'hommes célèbres qui firent tant fi' honneur à l’épiscopat français. Il a laissé plusieurs écrits, parmi lesquels se trouve une relation des miracles fie Saint Biquier , depuis 8 1 4 jusqu’en 865 , contenant fies faits curieux pour l’histoire fie France , et que dom Mabillon et les Bollandistes ont fait imprimer.

170. Hérébert et Cébert. Les noms de ces fieux Abbés ne se trouvent que dans l’une des trois Chroniques de FAbbaye. Ils sont précédés , dans le Gallia Christiana , par un Guelfe II , qui fut désigné par Charles-le- Chauve, en l’absence de son fils, pour gouverner l’Abbaye. Ce dernier mourut le 18 décembre 881 (fi.

Ce fut en 881 que Jérôme, moine de Saint- Biquier, voulant soustraire les reliques fie ce monastère à la fureur des Normands , les transporta à Sens et les déposa dans l’abbaye de Sainte-Colombe fie cette ville. Son mérite et ses talens l’élevèrent à la dignité d’Abbé fie

(l) Le nom de cet Abbé ne se trouve pas dans le Tableau, Chronologique conservé à Saint-Riquier , et rédigé par les anciens bénédictins de celte maison.

Ihk CHRONOLOGIE DES ABBÉS

celte maison, et le portèrent ensuite sur le

siège archiépiscopal de la même ville.

i8°. HedevOLDE. C’est sous l’administration de cet Abbé, que le corps de Saint Riquier fut enlevé par Àrnoul le vieux , comte de Flandres , qui le fit mettre dans l’église de Saint-Sauve de Montreuil.

190. Hugues Ier. La Chronique ne dit rien de cet Abbé, elle laisse même dans l’incertitude s’il a gouverné le monastère en cette qualité. C’est vers ce temps que l’on place l’époque de l’introduction des clercs- séculiers. Les fréquentes invasions des Normands avaient tellement désolé cette maison et réduit le nombre des religieux, que le peu qui restèrent furent dans la nécessité de prendre , pour les aider à faire l’office , des clercs séculiers ; ils y restèrent jusqu’au temps de l'abbé Ingélard, qui les congédia.

20°. Girard. Il doit paraître tout-à-fait étrange que le moine Hariulphe, auteur trèsexact, ne nomme point cet Abbé, non plus que son prédécesseur ; il se borne simple-

ment k parler d’un Girard, dont il fait un fort bel éloge; mais il ne le qualifie que de simple moine.

21°. Gerbert. L’abbaye de Saint-Riquier qui avait beaucoup souffert dans la première irruption des Normands, fut entièrement détruite et brûlée dans la deuxième, vers l’an 878 ou 881. Les religieux s’étant dispersés dans diverses contrées, le petit nombre de ceux qui restèrent, comme nous l’avons déjà dit, prirent des clercs pour les aider à faire l’office avec plus de décence. Ces clercs acquirent une telle influence sur l’administration de l’Abbaye , qu’ils trouvèrent le moyen de faire nommer pour Abbé l’un d’entre eux, qui fut ce Gerbert dont on ne trouve que le nom dans les chroniques. Cet Abbé mourut k Bossotprès Saint-Gadnain, selon Baudrand , ou selon d’autres k Bussu , situé k une lieue de Saint-Riquier.

220. Foulques. Ce fut à la piété et aux soins de cet Abbé que l’on dut le recouvrement du corps de Saint-Riquier, qui avait été enlevé par Arnoul le vieux , comte de Flandres. A cet effet il s’entendit avec le sacristain de Saint-

Sauve de Montreuil , et obtint de lui de ne pas fermer les portes de l’église un jour convenu entre eux. Cet Abbé s’y transporta , et à la faveur de la nuit il prit le corps du Saint et le mit sur son cheval, qui, selon la tradition du pays, se mit à genoux par respect; il revint sur les neuf heures à Saint-Riquier , et le replaça dans son église. Mais en g52 , le même comte s’en empara de nouveau , et le mit dans l’abbaye de Saint-Berlin à Saint-Omer.

