‹ Description historique de l'ancienne abbaye royale de Saint-Ríquier en Ponthieu; suivie d'une notice ... de l'église de Saint-Vulfran d'AbbevilleChapitre 15 sur 17 · REQUIESCANT IN PACE · texte numérisé non relu

REQUIESCANT IN PACE

LEUR ÉPITAPHE, DETRUITE EN 1793, A. ETE RÉTABLIE EN 1 835 PAU Mr. CHARLES- JEAN LEVESQUE DE NEUVILLETTE ,

DESCENDANT D’UN FRERE DE Mr. BRIET.

C'est le Mayeur Briet qui fit construire le bas-côté sous lequel il a été inhumé avec sa femme.

L’église de Saint-Vulfran , à la prière de M* Charles Renouard , député d’Abbeville, a obtenu du gouvernement, en 1 834 9 un tableau remarquable représentant Jésus-Christ au Jardin des Oliviers, dû au talent de madame Dehérain , fille du savant médecin M. Lerminier, que cette ville compte au nombre de ses illustrations. Ce tableau est placé sous le bas-côlé du chœur, à gauche, près de l'épitaphe du Mayeur Briet.

Dans la dernière chapelle du bas-côté de la nef, à droite, dite de Saint Jean, se voit, audessus d’un confessionnal, un bas-relief en marbre noir de Dinant, enchâssé dans un cadre en pierre d’ardoise, et représentant un homme et une femme agenouillés avec leurs enfans, à la tête et aux pieds de Jésus-Christ, mis au tombeau par Nicodême et Joseph d’Arimathie , en présence des saintes femmes, qui apportent des parfums pour l’embaumer. Au-dessus de ce tableau est gravée l’épitaphe suivante , en caractères gothiques :

DE SAINT-VULFRAX

(Üu-îrenant .gisent Jetait le ftassrnr (0 rit t)i-

umi et iremisièle 3rl)antie frssopièrr sa femme, lesquel? ont foniré en crstr rappelle une basse-messe perpétuelle que iMesseignenrs Doprn rattotne et le cure tir Saiut-tlirolai ire f (Eglise ire céans, cl) as mit h sou tour sont tenus ire irirr et célébrer par l’un ïr’rnlr cl)a$cun jour incontinent après et messe au jour ftuèe et trespassa leîrit îrljan le xii jour im mois îte «tau Tan ire grasce mil quatre cens xxx un 1 et lairitte iremisièle 3et)anne trespassa le xix jour iru mois ir’ octobre Tau ire grasre mil quatre cens et l)uit. ijprie? pour leurs âmes.

Au-dessous de ce bas-relief on lit la maxime suivante :

JDieu soit loe ire tout et tant faire le mirnlr coupent,

La date de l’épitaphe de ces deux époux indique que ce monument a été transféré de l’ancienne église dans celle-ci ; on ignore s’il

(!) tes litres de noblesse de Jean Le Vasseur ont etc grattes à la suite des évènemens de la révolution de 1789.

en a été de même de leurs dépouilles mortelles. Il est à regretter qu’il ait souffert quelques mutilations dans ses différens déplace^ mens.

Jeanne Lessopière (l> , épouse de Jean Le Vasseur, descendait de Jean Lessopier, châtelain dç la Broie , qui donna rhospitaüté à Philippe de Valois, après la fameuse bataille de Crécy,en i3/j.6. Le monarque, accompagné de plusieurs gentils-hommes, désespéré de s’être vu arracher la victoire par l’indiscipline de son armée, arriva au château de la Broie, vers minuit, blessé et harassé de fatigue. Le vieux châtelain parut sur les créneaux et lui demanda qui il était. Ouvrez , ouvrez , châtelain y répondit Philippe, c’est l infortuné roi de F rance ; le pont-levis s’abaissa , et après s’être reposé un moment, le monarque pçitla route d'Amiens et revint à Paris.

On sait que c’est dans cette église que l’on transféra le crucifix qui fut profané et mutilé à Abbeville , dans la nuit du 8 au 9 août 1 7 65, par le chevalier de la Barre , Gaillard d’Etai-

(l) Les noms propres étaient alors féminisés. Ainsi, la fille de Jacques Leroux, se serait appelée, Jehanne Lerousse, etc., etc.

DE SAIXT-VULFRAX.

loncîe, et autres jeunes gens , délit jugé avec une impitoyable barbarie , et dont l’imprimeur Devérité a donné la relation (0.

