‹ Description historique de l'église cathédrale de Notre-Dame de ChartresChapitre 5 sur 10 · ÉVÊQUE DE CHARTRES · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE CHARTRES

AVIKOMXEft Iffi Mà1>A,MF, Là DAVPBOŒ.

ONSEIGNEURy

Après une longue viduité ^ t Eglise de Chartres, si célèbre dans les annales de la chrétienté, avoit repris son rang parmi les épéchés de France ; elle sefélicitoit d^avoir pour pasteur , un Prélat digne héritier des vertus de tant dHUusires E^êques, lorsque la divine Providence appela Monseigneur de Latil au siège archiépiscopal! de Heixns^

L'^heureux apvn^iwent de f^otre Grandeur à VEvêché de Chartres ,, est venu calmer les regrets du troupeau

VJ

qui lui étoit confié. Poui^oia^je clièiair , Monseigneur, une circonstance plus fiiporable pour faire paroUre , sous vos auspices y la description de cette vénérable basilique , que nous devons à M. Gilbert, auteur de la Description de l'Eglise métropolitaine de Paris. En konorcfnt cet ouvrage de votre suffrage, c'est en assurer le succès, et offrir à Vauteur la récompense la plus flatteuse de ses travaux^

Quelle douce satisfaction pour moi,de voir votre nom. Monseigneur j décorer le titre d^un ouvrage qui mjanquoit depuis longtemps ! Quelle glorieuse destination il peut recevoir encore d'un Prélat qui, à Vexemple de ses illustres prédécesseurs , se montre le protecteur zélé des sciences, des lettres et des arts!

Daignez, Monseigneur, agréer V hommage de ma reconnoissance , et permettez^ moi de me dire avec respect.

De Fotre Grandeur y

Le très humble et très obéissant serviteur, GARNIER-ALLABRE,

Editeur.

DESCRIFnON HISTORIQUE

DE

Malgré les npmbreux ravages coïnmis à la suite des événements de 1789, la France moins connue que beaucoup de contrées lointaines, possède encore une multitude de monuments du moyen-âge , aussi remarquables par leurs grandes dimensions^ que par le caractère et la richesse de leur architecture. Ces monuments élevés par la piété de nos rois, des seigneurs particuliers, des évéques et des fidèles en général, ont été l;ieureujement préservés de la destruction , par le zèle et la bienveillance de plusieurs citoyens de chaque ville, qui se sont intéressés à leur conservation. De ce nombre est Téglise cathédrale jde Chartres, Fun des temples les plus vastes et les plus imposants que Varchitecture ait produits dans le moyen-âge.

Uétude des monuments de cette période, esC urfe école aussi utile pour Fhistoire de Tart, que pour celle

2 DESCRIPTION HISTORIQUE «t

(le nos «Mvra e| did nof mskges. £Ue nai>s apprend des faits intéressants que nous chercherions en vain dans les écrits du temps* A cette époque reculée où les sciences et les arts étoient en quelque sorte relégués (}ais lf& cloitfef , on n^^voit guère (|uo le secours des pierres et des marhres pour transmettre à la postérité , les faits qui pouvoient l'intéresser ou rinstruii:ew Q^st su^ les murs des, édiQccs rehgieux que le peuple , tant des villes que des campagnes , apprenoit à connoitre les mystères de la Rehgion* Des tableaux peints sur verre du sculptés sur la pierre , parloient continuellement à ses yeux , et gravoient profondément dans sa mémoire les ppéceples qu'il recevoît de la bouche de ses ministres. En plaçant sous les yeux des fidèles^ des traits de rhistoire sainte ou de l'histoire civile, on vouloit rendre phis sensibles les vérités de la Religion ou les principes de la morale. Tel a ét,é le but des différents architectes qui ont dirigé la construction des temples improprement appelés gothiques, çt spécialement de celui de la cathédrale- de Chajtres , dont toutes le3 sculptures et les peintures sur verre , attestent la simplicité des siècles qui les ont prodaitç$ y en nieme temps qu^eUes présentent par la variété des, formes,, Tétat de l'art, aux diflKreijtes «poques qui ont précédé sa renaissance.