2>. Ingélard. Cet Abbé reçut le corps de Saint Riquier, par l’entremise de Hugues- Cap et « qui avait été averti dans un songe de le retirer des mains du comte Arnoul , ainsi que celui de Saint Valéry dont il s’était également emparé. Il préparait à cet effet des troupes; mais le comte trop faible pour résister, restitua le corps de Saint Biquier, que Hugues chargea sur ses épaules, et rapporta pieds et tête mis, et déposa sur le grand autel de l’église de ce monastère. Cette cérémonie fut , dit-on j accompagnée de plusieurs grands miracles. L’abbé Ingélard , au moyen de l'intervention du pape et des évêques voisins, recouvra beaucoup de biens qui avaient été spo-

liés; il augmenta sa communauté et congédia les clercs qui la desservaient. Sous son administration se fit la réception des corps de Saint Yigor, évéque de Bayeux , et de Saint Mauguille , confesseur.

24°. Ejnguerran ou Ajngelram dit le Sage. Il naquit à Saint- Riquier , vers Tan 9^5, et fut disciple de Fulbert, évéque de Chartres. Cet Abbé eut la réputation du plus savant homme de son temps ; il était fort estimé du roi Robert qui mettait en lui toute sa confiance. Ses vertus et son savoir le firent nommer par ses frères à la dignité d’Abbé. Le roi, ravi de cette élection , se rendit aussitôt à Saint-Riquier pour la confirmer. Mais Eng u erra 11 qui, par humilité, préférait l’obéissance à la prélature , voulant se dérober à cet honneur, prit la fuite et se cacha dans les bois. On découvrit enfin sa retraite et on le ramena devant Robert, qui, entrant avec lui dans l’église, au grand étonnement d’une nombreuse assemblée , l’investit de sa nouvelle charge en lui faisant toucher les cordes des cloches, cérémonie qui est encore aujourd’hui en usage et dont on ne trouve pas de

vestiges avant ce temps (0. Cet Abbé contribua à faire rendre à l’Abbaye, des terres qui avaient été usurpées ou aliénées. Il signala principalement son administration par sa charité pour les pauvres , et consacra ses loisirs h écrire la vie de Saint Riquier, ses miracles et une chronique. Ce pieux Abbé mourut le g décembre io45 , et , chose rare dans son siècle , il fut tout à la fois grammairien , orateur , musicien , poète et théologien.

25°. Saint GeRVIN Ier. Il quitta son canouicat de Reims , pour se faire moine à Verdun. Son Abbé se fit accompagner par lui pour visiter les saints lieux de Jérusalem. A son retour de la Terre-Sainte, Enguerran, qui avait appris par révélation qu’il serait son successeur, le fit élire abbé de Saint-Riquier , malgré les intrigues des grands qui convoitaient cette dignité pour leurs créatures. Son administration fut remplie d’actes de piété qui justifièrent le titre de Saint que la chasteté de ses moeurs lui méritèrent. Ce fut de

( l) Padé. Notice sur Saint- Riquier , page 23,.

son temps que l'église fat incendiée par accident (0.

26°. GERVIN II. Neveu du précédent, mais d’une conduite diamétralement opposée ; cet Abbé cumula tout h la fois l’abbaye de Saint- Biquier et Févêché d’Amiens. Devenu odieux aux moines par ses déprédations, il fut déposé canoniquement. Egalement détesté par le clergé et le peuple, il fut forcé de quitter son évêché et alla expier ses fautes et faire pénitence dans l’abbaye de Marmoutier près Tours, oii il mourut le 10 janvier 1104.

270. Ajnscher le Senior . Cet Abbé était fils du seigneur de La Ferté, et naquit au château de ce nom , dont les ruines existent encore. En 1 1 3 1 , le comte de Saint-Pol et ses partisans brûlèrent la ville de Saint- Pû-

(l) C’est sous cet Abbé que vécut Hariulphe , religieux de Saint- Riquier , auteur de la Chronique de ce monastère , et que le père d’Achery a fait imprimer dans le 4e volume de son Spicilège. Elle commence l’an 625 , et finit en 1088. Cette Chronique a été continuée par Jean de la Chapelle , et par dom Victor Cotron , qui l’a poussée jusqu’en 1673. Elle est conservée parmi les manuscrits de la bibliothèque du roi , sous le no 532.

quier et l’Abbaye : tout fut consumé par les flammes , titres , papiers, ornemens , etc. Un prêtre célébrant la messe , et plusieurs assistans furent victimes de cet incendie. Le comte fut condamné à rebâtir l’Abbaye ; mais l’abbé Anscher l’en dispensa , en se chargeant lui-même de cette restauration , qu'il fit faire aux dépens de son père et du monastère.

