EXPLICATION
DES SUJETS PEINTS SUR LES VITRES DES BAS-CÔtÉS ET DES CHAPELLES^
, La plupart des vitrespeintes qui voritêtre décrites, attestent par les personnages de diverses professions qu'elles représentent, que Ton en doit l'exécution à la piété et à la générosité des corporations d'arts et métiers de la ville de Chartres et des environs. En commençant par le bas- côté septentrional
et continuant autour de l'ég^se jusqu'au clochertieux. ,
I*" Forme, histoire de Noë et de rArche d'alliance formant 4i sujets. Dans le bas, se voient un charron, un charpentier et un tonnellier travaillant de leur état.
2© Forme, traits historiques de la vie de saint Lubin, composés de 21 sujets. Au milieu, on voit saint Lubin , célérier de Fabbaye de saint Avit , tirant du vin d'un tonneau.
3« Forme , la vie de saint Eustache représentée dans 35 « tableaux. Dans le bas , sont des chasseui^s suivjis d'une meute de chiens.
4® Forme, l'histoire de Joseph, composée de 3o sujets. Dans le bas du vitrage, plusieurs personnes ^ pèsent de l'argent à pleine balance.
5e forme, 24 sujets différents , au bas sont dçs orfèvres ou changeurs.
6® Forme, 28 sujets tirés de l'histoire de l'Ancien et du JNouveau-Testamcnt, qui ont principalement rapport aux mystères du Christianisme. Au bas sont des maréchaux qui ferrent un cheval et battent Tenclume.
7® Forme , au côté de la crpisée septentrionale.
L'iiistoirè de TEnfant prodigue formant trente sujets.
8^ Forme , 25 sujets divers.
9e forme , figures représentant des vierges.
loe Forme à côté du chœur près la sacristie , 20 sujets divers ; rose , le Père-Eternel.
8o DESCRIPTION fîlSTORIQtlE
1 1 ^ Forme , 1 8 sujets. Le premier au bas, présente un prélat couvert d'un manteau avec un capuchon de couleur brune, à genoux devant Timage de la Vierge; plusieurs lampes sont suspendues au-dessus, et au-dessous est peinte Tinscriptiou suivante en caractères gothiques : Thomas , cardinâlis dédit H ANC viTRAGAM. Lc Cardinal Thomas a donné ce vitrage.
I2« Forme, vitres blauchcs; rose, le Sauveur accompagné des symboles des quatre évangélistes. i3« et i4** formes, vitraux blancs; rose, Jésus-Christ accompagné des symboles des quatre évangéUstes. i5« forme, vitres blanches.
i6e Forme , 3o sujets de la vie de saint Thomas, apôtre.
17e Forme, circonstances de la vie de saint Julien, martyr, en 3o sujets. Au bas delà forme de vitre, sont un charpentier, un charron, et un tonnellier travaillant de leur état.
1 8® Forme, vitres blanches. 19*^ forme, dans la chapelle des martyrs , la vie de saint Savinien et do saint Potcntien , apôtres de la Gaule Sénonoise , formant 20 sujets.
lioe Forme, histoire de la vie de saint Denys ou de saint Ghéron, Sa sujets. 21® forme, les actes de la vie de saint Etienne, premier martyr, formant 23 sujets : au bas sont des cordonniers, dont l'un taille le cuir, et l'autre coud des souliers.
22^ Forme, 36 sujets, dont le premier est un ecclésiastisque à genoux devant l'image de la sainte
De là cathédrale de CHARTRES. H
Vierge. Aù-dessu)5 est l'inscription suivante : Nico*- LAus Decampis.
^3® Forme^ 38 sajets que l'on croit appaii;enir à la vie de saint Théodore , attendu que sur le hui^ tieme tableau ^ où lit le nom suivant : TiIeodorus.
a4® Forme , près du lieu où étoit autrefois adossé l'autel dédié à saint Jean, al sujets représentant^ dit^ t)n , l'histoire de la sainte Chemise de la Vierge.
i5« Forme > les traits remarquables de la vie de isaint Jacques^ 3o sujets. Au basidu vitrage^ sont des pelletiers marchands d'aumusses^ et l'intérieur de la boutique d'un marchand de draps.
îi6® Forme, chapelle ci-devant des apôtres, vitres blanches.
^7^ Forme, no su jeta de l'histoire de saint Siméon et de saint Jude. Au bas est un ecclésiastique ou re^ ligieux devant l'image de la Vierge qui est assise : le nom suivant est inscrit sur la vitre : Henricus No- BLET. Le même personnage est représenté sur une autre vitre, devant l'image du Sauveur 5 son nom est inscrit de même.
a8e Forme, 34 sujets, représentant les traits prin*» cipau^ de la vie de Jésus-Christ et les actes des apôtres. Au bas sont placés des boulangers vendant du pain.
HQ^ Forme, 21 sujets.,
3o« Forme ,21 sujets.
3i« Forme, entrée de la chapelle de saint Piat. Figure en pied de saint Piat placée au milieu du vi-* trage. Ecussonsaux armes de France, trois fleurs-de-
3a DESCRIPTION HISTORIQUE
lis. La bordure de la forme de vitre eçt semée de France.
3a« Forjw, 4^ WJeU représentant lea circonstaaçes de la vict de aainlt Sylvestre, Au baji du vitrage sont des maçoqs qui taillent et posent des pierres.
33^ Fçrme ^ chapelle dite autrefois des confesseursji vitres blauçhesu Auntulieu se voit saint Nicolas ëvéquo de Myre^, a^ pieds duqud sont trois enfants sortant d'un coffre carré^ au lieu du tonn^eau que les jpieintres et sculpteurs figurent ordinairement dans les représentations de ce ^aiut*
34« Forme, ao ^c^jets.^
3S® Forme 9 a3 sujctSu Traits de la vie de saint Nicolas.
36® Forme j^ aa sujo^. Les circonstances de la vie et du marbre de sainte Catherine, et de sainte Mairguerite. ;
Au has de ce vitragç^ ^ont deux hommes armes, Tun tenant un ëcu de gueules à la bande d'argent, à six mcrlettes de même, 3 en chef, 3 en pointe, et l'autre tenant aussi un écu de gueules fretté d'or de 3 traits ;^veç un guidon.
37 « Fpr^ç, a3 sujets historiques de la vie de saint Thomas de Cantorbéry.
38« Forme, chapelle dite anciennement de saint Gilles : 4o sujets^ parmi lesquels on remarque plusieurs traits relatifs à la vie de saint Martin, évéqué de Tfojqf^. Au bcis du vitrage sont des cordonniers travai^ant de leur ëtat.
Sge Forme ,.4o^ forme, vitres blanches.
' 4 ^ '^ Forme y i côté du choeur ^ 0aiat Vincent y vitrea blanches. Vitrage circulaire au-^dessus de la forme ^ le Sauveur assis y accompagné de deux anges.
4ae Forme, T^itres blanches.
43« Forme, 24 «ujeta offrant les 12 lignes du 10diaque et les trayaux dmn^tres des douxe mois d« l'auuée; rosej Jésa^Christ crucifié; au bas de U croix , sont la sainte Vierge et saint Jeau.
44* Forme, 24 sujets , dout la plupart sont rçlatifs à la vie de sainte Anne et de la sainte Vierge. Parmi les sujets représentés sur cette vitre, on rem£U*(|ue un vigneron taillant la vigne.
45e Forme , vis-à-vis la petite horlpge dé la dô-- Ivire du chœur, 11 sujets parmi lesquels on remarque Vimage de \à, sainte Vierge et Içs noces de Cana^ rose , la sainte Vierge debout tenant /son fils. 46e Forme, 20 sujets relatifs à la vie de saint Antoine abbé. Au bas du vitirage sont des vanniers vendant des paniers.
^^« Forme, croisée méridionale, 28 sujets dont plusieurs offrent les feits principaux de la vie de saint Biaise.
48« Forme , vitres blanches et 5 sujets peints sur verre parmi lesquels oïl remarque saint Micliel Archange, saùat Lul^a, et saint Martin.
49^ Forme, i^g sujets relatifs à la vie de saint Apollinaire , de^nte Julitte ^t de saint Gyr son fils. Au bas de la Corme de vitra se lit rinscription suivante en caractères gotliiques :
Monseigneur 'JTffiEkRY Chanoine de céans y sei^
84 DESCBIPTION HISTORIQUE
gneur de Loj y fonda cet autel ou chapelle de Nosire^Dame et de ious les saints, tan de grâce MGCXXVIII y et laissa tous ses biens pour deux chapelains ou pour les paw^res.
5o« Forme^ sous le bas-côtë méridional de la nef^ a8 sujets de piété à l'exœptîon des trois premiers . placés au bas du vitrage^ représentant des marchands de poisson.
5i« Forme, chapelle de Vendôme.
Les vitres de cette chapelle, exécutées au commencement du cpiinzième siècle , sont d'un dessin moins grossier, et d'un travail plus soigné que les précédentes; les sujets dont une partie a été détruite à la suite des événements de la Révolution, étoient distribués de la manière suivante ; I o Sainrt Jean Baptiste.
20 Saint Louis, évéque 4e Toulouse, tenant sa crosse de la main gauche, présente à Dieu de la droite, Louis comte de Vendôme, et Blanche de Roucy sa femme. Saint Louis étoit fils de Charles II, dit le Boiteux y roi de Naples, de Jérusalem et de Sicile, et petit-neveu de Louis IX , roi de France.
3o Deux victoires tenant on écu écartelé au premier et quatrième. tiercé en pal, au premier fascé d'argent et de gueules de 8 pièces qui est de Hongrie, au deuxième parti de Frange, au lambel de gueules de 3 pièces qui est de Naples, tiercée d'argent à la croix potencée d'or cantonnée de 4 croi-. settes de même qui est de Jérusalem , ati deuxième et
DE LA CATHÉÔRALE de CHARTRES. 85
troisième semé de France à la bande de gueules , chargé de trois lys d'argent qui est de Bourbon.
4^ La sainte Vierge à genoux courbnnée par deux anges.
5» Une sainte tenant une palme.
6o Deux victoires tenant un écu parti au premier semé de France à la bande de gueules^ chargé 'de trois lions d'argent qui est de Bourbon au déuxiéine de même.
