‹ Description historique de l'ancienne abbaye royale de Saint-Ríquier en Ponthieu; suivie d'une notice ... de l'église de Saint-Vulfran d'AbbevilleChapitre 14 sur 17 · EDIFICAVIT PORTAM DOMUS DOMINI · texte numérisé non relu

EDIFICAVIT PORTAM DOMUS DOMINI

Ces portes , contemporaines de celles de l’église des Jésuites (Saint-Louis, Saint-Paul) à Paris , avec lesquelles elles ont beaucoup de ressemblance, se ressentent de la pesanteur dans laquelle était tombée la partie décorative de l’architecture ; la lourdeur des profils des moulures en offre une preuve incontestable.

Les trois portiques sont surmontés de trois frontons aigus, découpés à jour, et dont la partie supérieure était ornée d’écussons armoriés, savoir : sur celui du milieu se voyaient les armes de Louis XII ; & droite de la façade, celles de Georges d’Àmboise , son principal ministre ; et sur le fronton situé à gauvhe , l’écusson aux armes des majeurs de la ville (0.

Au-dessus de l’écusson du fronton central se

(l) Dans les comptes des Argentiers delà ville ( 9 décembre 1504 ), on lit: « qu’il fut donné à Jehan Ricquier, paintre, la somme de quarante » solz, pour sa paine et sallaire de avoir paint d’or et d’azur ung escu » de pierre des armes et blason d’icelle ville, lequel est mis et posé au- » dossus de l’un des portaulx., de l’église collégial de Sainct-Wlfran. »

voit Dieu le Père , assis , tenant son fils crucifié entre ses genoux , qu’il présente aux hommes comme modèle , et dont l’ensemble devait originairement offrir le mystère de la Sainte Trinité , avant que le Saint-Esprit, sous la forme accoutumée d'une colombe, n’ait totalement disparu. Immédiatement au-dessus de ces frontons est une galerie bordée d’une balustrade à jour formée d’entrelacs. A cette hauteur se borna pendant plusieurs années l’élévation de la façade ^ lorsque Louis XII, supplié par la ville, donna l’ordre à son ministre de la faire achever , ce que semble indiquer la différence de style qui existe entre ces deux parties. Au lieu du grand vitrage circulaire vulgairement appelé rose ici c’est une fenêtre à compartimens et meneaux en pierre qui occupe le centre de la façade. Le point central de cette fenêtre est orné de l’écusson en pierre, aux armes du donateur, que l’on croit être Fun des capitaines de la milice bourgeoise, nommé Deslaviers , qui vivait en 1609 * et devint conseiller du roi. Cet écusson porte de sable à la face d’argent ^ chargée de trois hures de sanglier posées en bande à trois croix d’or en chef et trois en pointe , au franc quartier d’azur,

fretté d’argent 0). Le défaut de renseignemens positifs nous a fait hasarder cette conjecture à cause de l’identité du nom de ce capitaine de la milice bourgeoise, avec celui de l’un des membres de la famille Delaviers, ou Deslaviers , qui fut reçu noble en 1606, par le corps des maréchaux de France, et dont l’écusson est absolument le meme que celui de la fenêtre ci-dessus décrite.

Au-dessus de cette fenêtre règne une galerie de communication entre les deux tours , bordée d’une balustrade à jour et formant une riche ceinture horizontale. Le pignon du grand comble de la nef, qui surmonte la partie centrale de la façade, est décoré de trois statues d’une grande proportion, placées dans des niches , surmontées de riches dais et représentant la Sainte Vierge , ayant à sa droite Saint Vulfran et à sa gauche Saint Nicolas, l’un des patrons primitifs d’Abbeville, reconnaissable aux jeunes enfans placés dans un baquet. Ces deux statues sont placées un peu plus bas que la Vierge. Le pignon est surmonté d’une croix en pierre. De chaque côté du pignon s’élèvent

(l) Armorial manuscrit des familles nobles du Ponthieu , appartenant à M de Bommy.