28°. Jean Ier. de ce nom. Religieux de l’abbaye de Corbie, il était parent du roi Louis VII , dit le Jeune. C’est tout ce que l’on sait.

290. Guilduin. Il fut d'abord abbé de Saint- Valéry , et transigea touchant la ferme de Mésontre avec l’abbé de Balance, aujourd’hui Valloires, et avec l’abbé de Bommartin , vulgairement appelé Saint-Josse-aux-Rois , concernant la ferme du Quesnoy. Guilduin devint ensuite évêque de Bellivauæ , lieu jusqu’à présent inconnu , dit le G allia christ iana.

3o°. PIERRE Ier. Il était religieux de l’ab-

DE SAHVT-PJQUIER. 161

baye de Saint-Denys lorsqu'il fut choisi pour être élu abbé de Saint-Riquier.

Il GO.

3i°. GeuferOID. La chronique de Saint- Riquier ne donne aucuns détails sur cet Abbé.

32°. RiqüïER II. Cet Abbé jouissait d’une grande réputation par la sainteté de ses mœurs. Les originaux des exemptions de l’Abbaye ayant été détruits lors de l’invasion d’Isainbard ? il les fit renouveler et permit de réédifier l’hôpital. L’abbé Riquier fut par la suite revêtu de la -pourpre romaine et fait évêque de Sainte-Sabine.

33°. Laurent. Il fut d’abord religieux de l’abbaye de Cluny, ensuite abbé de Notre- Dame de Breteuil,puis nommé abbé de Saint- Riquier en 1 176.

34°. Ursé. Le nom de cet Abbé se trouve dans la chronique d’Hariulphe. Ce fut sous son administration que Gautier , seigneur de la Ferté , abandonna h l’église de Saint-Riquier

tous les droits que sa qualité de vicomte lui donnait sur Drugy, Oneux , Bussu , Neufville et Maison-Rolland.

35°. Riquier III. Ce fut sous le gouvernement de cet Abbé que se lit l’association du Chapitre d’Arras avec l’abbaye de Saint-Riquier* Dans cette confraternité de prières, chaque communauté célébrait de son côté au mois de juillet un service solennel pour les confrères défunts.

36°. Gérolde. Sous l’administration de cet Abbé, Innocent III conlirma tous les privilèges accordés par ses prédécesseurs à l’abbaye de Saint-Riquier. En 1208 , le comte de Montreuil et de Ponthieu, Guillaume iii , renouvela la charte que Jean , son père , avait donnée h l’église de Saint-Riquier, sous Pabbé Laurent.

37°. Matthieit. Avant d’être élu Abbé, il était religieux de l’abbaye de Saint-Corneille de Compiégne. Il donna la permission de dédier la chapelle de Saint-Nicolas de l’Hôtel-

DE SAL\T-RIQUIER

Dieu , avec défense d’y enterrer qui que ce fut.

38°. Hugues II de Chevincourt. Cet Abbé était issu d’une famille distinguée par les services qu’elle avait rendus à l’Etat. Ce fut de son temps que l’on bâtit l’hôtel de Saint- Riquier à Abbeville. Le crédit dont il jouissait à la cour de Saint-Louis , le lit admettre dans le conseil qui délibéra sur le voeu qu’avait fait ce monarque de délivrer la Terre-Sainte des Infidèles. Cet Abbé était fort considéré des rois Louis VIII et Louis IX,

39°. Gautier Ier. Cet Abbé fit des réglemens en faveur des communes de Feuquières. Hn 1238 fut fondée la chapelle des Lépreux, lans l’église de Saint-Riquier.

4o°. Hervé. Le domaine du monastère fut augmenté par l’acquisition du fief de Beauflos avec toutes ses dépendances, que fit cet Abbé , sans aucune réserve , de Régnier d’Yaucourt, moyennant la somme de 680 livres 8 sous parisis. Il permit h la confrérie de

Saint-Nicolas de bâtir sa chapelle hors du monastère et obtint du pape Innocent IV des bulles de confirmation.

4i°. Gautier II de Guessart. Cet Abbé obtint du Pape la confirmation du privilège qu’avaient les Abbés de porter la mitre , Tanneau et les sandales en cérémonie. Il mourut le 4 août 1257.