70 Dieu le Père.
8<> Saint Louis , roi de France, présente son petit-* fils Louis , comte de Vendôme, au Père-Eternel. . 90 Deux autres victoires tenant un écu parti au premier coupé d'argent à la croix potencée d'or cantonnée de 4 croisettes de même au deuxième burreté d'argent et d'azur au lion de gueules, brochant sur le tout qui est de Chypre , au deuxième semé de France à la bande de gueules , chargé de trois lions d'atgent , qui est de Bourbon.
io« Saint Jean l'Evangéliste , qui est de Jéi*usalem.
1 10 Saint Rémi tenant sa croix de la main gaucho et la sainte Ampoule delà droite, présente un seigneur et une dame, avec le nom suivant : S. Remy. C'est Louis , comte de Vendôme, et Blanche de Roucy sa femme, mariés en i4i4*
I2<> Deux autres victoires tenant un écu parti au premier coupé, burrelé d'argent et d'azur au lion de gueules brochant sur le tout , qui est de Chypre au deuûème d'argent au lion d'azur, au chef de gùeule&
M DESCRIPTION HISTOAIQUÉ
qui est de Vendâme^ au deuxième parti d'or^ att lion d'asur qui ^t de Roucjr.
5<ie Forme, uS sujets , parmi lesquels on remarque la mort de la sainte Vierge^ en présence des apôtres.
53* Forme^ â3 sa jets^ au nombre desqueb on distingue la création du monde et Thistoire du Samaritain» Au bas du vitrage sont des cordonniers^ Tun taille le cuir, et deux autres font des souliers. Parmi plusieurs autres Ouvriers du piéme état, on en distingue un, teoœt un écriteau sur lequel on lit 52^topêSy oordonniefs.
54^ Forme, 22 sujets, dont plusieurs contiennent les traits de la vie de sainte Marie-Magdelène.
55® Forme, 18 sujets, contenant l'histoire de saint Jean Vévangéiiste.
TeU sont les sujets représentés sur la totalité de ces vitraux, qui, par l'éclat et la variété des tons, Tefiirt pittoresque de leur composition, transportent ' rimagination aux temps de la chevalerie, et font l'un des plus riches ornements de ce temple. Toutes ces peintures sur verre , très intéressantes sous le rapport de l'histoire de l'art, de nos modes et de nos usages, se ressentent de la barbarie de dessin qui régnoit dans le treizième siècle. La plupart des figures sont au simple trait sur une teinte plate avec quelques hachures, mais sans aucune de ces dégra« dations do tons^ que l'on remarque dans les pein<« tares sur verJt^ des siècles suivants^ et qui en iiidi**
DE LA CATHÊDEALË de CfiAUTRES. 87
quant les progrès de cet art ^ donnent du relief aux figures et aux autres objets d0 telle nature que ce soit.
Au-dessous des grandes fenêtres de la nef, de la croisée et du chœur ^ règne une galerie ayec appui , pratiquée dans l'épaisseur des murs de foce^ qui, sans nuire àleur solidité, procura la facilité de circuler sans obstacle autour de régliae.et de vOir^à une diatance plus rapprochée | les riches yitrituj^ dont elle reçoit le jour. Cette gtderîe est e^Oée paj^ des co-» lonnes qui supportent des aros ogiye$> d'une pro^ portion relative au caractère mâle de l'édificCt
Le buffet d'orgue est placé, contre Fusage ordinaire, au-dessuà de la sixième arcade de la rief dii côté droit , et à la hauteur des galeries. Oet instrti^ ment se voyoit autrefois au--dessui de la porte principale de l'église où il avoit été érigé fen ï5r3. Il n'offre rien de remarquable que la structure de la montre ou façade, qui indique le passage du style gothique à oelui de la renaissance des arts. La voÀte qui le supporte étant en porte à faut , il en résulté que l'ensemble produit une disparate d'autant plus clioquante à l'œil^ qu'elle interroiiipt l'harmonie des lignes, et dépare l'intérieur de ce beau Vaisseau.
L'ancien Chapitre avoît formé le projet de faire construire un orgue qui répondît à la majesté d^ ce temple^ mais les événements de la révolution vinrent paralyser ses intentions. Il est à désirer que ce projet ne reste pas sans exécution, sous les auspices d^un
SS DBSCEIPTION HKTORIQUE
prélat aussi rceommandable par son zèle et sapiéle^ que par son amour pour les arts.
Chapelle$^
Le nombre des chapelles ou des autels s'étoit teUe-» ment multiplié pendant l'espace de plusieurs siècle^ par le concours des pèlerinages^ qu'à l'époque à laquelle Sébastien Routtiard écrivoit sdiParthénie , on en comptoit trente^euf y compris le grand-aulet ^^^. Os autels fondés et dotés à diverses époques par ta piété de plusieurs chanoines et de quelques person* nages distingués par leur rang^ étoient adossés tant aux piliers de la nef qu'à ceux des bas-côtés du choeur et de la croisée^ dont ils génoient la circula-^ tion dans les jours de solennité. La réduction de ces autels jugée nécessaire , s'opéra successivement ^ et le nombre en fut Ib^é à buit^ dont l'un est placé dans la chapelle de Vendôme^ et sept dans les cha-* pelles situées autour du chœur.
La première pratiquée entre les deux piliers butana de la cinquième travée^ sous le bas-côté à droite , est connue sous le nom de la chapelle de f^endôme, parce que ce fut Louis^ comte de Vendôme, seigneur d'Epernon et de Mondonbleau,- qui la fit construire en i4ï3, pour accomplir un vœu
^* Voyez le dénombrement de ces auteb , dans l'Histoire dq TE^isede Chartres^ première partie, pages i35 et suivantes. Sablok, mstoire de t auguste et vénérable ^^ise de Chartres^ page3f«
qu'il avait fait à la sainte Vierge. Uévénement qui 4oDna lieu à ce vœu^ offre assez d'intérêt pour être rapporte.
Jacques de Bourbon, comte de la Marche ; frère de Louis comte de Vendôme, jaloux de l'apanage de son frère ^ cliercha les moyens de l'en dépouiller. Pour exécuter son projet, il fondit toùt-à-coup sur le Vendômois avec des troupes levées à la hâte , et surprit Louis son frère qu'il fit prisonnier. On vit alors les deux factions d'Orléans et de Bourgogne qui disputoient à l'en vi de forfaits, se réunir par l'estime qu'elles faisoient é^lement de Louis pour le délivrer. Huit mois entiers s'écoulèrent sans que la jalousie de Jacques de Bourbon pût se calmer. Enfin les remords firent plus d'effet que les menaces, sur l'esprit de cet ambitieux. Il se présente un jour aux portes de la prison de son frère; il entre, l'ame navrée de regrets et d'amer tune, court l'embrasser, et détache ses fers en les mouillant de pleurs: « Soyez » libre, dil-il, ô mon frère 1 vous réunissez, par 1^BS- )) time que vous inspirez, les intérêts les plus opposés : )) il est juste que je me rende aux sentiments qui )) vous sont dûs. Je me suis fait jusqu'ici violence en » y résistant, pour céder au plus vil sentiment qui » m'arma contre vous ; reconnoissez un frère qui » vous délivre , oubliez celui qui vous enchaîna, w Les fers du prisonnier tombent à ces mots ; il se retrouve dans les bras de son frère, qui l'entraîne avec lui hors du cachot où il étoit ; loin de penser à bénir jamais un tel hbérateur, il ne se souvient plus
90 DESCRIPTION niSTOEIQtC
que du bienfait poar oublier Tifijure; bienfait qu'il crut dévoir au vœu qu'il avoit fait dana sa <ïaptivité y et qu'il se hâta bientôt d'accomplir.
Ce vœu qu'il avoit promis d^exécuter s'ilrecouvroit sa liberté ^ consistoit à aller en pèlerinage 2I Notre-Dame de Chartres et à Saint-Denys en France^ et de faire ériger la chapelle citée ci-dessus. Pour le remplir il se rendit à ces deux églises^ pieds ilus et en chemise , portant un cierge du poids de cinquante livres^ et suivi de cent domestiques dans le même accoutrement ^^\ Ces processions si fréquentes alors^ tenoient à l'esprit du temps et n'excitoient point l'afHuence qu'elles provoqueroient aujourd'hui y s'il s'agissoit d'accomplir publiquement de pareils vœux ^^
Le comte de Vendôme qui avoit épousé Blanche de Roucy en i4i4> mourut en i446, et fut inhumé dans l'église de saint Georges de Vendôme. Son cœur fut apporté à Chartres et déposé dans la chapelle érigée par ce prince dans la cathédrale.
Cette chapelle étoit autrefois décorée dans l'intérieur, des statues du comte de Vendôme et dé Blanche de Roucy sa femme, adossées au mur en face Vie Fautel. On voyoit aussi leurs figures et celles de plusieurs princes de leur maison , peintes sur les vi-
^* Tableau historique du Vendomoîs , inséré dans VAlmanach rftr Monsieur, 1781, page 184.
^ Le comte de VeodtSme fit plusieurs fondations mentionae'e» dans le Mécrologe de cette église.
DE LA CATHÉDRALE ÔE CHARTIIES. 91
tr^ux qui ont été décrits; il ne reste plus que celles de Jacques de Bourbon ^ comte de. la Marche ^ de Ca3tfes> etc.^ grand-*-chambeUan de France, en habit de cordelier, et de sa femme Jeanne, reine de Napl^ , qui sont encore bien conservées. La clef de la voûte de la chapelle , est ornée daà armoiries du comte de Vendôme. A l'extérieur de la chapelle se voient deux statues en pierre de grandeur naturelle, placées dans des niches de chaque côté du vitrage, et représentant Louis de Bourbon , et Blanche de Rqucy sa femme , l'un et l'autre les mains jointes et vêtus à la mode du temps. Le costume du comte de Vendôme consiste dans une cotte-hardie *^^ dont les manches étroites sont boutonnées depuis le coude jusqu'au. poignet, et se terminent en amadis; pardessus est une longue robe ou tunique avec le chaperon rabattu ^*^, ses cheveux sont coupés très
^*^ La cotte hardie étoît une sorte d'habillement qui ressembloit beaucoup à une soutane ; il étoit commun aux hommes et àux femmes : teknla qualité des persouties, cet habillement ëtoit de drap ou de câmelol nommé alors camelin^ Antiquités nationales , par A» L. Millin ; Paris , 1790, tome I , page 32. — Glossaire de la Langue romane, par 3 . B. B. Roquefort ; Paris 1808 , au mot COTTE.
