CHAPITRE PREMIER
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Rouen est , sans contredit , Tune des villes de France où la piété et la libéralité des habitants se soient le plus généralement distinguées dans la construction des édifices religieux comme dans leur décoration intérieure. Les événements survenus à la suite de l'année 1789 ont donné lieu à la destruction de plusieurs de ces mo^ numents ; mais les plus remarquables par la structure et par la grandeur des proportions ont été heureusement conservés : on doit un tribut de reconnaissance à ceux des magistrats et des habitants qui ^ par leur zèle et par leur
courage, sont parvenus à les préserver delà destruction. Dans le nombre des édifices religieux qui font le principal ornement de cette ville, on distingue la Cathédrale , Saint-Ouen et Saint- Maclou (i).
Avant la révolution de 1789, Rouen offrait, dans la multitude et la beauté des vitres peintes dont les églises paroissiales étaient ornées, un témoignage bien certain de l'aisance et du ^oût de ses habitants , qui vers la fin du quinzième siècle, et dans le seizième, prirent un soin tout particulier de les décorer et de les enrichir.
(1) L*égli8e de Saint-Onen, Tun des plus beanx monuments du style ogival qui existent en France, fut commencée en 1318 par Tabbé Jean Roussel, surnommé Marc-d* Argent, et achevée par Antoine Bo- Ider, abbé de ce monastère, au commencement du seiziérae nèele. Sa longueur est de 416 pieds sur 100 pieds de hauteur sous clef de voûte, et 130 pieds de largeur. On admire particulièrement la hauteur des voûtes. Ta belle proportion des fenêtres et des arcades, ainsi que la superbe tour terminée par une couronne travaillée à jour, qui sur^ monte la partie centrale de ce vaste édifice. Voyez VHistoire de l'Âhbaye de Saint-Ouen, par dom Jean-François Pommeraye; Rouen, 1«69, in-fol., fig., et noire DeicripUon historique de VÈglise de Saint-Ouen, Rouen, 1822^ gr. in-S, fig.
L*église de Saint-Maclou est un des plus beaux édifices de Rouen. La tour , ou lanterne , qui s*élève au-dessus de ta partie centrale de ce temple, étail autrefois surmontée d^um pyramide en bois, revêtue
La peinture sur verre, cultivée alors avec le plus grand succès par d'habiles artistes, dont les descendants exerçaient encore, il y a quelques années , la profession de vitrier à Rouen et à Paris (i), trouva, dans la munificence des Rouennais, un noble sujet d'encouragement, et produisit cette multitude de magnifiques vi* traux peints que l'on admirait autrefois dans les églises , et dont un petit nombre a fort heureusement échappé à la fureur des guerres civiles, aussi bien qu'à la cupidité des acquéreurs des monuments religieux qui en ont vendu
de plomb, d'une structure admirable; on ftit obligé d*en abattre une partie assez considérable en 1735, parce que le couronnement menaçait ruine; ce qui restait de cette pyramide fut démoli en 1796, le plomb ayant été enlevé en 179i. Le modèle, en pâte de carton, de la jolie église de Saint-Maclou , cher-d*œuvre de patience, exécuté peu de temps après Tachèvement de l'édifice, est déposé dans ie Musée d'antiquités de Rouen. Voyez VHistoire de la vUU de Rouen , par Farin. Rouen, 1738, in-i, tom. II, pag. 153.
(1) MM. Levieil. On doit à Pierre Levieil , mort en 177«, un excellent Traité historique et pratique de la peinture sur verre , qui fait partie de TEncyclopédie des arts et métiers, VÂrt de la Peinture sur verre et de la vitrerie» 1774, in-fol. et iu-4, fîg. Nous devons aussi à notre savant confrère, M. Hyacinthe Langlois, un Essai historique et descriptif sur la Peinture sur verre, anciermeet modemef etc., orné de 7 planches, Rouen , Ed. Frère , 1832 , in-8 ; ouvrage rempli de recherches curieuses et intéressantes» spécialement sur les vitraux ties églises de Rouen et de la Normandie.
une grande quantité aux Anglais. Les églises de Saint-Godard , de Saint-Patrice , de Saint- Vincent, de Saint-Ouen et la Cathédrale, possèdent encore de précieux morceaux de peinture sur verre (i). On distingue particulièrement, dans celle de Saint-Godard , un grand vitrage représentant la généalogie de la Vierge, dont les figures sont correctement dessinées; les sujets historiques de la vie de saint Romain , peints sur Tune des vitres de la Cathédrale , se font également admirer par la beauté et la richesse des couleurs.
