LE GORDIER DE BIGARDS DE LA LONDE
CAPITULI DEGANO.
G. L. GoiIfllLLI, ARATEOB.
Cet autel fut achevé et consacré au mois de décembre lySy : il a été élevé sur les dessins de Gartaud , architecte ; sa composition fait voir le mauvais goût qui régnait alors dans l'architecture et dans les arts dépendants du dessin. On monte au palier ou parquet par trois marches en marbre de Rance et de forme elliptique; les compartiments du palier de l'autel sont en marbre blanc veiné sur un fond de marbre cipolin. Le coffre de l'autel, qui est en marbre vert de mer^ a la forme d'un tombeau : il a 12 pieds 6 pouces de longueur sur 5 pieds de hauteur. L'autel est orné par le haut et à sa base d'un profil simple et formé par de grandes parties. La table qui couvre le tombeau
liO DESCRIPTION HISIORIQIIE
est ornée au pourtour d'une corniche en bronze, dorée et ciselée; sur le fond de la table sont deux gradins en marbre gris. Le tabernacle , de même marbre, est fermé d'une porte en bronze doré, sur laquelle est l'Agneau pascal , au--de880us d'un Jehovah : sur l'autel sont placés une croix de 5 pieds 6 potices et six chandeliers en cuivre doré, de 3 pieds de hauteur, mais d'une trop petite proportion pour un vaisseau de cette étendue. Ces chandeliers, d'un beau travail, proviennent de l'ancienne église des Chartreux de Rouen, ainsi que la croix et le tabernacle.
Avant les événements de 1789, le fond de Tautel était surmonté d'un grand contreretable de l'invention de Gartaud, architecte, et exécuté par Rousseau, sculpteur; il représentait l'ancienne loi accomplie par l'établissement de la loi de la grâce. Au milieu était un palmier en plomb doré, de 5o pieds de haut, entouré de guirlandes, d'anges et de chérubins. Sous l'espèce de parasol formé par les rameaux du palmier, se voyaient deux petits angeà dont l'un tenait une écharpe à laquelle était attachée la suspension , en bronze doré , contenant l'Eucharistie , qui.se descendait à vo^
OB LA CATHÉDEALE DE ROUEN. Itl
loDté. Toute cette grande composition (i) mas* quait le beau point de vue de la chapelle de la Vierge, qui frappe en entrant dans ce temple , et l'autel y actuellement dégagé de toute espèce d'ornements, produit aussi un meilleur effet. Les architectes chargés de la décoration des édifices gothiques devraient toujours s'attacher à ne jamais intercepter les points de vue, qui deviennent si importants dans les monuments de ce genre. La raison et le bon goût même leur font un devoir de ne point obstruer les percées des arcades par des décorations para*sites qui n'ont aucune liaison avec l'ordon-nance de l'édifice.
Le sanctuaire est pavé en carreaux de marbre blanc de Flandre : on y monte par cinq marches de même marbre; aux extrémités sont des parpaings en marbre, de 8 pieds de longueur ; les arcades du sanctuaire étaient autrefois fermées de grilles en cuivre doré, exécutées en lySa, 'et terminées en
(1) On trouve Teiplication de cette composition dans rouvrage intitulé : Descriptions rcUsonnées de quelques ouvrages de peinture ei de sculpture, à la suite de l'éloge de Coustou Vaitné, sculpteur. Paris , 1737, page 129 et suivantes.
tn DESCRIPTION HISTORIQUE
1734; elles ont été détruites en 1793 9 et de-puis on y a placé des grilles en fer uni^ d'un bien mauvds goût.
ViiMi-vis dçs deux portes latérales du chœur sont suspendues à la voûte trois lampes en cuivre argenté ; celle du milieu brûle jour et nurt devant le Saint*Sacrement.
Je terminei'ai la description de Tintérieur du chœur par une remarque qui ne peut échapper à la sagacité des amateurs : c'est cette inclinaison vers le nord^ouest que l'on di&tingue ordinairement dans la plupart des ehœurs des églises construites dans le moyen âge f et qui se fait apercevoir ici d'une manière assez sensible; je renvoie à l'explication que j'en ai donnée dans la Description historique de l'Église rojale de Saint^Denis (i). Quelques auteurs supposent que cette disposition dans la construction des églises a été faite pour imiter l'inclinaison que prit la tête de Jésus- Christ au moment où il expira sur la croix.