^^Le chaperon étoit originairement une couverture de tête presqu'âussi ancienne que la monarchie , et dont Fusage n'a Commencé .à s'abolir que sous le règne de Charles YI , lorsque les chapeaux devinrent à la mode. Fabliaux et Contes ^ par Le Grand d'Aussy , tome II, page oô^, Gloss. de la Langue romane j au mot Cuaperon.
92 DESCBIPTION HISTOEIQUE
courts. La comtesse de Venddme , son épouse , est vétae d'une cotte hardie retenue par une ceinture , et parnlessus un surcot ^*^ , d'où pend un ornement enrichi de pierreries ; ses dieveux sont tresses sur les côtés, d'une manière assez singulière, mais qui étoit alors à la mode ; car cette tresse se retrouve dans presque tous les monuments du temps : elle porte une couronne enrichie de pierres précieuses. Dom Bernard de Montfaucon a fait graver ces deux statues dans ses monuments de la monarchie Fran^ çoise ^^) , mais d'après un dessin inexact du portefeuille de Gaignières, conservé au cabinet des estampes de la bibliothèque du Roi.
Au-dessus des statues du comte et de la comtesse de Vendôme, est représenté le mystère de l'Annonciation de la sainte Vierge, en mémoire de la déUvrance de ce comte qui eut lieu le jour de cette fête. Sur le pilier à droite est placé l'ange Gabriel, de Tautre côté se voit la mère du Sauveur.
L'intérieur de celte chapelle est décoré d*un grand tableau représentant la mort de la sainte Vierge en présence des apôtres. Ce tableau peint en 1 8 19, par M. Bosio jeune, a été donné par le gouvernement.
^*' Le surcot n'étoit ordinairemeiit qu'une espèce de soubre- \este qui se meUoît sur la coUè , et ne descendoît que jusqu'à la ceinture; mais les femmes qui affichoîent plus de luxe, avoient des surcots extrêmement longs ^ qu'on nommOit aussi quelquefois gamacheSé Voyez Gloss, de la Langue romane , aux mots Surcot et Garm achbs.
^^^Tome III y page 193.
On regrette qu'il ait été placé dans un local dont Texiguité ne permet pas de le considérer sous son véritable point de vue, et d'en admirer les beautés.
Les sept autres chapelles situées autour du chœur ^ ont été décorées avec les dépouilles des églises de la ville, démolies ou supprimées pendant. le cour^ de la révolution. Toutes ces chapelles sont fermées par de belles grilles en fer, droit et contourné.
Là première dite la chapelle de saint Lazare, est à droite en entrant sous le second bas-côté du chœur. En suivant toujours sur la même ligne, la seconde est désignée sous le titre de la chapelle de tous les saints i la troisième dédiée à saint Jean- Baptiste; la quatrième sous l'invocation de la J^isitation de la sainte Vierge, est vulgairement appelée la chapelle de la Communion ou des Chei^ediers, par rapport au fait suivant: Bureau de la Rivière, premier chambellan des rois Charles V et Charles VI, de concert avec plusieurs autres chevaUers ses compa-^ gnons d'armes^ fondèrent une messe dans cette chapelle , au retour d.'une croisade, en action de grâces dC/la victoire éclatahte qu'ils remportèrent sur les Infidèles dans l'ile dès Chypre ^*\ L'entrée de cette chapelle est ornée de deux statues en marbre blanc ^ grandes comme natui^, et représentant Jésus*Christ qui apparoit à la Magdelène après sa résurrection.
**' RouLLiARD, Htsloire de C Eglise de Chartres, première partie, foJ. 14^ et i4^.
g4 DËSCBIPTION HISTORIQUE
La chapeUe de la Visitation ou des Chevaliers ^ présente un caractère de décoration qui mérite un examen particulier. Le contre-retable de Fautcl se compose de quatre colonnes en vert de mer , soutenant un fronton surmonté d'une croix. Sur le$ acro^ tères placés au bas du fronton , sont des vases d'où sortent des flammes. Le coffre de l'autel est de marbre en forme de tombeau antique : le tableau placé au-dessus de l'autel^ représente la Visitation de la Vierge.
La cinquième chapelle est celle dite des Périi^ iencierSy sous l'invocation de Notre-Dame de Pitié; la sixième ( près de la sacristie ) sous le titre de la Flagellation; la septième dite la chapeUe de la Transfiguration^ est ornée d'un tableau représentant ce mystère. Elle est située dans le retour d'équerre, formé par le bas-côté qui accompagne la croisée.
Sous le second bas-côté du chœur à gauche, près de la sacristie j on voit une niche dans^ laquelle est placée sur une colonne en pierre de liais, une mà^ done ou figure de la Vierge , qui a été transférée dans ce lieu en 1772^ époque de la dânolition de l'ancien jubé, au devant duquel elleavoit été érigée vers l'an iSoQ, par la piété de Vastin de Fugerais, chanoine de cette église ^^^ Cette madone attire en tout temps un grand concours de fidèles, principale-
^** SoucHET, Histoire manuscrite de Charires, et la Parthénie, page i54.
DE hk CATHÉDRALE DE CHARTRES. * ^5
ment compose des habitants de la campagne^ qui y v^nac^t en dévotion. Un ecclésiastique en surplis ^t en prières auprès de cette image révérée, depuis l'ouverture des port^ de l'égUsie jusqu'à leur fermeture.
Bas-'reliefs de la clôture du Chœut^
La clôture du chœur est un ouvrage digne de Tadmiration dos coanoisseurs, tant par la richesse de son architecture, que par la composition et l'iieureu?c choix des ornements, le fini et la belle exécution des figures. Les principaux traits de la vie de la sainte Vierge ainsi que ceux de la vie de Jésus- Christ, y sont représentés en figures d'une très belle proportion* Le tout est surmonté d'une multitude de pyramides et de découpures à jour, du style gothique le plus riche et le plus élégant, et qu'on peut comparer pour la délicatesse du travail , à ces ouvrages d'orfèvrerie appelés filigranes.
Voici le détail et l'explication des figures qui décorent le pourtour extérieur du chœur. Elles sont divisées par groupes. *
i" Groupe, Dieu apparoît à saint Joachim, et lui annonce que sainte Anne concevra et mettra au monde la sainte ViergcDerrièrc lui sont des bergers 4ont l'un joue de la cornemuse.
2e Sainte Anne an prières dans sa chambre, reçoit la même annonce ^ à côté d'elle est une servante. '
3<* Saint Joacliim et sainte Anne se rencontrwt à
96 DESCRIPTION HISTOBIQUË
une porte de la ville de Jérusalem^ nommëe la PoHe Dorée y et se félicitent de cette heureuse nouvelle. 4® Accouchement de sainte Anne; on est prêt a plonger Tenfant dans un haquet rempli d'eau ^ pour le purifier suivant la coutume des Jui£s.
5« La Vierge monte au temple pour se présenter à Dieu^ elle est suivie de son père et de sa mère.
6« Mariage de la Vierge avec saint Joseph; le grand-prétre leur donne la bénédiction.
7« L'ange Gabriel annonce à la Vierge , qu'elle deviendra la mère du Sauveur.
8« Enceinte de trais mois^ la Vierge rend visits à sainte Elisabeth^ sa cousine^ qui étoit enceinte de six mois de saint Jean-Baptiste.
9e La Vierge s'occupe au travail; Joseph se repose : un ange vient ^ui dire de n'être point inquiet , que sa femme est enceinte par l'opération du Saint- Esprit.
io« Des anges viennent adorer l'enfant Jésus dans sa crèche; la Vierge et Joseph sont en admiration.
I le La Circoncision de Jésus-Christ, le huitième jour de sa naissance, suivant la loi Judaïque.
I2« Trois Mages viennent de l'Orient pour Tadorer ; ils lui offrent l'or , la myrrhe et Tencens.
i3e Saint Siméon, grand-prêtre, reçoit l'enfant Jésusrdes bras de la Vierge, et le pi^ésentc à Dieu , son père. Les figures de la Vierge et de saint Joseph ont été restaurées. •
i4® Hérode, assis sur son trône , ordonne le massaci% des cnfans mâles nés depuis deux ans à Bethléem
fel aux environs. Deis mères éplorées, serrant leurs fi!s entre leurs bras ^cherchent à les sauver et périssent comme ces innocents^ par le fer dés bour»* reaux. Dans le lointain on aperçoit la fuite en Egypte;
tS® Jésus-Christ baptisé par saint Jean-Baptiste > dans le fleuve du Jourdain.
160 Après avoir jeûné quarante jours, Jésus- Ghrist est tenté par le diable qui lui présente des pierres afin qu'il les change en pains. Il le trans^ porte ensuite sur la montagne et sur le pinacle du temple, où il lui dit : « Si tu m'adores, je te donnerai » toutes ces richesses ^ maïs le Seigneur confond )) Tesprit malin, en lui disant : Tu ne tenteras pas le » Seigneur ton Dieu. »
170 Une femme Ghananéenne se prosterne aux pieds de Jésus-Chriàt, et lui demande la guérison de sa fille, qui étoit possédée du démon. Jésus- Christ lui répond a qu'il ne faut pas ôter le paid )) dés enfans, pour le donner aux chiens 5) ; mais tîette femtne, animée d'une foi vive, ajoute que les chiens ramassent dû moins les miettes qui tombent de la table. Jésus-Christ voyant sa foi, lui dit : « Allez, votre fille est guérie, w
i8e Jésus-Christ, a^ânt mené avec lui ses trois disciples, Pierre, Jacques et Jean, sur lé Mont- Thabor, leur paroît tout resplendissant d'une lumière céleste, ayant à ses côtés Moyseet Elie.