L'architecture et la sculpture , dont les progrès et le perfectionnement en France sont dus à la protection spéciale que François V avait accordée aux arts, furent particulièrement encouragées par les cardinaux d'Amboise, archevêques de Rouen; ils firent exécuter, en i5o8, par Pierre Valence, architecte sorti de l'école de Tours (2), d'immenses travaux de ce genre dans le château deGaillon, cette nouvelle
(1) Oo se rappelle d'avoir vu avec intérêt les belles vitres de Tégllse de Saint-Cande-le-Vleux , de Saint-Nicolas, et de la chapelle de Saint-Maur.
(2) D'autres attribuent la composition de ce château à frère Jean
DE LA CATHEDRALE DE ROUEN. n
Gapoue, qui, suivant Texpression de Jean Da^ dré (i), retenait les prélats loin de leurisiége , et dont les ruines attestaient encore ^ jUî y à quelques années , Tancienne magnificence. Les arts produisirent , dans la ville de Rouen , plusieurs monuments dignes d'admiration, et jctô^ qu'à présent respectés par le temps. Indépen* damment des tombeaux d'Âmboise et de Brezé, conservés dans la Cathédrale , on estime particulièrement les belles portes de l'église pa« roissiale de Saint-M aclou , dont là sculpture est attribuée à Jean Goujon et à ses élèves. Le riche escalier de l'orgue mérite également l'attention des amateurs par l'élégance et la délicatesse de ses ornements. Il existe encore plusieurs maisons particulières, dont la décoration extérieure rappelle le bon goût de la renaissance. On distingue, entre autres, indépendamment du magnifique Palais de Justice , rhôtel du Bourgtheroulde^ situé au coin de la
Joconde , habile architecte , plus connu sous le nom de Giocondo ; mais cette opinion parait peu vraisemblable, attendu que cet artiste quitta la France au commencement de 1506 pour se rendre à Venise, et dans d'autres villes dltalie , où il dirigea de grands travaux , et contribua à la construction de Téglise de Saint-Pierre de Rome, ville où il mourut. (1) Chronologie des archevêques de Rouen. Rouen, 1618, in-8.
rue du Petit--Enfer et de la place de la Pucelle d'Orléans; il est orné de bas-reliefs et d'arabesque^ d'un excellent style. Plusieurs de ces bas-reliefs représentent l'entrevue de François P' et de Henri VIII , roi d'Angleterre , au camp du Drap-d'Or , entre Guines et Ardres , en i52o (i).
(1) On Ignore les noms des artistes auxquels nous devons ce magni-fiquehOlel, ^\Â foi érigé de 1520 à 1532, par Guinaame Leroox, seigneur du Boui^theroulde, et terminé par son fils, abbé d'Aumale et du Val-Ricbeir. — V. Description historique des Maisons de Mouen les pli$s reiMar^uahles par leur^ décoration et par leur ancienneté y etc.; par M, £. Db la QoBuiiftiRE. Rouen, 1S21, in-8, fig. L'auteur prépare, en ce moment un supplément à cet excellent outrage qui doit être accompagné de plusieurs planches. — Dissertation sur les portraits de François I» et de Henri VIII, existant à rhôtel du Bourgtberoulde; par le même auteur, Rouen, 1828, pages i et 6. ;— Notice historiqi^ sur V Académie des Palinods ^ par M. A.-G. Ballin. Rouen, 1834, page 38.
DE LA GATBtoRAJUE: DE KOOEN.