On sort du chœur par deux portes latérales pour visiter le bas-côté et les chapelles qui
(1) Paris, in-ia, 1815, page 48.
l'environnent; ce be&HCOté a i5 pieds de lar-* QQur , et n'offre rien dé remarquable que les quatre grands vitraux peints qui avoisinent la chapelle de la Vierge ; ils sont du treizième siècle, et représentent divers sujets tirés de l'Écriture, et peints dans de grands médail* Ions. Le pourtour du mur ai:i-dessous des vitraux est décoré d'arcades en ogive, au-dessus desquelles règne une espèce de retraite for*^ mant couloir autour du chevet de l'église. Derrière trois de ces arcades , près de l'entrée de la chapelle de la Vierge, on aperçoit à gauche un tombeau pratiqué sous un arc en pleincintre porté sur quatre colonnes courtes. Ce tombeau, vraisemblablement celui d'un archevêque de Rouen , parait fort ancien. Sur le contour de l'arcade sont plusieurs petits anges dont les plus élevés enlèvent dans un linceul l'âme du défunt archevêque, qui est représenté jur son tombeau les mains croisées sur la poitrine , et revêtu de ses ornements pontificaux ; sur le devan:t>du tombeau se voit un bas-relief très-mutilé. On ignore le nom du prélat pour qui ce monument a été érigé. Les historiens présument que c'est Maurice, ou peut-être Guillaume de Durefort, l'un et
tu DESCRIPTION ffiSTORIQUE
l'autre archevêques de Roueii; le premier mort en laSy, le second en i55i, et tous les deux inhuiliés dans la Cathédrale (i). Cependant il est vraisemblable que ce tombeau est d'une époque beaucoup plus reculée^ d'après l'inspection de sa structure qui paraît être du douzième siècle ^ ainsi que l'arcade en pleincintre^ soutenue par des colonnes courtes , sous laquelle il est encastré. Tout porte à croire que l'ensemble de ce monument est un reste précieux de l'édifice précédent qui aura été conservé par respect pour la sépulture du prélat dont il retrace l'image /et enchâssé dans la nouvelle construction.
Une particularité que l'on remarque également dans plusieurs autres églises ^ c'est la légèreté des colonnes en délits ou d'une seule pierre; groupées en faisceaux et détachées des piliers des bas-côtés du rond-point du chœur , dont elles font l'un des plus beaux onmoaients*
En fece de la porte latérale du chœur^ à gauche^ est un tablestfit représenitant Jésus- Christ mis au tombeau : il a été peint en i8i3 par P. Poisson^ artiste de Rouen, et donné
(1) Histoire de Boum , tome l^^" , trotsième partie , poses 80 et 21 ,
DE LA CATHEDRA LB DB HOOEN. • ta»
par lui à l'église cathédrale ; les figures , de proportion humaine^ sont purement dessinées, et les carnations d'un coloris sage et bien entendu. Le tableau opposé 9 peint par Charles Tardieu , représente la Samaritaine s'entretenant avec Notre-Seigneur qui la convertit à la foi : la composition en est simple et de bon goût.
La grande chapelle de la Vierge , située derrière le chevet de l'église , est une église même à la suite d'une autre , où elle produit un trèsbel effet de perspective; elle est éclairée par neuf vitraux enrichis de peintures ^ représentant plusieurs portraits en pied des archevêques de Rouen ^ revêtus de leurs ornements pontificaux : ces vitraux ont été exécutés en i485.
Cette chapelle a 88 pieds de long sur 24 pieds de large, et 67 pieds de haut sous clef de voûte. Le tableau de l'autel représente l'Enfant-Jésus adoré par les bergers. Ce tableau, fort estimé des connaisseurs, a été peint par Philippe de Champagne : les effets du clair-obscur y sont parfaitement sentis, la lumière qui jaillit du berceau de l'Enfant éclaire cette scène et répand une harmonie générale sur toutes les parties du tableau, dont les caractères de têtes sont admirables et di-
gnes des plus grands maîtres dltalie. La décoration de l'autel , dans le stvle de l'architeoture italienne y a été redorée en entier du !i4 juin 1824 stu 2 avril 1825, ce qui a occasionné une dépense de i5^ii2 francs à la fabrique. On admire également dans la même chapelle trois monuments aussi remarquables par leur riche structure que par les illustres personnages dont ils contiennent lés dépouilles mortelles. Je veux parler des tombeaux des cardinaux d'Amboise , archevêques de Rouen , et de ceux de Pierre et de Louis de Brézé , tous deux grands-sénéchaux de Normandie.
Le premier caractérise le dernier soupir du style ogival^ poussé à son dernier période d'élégance et de légèreté; le second offre la transition de ce style à celui de la renaissance^ et le troisième mausolée en indique le perfectionnement.