19e Deux vieillards présentent à Jésus-Christ une femme surprise en adultère, et lui demandent
9d DESCRIPTION HISTORIQUE
quelle punition elle mérite ; il leur répond : « Que » celui d'entre vous qui est sans péchés^ lui jette la » première pierre n ; et après avoir écrit de son doigt sur le sable^ il la trouva seule ^ et lui dit: « Puis* )) qu'ils ne vous ont pas condamnée^ je ne vous con- » damnerai pas non plus ; allez et ne péchez plus« »
ao® Ayant fait de la boue dans sa main avec de la salive^ Jésus-Christ guérit un aveugle de naissance, en la lui appliquant sur les yeux.
2 1® Jésus-Christ , monté sur un âne, entre en triomphe dans Jérusalem. Le couronnement de cette partie de la clôture du chœur a été détruit; il ne reste que les figures, que l'on a légèrement mutilées, ainsi que le soubassement.
22® Les habitants de Jérusalem viennent au-devant de Jésus-Christ, avec des transports de joie, et jettent des palmes et^es rameaux sur son passage.
23« Jésus-Christ fait sa prière au jardin des Olives : un ange lui présente le caUce d'amertuine; ses disciples sont couchés et endormis à quelques pas çle lui.
24® Judas trahit son maître par un baiser; saint Pierre tire son glaive, et coupe l'oreille à Malchus.
25« Jésus-Christ est conduit devant Pilate, qui le condamne à être flagellé.
26« On l'attache à une colonne pour y être frappé de verges.
27e II est couronné d'épines : un des bourreaux
i3E LA CàTHÉDHALE IXB CaiAftTRES. gg
lui présente un roseau p^r sceptre ^ et le salue par dérision^ comme roi des Juifs.
nS^ Jésu^Christ éïmè sur la croix : la Vierge tombe en foiblesse à la vue de ce triste spectacle i ellç est soutenue par saint Jean FEvangëliste et quel* qxies $aintes femmes.
UQ^ La Vierge reçoit son fils à la descente de là croix ; deux anges viennent la consoler.
3o^ Jë«us«Ghri3t sort triomphant de son tombeau n les gardes eflFrayës tombent à la renverse.
3i« Trois saintes femmes viennent au tombeaa pour y embaumer le corps de Jésus-Christ ^ et n'y trouvait qu'un ange, assis sur le sëptdcre, qui leur dit : « Il n'est plus ici, il est ressuscité comme il l'avûit prédit. »
3^^ Jésus-Christ au milieu des deux pèlerins d'Emmaûs , leur explique l'Ecriture et les prophètes, et se fait ensuite connoitre par la fraction du pain.
33« Saint Thomas^ qui a voit paru incrédule, met ses doigts dans les plaies de Jésus-Christ, qui lui dit : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu! »
34^ Jésus-Christ apparoît à la Vierge après sa résurrection.
35* U monte au ciel en présence des apôtires.
36« La Vierge et les apôtres assemblés dans le Càiade, y reçoivent le Saînt-Ësprit, en forme de langues de feu.
37*^ La Vierge i saint Jean rEvangéliste et les sidntes femmes viennent adorer la croix.
SS^) Mort de la sainte Vierge y en présence des apôtres.
39® Les apôtres portent son corps au tombeau.
4o« Les apôtres étant prêts à rendre les derniers devoirs au corps de la Vierge, des anges viennent pour Fenlever au ciel.
, 4i^ La Vierge, montée ati ciel, y est couronnée par Dieu le Père , le Fils et le Saint-Esprit.
Tels sont les sujets que représentent ces groupes de figures, justement admirés des connoisseurs et particulièrement de^tous les voyageurs qui viennent visiter la basilique de Chartres.
Les pilastres qui séparent chaque trait d'histoire , ainsi que les murs qui servent de base aux groupes, et de clôture au chœur, sont décorés d'une immense quantité d'arabesques du meilleur goût et d'une composition variée; de petites niches, de très jolis dais gothiques, de colonnes richement ornées et surmontées de statues d'évêques et de médaillons dans lesquels sont en demi-rehef les bustes de plusieurs empereurs romains et autres grands personnages.
Sur cette clôture près de la porte latérale du xbœur, œté droit, il existoit anciennement deux petits dômes, dans l'un desquels étoit placé un réveillematin, contenant un carillon qùi^ au moyen d'unnié- ^nisme, sonnoit une hymne de la Vierge. L'autre 4ôme renfermoit une horloge, qui fut détruite pen-
DE LA CATHÉDRALE DE CHARTKES. roî
dant la révolution j on voit encore le beau cadran (de cette horloge qui, suivant Tancien usage, est divisa en vingt-quatre heures. Autour de ce cadran, sont peints les douze signes du zodiaque.
Au-dessous des figures de cette clôture, dans les murs de face de chaque côte du chœur, sont percées six portes qui conduisent dans des chambres prati- , quées dans l'espacenient des piliers. Quatre de ces chambres dans lesquelles on avoit érigé des autels, servoient anciennement à la garde des reliquaires les plus précieux. Les deux dernières contenoient chacune les mécanismes qui faisoient mouvoir le réveil et rhorloge dont il a été parlé ci-dessus:
Enfin cette clôtura admirable, construite en pierre fort blanche, a été commencée en i5i4j d'après les dessins de Jean Texier dit de Bèauce y architecte chartrain , ( le même qui avoit exécuté là construction de la belle pyramide du clocher neuf). Il y travailla jusqu'en iSag, époque de sa mort ^*>. Cet ouvrage fut continué à peu près sur les mêmes dessins ^ et terminé en i539, à l'exception des figures du pourtour, du sanctuaire qui furent exécutées en grande partie en 1611, par Michel Boudin^ très habile sculpteur , natif d'Orléans , dont on voit le nom gravé en lettres dorées, sur upe petite table de
^*^ Le chapitre de Vëglise de Chartres, par une considdration particulière pour cet architecte , le fit honorahlement enterrer à ses dépens dans Tëglise dé Saint- André de celle ville, sa> paroisse I le 39 décembre 1529. ^
marbre incrustée dans la pierre. Le^ autres flgafet odt été succeasitemetit exécutées y d'abord jj^ar les sieurs Dieu et Le Gros^ sculptenrsxb Chartres^ en 1681 , et le reste ti'a éx,é totalement tenbiiié que de i^ôo à 1706. Les différentes reprises des travaux de cette clôture^ se font apek*cevoir par la diyersité dû système de décoration adopté dans la partie architecturale du iliur d^ ceinture^ ainsi que par le style des figures et des ornements.
Chœur.
Les embelUisfiinents du chocUr de l'église métropolitaine de Paris, ordonnés par Louis XIY^ et exécutés, si ce n'est avec le goût et le discememwt convenables, du moins avec cette magnificence que le monarque savoit mettre dans toutes ses entreprises > dontièrent un mauvais exonple, qui ne fut que tix)p servilement imité, dans le dix-huitièiH© siècle> par plusieurs architecte chargés de la décoration intérieure des temples de style gothique.
L'évéque de Chartres, M. deFlcury, entraîné par l'eiiemple, forma çp i T^avec soî^ Chapitre, le projet de faire décorer le choeur de sa cathédrale, et charged du choix des artistes et de la surveiHanœ des travaux, M. d'Archambault, chanoine rempli de zèle et d'activité.
Les nouveaux embellissements ne furent commences qu*en 1772 , sur les dessins de M. Louis, ar* chiteçte du duc d'Qriéans, qui dirigé par le mauvais.
DE LA CÀTflÊDRALE DE CHARTRES. io3
goût (|ui régnoit alors dans les arts dépendants du dessin, dénàtuta le systêïlle d'architecture de Téglise.
Cet architecte, tout en conservant les formes ©givës, en dltera les profils , en y adaptant un genrd de décotatidn dotit riftcohénencc produisit Fasso-*- . dation la plus bizdrre avec l'ancienne architecture.
Alors cette noble simplidté des piliers, des chapiteaux, des dolohtes, ce jeu des nervures des ogives, todt cela disparut sous le fracaS d^ marbres, des stucs, des dorures, et d'une superfluitë d'ornements de triauvàis goût, dont Faspéct a détruit cette unité, cet accord dés parties , caractères distinctifs d\in bel eùsemblë, et que pïusiéuré sièclei avoient scrupuleusement respecté dans ce temple. '
Pour obéir à te système dé rénovation, ranci en iubé ^^^ fut détruit à l'époque de ces embellissements, pour faire place à deux lourds massifs en pierre dé
^^ Ce )Ub^ , dont le Biylà ëtolt parij^îtenient en hârrafoBle avec Tarchîtec titre de l'église, avoit été construit vers l'an ixoo,jar "tves, soixante- sixième évêqoe de Chartres. Il préseùtoit ai» devant du chœur une espèce de péristyle de 66 pieds de Ion« gùedf , stii* ta pieds 9 pouces de largeur, divisé par sept arcades dé ^àni en forme de ti^èfles^ soutenues par des colorines chacune d'une seule pierre* Od y montoit par deux escaliers qui aroiént leur entrée [iartioullère des deux e6tés de la porte du chœur. Ce jubé étoit décoré de bas-reliefs et de détails de sculpture. Aux deux extrémités , il existoit deux armoires contenant des lits oU couclioient les deux marguilliers laïques chargés de la garde de F église. RouLtUBiD , Parihénie , prera. partie , page. 1 34Î
io4 PÉSCRIPTION HISTORIQUE
Tonnerre^ décores de deux bas-reliefs; celui |i^ droite rep;ësente rAnnonciation de la Vierge, et l'autre à gauche le baptême de Jésus-Christ par saint Jean. Ces b?s-reîiefs sont accompagnes de quatre statues d'environ 7 pieds 6 pouces de proportion > placées sur des piédestaux, au-deyant des piédroits des massifs, et représentant les quatre vertus sui-* vantes: la Charité, la Foi, lHumilîté et l'Espérance. Toute la sculpture a été exécutée par le sieur Berruer^ membre dç r^ncienne Académie de sculp-^ ture.