DE SAINT-VULFRAÎV.

deux tours de forme quadrangulaire ouvertes sur chaqueface, dedeux fenêtres garnies d’abatvents à double rang , terminées par des platesformes couvertes en plomb et bordées d’une balustrade à jour beaucoup trop basse. Les deux angles du devant des tours , les plus rapprochés, sont surmontés de deux tourelles octogones et pyramidales ; celle à gauche sert d'observatoire au guetteur chargé par la ville de veiller aux incendies!1). Si les regards sont satisfaits du bel ensemble de cette façade, on regrette avec raison que l’architecte n’ait pas rejeté en arrière , et sur les faces latérales la cage de l’escalier, dont la saillie la dépare et se trouve en désaccord avec les diverses parties de son système de décoration : c’est une loupe au visage.

Dans la tour du côté de l’Est sont suspen-

(l) Dans le Registre des Argentiers de la ville, année 1433. on trouve les details suivans sur les obligations que ce guetteur avait alors à remplir durant les courses des Anglais dans le Pontliieu :

tt 10.A Jehan Pohier, guette du cloquier de Sainct-'Wlfran.XXXVIl » liv. parisis à lui payées, pour avoir esté par chacun jour durant » l’an...» ou dict cloquier, depuis le matin jusqu’à vespres , pour son- » ner une des cloques.. . quant il veoit venir.... gens à queval vers la » ville , afin que chacun fust sur sa garde , et pour la seurelé de le ville » vers les portes et places où il appercevoit les dics gens à queval , et » qu’il monstroit par signes sur les plongs du dit cloquier,. »

dues quatre cloches fondues en 1824, par le sieur Gorlier , fondeur à Frévent. La plus grosse du ton d’ut, pèse 4?°00 livres C1).

J'ai déjà dit que les dehors de cet édifice étaient obstrués de tous côtés par une multitude de maisons qui l’environnent, et ce n’est qu’en pénétrant dans l’intérieur des cours de ces habitations que l’on peut parvenir à en saisir l’ensemble et les détails. Les murs latéraux de ce temple sont contrebutés à l’extérieur par trois doubles arcs-boutans de chaque côté, surmontés d’obélisques pyramidaux enrichis d’ornemens de sculpture. Deux galeries bordées de balustrades découpées à jour régnent à l'extérieur et facilitent aux curieux les moyens de l’examiner sous ses divers aspects. La première est pratiquée au-dessus des voûtes des chapelles et la seconde est placée au bas du grand comble, dont elle reçoit la chute des eaux pluviales, qui prennent leur écoulement par des tuyaux de descente. Dans la balustrade centrale de la première galerie , du côté du

(t) Ces cloches sont loin d’égaler en harmonie celle de Saint- Jacques de la même ville, fondue en 1737 par Louis Le Guay, fils de Florentin Le Guay, qui fondit, en 1685, le bourdon de Notre-Dame de Paris, le plus beau corps sonore qui existe.

nord, sont sculptés sept bustes que la tradition du pays dit être ceux des architectes ou entrepreneurs qui ont successivement dirigé les travaux de cet édifice : ces bustes sont grossièrement exécutés. Le comble en ardoise du corps de l’église est surmonté d’un faîtage à jour , formant une riche dentelle exécutée en plomb. La construction de cet édifice n’a pas été poussée plus loin que le mur transversal de la croisée ; l’extrémité du côté de FEst est flanquée par la tour dite de Saint- Firmin ; cette tour dont la base est baignée par un bras de la Somme , a éprouvé un tassement assez considérable, et surplombe de manière à faire craindre qu’elle n’entraîne dans sa chute le mur latéral de la croisée, quels que soient les tirans en fer armés d’ancres que l’on y a placés ((i) * * 4).

Les fenêtres des chapelles sont surmontées de pignons â jour dont les extrémités sont ornées d’une suite d’écussons armoriés et fleurdelisés , de plusieurs des bienfaiteurs de

(i) Le lézardement qui s’est opéré dans cette construction est égale-

ment attribué aux causes suivantes : io. à l’imprudence des chanoines ,

qui j un jour de fête publique , firent tirer le canon de dessus la plate-

forme de la tour j 2°. à l’explosion du magasin à poudre, en 1773.

cette église. Le choeur n’est qu’une longue chapelle , formant appendice à la grande nef, mais dont la voûte est beaucoup moins élevée.