L'origine des temples consacrés à la divinité, j^ustiGe le xèle et la persévérance des premiers pasteurs cour la propagation de la Foi. Cette origine toujours enveloppée d'un voile mystérieux , exigé

w DE th cJumÈmiAïJs. de Chartres. 5

wn examen particulier dans, ccfië de l'égUse de CHairtnsi»

Tcntte» Wtradîtkois s^accdrdeid: à placer dans le pays des Camutes ou. des Chartrains , aajourd'hm le dëpartsement d'Ëare-et-Loir , la résidence habi>* tuelle des anciens chefs des* Druides fm préires GaoK lois. C'est dans cette cxyoArée^ qtt'ik avoient établi l'un de leurs principanx collèges } là se trcwrcnt anaii k sancbwîfe consacré à Tex^cice de leuv coite ;. ils j oéléferoient à la renaiœance de Fanilée^ la cërénAUEÎb cb G^d^e^Chéw» ^^ qu'ils alloiest détacher s^ec wa& serpette d'or pour le distribnet en fof tne d.^âreDaes^ ^

Les. Druides demi la doctrine n'est pas par£»te^ meiyt comine^ étoient tout à la foâs^ les! prêtres^ les philosophies^ les littérateurs et les médecins des^au^ eiens Gaidois-^elbes. Us avoient pow principe de ne rien écrire; é^étoit cfae^ eux une loi fondam<eii^ taie de ne point révéler ks mjstères de kiisr sy^éme religieux.. Ces ministres les déroboient k la. con-^

^*' Ze gfii est une plante parasite qui croit sur le efaéne ,. et dont la propriété médicale étoît consicférëe comme l'un des moyens cura tifs de îa médecine des Gaulois*

^ C'est ,^dït-on , delà qu'est venlie la coulfame des Eabitans

pareil )Our y les EguUas, et le peuple chartrain Eguilabi§s ^ pour signifier \e Gui-de-V an-neuf, ^oj. Discours sur la nature et les dogmes de la Religion^ gauloise , par Chiniag de la Bastide ^etc. Paris , 1769 , page 3o.

noissance du vulgaire^ en les enveloppant sous des fables, sur lesquelles ils fondoient les pratiques puériles , superstitieuses ou même barbares de leur culte. Enfin ils réunissoient tout ce qui peut tendre à affermir l'autorité , et à subjuguer les hommes par la crainte et Pespérance.

Les premiers établissements ecclésiastiques ont presque tous été placés dans les lieux où les Druides avoient coutume de vaquer à Texercice de leur culte: voilà, sans doute, ce qui a donné lieu de croire que la cathédrale de Chartres ^ dont la construction primitive remonte a l'établissement du christianisme dans les Gaules , avoit été bâtie sur l'emplacement d'un ancien temple de Druides. Cette assertion ne seroit pas assez convaincante , quand même l'on ignoreroit que c'étoit sous l'ombrage des plus épaisses forêts, que les Druides se livroient à la prière et à la contemplation : ils n'avoient point d'autres temples, et croy oient que d'en élever un, c'eut été renfermer la divinité qui ne. peut être circonscrite.

Plusieurs anciens manuscrits attestent qu'il existoit à Chal*tres un bocage sacré et une grotte sut le sommet de la montagne sur laquelle a été érigée l'église principale ^^', et que les Druides ayant

^*^ On sait que les pierres consacrée^ aux faux dieux ^ les premiers autels , les premiers temples , furent généralement érigés sur des hauteurs. Dans les siècles d'ignorance , Thomme considérant les sommets des montagnes comme des points inlermé-