L'espace régnant entre les deux massifs, est occupé par une grille haute, composée de fers droits. Elle es% divisée en deux pilastres et une porte à deux vantaux; de chacun 4 pieds 10 pouces de largeur sur i5 pieds de hauteur, et surmontée d'une arcbitrs^ve avec une large frise^au-des us de laquelle est un couronnement prné du chiffre de Marie, qui a pour amortissement une croix accompagnée de rayons. Cette grille est enrichie d'ornements, de cassolettes, d'attributs et d'emblèmes relatifs à la Viergç. Elle a été exécutée par le sieur Pérès, maître serrurier de Paris j les ornements en bronze doré sont du sieur Prieur, fondeur-ciseleur. Le^ deux massifs et la grille sont précédés et entourés d'une grille en fer à hauteur d'appui. L'enceinte forage par cette avant-grille, est pavée de grands carreaux de marbre blanc veiné et noir.
Le chœur a de lorfgueur depuis la grille d'entrée jusqu'au fond du sanctuaire, 1 14 pieds, sur 4^ pie4si
DE LA CATHÉDBALE DE CHARTRES. io5
4e laygeur, de l'aplomb d'un mur de face à Faulré. Il est pavé en carreaux de marbre blanc veiné et gris y disposés en échiquier. Ce pavage a été fait en 1786.
La menuiserie des stdles^ exécutée en 1786, e^t simple^ mais le travail en est soigné; les hautes stalles sont surmontées d'une frire très déUcatement sculptée. La chaire épiscopale, placée à droite , est d'une fort belle exécution.
Au-dessus des stalles, sur les deux faces latérales du chœur , sont huit grands bas-reliefs en marbre blanc ^enchâssés dans des cadres de marbre bleu turquin.'
Les quatre bas-reliefs placés à droite représentent les sujets suivants :
I® La conception de la sainte Vierge.
20 L'adoration des Rois-Magek
3® Une descente de croix.
4° Le vœù de Louis XIIL Par sa déclaration du 10 février i638, ce monarque mît son royaume sous la protection de la mère du Sauveur.
Les quatre bas-reliefs placés à gauche, sont :
5<> Le prophète Isaïe qui prédit à Achaz, roi de Juda , qu'une Vierge enfantera pour le salut du pionde.
6® L'adoration des bergers.
70 La présentation de Jésus-Christ au temple.
30 Le concile d'Ephèse, prononçant la déposition
io6 DESCRIPTION HISTORIQUE
lie Nestoriua, l'aa 43 1> pdor avdr cQUleêié à ki Vierge la qualité de mère de Dieu ^% , Parmi ces bas-reliefs > on adridre principalement la desœnte de croix « dont les figures sont pleines d'exjpression. Ces morceaux de sculptture ont été exécutes en 1788 et 1 789 > par M. Bridan^ statuaire et membre de l'anâenne Académie de peinture et sculpture^ Les figures de ces ba^r^liefi^ grandes comme nature^ sont généralem^t un peu courtes-, défaut spécial de l'ancienne école.
Au milieu du chœur est placé un aigle en cuivra doré servant de lutrin.
Le sanctuaire a 3G pieds de longueur sur 46 pieds de largeur; on y monte par trois marches en marbre de Languedoc^ disposées en demi-lune; trois autr es marches de la même forme , servent pour monter au grand autel;
Lo grand autel pla<^ au milieu du sanctuaire^ est en marbre bleu turquio^ enrichi d'ornements en bronze doré en or moulu» Sa forme est celle d'un tombeau antique ^\ De chaque côté de l'autel sont
^'^ Dkat^ les aïoiMirtienu AUlëridars adr édttcile d'Ephèse y la sainte Vierge ëloit tonjourf représentée sâm rEnfant-Jésus ; raaîs la maternité divine ayant ^té reconnue par ce concile, on s^eropressa de peindre la Vierge avec son enfant. Cet usage s'établit , et on s'y conforma avec d'aatant plus d'exactitude, qu'il n'étoit pas permis aol artiltes grecs de se titrer & ieur imagination » ni de s'éloigner en ri#n du système de composition reçu pour les tableaux sacrés.
^ ta cODséeratiôa de cetadtel Èè ât de la manière la plus
DE LA CÂTHÉDItAliE DE CHARTRES: 107
trois gradiiisén matbre blanc veiaé, sur lesquels soilt place» six candélabres de bronze^ dore au feu ^ d» 5 pieds 2 {{^çudes de hauteur^ dëoorës de chiffres et d'embleines relatifs à la sainte Vierge j le tout d'un travail soigné ^^\ 3ur l'autel se voit un très beau Christ en bronac doré, dont le modèle a été exécuté par Bridan. Le socle de la croix f^it ^ia Corn!^ de va^së ovale, enrichi d'orn^netits, sertf de tabet^nàdei
Derrière et joignant le grand autel, s'élève un groupe ea marbre blanc de Carrare,, de 18 pieds de JiauteUr sur i3. pieds de largeur^ formé de quatre £gures unies ehtreollels par des nuages , et repiîéaèxb- Jant rAsiSômplion de k Vierge. Ces figures, composées de la Vierge, et de trois anges dans une attitude contemplative, ont neuf pieds de proportipu.
Ce groupe formé de quatre blocs de marbre , est sans contredit l'idée la plus belle et la plus h^ureus^ qu'ont ait pii concevoir pour la décoratioù d'un
sôlentielle lé 7 août ^775. L'ancien grand^autel qui fut détruit, atôît élé érigé en iStto, ÎI étoit environné, de chaque coté, de Colonnes en cuivre ^urinôntées d*anges de la même matière, et au-dessus de l'autel^ on voyoît la figure de la Vierge en argent. SoucÉET, JJist, manuscrite de Chartres.
^'^ On doit remarquer que la disposition de ces gradins die chaque côté de l'autel , a été exécutée conformément à Pancien usage de FÈglise , qui n'^admettoit aucun cierge sur les autels , par respect pour le saint ISacrificc , comme cela s'observoit à l'église de Notre-Dame de ïarîs, dans les douzième et treizièmB siècles. Voyez Histoire de ta ville de Paris , par le^ Pères Fém- ?içN et LoBiNEAu , tome î , pageSig. '
io8 DESCRIPTION HISTORIQUE
temple dédié à la Vierge^ dont il offre Timage frappante do son apothéose. On admire la belle disposition des masses. L'attitude de ,1a Vierge est vraie et noble : elte s'élance dans les airs avec majesté; SCS bras affectueux semblent porter les hommages de la terre qu'elle quitte^ au séjour éthéré^ vers lequel elle monte sans effort.
Ce grand ouvrage de sculpture a été exécuté par Qiarles Antoine Bridan^ statuaire^ en 1778 ^^\ Le Chapitre de cette église en fut si satisfait , qu'indépendamment du prix convenu avec lui ^ il accorda à cet artiste d'une voix unanime^ dans un chapitre général^ une pension viagère de 1000 livres^ dont la moitié devoit être réversible sur la télé de son
^*^ Gel artiste se rendit exprès en Italie , et choisit nn hameau près de la petite TÎlle de Carrare , oh il fixa sa demeure an •éîn de celte ch^tae de montagnes si riche en beaux marbres. Apnès deux ans et demi de recherches pénibles , il décourrk quatre blocs de marbre, les plus sains ^ du grain le plus pur, dans les dimensions qu*exigeoit Fexëcution de son groupe. Ces blocs extraordinaires par lear yolume , furent bientôt épannelës d'après l'appareil qu il en avoit tracé lui-même. Embarqués au port voisin » ils furent conduits k Marseille , ensuite à Rouen , oii ils arrivèrent , de là ils remontèrent la Seine jusqu'au port de Marlj , oh débarqués et chargés sur des équipages d'une structure ingénieuse et capable de résister sous de tels fardeaux; on les conduisit k Chartres, par Versailles. De retour dans cette ville , M. Bridan présida au premier emploi des marbres pour la construction de son groupe ; et après ti'ois ans de travail assidu I cet. artiste convertit une masse de a34 pieds superficiels; et de i64o pieds cubes de marbre ^ en un tableau dans
épouse^ au cas qu'dle survive à M. Bridan ^^K Ses ouvriers eurent une très forte gratification.
lequel toutes les figures agissent et respirent, et dont ressemble contribue singulièrement à l'ornement dé cette basilique. * *
Le lecteur apprendra avec intérêt que le groupe dé TAssomp-: tion de la Vierge, et les huit bas-reliefs qui décorent le choeur (|e celte église 9 menacés d'une entière destruction, ont été conservés par une ruse assez adroite. En 1793, époque à laquelle la France étoit couverte d'assemblées politiques (délibérantes sous le nom de sociétés populaires , il fut agité dans celle de Chartres , de renverser ces idoles dufanatîsme ; c'étoit l'expression. Tout à coup j sur le dire du motionnairé^ les bravos, les levées en masse d'approuver et d'ordonner spontanément la plus prompte destruction du groupe et des bas-reliefs j retentirent de toutes parts. Cependant un membre de l'assemblée se lève,applaudit à l'élan civique des assistans, puis ensuite leur fait apercevoir le moyen de conserver dans le temple consacré tout récemment à la Raison ^ ce même groupe, en couver tissait la figure de femme en déesse de la Liberté , à l'aide d'une pique dont on lui armeroit la main , et en la coiffimt d'un bonnet rouge.
Les huit bas-reliefs furent recouverlsde châssis de tbile peinte sur lesquels on imprima des strophes d'hjmnes en l'honneur de la nouvelle divinité. Une pareille mesure satisfit Jes plus ardens républicains , et ces morceaux précieux de l'art échappèrent à la destruction dont lU étoient menacés.
^*> M. Bridan, professeur de l'ancienne Académie de peinture et de sculpture de Paris, et depuis des écoles spéciales des beaux.arts , est décédé dans cette ville le 28 avril 1 8o5. Voyez %^ Notice biographique y par feu M; Viel^ architecte. Paris, 1^07, in-4*.
no DESCRIPTION HISTORIQUE
Les sept arcades da sanctmdre sont revétaes cil stuc. Avant ces embellissements^ les Êdsceaax de trois colonnes ( qui reçoivent la retombée des arceaux des voûtes) dont chaque pilier est accom-» pagne, reposoient sur les chapiteaux de^ piliers, et présentoient autant de porte-à-faux. Pour rectifier ce vice de la première bâtisse, ces colonnes ont été prolongées jusqu'au bas des piliers, et revêtues d'un enduit en stuc jaune de Sienne jusqu'à la hauteur des galeries. Le pourtour intérieur du sanctuaire est incrusté de marbre blanc veiné, formant un lambris de 4 pieds 6 pouces de hauteur. Les baies^ des arcades sont ornées en dedans, de pilastres co« rinthiens , revêtus de stuc vert antique et surmontés d'une archivolte en stuc blanc, dont tout le contour en dessous formant soffîte, est orné de caissons enrichis de rosaces dorées. Les tympans audessus des arcades sont revêtus de stuc vert, et décorés de branches de lys en bronze doré en or moulu. L'espace régnant entre les piédroits des arcades , se trouve rempli par un mur revêtu d'un enduit en stuc, et décoré de draperies bleues azurées, garnies de franges doréçs.
