TOMBEAU DES CARDINAUX D AMBOISE
Le tombeau du cardinal d'Amboise est placé au côté gauche de la chapelle, dans l'embrasure au-dessous de la troisième fenêtre. Il fut commencé en i5i6, et totalement achevé en iS^S, par les ordres du cardinal Georges d'Amboise , deuxième du nom, après neuf années d'un travail consécutif, exécuté par de très-habiles sculpteurs, d'après les dessins et sous la direction de RouUand le Roux, maître maçon ou architecte de la cathédrale de Rouen. Il fit
(1) Deville, Tombeaux û» la CfAhéà^oK» de Rouen; p. 54 et sair.
élever sur ses plans plusieurs parties de cet édi-fice(i). Ce tombeau est en marbre blanc et noir; ila i8 pieds de largeur^ sur 24 pieds environ de hauteur. Toutes les richesses de la sculpture ont été prodiguées sur ce monument , qui offre un exemple du luxe d'ornements que les artistes répandaient avec profusion sur toutes les productions de cette époque de transition. Le soubassement est décoré de niches espacées par des pilastres^ et ornées de petites figures soutenues sur des culs-de*lampe d'un excellent goût* Dans les niches sont placées six figures de moyenne proportion , représentant les principales vertus qui caractérisent la vie dé ces prélats, savoir: la Foi, la Charité, la Prudence, la Tempérance, la Force et la Jus-^ tice. On doit' remarquer avec attention le bon goût et l'élégance des figures , ainsi que leurs vêtements qui donnent une idée exacte du cos« tume en usage dans le seizième siècle (3). An*
(1) Voir les noms des statuaires imaginiers qui ont exécuté les sculptures dui^ausolée des cardinaux d^Amboise dans la Description des tombeaux de la ccahédrale de Rouen, par M. A. Deville. Rouen, Périaux , 1833 , page 93 et suivantes.
(2) Ces sjUitues ont été récemment moulées pour orner le Musée historique de Versailles.
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dessus des pilastres régnent dans la longueur du soubassement sept consoles soutenant l'entablement en marbre noir du tombeau, sur lequel sont placées deux statues à genoux, d'une belle proportion y représentant les deux cardinaux d'Amboise, l'oncle et le neveu, revêtus des ornements de leur dignité, et dans l'attitude de la prière. Le fond du monument est décoré d'un bas-relief représentant saint Georges, patron des cardinaux d'Amboise, terrassant et perçant de sa lance un dragon. Sur les côtés sont distribuées six figurines placées dans des niches richement décorées et séparées par des pilastres enrichis d'arabesques d'un excellent goût. Ces figurines, placées dans l'ordre suivant, représentent: i* :TGtk évéque ou archevêque; a"" la sainte Vierge; 3"* saint Jean-Baptiste; 4"" saint Romain, ardievêque de Rouen , tenant en laisse le dragon connu sous le nom de la Gargouille (i); S"" personnage que l'on croit être saint Roch,
(1) Sniviiiit voe anelenne tradition, saint Romain, arGbeyéqiie de Rouen, en 6ai, délivra cette ville d'an dragon monstmeu qui dévorait tous ceux qu'il rencontrait.
Ce miracle, dit Tauteur d'une dissertation sur ce sqjet, n'est que l'emblème d'un autre miracle de saint Romain, qui fit rentnr dans
portant un cilice et accompagné d'un quadru-pède; 6" un archevêque donnant sa bénédiction. Toutes ces figures sont rehaussées de filets d'or.
Sur la même ligne et aux deux extrémités opposées y contre les pilastres formant contreforts, sont deux statuettes d'archevêques, sur« montées de dais travaillés très-délicatement à jour. Au-dessous de celle de gauche, était une figure de l'Espérahce, comme l'indique Tin-»
scription gravée sur la plinthe. Au-dessous de celle de droite , se voit une figure de la Yir-« ginité, tenant un hs d'une main et un livre d'heures de l'autre. Au-dessus de cette suite
son lit la Seine qui était débordée, et qui allait inonder la ville. Le nom donné par le peuple à ce serpent fkbuleux en est lui-même une preuve : gargouille vient du latin gurges , mot qui ne convient qu'à un fleuve. Servin , Histoire de Rouen, pages 147 et 148.
Les auteurs du GaUia Christiana, tome XI, page 18, observent très-judicieusement que le dragon de saint Romain de Rouen , ainsi que celui de saint Marcel de Paris et de plusieurs autres , étaient originairement Temblème du démon, que ces saints avaient vaincu en détruisant Tidolâtrie.
Voyez Lenoir, Distertation sur le Dragon de Metz nommé GvàonWlj. Mémoires de V Académie Celtique, tome II.— Dissertation sur les Serpens monstrueux , par Eusébe Salverte. Magasin Encyclopédique, année 1813, tome !«'' , page 5 et suivantes.— Htôfotre du privilège de saint Romain, à Rouen, par Floqubt. Ronen, Legrand , 1838, S vol. Iih«, fig.