DE SAINT-VULFRA1V.

llfÉMiïïl EHG Ii’ÉGUSQB.

L’intéb.IEUR de cet édifice étant resté incomplet, présente beaucoup moins d’intérêt que sa façade , il n’offre aux regards des amateurs qu’une nef, deux bas-côtés et six chapelles d'une structure régulière , élégante et hardie , dont les voûtes en ogive présentent plusieurs sections formées par le croisement des nervures disposées en différens sens. Voici les dimensions de cette église qui n’ont point encore été données.

La longueur totale du vaisseau est de 210 pieds, depuis la porte d’entrée jusqu’au fond du choeur qui en fait le prolongement ; sa largeur, du mur d’une chapelle à l’autre, est de 96 pieds ; la hauteur des maîtresses- voûtes présente entre elles quelque différence , savoir : celle de la voûte qui correspond à la seconde travée , est de pieds 2 pouces , et la

hauteur de la voûte de la quatrième travée , est de 92 pieds 9 pouces. La longueur de la nef, depuis la porte principale jusqu'à celle du chœur, est de 92 pieds, et sa largeur , de l’aplomb d’un mur de face à l’autre , est de 24 pieds 6 pouces. Le chœur a de longueur 118 pieds, et les bas-côtés ou collatéraux ont 21 pieds de largeur.

Les amateurs d'histoire naturelle remarqueront en entrant sous le bas-côté à gauche , un caïman, ou espèce de crocodile d’Amérique, attaché au mur de face, et sur lequel le peuple toujours ami du merveilleux, à défaut de renseignemens certains , a brodé un conte aussi absurde que ridicule. Tout porte à croire qu’il a été placé là comme un ex-voto , offert à cette église à la suite de quelque voyage de long cours. 11 existe plusieurs exemples de semblables offrandes (0. Ce caïman a 4 pieds 6 pouces de longueur.

(l) Avant l’année 1780, on voyait un semblable caïman dans la cathédrale d’Angoulême. Les temples ont renfermé en quelque sorte dans tous les temps et dans tous les lieux, les premières collections d’histoire naturelle ; les voyageurs s’empressaient d’y déposer les objets rares et curieux qu’ils avaient rapportés. On voit , sur les médailles, des poissons suspendus aux temples de Neptune; des bois de cerf étaient attachés aux portes de ceux de Diane. Le carthaginois Hannon consacra aussi, dans le temple de Junon, une peau de gorgone, qui n’était proba-

DE SAIXT-VTLFRAX.

Sur le grand vitrage du bas-côté à gauche en entrant, sont figurées des croisés de cardes, espèce de cardes formées de chardons entrelacés, et des forces de tondeurs ; témoignage évident de la part que prit cette corporation dans la construction de cette église , à laquelle elle paraît avoir fait don de cette vitre. Avant que l’intérieur n’eut été blanchi, on lisait, dit-on, sur le mur septentrional de la nef, la date de sa construction : M. D. Dans les vitres des premières travées de la nef à gauche du spectateur , se voient des balances dans lesquelles sont placées des gibecières ou escarcelles : ces attributs sont ceux de la confrérie des épiciers et des merciers réunis sous le meme patronage , et auxquels on doit le don

blement que celle de quelque singe africain. On voyait autrefois, dans tVglise de l’ancienne abbaye de Saint-Denys, plusieurs côtes de baleine. Une semblable côte était suspendue à la voussure du portail central de la façade de l’église cathédrale de Laon ; le peuple l’appelait VOs qui pend. A Sycione, on conservait aussi , sous le portique du temple d’Esculape, un os de baleine d’une grandeur prodigieuse. Sur les voûtes de l’église métropolitaine de Reims, se voyaient également deux côtes de ce cétacé. A la voûte de l’une des coupoles de la cathédrale de Cordoue, en Espagne, est suspendue une dent d’éléphant ; la tradition du pays dit que cette dent avait appartenu jadis à l’un de ces animaux qui étaient particulièrement employés à porter les pierres et autres matériaux pour la construction de cette église, précédemment mosquée. Swinburne. Voyage en Espagne. Paris, 1787 , page 583.