42°. Gilles de Machémont. Il naquit k Chévincourt, et gouverna l’Abbaye pendant trente-cinq ans avec beaucoup de sagesse. Il futchapelain du Pape. A sa prière Saint Louis et la reine Blanche de Castille vinrent visiter le monastère de Saint-Riquier. Cet Abbé fit bâtir le château de Drugy, et le fortifia de quatre grosses tours et de huit petites ; il y fit faire un grand étang. Ce château, qui était le lieu de plaisance des Abbés de Saint-Riquier , a été démoli depuis plusieurs aimées. Il mourut en 1291 , et fut inhumé clan» la chapelle de Saint-Laurent. On lui érigea , dit la Chronique,, un tombeau d’une admirable structure.

DE SAIXT-RIQU1ER.

43°. Odon « Les récoltes ayant manqué de toutes parts, il en résulta une si grande famiue , que les hommes mouraient dans les rues sans qu’on pût les secourir.

44°. EuSTACHE Ier. Robert , cardinal du titre de Sainte Pudentienne, fait mention de cet Abbé, dans une lettre de i3c>4; relative à une obligation fie 400© florins , contractée par l’abbaye de Saint Riquier envers la chambre apostolique. André Du Moulin rendit hommage à cet Abbé, pour un moulin relevant de l’Abbaye et du seigneur de Villeroy.

45°. Jean II de Foucaucourt. Cet Abbé est le premier qui porta processionnellement dans la ville de Saint Riquier le corps de Notre-Seigneur, après l’institution de la fêle du Saint- Sacrement , qui eut lieu en l’an 1262 , et dont Saint Thomas d’Aquin composa l’office. Cependant, suivant la chronique, cette première procession du Saint-Sacrement n’eut lieu qu'en 1 3 3 4 •

46°. Baudouin deGaissart. La chronique de Saint-Riquier fait le plus grand éloge de cet Abbé, dont la conduite fut un modèle de piété et de charité pour ses religieux. On aime h signaler les vertus lorsqu’elles brillent dans un état qui n’était pas toujours h l’abri des passions humaines, et que l’habitude de commander ne permettait pas souvent de réprimer. Il donna son consentement pour la fondation d’un Chapitre dans le château de La Ferté, sous la condition que le titulaire serait tenu de prêter serment à l’Abbaye avant d’entrer en possession.

470. Pierre lï d’Allouenges. Il fut d’abord moine de Saint-Bertin , puis abbé de Saint-Bavon de Gand , et ensuite de Saint- Riquier. Il mourut à Paris au collège du cardinal Le Moine en i36o, et fut inhumé dans l’église du même collège, en la chapelle de Saint-Firmin.

48°. Philippe du Fossé. D’abord Abbé de Fécamp, il occupa la même dignité dans l’abbaye de Saint-Riquier qu’il gouverna peu

DE SAüVT-RIQUIER.

de temps. Ce fut sous son administration que ce monastère contribua pour une somme de 4oo écus d’or pour les fortifications et la garde du château du Crotoy , et il fut arreté par les députés du Parlement que cette somme serait une fois payée à titre de don sans tirer à conséquence pour l’avenir.

49°. Hugues II de Roigni. Il était né à Saint-Seine en Bourgogne, et devint Abbé du monastère de ce lieu. Il passa ensuite revêtu de la même dignité à celui de Saint-Riquier. En i3gi , l’abbé et les religieux de Valloires reconnurent devoir à l’abbaye deSaint- Riquier cinq cents anguilles salées , le jour de la fête du saint patron , 9 octobre de chaque année; mais comme ils éprouvèrent des difficultés pour pouvoir en rassembler une aussi grande quantité pour ce jour , iis remirent au mois suivant racquittement entier de cette singulière redevance , dont on trouve de semblables exemples dans les histoires des anciennes abbayes.

1)0°. Guischabd de Salles. Cet Abbé, issu d’une illustre famille de Bourgogne,

gouverna le monastère pendant quarante deux ans et mourut le 10 avril i/j.io9 après avoir fondé une messe de Requiem que l’on célébrait h Saint-Riquier tous les lundis de chaque semaine.

5i°. Jean Ï1I j;e Bouquetot. Thomas Darech , qui avait été élu Abbé d'une voix unanime par la communauté , ( à l’exception de celle de Pierre Hordesoaut ) , fut révoqué par ordre exprès de Charles VI. Jean de Bouquetôt, docteur endroit, fut nommé à sa place, et se rendit a Rome, soit pour obtenir l’expédition de ses bulles ou pour payer la taxe ; mais le pape Jean XXIII, abusant de son pouvoir , l’envoya au monastère de Saint- Wandrille qui n’avait point d’Abbé, comme le prouve sa bulle d’institution datée de 1 4 1 1 ou 1 4 1 3 - Il mourut en 14.19.