Le pavé du sanctuaire est composé de compartiments en marbre de diverses couleurs , disposés comme ceux d'un jeu d'oie, d'un très bel ensemble. Au centre est incrustée une étoile composée de marbres de diverses couleurs.
Tous les ouvrages en stuc ont été exécutés par le sieur Hermand, sculpteur stucateur de Paris^ et ceux
DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES. iti
çn marbri3 par I0 sieup Mçntleveau , marbrier de la méma ville.
Demère le grand autel se voit une armoire pratiquée sous l'arcade entre les deux piliers^ dans laquelle an serroit anciennement les objets les plus précieux du Trésor. Parmi ceux que l'on y voit, aujourd'hui et q^i servent à la célébration du culte > on distingue un soleil en argent de 2 pieds 6 pouces de hautenr^ dont les rayons sont soutenus sur unje tige composée d'épis de blé. La croix est enrichie d'une couronne garnie de diamans roses.
, Au bas des marches du sanctuaire , vis-à-vis Jçs portes latérales du chœur^ sont suspendues deux lampes en bronze doré en or moulu , de 8 pieds de hauteur^ sur & pieds 4 pouces de diamètre, d'une très belle forme, et dont les chaînes sont attachées à quatre petites figures d'enfanls j le tout est enrichi d'ornements d'un travail soigné et de bon goût Ces deux lampes ont été eiLéeutéés par le sieur Prieur ^ ^ ' fondeuivciselettP ^^^
Sacristie.
La saçri^tii^ de cette église^ dont l'entrée est sous le secDpd b«3^té du chœur à gauche , est d'un style gothique qui paroît être du commencement du treizième siècle. L'intérieur de cette sacristie u^offre rien de remarquable qu'une suite d^ portrait$ des
^*' Nouvelle Histoire de l'Eglise de Chartres. Chartres, 1808, pages 142 et 5uiv«
ii!i DESCRIPTION HISTORIQUE
ëféques de Charlves et quelques autres tablcâti±# L'ancien Trësor renfermoit un nombre assez con^ sidërable de cbâsses^ de reliquaires et autres objets d'orfèvrerie, qu'on devoit à la piété de plusieurs grands personnages. Ce pieux dépôt > successivement enrichi par la munificence des princes et des évéques^ a été exposé aux plus grandes dépre-^ dations en 1793.
Parmi cette multitude de monuments variés de Forfévrerie du moyen-âge^ on conservoit avec une vénération toute particulière , un reliquaire dit la Sainte^Châsse , exécuté vers la fin du dixième siècle^ et du en partie à la libéralité de Theudon, or-^ fèvre de Chartres, mort en 991. On Fexposoit les jours de fêtes solennelles, sur l'autel principal de l'église haute ^\ Cette châsse étoit en bois de cèdre, revêtue de lames d'or , décorée de figures et d'ornements, enrichie d'un grand nombre de pierres précieuses et de dons offerts en différents temps par la pfété de plusieurs rois , princes et autres personnages. Sa longueur étoit de 25 pouces, sur 10 pouces
^^ Le rédacteur du Nëcrologe de l'Eglise de Chartres, en attribuant k la munificence de Theùdon , Tédification de la façade de ce temple, comprise entre les deux clochers, a commis un lourd anachronisme. L'époque de son décès, arrivé en 991 ^ prouve évidemment qu'il ne put prendre aucune part k la cous* trnclion d'un édifice qui ne fut commencé que trente ans après. Voyez Extrait de V Inventaire des Reliques et Joyaux de l'église de Chartres, /ait en i68a , et imprimé à la suite de la JYoUcé iur saint Piatf publiée en 1816 par M. Hérisson.
DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES. ii3
de largeur et 21 pouces de hauteur. Elle pesoit 98 livres. Dans cette châsse étoit renfermé un -coïFret en or, contenant^ la chemise ^ le i^oile et la ceinture de la p^ierge. La tunique vulgairement appelée la chemise de la Vierge, avoit été envoyée à Chprlemagne , vers Fan 8o3 , par Nicéph ore , empereur d'Orient, et donnée à l'église de Chartres en 877, par Gharles-le-Chauve, petit-fils de Gharlemagne ^^\ Ce monument curieux devenu pendant plus de neuf cents ans, l'objet de la vénération des Chartrains, de plusieurs rois et reines, et d'une multitude de personnes pieuses, qui sont venues en tout temps en pèlerinage à Chartres , a disparu à l'époque de la Révolution 3 car Ton ne peut comprendre sous ce titre, le voile ni la ceinture y seuls objets qui aient échappé aux déprédations commises en 1798, et qui sont présentement entre les mains de la ^œur de feu M. Maillard, ancien curé de Notre*Dame, décédé depuis quelques annéea.
Ce voile, d'une espèce de tissu, a 6 pieds de longueur, sur 18 pouces de largeur. Il est enrichi de plusieurs frises dans le goût asiatique , et par- ' semé de symboles hiéroglyphiques ^'^\ La ceinture dont il a été parlé ci-dessus,. est d'un tissu de soie. ' Parmi les reliques que possédoit autrefois le Trésor
^*^ Extrait d'une Notice communiquée par M. Masson de Chartres.
^^ Ce voile a été gravé dans les Monuments français inédits pour servir à Vhist, des arts ^ etc. , publiés^par N. X. Willemin.
Ii4 DESCRIPTION HISTORIQUE
de réfjlise de Chartres, se trouvoit le corps entier de saint Piat, martyr, victime de la persécution des empereurs Diocle'tien et Maximien, vers le commencement du quatrième siècle.
lies reliques de saint Piat, dont les Chartrains invoquoient l'intercession dans les calamités pu- ♦ bliques, ayant été arrachées en 1793, de leur châsse, furent. inhumées avec plusieurs autres reliques de la cathédrale, dans le cimetière de Saint- Jérôme , qui fait ajajourd'hui partie du jardin du palais épiscopal. M. le comte de Breteuil , préfet du département d'Eure et Loir, sur l'exposé qui lui fut fait en 1816 par des personnes pieuses, que le corps de saint Piat avoit été inhumé dans ce lieu , voulant rendre ces restes précieux à la vénération publique, dans un temps où les récoltes étoient menacées par des pluies abondantes et continuelles, donna les ordres nécessaires, pour que Fon s'empressât de les exhumer. Après plusieurs jours de recherches infructueuses, on découvrit enfin le 22 août 18 16, à 5 pieds de profondeur, le corps de saint Piat avec une quantité d'autres reliques qui furent recueillies avec soin, et placées dans des caisses scellées en présence des commissaires et des témoins , appelés à cet eflPet pour en reconnoître l'identité.
Conformément à l'ordonnance de Mgr; l'évêque de Versailles , les reUques du saint martyr furent transférées solennellement le 7 septembre 18 16, de la chapelle de la préfecture ( où elles avoient été
DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES. iiS
déposées provisoirement) dans celle dite des CheifaUerSy située au rond-point de Féglise cathédrale , puis exposées à la vénération des fidèles ^*^ Ces reliques sont restées dans la chapelle des Chex^aUers jusqu'à l'époque où leur translation a été ordonnée dans la nouvelle châsse. Cette 'châsse en bois de poirier, façon d'ébène, est enrichie d'ornements en bronze dore*: elle a 6 pieds de longueur ; sa forme est celle d'un tombeau antique ; les deux faces latérales sont percées à jour, afin de laisser apercevoir les reliques de saint Piat. La châsse a été exécutée en 1816. ^
On conserve dans la sacristie de cette église, une navette à encens en vern^eil d'un travail extrêmement précieux, exécutée vers le milieu du seizième siècle. Cette navette se compose d'une coquille en nacre de perle , surmontée de plusieurs petits sièges et de pyramides gothiques, très délicatement découpées à jour en filigranne.EUe est montée sur un pied dont la vasque à festons est enrichie d'arabesques d'un fort bon style. Deux anges tenant un écusson aux armes dli donateur, sont placés sur un piédestal oblong, sur lequel est gravé l'inscription suivante en caractères romains :
DES BIENS DE MONSEIGNEUR MILE d'uXIERS EUESQtTE DE LUÇON , DOTEN DE CHARTRES ET NEFUEU DE MESSIEURS MII£ ET RENÉ d'iLLIERS EUESQUES de CHARTRES.
^*^ Voyez Notice historique sur saint Piat, apôtre de Tournay
ii6 DESCRIPTION HISTORIQUE
Cette navette a lo pouces 6 lignes de hauteur. Uévêque Mille d'IUiers en fit présent a Fe'glise àe Chartres le aS juin i54o.
On y voit aussi une châsse provenant de l'église de Saint-Aignan de Chartres, et dans laquelle étoient conservées , avant les événements de la révolution , plusieurs rehques du saint patron.
Cette châsse dont la forme est celle d'un tabernacle, est en cuivre doré émaillé, et enrichie de figures en demi-relief. Les vantaux de la porte sont décorés extérieurement des figurés des douze apôtres, assis et placés sous des arcades en forme de trèfles : sur le haut des deux vantaux, on voit deux mains, dont le sens mystique n'a d'autre signification, que d'indiquer que c'est la main de Dieu qui a dirigé la conduite des apôtres, dans la prédication de l'Evangile. Cette assistance de Dieu est indiquée dans l'Ecriture par sa main : on lit que la main de Dieu étoit avec le patriarche Joseph^ parce que le Seigneur répandoit sur lui ses bénédictions ^*^ Les
et martyr, avec les procès • verbaux de son exhumation y par M. HÉRISSON. Chartres , 1 8 1 6 , chez Hervé , libraire.