Parmi les curiosités que possédait autrefois l’église de Saint-Vulfran , on distinguait une ancienne tapisserie qui décorait le pourtour du choeur. Cette tapisserie de haute lice, sans doute sortie de la manufacture d’Arras ((l) 2) , avait quatre pieds de hauteur sur quatre-vingts pieds de longueur; elle se composait d'une suite de tableaux représentant les actions prin-

(l) Voyez Recueil intéressant sur V affaire de la mutilation du Crucifix d’ Abbeville , et sur la mort du chevalier de la Barre ; Londres ( Abbeville), 1776, un vol. in-12, réimprimé à Paris, en 1825. — Voyez aussi la nouvelle Histoire d'Abbeville, par M. Louandre, page 407.

(•i) L’histoire des manufactures de tapisseries, comme partie décorative des temples, des châteaux et des hôtels , offre assez d’intérêt pour être l’objet d’un travail particulier. Le fait le plus ancien que l’on cite communément pour prouver l’antiquité des fabriques de haute lice de la Flandre et de la Picardie, est celui du prince Jean, fils de Louis de Male , et de Marguerite comtesse d’Artois , qui , ayant été faits prisonniers par les turcs, en 1396, donna au sultan Bajazet, outre le prix de sa rançon , une pièce de tapisserie exécutée à Arras , et représentant une des batailles d’Alexandre. La grande quantité de tapisseries, de tapis et de portières qu’on remarquait à l’abbaye de Saint-Denys près Paris, à celle de Saint-Vaast d’Arras , dans diverses églises de la Picardie , de la Normandie , du Mans , etc. , aux douzième , onzième et neuvième siècles, doit faire présumer qu’il existait des manufactures peu éloignées. Divers passages prouvent que ces tapisseries ne venaient pas toujours de l’Orient.

238 DESCRIPTION DE L’ÈGLÎSE

cipales et les miracles de Saint Vulfran , archevêque de Sens. D’après l’inspection des costumes des personnages et le style de l’architecture, ainsique celui des rimes placées sous chaque sujet , il était facile d’assigner l’époque de son exécution aux règnes de Charles Y II ou de Louis XI. Celte tapisserie contenait vingt-six tableaux de différentes proportions, dont onze représentaient les actions de la vie du saint patron de cette église ; les miracles opérés , dit-on, après sa mort, étaient figurés dans quatorze tableaux. Les figures de cette tapisserie étaient d’un style aussi médiocre que les rimes placées sous chaque trait d’histoire ; elles ont été imprimées avec une courte description de cette tapisserie, dans Y Almanach de Picardie, de 1785, page 72 et suivantes. Cette vieille tapisserie a fini par tomber en lambeaux.

Le registre des comptes de l’hôtel de ville ^ du 29 décembre 1 4^4 5 atteste par le fait suivant que la fête des innocens était en vigueur dans l’église de Saint-Vulfran à cette époque : <r A l’Euesque des Innocens de l’église collé- » gial Sainct Wlfran en icelle ville, la somme » de XX solz à lui payée.... pour aidier à » faire sa feste. »

DE SAINT-VULFRAX.

Madame, duchesse de Berri, dont le passage dans cette ville a été marqué par des actes de bonté et de bienfaisance , a visité cette église le 24 août 1825 , et est montée sur les tours pour jouir du coup d’œil de la ville et de ses environs.

La sacristie , qui a son entrée sous le bascôté du chœur, à droite, n’offre de remarquable qu’une ancienne armoire en menuiserie, ornée de sculptures, et dont l’exécution soignée paraît appartenir à la fin du seizième siècle; sous ce rapport elle mérite de fixer l’attention des amateurs.

Parmi les châsses., reliquaires et autres objets curieux d’orfèvrerie que renfermait le trésor de cette église, avant les troubles révolutionnaires de 1789 , on distinguait principalement la châsse de Saint Vulfran , exécutée sur le modèle de la nef de cette basilique , ornée de ses arcs-boutans et de ses clochetons. Cette châsse était entièrement couverte de lames d’argent, pesant 1 4^ marcs, et enrichie d’ornemens en or ; il fallait huit hommes pour la porter. Le jour de la fête de l’Ascension, on la déposait dans une chapelle décorée de verdure , élevée au milieu du marché , oii elle

2ft0 DESCRIPTION DE L’ÉGLISE

restait jusqu’au lendemain. Avant de sortir de l’église 4 un massier du Chapitre s’avançait sur le parvis, et criait trois fois : Hallencourt ! Ce cri d’appel n'était plus que le souvenir et le dernier vestige d’un ancien usage dont voici l'origine. En 1199, un seigneur d’Hallencourt restitua à l’église de Saittt-Vulfran une dime qu’il avait usurpée; les chanoines le récompensèrent pour cette action en lui réservant le droit de porter la châsse. Depuis cette époque, les châtelains d’Hallencourt, ainsi que quelques autres fieffés nobles, tous vassaux du Chapitre, se faisaient un honneur de porter le corps du saint patron, et de rester en armes pour le garder pendant la nuit. Ces nobles chevaliers , leurs domestiques et leurs chevaux étaient nourris par les chanoines; mais dans la suite ils cessèrent de se présenter.