de ces vitres, de même que les suivantes sont dues aux libéralités des couteliers ou tailleurs , ce qui paraît indiqué par les paires de ciseaux qui y sont représentés. La date suivante : 1555 , inscrite dans le vitrage de la seconde travée de la nef, est celle de l’exécution de ces vitraux qui , du reste , ne présentent aucun sujet de peinture, qu’une espèce de lanterne ou petit monument d'architecture placé dans la dernière vitre de la nef à gauche , ainsi qu’un coffret ; ces objets sont sans doute destinés à rappeler que cette vitre fut donnée par les corporations des orfèvres et des vitriers de la ville (*).

Dans ce concours général des différentes classes de la société, soit nobilière soit plébéienne, toutes dirigées par la même pensée et vers le même but, chacune y est représentée d’après un système d’égalité chrétienne, par l’écusson de ses armes, ou par les ustensiles ou les attributs de sa profession, honorables blasons de son industrie, ou enfin par l’image du saint patron dont elles invoquaient la pro-

(l) L’une des causes auxquelles on doit attribuer la destruction de la majeure partie des vitres peintes de celte église , est l'explosion du magasin à poudre , qui eut lieu le 2 novembre 1773.

DE SAINT- VüLFBA'X.

teclion. Chose admirable que ces généreux efforts et ce zèle qui réunissaient les âmes dans une doctrine et une espérance communes, pour mériter chacune par ses oeuvres les récompenses que le Ciel promet aux justes ! Toutes les clefs des voûtes de la nef et des bascôtés sont décorées des écussons armoriés des bienfaiteurs de cette église: i°. La clef centrale de la grande voûte qui avoisine la croisée du fond de la nef est ornée de l’écusson de France à trois fleurs-de-lis d’or ; 2°. sur la meme ligne à gauche , même écusson avec une bande de gueule ; 3°. un écusson écartelé de deux fleurs-de-lis d’or et d’hermines , ce sont les armoiries de Louis Xil et d’Anne de Bretagne , son épouse ; 4°* c lof de la

deuxième travée est décorée d’un écusson semé de trois fleurs-de-lis et d’un dauphin, sur deux des quartiers dont l’un est en chef et l’autre en pointe : cet écusson est vraisemblablement celui de François, dauphin de France, fils de François Ier, ou de Henri son second fils. Au centre de l’une des nervures croisées de la même travée se voit un écusson aux armes d’Abbeville et de Ponthieu , qui est d'azur au chef de trois fleurs-de-lis et trois bandes d'or, à la bande de gueules que la ville

obtint de Charles Y, comme un témoignage de sa fidélité à la couronne (0. Sur la clef de la nervure du troisième arceau est un écusson aux armes de Lo uis XII et d’Anne de Bretagne. La clef de la première nervure de la troisième travée est une figure en pied de Saint Vulfran, archevêque de Sens^ revêtu de ses ornemens pontificaux. Sur celle de la nervure centrale de la troisième travée se voit un écusson aux armes de la maison d’Orléans. La clef de la nervure croisée de la quatrième travée offre un écusson aux armes d’Abbeville , désignées ci-dessus. Enfin sur la clef de l’une des nervures de la cinquième travée , avant l’œilde-boeuf de la voûte, est une figure représentant un chevalier revêtu d’un costume riche et élégant : on croit que ce personnage représente Saint Georges , patron des mariniers ; ce qui paraîtrait confirmer cette opinion , c’est

(i) Ce fut le 19 juin 1309 que Charles V, en considération delà

ferme constance, la vraye obéissance et la loyauté des bourgeois et habitons d’ Abbeville , en signe de plus grande union et parfaite dilcclion , octroya que iccux , Maycurs Eschevins 3 bourgeois et habitants en corps et en commune , puissent porter au-dessus des armes de Pontieu, urt chef des armes de France: C’est à savoir d’azur, semé de fieurs-de-lis d’or, soit en leurs bannières,, soit entre autres enseignes , et aux sceaux de ladite viile. Introduction à V histoire générale cle Picardie , par dom Grenier. Dépôt des manuscrits delà bibliothèque du Roi.