Appris par une révélation particulière qu'une vierge «nfanteroit pour le salut du monde , y établirent un culte en son honiieur , et lui élevèrent un autd au-^ dessus duqud fut placée Fimage de la mère du Sauveur , tenant son fils sur ses genoux^ avec cette inscription: VfRGiNi PARiTURJE ^^^^ Sans entrer dans plus de détails jsur ce fait apocryphe y qui a donné lieu à de longues et fastidieuses dissertations ^*^ , il

dîaîres entre la terre et le ciel , crut , en s'élevànt , s'approcher de la Dlvînké ;• et par une conséquence naturelle , de simples ^înence^ furent^ dans des pajrs pea montueux, les .lieux dt prédilection pour l'érection. des monuments religieux. \ > ^^ La viUe de Chartres nie^fnt d'ahord composée que de aim** pies grottes , de cavernes , de souterrains creusés et pratiqués sans art dans le flanc de la montagne , au sommet' dé laquelle étoit un bocage consacré aux cérémonies du culte druidique. Ce furent ces ôombreuses excavations , dont la plupart s'ubsis^ tent encore dans les quartiers bâtHs vers Jie. haut et sur le penchant de la colline ^ entre le nord et lé sud, qui servirent de retraite et d'asile aux premiers habi^a^ts, ^^ 'l'*^ > selon toute apparence , ont donné le ne m à cettiC ancienne capitale du pays chartrain. La grotte destinée au culte druidique fut , dit-on , conservée lors ^e la constniction du temple àciuer, et côm= prise .dans le plan de l'église souterraine; c'est dans l'excavatipn qu'elle fprnioit, qiue Fulbertv^. évêqùe de Chartres ,; restaura^ teur de ce temple an conunencement du onzième siècle , avoit lait construire la chapelle delà Yierge^ qui a été . supprimée à l'époque de la Révolution. Voyez Histoire de Chartres et de l'ancien pajs Chartrain y par M. Chevard. Chartres, i8o2» 2 vol. in-8® , tome I , pages g^ ip et 4g-

^^ L'Histoire chartraine, contenant les antiquités de Chartres y. ensemble les antiquités de l'ancien temple et supperbe édifice de '

DESCJIIPTION HISTORIQUE

suffit de dire qo^on peat céusidérer camme une chose certaine que saint Sftyimen et saint Folen-^ tien 9 fondateurs de féglise m^tro^lttaine de Sens ^ vinrent k Chartres , et que saint Aventin leur dis^

Iciple^ qu'on reoonnôit pour le premier évéque de cette ville 9 y jeta les fondements de la preimére église, yen la fin du troisième siède.

Lapersëcution qu'éprouva cette église naissante^ sous la domination romaine^ fit un grand nombre de victimes ; plusieurs furent précipitées dans un ^uit^ vulgairement appelé le Puits des saints Forts ^ en mémoire du généreux dévouement des premiers chrétiens.

Cependant l'exercice public de la Religion chrétienne ayant été autorisé en 3i3 , par Tempereur Constantin I les Char trains nouvellement convertis^ qui s'étoient rassemblés jusqu'alors dans des lieux secrets pour éviter la persécution^ s'empressèrent conjointement avec leur évéque, d'élever un temple k la divinité, sur l'emplacement de celui que nous voyons aujourd'hui. ^^^

^^iPWlP— WP— **w > " "M -1 I n n i

Vif^Use de Nàstr^Dam^ ficelle ville , les souverains des Char^ ttxùns tant au spiriiuel qu'au temporel, et tout ce gui concerna ee qui est advenu depuis leur origine jusqu^A nostre temps ; par Bv Pabc. Ce manuscrit , coté 1 0,694 , est conservé k k Bibliothèque da Roi y parmi ceux d'Antoine Laneek>t. Cest d'après ce manuscrit que Tavocat Boulliaud a composé sa Partkénie^ PiNTARD , Histoire chronologique de la vUh de Chartres. Manuscrit cons6i*vé à Chartres.

^*^ La forme des premières baûtiques chrétiennes éleît simple

Cette première basilique de Chart^res dont, an i^ore bt fomse et Péteodiié^ sabit Je 9ort eoiinnub à la t)lupaTt des édifices i«li§^etix de œt âge;, elle fiit incendiée vers f^tinée I35&, par les Nopménds > qui enttàreïit dahs là ville > ioiis le prétexte d'y re*^ cevoir le bapieoie et de mndre les faonimirs de là sépulture à Hastings lebr chef ^ «qu'ils supposiàient mor t^ et mirent tout à feU et à aaag.