52°. Hugues IV Cuillerée. Il fut successivement moine de Cluny , prieur de Saint- Denys de la Chartre à Paris, puis Abbé de Saint-Riquier, et mourut en 1462 au château de Drugy. Cet Abbé eut sa sépulture devant le grand autel de son église. De son temps ,

DE S A I A' T - Ii I Q U I E P« . 169

l’infortunée Jeanne d’Arc , ayant été prise par les Anglais dans une sortie , au siège de Compiégne, passa par Saint- Riquier pour être conduite h Rouen, lieu de son supplice. Cette héroïne coucha et séjourna au château de Drugy.

53°. Pierre-le-Prètre. Cet Abbé naquit à la Yacquerie-le-Boucq , en Artois. Il possédait de rares connaissances et gouverna cette maison aveç beaucoup de sagesse et de prudence. Il signala son zèle en faisant reconstruire les murailles et la plupart des bâtimens de Saint-Riquier , que les Français et les Bourguignons avaient détruits ; mais de nouvelles invasions suspendirent ses travaux et le forcèrent d’abandonner son monastère. Réfugié à Saint-Omer, dans l’abbaye de Saint- Berlin ^ il y mourut de la goutte en 1 4 79 et fut inhumé dans la chapelle de la Vierge , ou l’on voyait son tombeau avant la destruction de ce monastère.

54°. EuSTACïlE-Lfî OcïEUX , IIe du nom.

La ville et le monastère de Saint-Riquier , ayant été incendiés le 5 août 1487 , cet Abbé

donna tous ses soins pour le rebâtir et l’orner. Il fit construire" le chœur, la chapelle de la Vierge, les belles voûtes des bas-côtés, les bâtimens claustraux et le mur d’enceinte de l’Abbaye. Il y employa des sommes considérables et y ajouta même quelques constructions nouvelles. Cet Abbé mourut en i5ii, ayant été atteint d’une pierre qu’un ouvrier jeta en badinant pour lui faire peur. C’est sous son administration que fut composé , en 1492, le cartulaire sous le titre de Chronique abrogée de V Abbaye de Saint-Riquier , par Jean de la Chapelle ^ notaire apostolique et curé d’Oneux en 1489. Cette chronique était conservée dans la bibliothèque de Colbert, parmi les manuscrits de Duchesne (*).

55°. Thibaut - de - Bayencoürt. Il était d’une haute naissance et fut élu sans délai, dans la crainte qu'un Abbé commendataire ne fût investi de cette dignité. Il se montra tellement zélé pour les intérêts de son monastère , pendant dix-huit ou vingt ans , qu’il y a peu

(i) Dépôt des manuscrits de la bibliothèque du roi , manuscrit de Baluze, armoire 2 , paquet 1 , n° 5.

d’Abbés qui aient fait revenir à la manse autant de biens aliénés. Malheureusement ce zèle ne se soutint pas , car se laissant entraîner par la manie des grandeurs et du faste , il devint si odieux h ses religieux, que l’un d’eux, rompant toute subordination et toute bienséance , s’oublia au point d’oser lui donner un soufflet. Comme il voulait tirer vengeance de cet outrage, il en fut détourné par Claude Dodieu, évêque de Rennes, qui lui conseilla de se démettre en sa faveur du gouvernement de l’Abbaye. Thibaut-de-Bayencourt mourut le 2 juillet i53g.

ABBÉS COMMENÇAT AIRES.

56°. Claude Dodieu , évêque de Rennes , fut nommé, par François Ier, ambassadeur près le pape Paul III. Sa conduite fit regretter les Abbés précédons , la chronique ajoute qu’en bon connaisseur il échangea les pierres précieuses des chefs de Saint Riquier et de Saint-Vigor contre de fausses pierres. Il mourut le 4 septembre 1 558 et fut inhumé dans l’église du couvent des Célestins de Paris.