Les jeunes gens de la ville (0, et plus tard de notables bourgeois, les remplacèrent. Vers le milieu du dix-septième siècle, les chanoines

(1) Dans les comptes tle la ville de 1441, on lit l’article suivant: » Aux jones filz de bourgeois de ceste ville, la somme de XXIIIl solz » parisis, pour aler boire ensemble, après qu’ilz furent retournez » d’une procession générale, San ils portèrent la Fierté de Monsieur » Saint Wlfran. » On trouve une foule d’articles semblables dans les registres des quatorzième, quinzième et seizième siècles.

de Saint-Vulfran cédèrent h des particuliers diverses portions de terrain dans leur cimetière pour y construire les misérables bicoques qui interceptent et obstruent les abords de Féglise. Le titre de concession porte que ces particuliers seront tenus de veiller à la sûreté de la châsse , lorsqu’on la descendra pour l’exposer h la vénération des fidèles , et qu’ils paieront en outre un surcens annuel.

Le chef de Saint Vulfran était renfermé dans une autre châsse en argent , en forme de buste, représentant la figure du Saint, enrichie de diamans , de pierres gravées , de pièces de monnaie d’or et d’argent , etc. Un écusson émaillé aux armes de France et d’Angleterre, dont cette châsse était ornée, fait présumer que ce monument d'orfèvrerie , aussi précieux par la richesse de la matière que par son ancienneté, avait été exécuté pendant l'occupation de la France par les Anglais , sous les règnes de Charles VI et de Charles VII. En 1793 , ces reliques , après avoir été dépouillées de for et de l’argent qui les couvrait, furent enterrées dans l’église de Saint-Vulfran , et restèrent dans ce lieu jusqu’en 1795, époque b laquelle elles furent exhumées et transportées chez Je sieur Barthé-

lemy Hecquet, ancien chapelain de Saint- Vulfran , et alors instituteur. Transférées ensuite chez M. Daboval, en i8o3, l’authenticité de ces reliques y fut constatée, et on les reporta processionnellement dans Féglise paroissiale , où ? placées dans une nouvelle châsse, elles furent exposées à la vénération des fidèles.

Le 16 octobre i835, les reliques de Saint Vulfran ont été déposées dans une nouvelle châsse de bois doré , beaucoup plus élégante que la précédente, et le dimanche 18 du même mois, une procession générale, à laquelle on remarquait cette châsse portée par quatre ecclésiastiques , a été faite dans la ville, au milieu d’un grand concours de peuple de la ville et des faubourgs.

Cette châsse est surmontée de la figure du saint patron, placée sur une masse de nuages, et les angles sont décorés des quatre vertus cardinales.

Lors de l’ouverture de la châsse précédente, on a retrouvé deux anciens titres , écrits sur parchemin , l’un de Richard , évêque d’Amiens, et l’autre de Guillaume III , comle de Ponthieu, constatant tous deux que les reliques de Saint Vulfran, avaient été remises dans sa châsse h Abbeville, par ce prélat, en présence

DE SAINT-VULFRAA.

du comte, en 1205. On y a également retrouvé le manuscrit sur parchemin contenant la vie de Saint Vulfran , écri.e par Jonas, religieux de Saint- Wandrille (0.

fois les efforts que firent les habitans d’Abbeville, secondés par la munificence royale, pour l’ériger, et les causes indépendantes de leur volonté qui s’opposèrent k son achèvement , et que l’on attribue communément aux guerres civiles et religieuses. Dans son état actuel, il offre une preuve incontestable du zèle et des soins que le respectable pasteur et les administrateurs de cette église portent k son entretien et à ses embellissemens, en faisant réparer ce que le temps et les outrages du vandalisme ont détruit.

(l) Celle vie a été insérée, par dom Mabii.lon, dans le lome I [ t des Actes des Suints de V ordre de Saint Benoît.

Quel que soit l’état d’imperfection dans lequel se trouve cet édifice , il attestera tout k la

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