Ayant été réparée par Vétêt[ae Gîisl^hert^.oetle église fut ^^core inceiïdiée en g6a ou 973 , peudani la guerre entre Thibiaiuâ-le-i Tfichbur bomtë de Chatti^^ et Richard dkm de iNonnaiidie: Enfin en l'année ro2o:^ le 7 septembre 5 -mile de bi netivité

et n'offroit dans son plan qu'un paralî^ograrame où caVrîl long, divisé paï deûjc rangs de ébionties en troié êstJàcfeà , dont telul du milieu serVoit de tHff.^La ^las aiicitenue €^i6ë d§ Chartres ^ Goustrmte sur le modèle de ^isec hfesillf ués , ëtok éitriiée d«ns 1^ quartier de la Porte-Châtelet, derrière l'i^ubetge de VJEerUoire , ou se trouvoit l'ancienne et première habitation de l'évêque. Cette église , connue dans les derniers temps sous le titre de la chapelle de Sainie^Mesme, nom qu'elle a communiqué â la rue qui aboutît à la Porte-Châtelet^ a subsisté jusqu'en juillet 1786 , qu'elle s'écwèlaée vétusté. Au-dessus de cetlë ehkpèlle, il e^cistdii jadis tièë^rloirk et Un réfî^tdirë ëdMratitts pbttr \eû prêtres qui là de^s^rroient. De vastes soiiterl-ains tt-ès-bietl vbûiés subsistent encore sods là maison de fëu M. Cf-ochart ; attenante à cette chapelle ; (liette maison dépébdoit originairement du chapitre de Chai-tres. Notice sur t Origine et là Des* cription de l'E^îse de Chartres, par M. Chevurd , itisérée dans T Annuaire statistique du département d'Eure-et-Loir ^ année 1807, P^8^ 0.^1»

a DESCRIPTION HISTORlQtlEr

de la vierge , an incendie dont on ignore la cauie^ et qu'on présume avoir été occasionné par le feu du: eiel^ embrasa en très peu de temps presque toute la ville y sans épargner la cathédrale : il y a appa« rence qu'alors elle n'éloit construite qu'en bois ^^\ Ce troisi^ne incendie arriva sous l'épiscopat de Fulbert. Le premier soin dé ce prélat, fût d'écrire au roi de France , aux autres souverains de l'Eu* -A rope^ aux princes et seigneurs du royaume^ pour I les engager à coopérer par leurs bienfaits^ à la re- V construction de la ville et de son église* Il commença par donner l'exemple , en employant trois années de ses revenus^ et de ceux de la manse capitulaire. La grande réputation dont Fulbert jouissoit à la cour de France , et même dans l'Europe chrétienne , ainsi que la dévotion particulière que tous les peuples avoient pour l'église de Ghartres^ permirent à ce prélat et à ses successeurs^ d'exécuter sur un plan aussi vaste ^ un édifice <jui par son

W Beaucoup d'églises conslroites dansles iixièine, septième et huitième siècles^ ëtoîent en boi*, suivant la manière ordinaire de bâtir. On cnfonçoit en terre de très grands troncs d'arbres scîës par le milieu , en sorte que te cà^é brut était en dehors. Ces. troues , d'une égale hauteur, se plaçoient & peu de dislance les. uns des antres ; on en formoit un tout en remplissant les intervalles de terre ou de mortier. Au dessus étoit un toit couvert de chaume. Ce fut de cette manière que Clovis I fit bâtir Tégli^ caihddrale de Strasbourg , vers le commencement du sixième siècle. Gbandidiek , Essais historiques sur ta Cathédrale de

XtrasbOUre. I^Sa. liv. I nmr» >*

Strasbourg , 1782 , liv. I , page 7.

ordonnance et la difficulté du travail des pierres que Ton y a employées^ a dû coûter des sommes immenses ^^\

Un grand nombre de personnages de la plus haute distinction^ tant de la France que des pays étrangers^ contribuèrent au rétablissement de cette église. Les rois de France, d'Angleterre, de Danemarck; le comte Eudes de Chartres; Richard, duc de Normandie; Gmillaume, duc d'Aquitaine, et beaucoup d'autres seigneurs fournirent des sommes considérables.