^*^ Ces mains célestes se voient également sur quelques autres monuments du mojen-^ge j. telle est celle qui descend d*en haut sur la tête de Charlemagne , dans le monument qui le représente comme Patrice des Romains , et celle que , dans deux miniatures représentant Charles-le-Chauve , on voit descendre du ciel , et diriger ses rayons sur la tête de cet empereur. Les bulles de plomb du pape Victor II , montrent une main sortant
deux vantaux sont ornés dans l'intérieur de deux figures placées dans des cadres de forme elliptique : dans Fun , est représenté le Sauveur environné des symboles mystiques des quatre évangélistes, leLioUy le Bœuf y V Aigle et P Ange y et dans Tautre cadre, la sainte Vierge tenant un sceptre comme reine du ciel, et accompagnée de quatre anges.
Dans le fond de cette châsse se voit une représentation du calvaire de Jésus-Christ. Indépendamment des figures de la Vierge et de saint Jean qui accompagnent souvent le Christ sur la croix, on aperçoit deux autres figures allégoriques représentant les personnages suivans : sur la droite est l'Eglise chrétienne, sous les traits d'une femme couronnée, tenant d'une main une lance à laquelle est attachée une flamme. Cette figure de l'EgUse chrétienne indique que c'est par le sang de Jésus-Christ, qu'elle remporte la victoire sur la Synagogue, représentée sur la gauche par une autre femme ay^ntun bandeau sur les yeux, tenant d'une main les tables de Moyse, et de l'autre une espèce de lance rompue, à laquelle est attachée une flamme. Cette allégorie présente la confusion de la nation juive. à l'aspect du déicide qu'ils commirent sur la personne de Jésus-Christ ^^\
d'un nuage, et ofirautune clef à saint Pierre. Ces mains sont un symbole de la protection divine accordée aux princes. Voyez MoNTFAucoN , Monumeuts de la Monarchie française , etc. , tome I, page 3o2. — Bdllet, Dissertations sur différents sujets de V Histoire de France , page 11 et suiv.
^^^ Celte allégorie fort ancienne, est n^presentée sur le portail
ii8 DESCRIPTION HISTORIQUE
Cette châsse dont la hauteur est d'environ 2 pieds 8 pouces, fut exécutée en 127 1 , et donnée àFéglise de Saint- Aignan par Pierre de Maincy , 79® évêque de Chartres , qui fit rebâtir cette éghse après l'incendie qui réduisit en cendres une partie de la ville.
Une ceinture de 4 pieds 6 pouces de longueur sur quatre doigts de largeur^ exécutée en grains de porcelaine^ blancs et noirs, bordée de soie de porcépic rouge. Autour est l'inscription suivante : Vir- GiNi PARiTUiUE, voTUM HuRONtJM. Cette ccinturc fut envoyée en 1678, par les Hurons, peuples du Canada, qui avoient été convertis à la foi par le père Bouyart, Jésuite, natif de Chartres.
Une autre ceinture de 6 pieds de longueur sur 6 pouces de largeur. Le fond est en grains de porcelaine, couleur violette foncée, au nombre de onze nulle, avec cette inscription : Virgini matri Abna- QuiJEi D. D. , en grains blancs. Cette ceinture a été envoyée en 1695, parles Abnaqids^ peuples sauvages du Canada , près la nouvelle Angleterre , et reçue en septembre 1699-
Tels sont les objets les plus intéressants qui ont échappé à la rapacité des vandales de 1798 , et que Ton croit dignes de fixer l'attention des amateurs, Voyez. VExtrait de Vim^entaire de l'ancien Trésor, cité ci-dessus, page 112, pour la connoissance des reméridional de Tëglise cathédrale de Strasbourg, Voyez Giian- DIDIER , Essais historiques sur Venise de Notre-Dame de cette ville , page aSg.
liques et des objets d'orfèvrerie qu'il contenoit avant les événements de la révolution de 1789.
Chapelle de saint PiaL .
L'entrée de cette chapelle , située sous le second bas-côté du chœur, près celle dite des Che-^ valiei^y est décorée d'un portail de style gothique, dont l'ensemble offre une composition riche et élégante. Au devant est un perron semi-circulaire composé de quatre marches accotées au soubassement des piédroits du portique. La porte pratiquée sous une voussure ogive, est surmontée d'un pignon très délicatement découpé à Jour sur un fon4 divisé par de petites arcades également espacées par des colonnes, dont le couronnement offre une large frise ornée de trèfles. Dans le tympan au-dessus de la porte , sont trois figures représentant la Vierge portant l'enfant Jésus, et deux anges placés à ses côtés; leurs mains ont été fraclurées. Sur le piédestal qui forme l'amortissement du pignon, est placée la statue de Jésus-Christ. Les obélisques qui s'élèvent au-dessus des piédroits du portail, sont surmontés de deux anges, dont l'un à droite tient une croix, et l'autre un cornet ^^\
La chapelle de saint Piat attenante au chevet de la grande église, fut érigée en i349^ par le Chapitre de Chartres , qui employa à sa construction ,
^^^ Le portail de la chapelle de Saint-Piat est gravé dans les Monunuints français inédits ^ publiés par N. X. Villkmin.
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le produit des offrandes des fidèles. L'ëvcque Aimeric de Château-Luisant , voulant coopérer à cette œuvre de piété, y fonda à la même époque, douze canonicats , qui furent spécialement affectés aux officiers, clercs, chantres et musiciens de cette égUse,,par la bulle de Martin V, en i^^y , et par celle de Paul IV, en i555, confirmées par arrêts du Parlement ^^\ Cette chapelle est construite en pierre, et flanquée de deux grosses tourelles placées dans les angles , et surmontées de cônes couverts dWdoises. Elle esj divisée en deux étages : la partie haute servoit à la célébration du service divin , et celle du rez-de-chaussée aux assemblées capitulaires. Près de cette chapelle, il existoit ancieimement une galerie par laquelle les évêques venoient de leur hôtel à l'église. Les bâtiments et les jardins de l'hôtel épiscopal , disposés en amphithéâtre sur le penchant de la colline au bas de laquelle coule la rivière d'Eure , font de ce lieu un séjour agréable , d'où l'on jouit d'une belle vue.
Chapelle de saint Jérôme.
A quelque distauce de la chapelle de Saint-Piat, et dans l'enclos du jardin de l'hôtel épiscopal , il existoit autrefois , une petite chapelle dédiée à saiiît Jérôme : c'étoit celle du cimetière destiné à la sépulture des officiers et des domestiques du Chapitre de la cathédi-àle. Cette chapelle érigée en i4oo, par la
Doublet, Fouillé du Diocèse de Chartres , 1738, page 2.
piété de Frailçois Baudry, chanoine de Chartres, étoit construite en pans de bois revêtus d'une maçonnerie de briques j elle avoit 18 pieds de longueur. Les traits principaux de la vie de saint Jérôme ornoient les vitres de cette chapelle, qui a été démolie à la suite des événements de 1789.
Église souterraine.
Indépendamment de la grande église dont on vient de donner la description, il en existe une autre au-dessous de celle-ci, vulgairement appelée V Eglisesous-Terre j et dans laquelle on descend par cinq escaliers difFérens, savoir : le premier est sous le c/o- 4iher'VieuXy le second sous le clocher-'neufy le troisième a son entrée près du porche septentrional, le quatrième près de la sacristie^ et le cinquième à à côté du porche méridional.
Pour avoir une idée complète de Tétendue de cette église souterraine , il faut dire qu'elle est composée de deux longues nefs , pratiquées sous chacun des bas côtés de l'église haute ; les voûtes sont en arête : celle de la chapelle de la Vierge est décorée d'arabesques peintes en grisaille rehaussée d'or. Dans toute la partie qui est située sous le pourtour du chœur, il existe treize chapelles qui étoient toutes décorées avant la révolution, et parmi lesquelles on remarquoit particuUèrement celle de la Vierge.
Cette chapelle étoit revêtue de lambris en marbre, et enrichie de peintures et de dorures. On y voyoit aussi un nombre assez considérable A^ ex-voto ^
laa DESCRIPTION HISTORIQUE
suspendus aux murs, et qui attestoient la confiance des peuples qui venoient y implorer la protection de la Vierge , dans les calamités publiques ou privées. II y avoit autrefois une très ancienne figure de la Vierge, assise sur une espèce de trône, et tenant sur ses genoux , Jésus-Christ enfant , dont la main droite étoit élevée , et l'autre tenoit un globe. Ce monument, l'un des objets de la piété des fidèles , avoit 28 pouces 6 lignes de hauteur sur un pied de largeur; il a été détruit en 1793.
C'est à cette chapelle de la Vierge, que, de temps immémorial^ une foule de personnes pieuses venoient de toiites parts en pèlerinage y faire leurs dévotions. Près de l'autel, il existoitun ancien puits (aujourd'hui comblé), vulgairement appelé le PwfÏ5des SaintS'Forts y en mémoire du fait suivant : Pendant la domination romaine , Quirinus , gouverneur de la ville de Chartres, pour l'empereur Claude, et grand persécuteur des chrétiens^ après en avoir fait passer plusieurs au fil de l'épée, ordonna que leurs corps seroient jetés dans ce puits ^^.
Outre les deux nefs et les chapelles dont il vient d'être parlé, et qu'on nomme les Cryptes et Saints- Liewk^Souterrains , il existe sons les bas-côtés de la croisée de l'église haute, quatre caves voûtées où l'on descend par des escaliers pratiqués à côté des portiques latéraux du midi et du septentrioïJ.
^^ RouLLiARD, Histoire de r Eglise de Chartres j première parlie , page 117.
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DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES. laS
Sous le sanctuaire est un grand caveau où l'on arrive par un escalier au milieu duquel est une porte de fer. On ne peut pénétrer dans cet escalier que par le moyen d'une pierre à tiroir recouverte de marbre et formant l'une des marches du sanctuaire. C'est dans ce lieu, peu connu, que l'on cachoit les reliques et les ricKesses de l'église , dans les dangers pressants.
Ce grand caveau présente dans son ensemble les distributions suivantes indiquées dans le plan cijoint:
A. Ouverture par laquelle on descend dans le caveau : elle a 4 ou 5 pieds de profondeur^ s&ns aucuns degrés; le fond sert de palier à un escalier de vingt marchés en pierre de taille.
