‹ Description historique de la cathédrale de RouenChapitre 4 sur 33 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

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L'église métropolitaine de Rouen esi un monument aussi remarquable par l'ancienneté de son origine que par sa structure imtposanté-

Les historiens assurent que saint Mellon ^ gentilhomme anglais ^ fut envoyé à Rouen, vers l'an 260, parle pape Saint-Étienne^ pour y prêcher l'Évangile et y fonder une église.

Les habitants^ gouvernés par les Romains, observaient encore les préceptes de la religion païenne. Cependant saint Mellon vit avec satisfaction les peuples accourir de toutes parts à ses instructions, et briser les idoles qui, peu-* dant près de trois siècles, avaient été l'objet de leur culte et de leur vénération. Rouen devint alors le centre du Christianisme dans la partie des Gaules dont elle était devenue la métro-

» DESCRIPTION mSTORIQUE

pôle (i). L'auteur de la Vie de saint Mellon , cité par dom Pommeraye (2)^ rapporte que ce prélat fit élever un temple en l'honneur de la Sainte-Trinité et de la Sainte Vierge Marie ^ mère de Dieu y sur un terrain offert par un chrétien nommé Précordius, que ce saint aurait miraculeusement rappelé à la vie (5). On présume que c'était sur le lieu même où est aujourd'hui l'église cathédrale. Il existe des preuves certaines que ce ne fut point à Saint-Godard ni à Saint-Gervais que ce premier archevêque l'établit, comme l'ont prétendu plusieurs auteurs (4)« La première de ces deux églises a été,

(1) Servin, Histoire dé la ville de Rouen, Rouen, 1775, tome I, pages 51 et 52.

(2) Histoire des Archevêques de Rouen. Rouen, 1667, in-rolio, page 39.

(3) Je ferai observer que Tauteur de la yie de saint Mellon , lequel parait d*ailleurs très-instruit sur les diverses circonstances de son épiscopat , a commis une erreur en rapportant que la première église de Rouen avait été dédiée. Dans les premiers temps du Christianisme, les églises consacrées au culte n*étaient point dédiées sous le vocable de la Vierge, ou de quelque autre saint; c'est depuis le concile d'Éphèse , tenu en Tan 431 , où la Vierge fut reconnue pour avoir été la mère du Sauveur, contre Tavis de Nestorius, que Ton commença, dit^n, à bâtir des églises en son honneur, et ensuite sous le vocable des' martyrs dont on possédait quelques reliques.

(4) Histoire de VÉglise cathédrale de Rouen, par dom Pommeraye, Rouen, 1686, in-4, page 10.

DE LA CATHÉDRALE DE ROUEN. ff

pendant longtemps ^ hors de la ville , et la seconde est encore dans les faubourgs. Leur position respective ne permet pas de croire que ce fut sur leur emplacement que Ton construisit la première cathédrale, qui, vraisemblablement, fut bâtie dans le centre de la ville. Quant à l'époque de sa construction, l'auteur de la Vie de saint Mellon ne l'a pas indiquée; d'après cette incertitude, il est difficile d'en fixer la date précise dans le cours d'un épiscopat de cinquante-un ans. Il faut en conclure que cette première église aura été probablement élevée quelques années après l'arrivée de saint Mellon, c'est-à-dire vers l'an 270 (i).

Après avoir gouverné son église sans éprouver aucune persécution de la part des empereurs romains, ce prélat termina sa carrière l'an 3ii , et fut inhumé hors de la ville dans une crypte souterraine, sur laquelle on bâtit depuis l'église paroissiale de Saint-Gervais, aujourd'hui succursale (2). Saint Avitien, son

(1) Histoire de l'Église cathédrale de Rouen, liv. I, chap. U, page 9.

(2) Cette petite église, sitaée à l^extrémité du faubourg Cauchoise, doit être considérée comme Tune des plus ancienues de la

10 DESCRIPTH)N HISTOaiQUE

successeur 9 et les archevêques qui tinrent ie siège après lui, animés du même zèle, et encouragés par redit de pacification que Constantin venait d'accorder aux chrétiens en 3x3, accrurent et embellirent l'église cathédrale^ qui, d'après le témoignage de saint Paulin, fut totalement reconstruite par saint Victriee, huitième archevêque de Rouen, vers l'an 4oo (i).