A leur exemple les bourgeois, les marchands, les artisans de la ville , enfin tous les habitants du pays Chartrain et des lieux circonvoisins, y contribuèrent suivant leurs moyens; ceux,-ci par leurs cotisations, ceux-là par leurs travaux manuels, ou par des fournitures de matériaux et de vivres pour Jes ouvriers. Les vitraux de cette église sont décorés des emblèmes et des attributs de ceux qui contribuèrent à son rétablissement. On y remarque une quantité d'écussons armoriés et autres signes : chaque communauté d'artisans y est caractérisée par les marques distinctives de sa profession.

^^' La pîerre employée à la constrnctioa de la cathédrale .de Chartres fut tirée des carrières de Berchères, village situé sur la route de Chartres à Orléans. Cette pierre, dénature calcaire, est très dure et reçoit le poli du marhre, mais elle présente des cavités j et le banc n'en est pas fort épais. La carrière dé Berç];ières est la seule qui fournit la ville. Doten, Histoire delà pille de ChaHres, etc. 1786 , 2 vol. in-8* , tome I . page 3a6.

«o DSSCllIPTf(»( HISTORIQUE

On af^eodrîEi saas doute ayec intérêt îti«)u'à quel foimt se portoieot ^ dans àcs grandes entréprises^ la ferveur et la persévérance des fidèles» flugocSBy archevêque de Rouen ^ écrivait en ii45 à Thierry^ évéque d'Amiens , qu'on aToit vu depuis peu à Chartres^ des hommes dé diverses professioàs se Utrer avec zèle aux travaux les plus pénibles^ tirer, eux-métoes l^s chariots et, toutes les voitures nécessaires au tr^sport des matériaux ^ pour la construction de lÀ cathédrale. Plusieurs habitants de Rouen y munis de la bénédiction de l'archevêque de cette ville, avoient été à Chartres augmenter le nombre de^ travailleurs ^ et à leur exemple lés peuples, des autres diocèses de la Normandie. Ces ■^y^gc* et ce« travaux s'entreprenoient dans de saintes dispositions. Les fidèles ne partoient point sans s'être confessés ni réconciliés j ainsi les procès étoioit alors assou{)is. La troupe des pèlerins se cr&it un chef qui , lorsqu'elle étoit arrivée à Chartres , distribuoit à chacun l'emploi qu'il devoît exercer, pour coopérer à la construction de cet édifice ; ce qui édifioit encore , c'est que ces tra» vaux s'exécutoient avec recueillement , et que ceux qui étoient partis malades ( ajoute la lettre de l'archevêque de Rouen) s'en retournoient guéris. Il paroît que ces travaux ne se faisoient que dans là belle saison ; pendant la nuit on mettoit des cierges sur les chariots placés autour de l'église, et Ton veilloit en chantant des hymnes et des cantiques ^^\

^*' Le Beof, Remarques sur le tome VI des Annales Béné*

DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES. tt

Avec de lels «ecoars et un si grand nombre de travaillears , la plupart guidés par le »èle d'une piélé 9u:dente , il étoit probable que ce superbe monument ne devbit pas larder à être promptement achevé* Cependant on ne sauroit se dissimuler^ malgré ce qu'en disent les chroniques et plusieurs historiens de la ville et dé Téglise de Chartres ^^\ que la construction de ce temple, telle qu'on le voit maintenant, n'a pu être l'ouvrage de huit années; ce qui paroîtra incroyable, et même impossible, si -l'on ^X)nsidére l'i^nmensité et les difficultés insurmontables de cette bâtisse, à laquelle on travailloit en** core vers le miUeu du douzième siècle, d'après le témoignage de l'écrivsùn contemporain cité plus haut. Il faut ajouter à cela, qu'indépendamment de l'égUse, il falloit rebâtir la ville , et que rien n'étoit plus urgent que de donherjc couvert aux habitants* Aussi, est-il certain qu'elle ne fut point achevée du

dictines de dom. Mibiixok , publia par dom MARtE kme j ileroure de France, juin lySg^page 1290»

