POUR LEUR SERVIR DE MÉMORABLE EXEMPLE
On voyait autrefois au milieu de ce monument la figure en pied de Louis de Brézé en habit de comte, et décoré des marques de sa dignité; elle a été détruite en lygS.
Sur les côtés sont placées deux statues en marbre blanc; Tune, à genoux, représente Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, épouse du sénéchal, en habit de veuve : on avait encore conservé à cette époque le costume des religieuses pour distinguer une veuve dans la société (2) ; l'autre figure tient entre ses bras un enfant qu'elle vient d'allaiter. On devine l'intention du sculpteur, qui a voulu représenter les différents âges de la vie de Louis de Brézé ; c'est pourquoi l'on prétend que c'est
(1) Charles VU, Louis XI^ Charles VHI et Louis XII.
(3) Les Yenyes alors ne quittaient jamais le deuil : Diane de Poitiers le porta toute sa yi'e, et ses coulewrt, même dans sa plus haute faveur, étaient le blanc ei le nùir. Anecdotes des Beines ei Régentes de France , par Dreui du A&dler» 1 776 , tome IV, page 463.
sa nourrice que Ton voit représentée ici. Cependant il est plus vraisemblable que cette statue est celle de la Vierge. Dom Pommeraye rapporte que Ton y voyait de son temps une prodigieuse quantité de cierges et à'ex-votOy qui avaient été offerts par la piété des fidèles (i); et ce qui confirme cette opinion , c'est que la figure de Brézé en état de mort^ et celle en habit de comte , étaient toutes deux tournées vers la Vierge, à laquelle cette prière inscrite en lettres d'or près de Tune de ces figures était adressée :
8USCIPE PRECES, YIRGO BENIGNA, MISERICORDES OGULOS AB NOS GONTERTE.
Pour plus ample conviction , nous ajouterons que la parfaite ressemblance qui existe entre cette statue et la figure en plomb de la Vierçe qui décore le faîtage de la chapelle, ne laisse aucun doute sur leur identité, et prouve que l'exécution de ces deux statues appartient au même artiste. Au-devant de ces figures , de chaque côté > sont deux colonnes accouplées d'ordre corinthien, et doiit les fûts en marbre
(1) Histoire de la Cathédrale de Rouen, liv. PS chap. X , page. 57.
noir f avec des chapiteaux et des basés en albâtre^ supportent une architrave décorée d'une guirlande de fruits attachée à des mascarons ; les ornements sont rehaussés en or. Au-dessus de l'entablement y sous une arcade placée au milieu ^ se voit la statue équestre en albâtre de Louis de Brézé , armé de toutes pièces , la visière à demi levée et laissant apercevoir une partie du visage. Le pourtour de l'arcade sous laquelle il est placé est orné de son monogramme entrelacé de palmes disposées dans des caissons. Les tympans au-dessus de l'archivolte sont ornés de deux renommées tenant une palme d'une main et une couronne de l'autre. De chaque côté de la statue équestre du comte de Brézé, sont deux avant-corps soutenus par quatre cariatides de 5 pieds de proportion dont les formes et les attitudes extrêmement gracieuses rappellent celles de Jean Goujon placées au Louvre à Paris dans la salle des Fleuves. Ces cariatides représentent les quatre Vertus suivantes avec leurs attributs faisant allusion à celles du comte , savoir : du coté àv(Àtf la Prudence et la Gloire , avec ces devises au-dessous gravées en lettres dorées :
PRUDENS OMNl TEMPORE. MORTUUS GUM GLORIA; du
côté gauche, la Victoire et la Foi , avec ces mots :
CUM TRIUMPHO VIVIT. FIDELIS SEMPRR. Sur l'ar-
chitrave du premier ordre on lit aussi la devise suivante : tant grate chevrequemal gïste. C'est un vieux proverbe emblématique qui fait allusion au tombeau et à lamort^ et qui trouve ici son application , comme devise de Louis de Brézé : son origine , qui se rattache sans doute à quel* que circonstance relative à la famille , est totalement inconnue. Au-dessus des cariatides , entre l'architrave et la corniche, règne dans toute la largeur du monument une frise composée de griffons couronnés par des renom* mées et de vases d'une riche composition et rehaussés en or. Ce monument est surmonté d'un attique composé de deux colonnes d'ordre dorique, placées de chaque côté; le milieu est occupé par une niche dans laquelle est une statue en marbre blanc, représentant la Force tenant une épée. Dans la frise qui est au-dessus de cette statue on lit cette inscription : IN virtute tabernagulum ejus. Aux deux extrémités de la corniche s'élèvent deux acrotères sur lesquels sont placées deux chèvres debout, portant chacune à leur cou un écu décoré des chiffres L. 6. entrelacés de palmes de Louis de
Brézé : c'est la chèvre de la devise ci-dessus mentionnée. Toutes les frises de ce monument funèbre ont été exécutées en albâtre , les architraves et les corniches en marbre noir , afin de lui donner par cette association de couleurs un caractère de deuil convenable à sa destination. Nous regrettons de ne pouvoir citer les noms de l'artiste qui a conçu ce beau monument^ et de ceux qui l'ont exécuté. M. âlbx. Lenoir l'attribue à Jean Cousin, l'un des plus habiles sculp* teurs et peintres sur verre du seizième siècle (i ) ; mais de fortes présomptions donnent lieu d'attribuer la composition et l'exécution de ce monument au célèbre Jean Goujon, que des travaux d'une grande importance avaient appelé à Rouen vers cette époque. Cette conjecture, émise par MM. Deville et Langlois, se trouve* fortifiée par ce fait, que Diane de Poitiers fit exécuter par cet artiste des travaux considérables à son château d'Anet.