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que sur la clef de la nervure opposée est un écusson chargé de trois poissons d’argent et de trois fleurs-de-lis en pal, qui est sans doute celui de cette corporation.

Au-dessous des fenêtres de la nef de chaque côté règne une galerie ou tribune bordée d'une balustrade avec entrelacs où Ton voyait flotter autrefois les anciennes bannières de plusieurs corporations d'arts et métiers de la ville*

Le buffet d’orgue, placé à l’entrée de la nef sur un plancher assez grossièrement construit en charpente, provient de l’église paroissiale de Saint-Georges d’Abbeville, ainsi que la chaire et les stalles disposées sur deux rangs de chaque côté du chœur.

Près du maitre-autel sont placées , sur des piédestaux peints en marbre vert de mer , deux statues en marbre blanc , dont l’une , à droite , représente M. d’Orléans de la Motte, évêque d’Amiens et abbé commendataire de Valloires, et l’autre , à gauche , Saint Bernard sous les traits de dorn Comeau , prieur de cette Abbaye, tous deux revêtus du costume de leur état. Ces deux statues décoraient avant les évènemens de la révolution de 1789 l’église de l'abbaye de Valloires, d’où elles ont été transférées dans celle d’Abbeville, d’après les récla-

mations de M. Devérité, imprimeur de cetle ville. Elles sont dues au ciseau du baron de Phaffenhofen , qui, alors exilé en France par suite d'un duel, vint se réfugier à Abbeville et trouva , dans Fart statuaire qu’il cultivait avec succès , une ressource contre son infortune. Ces deux statues sont d'une belle exécution et fort estimées des connaisseurs.

Le grand autel a été reconstruit à neuf dans le courant de l’année i83i W. Avant cette époque le coffre de l’autel était décoré sur le devant d’un tableau peint sur bois et divisé en trois parties, représentant le Jugement dernier et la Résurrection générale. Jésus- Christ était placé au milieu entre la Sainte Vierge et Saint Jean, et entouré des douze Apôtres , de tous les Saints et des Anges, placés selon l'ordre et le rang de la hiérarchie céleste. Aux deux côtés se voyaient deux Anges sonnant de la trompette, et plus bas un homme et une femme tirés de leur tombeau par un autre Ange qui semblait vouloir les conduire devant le souverain Juge. Ces deux

(l) Duranl le douzième siècle, et depuis, les individus soupçonnes d’avoir dérobé bien d’autrui étaient obligés de prêter serment devant l’autel de Saint-V ulfran. Voy* Lettres sur le département de la Somme t par M.H Uuseveï. ; in- 12, Amiens, iS27,page 5.

DE SAIXT-VULFRiYW

personnages sont les deux époux qui avaient probablement fait don de ce devant d’autel, dont l’ensemble offrait par sa composition beaucoup d’inlérét : il est à regretter que depuis Téreclion du nouvel autel il n’ait pas reçu une destination convenable.

Derrière le maître autel est un grand baldaquin , soutenu par quatre colonnes d’ordre corinthien sous lequel on expose la châsse de Saint-Vulfran* U a été totalement doré en 1 833 .

Immédiatement derrière le baldaquin, se voit un autel érigé par un notable d’Abbeville, M. Bail, dont l’écusson bandé* de trois poissons, est placé au-dessus de l’autel

La sépulture la plus remarquable de cette église était celle de Charles Pasclial , seigneur et vicomte de la Queute, inhumé au milieu du choeur de Saint Vulfran, ou chaque année on célébrait cinq messes qu’il avait fondées pour le repos de son âme. Sur sa tombe était gravée l’inscription suivante :

Carolo Pascalio equiti CüTTOE VICECOMITI , HÎC

CONDITO BEAT AM R ESURRECTI ONNEM EXPECTANTI ,

posuit Phiiappus filtus hïspaniæ dominus Abba-

Y1LLÆ PRÆSES.