^^^ Chroniques de Chartres Mss. Poème des Miracles dfs la Vierge y écrit vers xo!M) ou io3o, et traduit epi vers français en 1262 , par M' ;Ïeha* lé Marchand , chanoine de Chartres. Parthénie, ov Histoire dé la irks-^vgvste et Irès^dévote Eglise de Chartres , etc. , par M^ ^^ébastien Rovixiaro ; première partie , page i39« Histoire de P auguste 0t vénérable Egfise de Charires , etc. , par Viwcejït Sablon , Cbartrain ; 1 67 1 . Ce dernier ouvrage , qui n'est autre chose qu'un mauvais abrégé de la Parthénie , a eu plusieurs éditions.

la DESCRIPTION HISTORIQUE

teflip's de Fulbert , qui décéda le lo avril 1029 ^''.

Le nécrologe, à la date dç^ ides d'avril, porte que ce prélat laissa par son testament une forte somme en or et en argent, pour la reconstruction de son église, ^i^V/ assoit commencée à réédifier. Peu de temps avant sa mort, cet évéque marquoit à Guillaume , duc d'Aquitaine , qu'ayant été occupé à la restauration, tant de la ville que de V église de Chartres y il n'a voit pu lui écrire, et il ajoutoit qu'à l'aide de Dieu, il awit déjà fait les grottes de cette église : c'est-à-dire, ce qui est compris dans l'étendue de l'église souterraine. Son successeur , Thierry ou Théodoric, animé du même zèle, continua les travaux de cet édifice j mais il n'eut pas la gloire de le terminer ( comme l'a écrit Paul Moine, historien contemporain dté par Doyen ^*^ ) , car il mourut le 16 avril io48 , et fut inhumé à l'abbaye de Saint-Père ^^^ de Gbartses.

Au nombre des personnes qui contribuèrent à l'achèvement de cette basilique, se trouve Jean Cormier ( qu'on appeloit aussi Jean-le-Sourd) , mé-

^*^ Gallia Christiana^ tome VIII, page 11 16. Dom Rivet, Hist. Uuèr. de la France , tome VII , p. 2(54.

^ Histoire de Chartres ^ tome I, page a44.

Ce nom de Père est employé pour celui de Pierre. C'est ainsi qu'à Paris, ]a rue Saint-Père, appelée d'une petite chapelle sous l'invocation de cet ap6lre , a pris le nom de la rue des Saints-Pères. Voy. Roquefort , Glossaire de la langue romane , au mot Père,

DE lA CATHÉDRALE DE CHARTRES. i3

^ecin du roi Henri I, qui, voulant signaler sa piété ^ son amour pour la ville de Chartres ,. lieu de sa naissance, fit bâtir à ses dépens, vers Tannée 1060, le portail méridional, à l'exception du porche formant péristyle au-devant , dont la construction paroît être du milieu du douzième siècle, comme j'aurai l'occasion d'en parler.

Ce fut la princesse Mahaut, veuve de Guillaume-lerBâtard , duc de Normandie , qui , vers Ï088, fit couvrir en plomb, le principal corps de l'édifice, c'est-à-dire, le chœur, la croisée et une partie de la nef.

Il faut ajouter que l'entrée de la nef, le grand portail, et les deux clochers auxquels on travailloit depuis long-temps, ne furent achevés qu'en 1 145 ^^K Avant que ces différentes parties ne fussent terininées , on avoit élevé un mur de refend ds^ns toute la hauteur et la largeur de l'église , afin que les travaux pussent se continuer, sans interrompre ie service divin ^^\

Le projet avoit été de construire les deux clo-

^*' SorcnETj Histoire manuscrile de Chartres 'y Bibl. du Roî, dépôt des manuscrits. Catalogue de Gaignères , coté 665*