67°. Charles Ier d’Hlmières, évéque de Bayeux. Cet Abbé a fait plusieurs réglemens fort sages en faveur de son Abbaye. Pour acquitter envers l'Etat une taxe de 6,000 livres , à laquelle l’Abbaye avait été imposée , on vendit sous son administration le contre- retable en argent du maître-autel. Ce contre-retable, très-beau morceau d’orfèvrerie du moyen-âge, avait i3 pieds de longueur sur 7 de hauteur; le centre était orné de la représentation de Jésus-Christ sur la croix • et sur les cotés de ce bas-relief se voyaient plusieurs traits de la vie de Saint Riquier. Son poids était de 141 marcs à 16 livres 10 sous. Cet Abbé mourut le 5 décembre 1571. La (lignite d’abbé resta vacante jusqu’en 1577.

58°. BÉftoiT-RiMBAULT fut investi du gouvernement de ce monastère, pour Charles DE LA ChaStre, comte de IXançay, grandchancelier de France. Il avait obtenu cette Abbaye en récompense de ses services, et mourut en i588.

DE SAIXT-RIQUÏER.

5g°. Gaspard de Fontaine , gouverna celte Abbaye au nom de Henri de la Cil astre, fils du précédent, qui fut Abbé commendataire depuis l’année i588, jusqu’en 1G11, époque a laquelle Gaspard de Fontaine resta seul titulaire , par la mort de Henri de la Chastre.

6o°. Armand-Jean du Plessis , cardinal de Richelieu. Le 3i décembre 1627 , Louis XII S. obligea Gaspard de Fontaine à se démettre comme confidentiaire (0 du titre d’abbé de Saint-Riquier, et le conféra le 24 mars 1628 au cardinal de Richelieu , qui fut accueilli avec les témoignages d'une grande joie, dans l’espoir que ce puissant personnage rendrait à cette Abbaye son ancien lustre , mais il n’en résulta pour elle d’autre avantage qu’une stérile illustration. Le Cardinal mourut le 4 décembre 1642, âgé de 58 ans. Il eut sa sépulture dans l’église du collège de Sorbonne, qu'il avait fondée,

6i°. Charles II d’Aligre. Il était fils et

(1) Celui qui possède un bénéfice en confidence pour un autre.

llli CHRONOLOGIE DES ABBÉS

neveu de chanceliers de France, et lut pourvu de cette Abbaye en i643, à l’âge de dix-sept ans. Ayant reçu ses bulles d’institution le i3 septembre 1 644 ? il en prit possession le i4> et introduisit dans son monastère la réforme de Saint-Maur en i65g. D’après l’exemple et les instances du pieux abbé de Provins , son frère, il entra dans le louable dessein des religieux, pour le rétablissement de l’église et de la maison. Pour en faciliter les moyens il abandonna quatre années des revenus de sa manse. Il mourut à Paris, le 20 mai 1695» Placé au rang des principaux bienfaiteurs , la mémoire de Tabbé d’Aligre vivra éternellement dans cette maison.

62°. Daniel de Cosnàc , archevêque d’Aix, obtint l’abbaye de Saint-Riquier le 8 septembre 1695. Le 6 octobre de la même année il consacra le grand autel, et mourut le 18 janvier 1708. Les religieux eurent un grand procès avec ses héritiers et ses économes et le gagnèrent.

63°. Léon Molé. Cet Abbé appartenait à une famille qui s’est illustrée dans la magistrature. Il était fils de Louis Molé , président

a mortier au Parlement de Paris. Il s’occupa avec zèle des intérêts du monastère, et laissait entrevoir les plus heureuses espérances, lorsque la mort l’enleva de ce monde le 24 juillet 1716. Il fut enterré dans l'église des religieuses de l’Ave-Maria , à Paris.

64°. Charles-Fràinçois de Chateaukeuf

DE ROCHEBONJNE. Il fut d'abord évêque de Noyon , puis transféré sur le siège de Lyon en 1731. Nommé abbé de Saint-Riquier en 1719 , il n’en prit possession qu’en 1727. Le 29 mars 171g, un incendie causé par la foudre réduisit en cendres une partie de la maison. Cet Abbé mourut à Lyon, le 28 février 1740? âgé d’environ 70 ans. Après son décès l’Abbaye fut mise en économat.

65°. Guillaume-Marie de Sanzay, vicaire-général de Chartres, obtint la commande de cette Abbaye par nomination du roi en date du 24 avril 1745. Après sa mort, arrivée en 1767, l’Abbaye de Saint-Riquier fut mise en économat jusqu’en 1789 , époque k laquelle Louis XVI donna le revenu de la

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