Vers le milieu du septième siècle, saint Ouen, archevêque de Rouen, chancelier ou référendaire de Dagobert I^ ou de Clovis II,

Ytlle de Rouen; mais ce qui la rend plus fecommandable encoise aux yeux des antiquaires, c*est une cbapelle souterraine , pratiquée sous le chœur, et dont la construction des murs en petit appareil, semblable à celle des Romains, paraît remonter aux premiers temps de rétablissement du Christianisme. A rentrée de cette chapelle sont deux arcades en pierre sous lesquelles on voit deux tombeaux; l'un, placé du cOté de FéTangile, est celui de saint Mellon, premier arcbcTêque de Rouen; et Tautre, placé du côté de l'épltre, contient les restes de saint Avitien , son successeur. Lors de la visite de ce lieu , faite au mois de septembre 17S3 par M. Bosquer, curé de Saint-Gervais, le corps de saint Mellon ne se trouva pas dans son tombeau ; il parait que les religieux de Tabbaye de Fécamp , qui étaient seigneurs du spirituel et du temporel de cette paroisse, s*en étaient emparés lors des troubles intérieurs occasionnés parles Anglais et les Bourguignons au quinzième siècle. Calendrier royal de Rouen, année 1724, page 45 et suiv.

(1) Pommeraye, Histoire de la Cathédrale de Rouen, liv. I, cbap. m, page 19.— Farin, Histoire de Rouen, tome I, troisième partie . page 60.

son fils, répara et embellit cette seconde basilique avec le plus grand luxe, et lui fit présent d'un très-beau pavillon enrichi de petites lames d'or, en P honneur de V incarnation du Christ y et de sa divine mère, ce qui prouve qu'elle était alors sous l'invocation de la Vierge (i). Le bâtiment de cette église est probablement le même qui subsista jusqu'en 842, époque à laquelle les Normands, conduits par le féroce Oschery, saccagèrent la ville de Rouen, dont ils brûlèrent la plus grande partie. Quel que soit le silence des historiens, qui ne nomment point la Cathédrale dans le récit des dévastations commises par ces barbares, il n'est pas permis de douter qu'elle fut plus épargnée que les autres églises de la ville , et particulièrement celle de Saint-Ouen , qui fut ruinée de fond en comble (2).

Pendant les guerres occasionnées par les différentes colonies de Normands qui venaient successivement des royaumes de Danemark, de Suède, de Gothie et de Norvège, pour s'é-

(1) Dom Pommera y#. Histoire de la Catiiédrale de Motten, etc. , livre I , chapitre I , page 12.

(2) Langlois, Notice sur Vincendie de la Cathédrale de Rouen^ etc. Rouen, 1823, page 6.

12 DESCRIPTION HISTORIQUB

tablir en France, Ton doit présumer que les habitants de Rouen éprouvèrent bien des difficultés à faire rétablir leur ville, et reconstruire sa cathédrale, jusqu'à l'époque où il fallut enfin céder la Neustrie au duc Rolf, Rollon ou Raoul, l'un de leurs chefs. La paix rendue à l'État en facilita les moyens ; la nouvelle église fat vraisemblablement construite parles ordres de Rollon , premier duc de Normandie, qui, après avoir embrassé le Christianisme, fut baptisé par l'archevêque Francon en 912, et inhumé dans la cathédrale en gSi, ainsi que son fils Guillaume, surnommé Longue-Épée (i), lequel mourut

(1) On se demande quelle devait être la prodigieuse longueur de répée de Guillaume, pour lui valoir le surnom de Longue-Èpée, dans un pays où Tusage était de la porter très-longue ; car c'était ainsi que la portaient les Normands, et ils s'en servaient avec beaucoup d*adresse. Leur dextérité à manier cette arme fut même plus tard, lors de la conquête de TAngleterre , Tune des causes de leur victoire à la bataille d'Hastings; la hache, arme favorite des Anglo-Saxons, qui habituellement la portaient pendue à leur cou, donna un très -grand dësa* vantage à ces derniers contre leurs adversaires.

« Là eussiez vu (dit une ancienne chronique qui rend compte de «( cette bataille) les Normands, retournant contre les Anglais quils « abattaient de leurs longues épées, si dru, que de leurs haches ne se « pouvaient défendre, sinon que à deux mains, et comme Anglais « haussaient les bras pour frapper un Normand, Tautre Normand, de « la pointe de son épée, le transperçait de part en part. »— Masson de Saint-Amand . Essais historiques sur la ville et le comté â^Èvreux. Évreux, 1813 et 1815, tome I, notes, page 120.

en g44(0* ^^^^^ tombeaux sont placés dans les deux dernières chapelles de la nef de droite et de gauche; il en sera parlé plus longuement dans le chapitre consacré à la description des tombeaux. Richard I", petit-fils de Rollon (2), trouvant cette cathédrale trop petite, la fit élever de plus de la moitié vers l'an 960 , et lui donna aussi plus d'étendue (5). L'ancienne chronique de Normandie s'exprime ainsi à cet égard : Le duc Richard Jlst croistre et haulcer de la moitié et de plus le moustier (4) de Nostve-Dame de

(1) Description historique et géographique de laEfaute^Normandie, par dom Toussaint-Dupleâsis, Paris » 1740, in-4, t. Il, pag. 33 et 24. i (2) Pendant que le duc Richard s'occupait de ces pieux travaux , feonor, son épouse , préparait pour la cathédrale les courtines ou ten- Itures dont on orna longtemps Tintérieur des églises aux fêtes solenlielles. « Cette princesse (dit la chronique de Normandie) fit de grands - « biens aux églises, spécialement à Nostre-Dame de Rouen, où elle . « donna de beaux ornements qu*el le faisait avec les brodeurs et ouvriers. ^ « Elle fit aussi des draps de toutes soyes et de broderie , empreintes « d'histoires et d'images de la Vierge Marie et des Saincts, pour décote rer l'église de Nostre-Dame de Rouen. » Langlois , Notice sur Vin~ cendie de la CathédrcUe de Rouen , note , pag. 9.