^ C'est cp qui a été pratiqué , et ce qu'on voit encore dans l'église de Sainte-Croix d'Orléans , dont la nef n'est point achevée. La première pierre de cet édifice fut posée par Heùri IV,le 1 8 avril 1601. Voy. Description historique de V église cathédrale de Sainte-Croix d'Orléans , par M. l'abbé Dubois, page 10.

ti DËâ€R1¥TI0N HISTORIQUE

chers sur le même dessin ; mais soit que les fonds (lient matiqué^ ou ({u'ilsoît survenu quelque autre obstacle , il n'y eut d'achevé que celui qui esft à droite > appelé le cloclier^vieux. En iSgS ^ la pointe de œ clocher^ fatiguée par Tinjure du temps ^ et menaçant ruine^ fut démolie d'environ ih» {Heîds au* dessous de la pomme ^ et reconstruite i neuf. En 1396, on y a)out£i des cercles de £^^ et depuis cette époque^ cette superbe pyramide a constammenft résisté aux intempéries jusqu'en I754> cfoque à laquelle on y a fait quelques réparaticm^

L'autre clocher ne fut construit en pierre, et de màtte structure, que jusqu'à une certaine hauteur: ce qui lui donna la forme d'une tour carrée, sur laquelle on éleva une Sèche en charpente et couverte ett plomb. Mais le 36 jvâUet i5o6,. jour de saiide Anne, vers ks six heures du soir^ le to«^ nerre en tombant embrasa toute la charpeaite^ et fondiît avec le plomb les %\sl cloches, qui y étoient suspendues. Le feu qui dura jvEsqu'au: Iràdemain ntidL^ étoit si violent qu'il consuma et cdleina une partie delà tour, ou de la plate-forme, construite en pierre de Bercliéres. Il auroit infailliblement embrâfséles combles de Féglise, si l'on n'eut promiptement démoli la partie de charpente et de couverture qui avoisinoit le clocher. Cet accident déterminale chapitre de celte église, aidé des secours de plusieurs princes, seigneurs et particuliers, à faire reconstruire en pierre cette pyramide. Le roi Louis XII donna aooo livres pour cette répara-

DE LA CAtHÉDRALfe DE CHARTRES* i5

tioii^ en i5o^ ^^^ : Yérêqne René d'IHîers y em-*> play« aussi une somme considérable* Pour exciter dayantage la dévotion des fidèles, et poim les en-* gager à contribuer de leurs moyens à ce -jpioax. ouvrage , Féyéque de Gbartres^ icisiitua des coofrëries de NotrenDamedans toutes les paroisses du Diocèse : le Chapitre en fit autant dans les paroisses de sa dépendance. Enfin le cardinal d^Amboise^ dansia vue d'iencourager cette entreprise , accorda des iadul«gences à tous ceux qui voadroient y coopérer.

Jean Texier, dit de £i^^«ice, habitant de Chartres, est Farc^tecte epà. a dirigé et fait exécuter les tra-« vaux de cette belle pyramide qui fait Fadmiration des coanoi^ears^ tant par son élévation t{ue par la hardiesse et la délicatesse de sa structure ; elte fat comn^encée ea i5o7 , et totalement termines' en i5i4- I^ maître entrepreneur gagnoit par jour âx et sepi sols , et ses comps^nons cinq sols ^^.

La ysadi iSL novembre 16747 le £su prit à ce clocher par la faute d'an des veilleurs nommi Gei^ drii^. Pkâieutrs habitants de la ville s'empressèrent d'y porter de prompts secours , et parvinrent à le préserver dn funscste incendie dont il sembioit être menacé^. Le chapitre de cette église, pour con-

^** Ctette somme de 2,000 Kvres seroit évahiée aujourcHiui a 7,86^fr. 4* cent, de notre monnaie.

^ ^ABLow , Histoire dé P Eglise de Chartres , etc. , éd. de 1697 , page 82^..