Ce mausolée, tout-»à-fait remarquable par la beauté de sa composition, le bon goût et la richesse de sa sculpture, fut élevé, vers
(1) Voyez Description du château d^Ânet, par M. Lenoir, p. 27. à la note.
DE LA GATHÉimALE HE ROUEN. Uî
l'an i535y à la mémoire de Louis de Brézé, grand-sénéchal de Normandie, mort à Anet le 35 juillet i55i, par Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois , sa veuve. Cette femme célèbre, la plus belle, la plus aimable et la plus spirituelle de son siècle, sut s emparer du cœur et du sceptre de Henri II , qui fit élever avec magnificence pour cette favorite le superbe château d'Anet, devenu le temple de ses amours (i). C'est alors que les palais, les maisons particulières, les armures, les meubles, les ustensiles propres aux usages domestiques, et jusqu'aux églises même, furent ornés de chiffres amoureux qui retraçaient aux yeux des voyageurs les sentiments du Roi pour une femme qui méritait toute son affection.
(1) Ce magnifique château, qui avait été construit sur les dessins de Philibert Delorme /architecte du Roi » Ait Tendu pendant le cours de la Révolution, et démoli par les nouveaux propriétaires. Les morceaux les plus précieux sous le rapport de l'art ont été heureusement sauvés du marteau destructeur, et transportés au Musée des Monuments français , où ils ont été restaurés et placés. Dans la salle d'introduction de cet établissement , se voyait le mausolée en marbre de Diane de Poitiers , décédée le 33 avril 1566, à Tâge de 66 ans. Voyez Anecdotes des Reines et Régentes de France» par Dreux du Radier, 1776, tome IV, page 456. Voye^ aussi Description du château d'Anet{^aj De Marquant, capitaine des chasses du duc de Penthièvre), Paris, in-13 , 1789.
U9 DESCRIPTION HIlSTORIQUB
Les registres du Chapitre de la Cathédrale font mention de ses Ubéralités envers cette éghse. On y voit que, le a6 octobre i56o, madaine la GrandeSeneschale (c'était ainsi que Ton appelait alors Diane de Poitiers) fit présent de plusieurs ornements décorés de ses armes (i). ^
Lors de l'exhumation des corps dans cette église, en lygS, celui du comte deBrézé resta intact : les dépouilles mortelles des cardinaux d'Amboise furent exhumées, ainsi que celles des autres personnages inhumés dans différents en* droits de l'église, afin de disposer des cercueils de plomb.
On est étonné de voir que les tombeaux des cardinaux d'Âmboise et du comte deBrézé aient été conservés à une époque où l'on exerçait les plus horribles dévastations par toute la France. Mais il faut dire avec justice qu'on doit leur conservation au bon esprit des habitants de Rouen. Pour mettre ces deux monuments à l'abri des dégradations auxquelles ils sont journellement exposés , il serait à désirer qu'on
(1) Dom Pommeraye, EistiriTB de la Cathédrale de Bfmm, liY. l«r, chap. X, page 59.
les environnât de grilles en fer à hauteur d'appui, afin d'en défendre l^pproche à ceux qui ont la sotte manie d'écrire leurs noms sur les figures qui les décorent,
Dom Pommeraye et Farin (i) font mention de plusieurs autres tombeaux des archevêques de Rouen que l'on voyait de leur temps , tant dans cette chapelle que dans quelques autres parties de l'église : il paraît qu'ils furent suppri* mes lorsqu'on travailla à ses embellissements en 1778. Tels étaient les tombeaux d'Eudes Rigaud , de Guillaume de Flavacourt , de Raoul Roussel et de Robert de Croix-Mare, tous quatre archevêques de Rouen , inhumés dans la chapelle de la Vierge. On y voyait également le tombeau de Gilles Deschamps, évêque de Goutances et cardinal; la tombe sans inscription d'Antoine , évêque d'Angoulême, mort en i52o. Enfin, on distinguait parmi toutes ces sépultures celle de Charles de La Rochefoucauld , colonel-général de l'infanterie de France, mort en 1662, à l'âge de 37 ans.
(1) Histoire de la Cathédrale, liv. I«, chap. X , page M.-'Histoire de Rouen , troisième partie , page 19.
tu DESCRIPTION HISTORIQUE
Avant de sortir de la chapelle de la Vierge , nous ferons observer que le corps du cardinal Cambacérès^ archevêque de Rouen, décédé le 25 octobre 1818, a été inhumé dans l'ancien caveau des cardinaux d'Amboise. La tombe en marbre qui recouvrait leur sépulture fut remplacée à cette époque par une grande pierre tumulaire encadrée d'une bande de marbre hoir incrustée. Sur la tombe du cardinal Cambacérès est gravée l'inscription suivante :