(3) Voyez dom Pommeraye, Histoire de la Cathédrale de Rouen, liv. I, chap. m, p. 19.

(4) Moustier, moutier, monstier, dérivés du latin tnonaxrenum , se trouvent souvent employés dans nos anciens auteurs , et plusieurs abba^res portaient autrefois ce nom : Forêt-Moutier, Saint-Pierre-le- Moutier, Noirmoutier, Marmoutier, Voyez Roquefort, Glossaire de la langue romane , tome H , page 205.

li DESCRIPTION HISTORIQUE

Rouen. Environ cinquante ans après, vers Tan ggo, Robert le Magnifique ^ fils de Richard ^ et archevêque de Rouen ^ continua l'entreprise de son père y et augmenta considérablement cet édifice du côté de Torient. Robert (ajoute la même chronique) ^^< achei^er Vesglise de Nos* ire-Dame de tout le chœur et du costéde P orient ^ c'est-à-dire qu'il ajouta un chœur à la nef qui était déjà bâtie. Il ne faut pas croire que le chœur dont il est parlé dans la chronique soit celui qui existe aujourd'hui , car l'étendue de cette église ne consistait alors que dans la longueur et la largeur de la nef actuelle , sans y comprendre même les bas côtés ^ lesquels ne furent ajoutés au corps de l'édifice que vers l'an io5o. Enfin, lorsque sa construction fiit totalement achevée, l'archevêque Maurile dédia cette église sous l'invocation de la Vierge,» le i" octobre de l'an io65, en présence des évêques et de plusieurs abbés de la province de Normandie (i). Sans entrer dans aucun des détails que le crédule historien de cette église a rapportés sur les prodiges qui, dit-il, fu-

(1) Orderic ViU], Hist. EccL, lib. V; apud Ducbesne, Hi^toritt Normanorum scriptores antiqui, pag. 568.

reot aperçus dans le ciel à Tépoque de sa dédicace (i), il suffit d'ajouter qu'il ne reste aujourd'hui que très-peu de vestiges ou même aucun de cette ancienne église construite par les soins et le zèle des premiers ducs de Normandie et des archevêques de Rouen. Ce qu'il y a de plus ancien dans l'édifice actuel ne remonte pas au delà du douzième siècle. La tour de Saint-Romain méme^ située à la droite de la façade principale , et que plusieurs historiens de Rouen ont considérée comme un monument d'une haute antiquité ^ est aussi de la même époque. Il est aisé de s'en convaincre par la forme des arcades et des fenêtres de cette tour; hormis quelques-unes eu plein cintre du côté de la cour d'Albane, toutes sont en ogive : or, l'ogive ne paraît avoir été employée dans les édifices que vers le commencement du douzième siècle. Si, par exemple, on voyait, tant à l'extérieur que dans l'intérieur de cette basilique, des arcs et des voûtes en plein cintre, ou plusieurs chapiteaux ornés de bas-reliefs, dans le goût de ceux de l'abbaye

(t) Pommcraye, Histoire de la Cathédrale de Rouen, liv. I, chap. IV, pag. 20 et ai.

1« BESCaiFTION HISTORIQUE

Saint-Germain-des-Prés , à Paris , on pourrait admettre l'opinion émise par les historiens de réglise et de la ville de Rouen^ sur la construction de ce monument qu'ils ont crue beaucoup plus ancienne qu'elle ne l'est véritablement. Mais j'ai examiné avec la plus scrupuleuse attention toutes les parties de ce vaste édifice , et je n'ai aperçu aucun morceau d'architecture antérieur au douzième siècle. Toutes les arcades en général sont en ogive ; et cette disposition , jointe à la forme et au style des chapiteaux ^ présente une différence assez remarquable , surtout lorsque l'on compare c^tte église avec celle de l'abbaye de la Trinité àCaen^ dont la construction , due à la munificence de la princesse Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, est entièrement du onzième siècle.

Après avoir prouvé que la cathédrale de Rouen ne présentait aucun vestige de l'église bâtie par les premiers ducs de Normandie, et achevée par le bienheureux Maurile en io65, il résulte que celle d'aujourd'hui paraît avoir été commencée vers l'an i loo, et continuée de bâtira plusieurs reprises éloignées, comme on le verra par les diverses époques de sa construction , que j'indiquerai successivement.

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