B. Porte de fer placée un peu plus bas que le milieu de l'escalier.
C. D. E. Piliers qui soutiennent la voûte du caveau, élevée d'environ i5 pieds au-dessus du sol.
F. F. Massifs ou avant-corps en maçonnerie , servant de points d'appuis à la voûte.
G. Cinq niches ou petits caveaux pratiqués dans l'épaisseur et les fondements des piliers du rond- . point du chœur, et dont on pouvoit murer l'entrée en cas de nécessité urgente.
H. Passage qui conduit dans un autre caveau de plein-pied avec ce dernier^ dont la largeur est de 8 pieds en carré.
I. Porte de fer qui en ferme l'entrée, et au-devant de laquelle on établissoit au besoin, un corps de
ii4 DESCRIPTION HISTORIQUE
maçonnerie jusqu'à l'arasement du grand caveau semi-circulaire.
L. Caveau dans lequel est un cul-de-basse-fossc, de 8 pieds en carré, et de 7 pieds de hauteur sous voûte. On y voit une espèce de socle ou cube de , pierre taillé dans le roc.
M. Entrée de la basse fosse que l'on ferme avec une forte dalle de pierre, recouverte de terre. C'est dans ce réduit que l'on cachoit la sainte Châsse , pour la soustraire au pillage dans les temps de guerre et de troubles.
?ï. Autre caveau auquel on monte par une marche. Le mur du fond de ce caveau correspond vis-à-vis la porte de la sacristie de l'église souterraine , dont le terrain est plus élevé d'environ 2 pieds, que celui du caveau.
O. Entrée de ce caveau , qui se ferme aussi avec une porte de fer, au devant de laquelle on construisoit un corps de maçonnerie d'environ 2 pieds , pour en dérober la connaissance.
P. Terre-plein dans lequel on a pratiqué ces excavations qui sont parementécs d'assises régulières en pierre.
R. Autre terre-plein situé sous le sanctuaire de l'église haute ^^\ ^
^*^ Extrait du Catalogue ou Inventaire des Reliques de l'Eglise cathédrale de Chartres , 1682 , in-S®, manuscrit du cabinet de M. Hérisson, avocat et bibliothécaire de celte ville , qui prépare depuis plusieurs années une nouvelle Histoire de V Eglise de Chartres.
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DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES; ia5
Enfin, sous le bas-côté du chœur, à gauche, se voit encore un autre caveau, dans lequel est un culde-basse- fosse , puis un autre où se trouve une grande cuve de pierre en forme de saloir , dans laquelle on pouvoit conserver des ^andes : près de ce lieu, il existe un caveau appelé le Chenil^ où Ton renfermoit pendant le jour les chiens destinés à la garde de Féglise.
Dans le bas-côté droit de Féglise souterraine, on voit une ancienne cuve en pierre , enrichie d'ornements^ qui a servi originairement de fonts-baptismaux , à l'époque où Ton administroit le baptême par immersion. Sa forme et le style de la sculpture ne remontent pas au-dçlà du onzième siècle.
Cette église souterraine et les différentes distributions^ qui en font partie, ont été construites, comme je Fai déjà dit, vers le commencement du onzième siècle, par Févéque Fulbert, en mémoire du culte que les Druides y avoient , dit-on, établi ( dans une grotte) en Fhonneur de la Vierge qui devoit enfanter, Virgini pariturce, et, c'est sur Femplacement de cette grotte que la chapelle de la Vierge a été bâtie, suivant la tradition.
L'église haute et l'église souterraine ne contiennent aucune sépulture j il n'existe ni tombeaux, ni cénotaphes, ni inscriptions, qui rappellent le souvenir de quelques personnages recommandables , parleurs vertus ou par leurs talents, et dont l'aspect fait naître dans Famé, ces émotions mélancoliques
qui , pour riibrame sensible, eut tant d'intérêt et tant de charmes.
Le Chapitre de Chartres, par respect et par vénération pour la mère du Sauveur, dont il a toujours honoré la méiupire d'uu culte particulier, avoit maintenu depuis un temps immémorial, l'usage de n'y permettre aucune sépulture. En i5G8, le baron de Bourdeilles, colonel des Gascons, ayant été tue' sur la brèche en défendant la ville de Chartres, contre l'armée Calviniste, les chanoines de la cathédrale refusèrent de lui donner la sépulture dans leur église: il fallut un ordre du Roi, pour les y contraindre, mais ce fut sous condition expresse que la terre ne seroit point ouverte , que le cercueil posé sur un gril de fer ne touclîeroit point le pavé^ et devroit être recouvert et encastré sous une tombe plate sans inscription. Ce cercueil étoit p}acé prés de la porte latérale du chœur du côté du septentrion d'après le témoignage de RouUiard ^^\ qui ajoute que l'on croyoit de son temps que le corps n'y resta pas long-temps ^*\
^'^ Parthénie ou Histoire de l'Elise de ChaHres ^ première partie , page 162.
^ Pour motiver sa disparition, les chanoines de la cathédrale imaginèrent un conte absurde^ en persuadant au peuple que la Vierge n« voulant pas souffrir cette inhumation, permit au cadavre de faire paroitre ses bras hors du tombeau , pour demander une autre sépulture ; et cette opinion s'accrédita à cette époque dans T esprit du peuple. Ce tombeau fut transféré dans un autre lieu en 1661. Doyen , Histoire de Chartres ^ tome II, pages 73 et 74*
Que sont devenues les riches tapisseries qui, selon André Félibien^^^, avoient été tissées dans les meilleures manufactures de Flandre d'après les dessins que fit Raphaël, pour l'ornement des loges du Vatican? Ces tapisseries représentant plusieurs traits de FAncien-Testament, étoient, selon lui, admirablement exécutées, et ornées de riches bordures^ les laines en étoient très, fines et relevées de soie. Elles avoient été données pat Nicolas de Thou, évêque de Chartres.
Avant l'invention de l'imprimerie , les bréviaires étoient extrêmement chers. Il y en avoit de publics pour les prêtres qui ne pouvoient s'en procurer. Ces bréviaires étoient écrits en gros caractères sur parchemin, et enfermés dans de^ cages de fer, grillées, au travers «desquelles on pou voit seulement passer la main , pour tourner les feuillets ; et , à des heures fixes, plusieurs prêtres le récitoient à la fois. Ces cages étoient attachées à des piliers dans les églises cathédrales et collégiales. RouUiard parle de ces armoires treillissees de balustres que l'on voyoit dans l'église de Chartres.
^ Le goût que l'on avoit pour l'art musical au neuvième siècle , se fortifia dans le dixième , et fit des progrès dans les siècles suivants. Aussitôt que la méthode de noter la musique ( inventée par Guy d'A-
^ Entretiens sur les Vies et les Ouvrages des plus excellents Peintres anciens et modernes, etc., ^dit. de 1725, tomel; pages 324 et 3a5.
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rezzo),fut connue et adoptée en France; ses progrés en devinrent plus sensibles. Robert y soixante-troisième évéque de Chartres^ introduisit en 1 148 , les cbants en musique dans son église ^^K Par les fragments qui nous en restent y on peut conclure que la musique de ce temps, u'étoit qu'un plain-chant dont on chercha à bannir la monotonie par des accompagnements à la tierce, les seuls qui fussent alors connus en France. Le goût de la musique s'est toujours soutenu dans l'église de Chartres, jusqu'à l'époque de la Révolution, où le Chapitre avoit alors l'un des corps de musique les plus distingués du royaume , tant par le choix des musiciens que par celui du maître de chapelle, M. Desvignes, actuellement attaché en cette qualité à l'église métropohtaine de Paris. • •
Conformément au concordat conclu entre le gouvernement français et la Cour de Rome en 1817 , la ville de Chartres , l'une des plus anciennes cités, des Gaules , qui ait reçu la lumière de l'évangile, a été comprise dans le nombre des sièges qui ont été rétablis. Monseigneur Jean-Baptiste-Marie-Anne-Antoine de Latil , actuellement archevêque de Reims , sacré évéque m partibus d'Amyclée le 6 avril 18 16, fut nommé par le feu roi Louis XVIII à Tévéché de Chartres dont il prit possession le 8 juiQet 182 1 .
Le jour de son installation , ce prélat se rendit de
<•> BoiJLLiARD, Histoire de V Eglise de Chartres, première parlie, page '1 55.
DE LA GATHéDRAU: BE CHARTRES. 139-
Viert^ Chartres près de la porte saint Micliel,ou ronavoit construit un petit payOlon^ dans lequel il se revêtit de ses habits pcmtificailx ^*^ Le detgé et les autorités locales de la yille^ vinrent recevoir Févêqije de Chartres , et le conduisirent à la cathédrale par les rues Saint-Michel > des Grenets et de& Changes. Arrivé à la porte principale de Téglise, le prélat futr€tçu et cQmpUmenté par M» Challe , curé^ de ^ptre-Dame / qui prononça un discours sur sa prisfs de possession 9 et la longue viduilé de l'église^ de Chartres* Il fut ensuite condiût ati choeur au eliant du Te Deum, pendit lequel se fît son intrqui^atipu , dans la .forme prescrite par le cérémonial usité. Ai'issue du TeDe^um, Monseigneur Uévêque de Chartres célébra une mçsse basse ^ et fut ensuite reconduit aux sons de Vorgue , par le clergé et les autorités jusqu'en dehors de Féglise. Il se rendit au séminàifèôùTon lûî avoit~préparé un logement, en attendant quie l'administration départementale eut évacué le palais épiscopal^ dont ce prélat n'entra en possessioti qu'à Pâques de l'année iSaS. C'est aujourd'hui Monseigneur Clausel de Montais , premier aumônier de Madame la Dauphine, qui occupe dignement le siège de Cliartres.
Telles sont les particularités les pltis intéressantes que nous avons pu recueillir sur ce temple célèbre, tjui a résisté aux ravages des temps pendant l'espace
^> \oycz Jielation de l'Entrée des Evéques de Chartres, avec lies Hsmarques iUstfiriques , par Jaivvi£ii db YthiNYiLLtyijBo.