Les talens de Charles Paschal l'appelèrent à de hauts emplois , et il ne tarda pas à être choisi pour différentes négociations importantes en Pologne , en Angleterre et dans le midi de la France , qui était alors en proie k la guerre civile. Ses services furent récompensés par la charge de conseiller d’état et par une ambassade en Suisse qu’il obtint en i6o45 et où il demeura pendant dix ans. Atteint d’une attaque de paralysie qui le priva de l’usage de ses facultés , il succomba le 25 décembre 1625, dans son château de la Queute, où il s’était retiré (0.

Près du maître-autel est inhumé Antoine Hecquet, doyen du Chapitre de Saint-Vulfran, frère aîné du célèbre médecin de ce nom, mort le 12 juillet 1718. Il s’acquit ( dit Rollin dans son épitaphe ) une estime générale , par la pénétration de son esprit et par son érudition en plusieurs genres de doctrine, et plus encore par son humilité et sa modestie , etc. ^ etc. (1 2)

(1) Biographie d'Abbeville et de ses environs , par M. Louandre , article Paschal, page 557 et suiv.

(2) Louandre. Biographie d’ Abbeville et de ses environs , pages 172 et 175.

DE S ALVT- V ULFRAN.

Le grand vitrage qui éclaire la partie supérieure au fond du sanctuaire, est orné d’un tableau peint sur verre, représentant la création du monde.

La nef de cette église est accompagnée de six chapelles* trois de chaque côté. A gauche sont celles de Saint Louis, Saint Luc et Saint Firmin ; celles placées h droite sont dédiées h Saint Lazare, h la Croix et à Saint Jean , actuellement Notre-Dame de Pitié. Indépendemment de ces chapelles , deux autres chapelles, dédiées à la Sainte Vierge, sont pratiquées au fond de chacun des bas-côtés du chœur; l’une, à droite, était autrefois connue sous le titre de Notre-Dame des Merciers * et l’autre, à gauche* sous celui de Notre- Dame de Lorette. Celle dernière est décorée d’un tableau représentant l’Assomption de la Vierge, peint par Melchior Rey.

Dans la première chapelle h gauche du spectateur, se voit un bas-relief en pierre représentant la Crèche ou la Naissance de Jésus- Christ , enrichi d’arabesques d’un excellent goût. Mais il est déplorable que* sans aucun respect pour les arts et leurs productions , on entasse journellement des chaises dans cette

chapelle; ce bas-relief, l’un des plus beaux ouvrages du seizième siècle , en a reçu de graves atteintes.

Dans la chapelle suivante, dédiée à Saint Luc, un autre bas relief atteste également, par l’état de mutilation dans lequel il a été réduit (pour placer un confessionnal), l’incurie que manifeste l’administration de cette église pour la conservation des objets d’arts qui en font l’un des principaux ornemens. Sur le mur au-dessous du vitrage de cette chapelle, se voit un autre bas-relief représentant l’un des traits de la vie de Saint Gengoul. Préoccupé des graves soupçons d’infidélité qu’avait fait naître la conduite peu régulière de sa femme , un jour qu'il se promenait avec elle près d’une fontaine , il l’invita a plonger son bras dans le bassin de cette fontaine , lui donnant l’assurance qu’elle l’en retirerait intact , si elle était sans coulpe ; elle ne l’eut pas plus tôt fait, que le pauvre Gengoul acquit par celte épreuve la certitude de ses justês préventions , car sa femme éprouva de suite d’horribles souffrances par l’ébulition subite de l’eau dans laquelle elle venait de plonger son bras; ce que le sculpteur a voulu exprimer par la flamme dont il est enveloppé. On sait

DE SAIXT-VULFRAX.

que Saint Gengoul , victime de l’adultère, fut assassiné dans son château d’Àvaux en Bassigny, l’an 760, par le séducteur de sa femme.

Sous le bas-côté du choeur, à gauche, contre le mur , est scellée une table de marbre noir , sur laquelle est gravée l'épitaphe suivante?

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