^ Hetation^ dis taccidisnt arrivé à Chartres , par le feu qui

se DESCRIPTION HISTORIQUE

server la mémoire de cet événement , et afin d'exciter à l'avenir la vigilance des denx honmies chargés de veiller nuit et jour aux incendies^ fit placer dans leur chambre située sur le haut de la tour ^ une inscription gravée sur une pierre attachée au mur. Le 12 octobre 169 1 , il s'éleva un vent impé* tueux qui ébranla la pointe de ce clocher : elle ne fut point renversée , parce que les crampons de fer qui Uent toutes les pierres entre elles ^ la soutinrent ; mais elle fut inclinée dans l'étendue de la pieds au-dessous delà croix. Une des principales causes de cet événement fut la pesanteur d'un soleil de cuivre doré^ formant levier, qui avoit été placé en 168 1, au-dessus de la croix. La pointe de cette flèche fut rétablie en 1692 , en pierre de Vernon, par les soins et sous la conduite de Claude Auge, sculpteur lyonnois, qui Téleva de quatre pieds plus haut qu'elle n'étoit auparavant ^^K La croix fut refaite à neuf^

aurait embrasé toute té^ise, sans la protection toute visible de la sainte Vierge^ par M. Rôb^kt/ archidiacre. CharU*e8, 1676 , in-8*.

^^ Lors de la démolition de la partie de ee clocher qui avoic été endoraraagde , M. Cassegraio , médecin de Chartres, remarqua dans rintërieur des trous de scellement des pierres qui soutenoieot la croix, quelques parties de fer oxidë qui lui parurent avoir la couleur de l'aimant. Il reconnut en effet qtfe cette matière avoit le poids et la qualité de l'aimant minéral. On trouva aussi plusieurs de ces croûtes ferrugineuses autour des diffërens crampons de fer enclavés dans la pierre de Saintheu, dont la flèche de ce clocher est construite; mais il n'y

\et ron remit aù-dessu« le soleil , que Yoix réduisit à 4 pieds de diamètre , afin de lui donner moins de prise aux vents. Depuis ce soleil a été supprimé en entier.

Enfin cette basilique qui a été l'espace de près de cent trente ans à bâtir, ftit dédiée à la sainte Vierge le 17 octobre iîi6o, par Pierre de Maincy , soixante-*' seizième evêque de Chartres , sur la demande de saint Louis, qui obtint en cette considération, des indulgences du pape Alexandre IV, pour ceux qui visiteroient ce temple, le jour de sa consécration^ et tous les ans à la même époque jusqu'à la fête de Noël ^^K L'anniversaire de la dédicace de cette église n'a plus lieu comme autrefois, le 17 octobre; il à été remis au deuxième dimanche de novembre, jour auquel on célè|>re l'anniversaire de la dédicace de toutes les églises de France.

En considérant ht maàse im^sante de cet édifice qui fait l'objet de œ)tre admiration, on se demande quelles ressources nos ancêtres avoient-^-ils, pour entreprendre et finir de si vastes monuments? leurs ressources dévoient être cependant bien moinâ cofn-

âvoit que ce qui te trouveit exposé au nord qui eut contracte la vertu du meilleur aimant, il en fut envoyé un grand nombre de morceaux à Paris , dont plusieurs se trouvent encore dans les cabinets.de quelques curieux. Voy. Dâsùripthn de V aimant qui s' est formé à la pointe du clocher^neuf de Nostre-Dànie de Chartres, etc. , parTabbë de Vailemont, Pari*,- 1692, in-it^»

^ DoVKN, Sist de ta viHe de Charités ^ tome Ï,pagc;^3i3.

iS DESCRIPTION HISTORIQUE

sidérables que celles que nous possédons aujourd'hui^ depuis que Je commerce , Tindustrie et Taccroissement de notre territoire^ ont n uliplic parmi nous les sources de Fabondance et de la prospérité^ qui leur étoient ioconnues. Mais les hommes de ces temps reculés^ animés de la plus ardente ferveur, et d'une persévérance que rien ne pouvoit entraver, trouvoient des fonds inépuisables dans la frugalité de leur table, dans la simphcité de leurs vêtemens, de leurs ameublemens, et plus encore dans l'économie qu'ils savoient mettre dans des plaisirs peu > dispendieux et toujours proportionnés a leur fortune.

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