CHAPITRE V
Le portail des Libraires est précédé d^une cour dans laquelle on entre par deux portes donnant sur la rue Saint-Romain; cette cour a loo pieds de long sur 3o pieds de large, elle est bordée à droite et à gauche par plusieurs boutiques ou échoppes , qui originairement étaient occupées par des libraires, à l'époque où les personnes d'une profession semblable se trouvaient réunies dans le même quartier (i).
(1) La plupart des rues de Rouen , ainsi que celles des autres Tilles de France, tirent leurs noms des diverses professions que Ton y exer^ çait. Dans nos anciennes cités gauloises , les artisans d'un m^me métier occupaient ordinairement une même rue , coutume que probablement ils adoptèrent des Romains. Une inscription ancienne, trouvée à Metz , prouve qu'il y avait une rue pour les cordonniers. Par la suite nos communautés d'artisans, à mesure qu'ils s'établirent, conservèrent le même usage. A Paris, les faiseurs de beaumes babitaient la rue de la Heaumerie ; les oyers , celle aux Ours ; les pelletiers, celle de la Pelleterie et le quai de ce nom; les Italiens qui vendaient les étoffes de soie , celle que de leur nom on appela rue des Lombards ; les cbangeurs, le Pont-ao-Cbange ; les vitriers , la rue de la Verrerie , etc. , etc.
Ce portail est d'une belle sti^ucture (i) : le ba^relief qui remplît le fond du cadire ogive au-dessu6 de laporte «présente deux divisions. Dans la première se voitt une scène du Jugement dernier , eHé représente la Résurrection des morts; dans Ïb. seconde division s'effectue la séparation des justes et des réprouvés : un ange placé à droite et Sàtàn à gaucshe indiquent la marche des deux cortèges dans lesquels se trouvent indistinctement des évèques et des moines. La troisième partie du lHaibleaii, qui devait vraisemblablement représen^r le Père éternel environtié de la cour céleste, est restée à JFaire; les pierres devant servir à l'exé* cution de la partie Supérieure de ee basrrelief n^ont pas même été poséiis. Le pourtioiipr dés arceaux de la voussure du portail es^ orné db figures d'anges et de prophètes de rAneien*^ Testament; le pilier ou trumeau de ia porte était orné d'une statue détruite à Tépoque de la Révolution y ainsi que celles qui décoraient les parties latérales. Âii^dessDus des niches dans lesquelles étaient placées ces statues est
(1) La vue que nous donnons a été gravée par M. Normand ÛU if après Qfi dessin de M. E.-D. Langlois.
b% DESGBIPTIOM HISTORIQUE
une suite de petitscadrescontenant une multitude de figures grotesques fort curieuses, telles que des centaures, des sirènes, des chimères, des harpies, et autres monstres* A droite. sont Adam et Eve devant larbre de la science du bien et du mal, goûtant du fruit défendu; dans jun autre cadre vis-à-vis, les mêmes personnages sont chassés du paradis ; du même côté est un cochon moitié homme qui joue du violon; on aperçoit aussi Samson luttant contre un lion, et quantité d'autres sujets pi us ou moins singuliers, qui font connaître en même temps l'imagination bizarre des sculpteurs du temps, et l'état où cet art était, parvenu à cette époque. Au-dessus des deux guichets de la porte règne une frise ornée de trèfles dans lesquels sont trente-quatre bustes d'une petite proportion, représentant des personnages de toutes sortes de conditions. On entre de plain pied dans l'église par cette porte.
Le portail est surmonté d'un pignon d'une élégante structure, et d'un ange qui sert d'amortissement. Derrière ce pignon est une galerie au-dessus de laquelle se voit la rose placée dans une grande arcade ogive ornée de figures
d*anges, de celles de la parabole dés eiilq vierges sages avec leurs lampes allumées et des cinq vierges folles qui les tiennent renversées. Cette rose est surmontée d'un pignon découpé à jour ^ derrière lequel est une galerie de niveau avec celle qui règne autour du grand comble.
Au-dessus de cette galerie s'élève le pignon du grand toit dé l'église ; il est accompagné de deux tourelles dont les pyramides sont tronquées.
Deux tours d'une égale hauteur;^ percées de plusieurs fenêtres d'une belle proportion , se trouvent appuyées contre les murs latéraux de cette façade; les contre-forts des tours sontsurmon-' tés de plusieurs pyramides et obélisques çn pierre.
PÔRTAÎL DE LA CALE^fDE.
* Le portail de la Caleride est situé au midi, vis-à-yis de la place dite de la Calende^ d'où il. a pris son nom (i). Cfe portait; d?ti^ne»tr^-belle
(1) La place de la Calende est ainsi nommée dans deux anciennes, chartes, dont Tune est de 1280, et rautré de 135i. Toutes deux Tout mention d'une certaine rente due auâi> frères 4$ ïa etmfirérie de la €alende , dont la maison située vis-à-vis dtt portail de éctte égïlie' ftit cebâtie en 167i. Celte place s'appelait originairement h port Morant,,
propoct^n^ pr^^nte ;)a .même disposition qtm celui situé au'septentr^oa, à l'exc^ptioia que Vqa motite di:^^ ^[iiirçhAs |^ur entrer d^s FégUse^ Le
U pari dis ifaHfêê, êdUpéti IdBJfùWè^Dùmè, sdttttParlti, J»«« iûireiU Rouen piùm. I, prem.jpart.» cbap. P% paf^. ;19«t i9,Si$toirê de la Cathédrale de Itouen» liv. I, cbap. VIT, pag. 41. Il existq encore éaos plusieurs cares des mafeobs particulières / de gros anneaux en r«r qtd.se^ale^t à>atViehee lev |iAte«i|x> tvéM 4âê i'^n eût suecç^iiTe» ment resserré I4 rivière dans le iMissin qu*elle occupe présenlenient *. En 1504, Michel Flandrin , sieur de ^ériehard, obtint du cbapitre de Notre-Dame la p6rm|ssi6il Vie faire poser au milieu de la place de la ÇaUnde une croix, en.pierrequi y a subsisté Jusqu'à répo<;pie des évé^ nements de 1789. Plusieqrs maisons particulières, qui obstruaient rentrée de Téglise de ce cMé ; Mrent abattues en 1506, par les ordres de Louis XU, et oett9 plfct prit ilan «Befomie braucoup plus réfu^ llére. On démolit aussi à la même époque plusieurs boutiques d*orlé-. Très, appelées les petits changes » et qui bordaient alors la rue de ce nom , depuis le portail de la Ccdende jusqu'au bas de k tour <|0 Beurre, Les établissements des cbanges étaient devenus d'une néces* lité indispeusable à i'époque.où les gcand^> vassaux de la couronne lisaient battre monnaie a leur coin. Quelques monastères Jouissaient aussi du même privilège, entreautres l'église de Saint-Denis, près Paris, (Yoy. V Histoire de cette abbaye , par D. Doublet, liv.Ir pag,,4t7.) Mais depuis, le mauvais goût et la cupidité l'emportant sur les excellentes intentions qu'àtait eues Louis XII d*is6ler entièrement lâcathè^ drile de touk) coos^i'dè^iQnlétr^qgèrer di) a é)evé qnp suite d^ v^Blsonf. beaucoup plus hautes que les premières. II en résulte que cet édifice , que l'on verrait sous divers aspects intéressants, est aujourd'hui obstrué de tous côtés par une multitude d'habitations qui en dérobent la vue , et dont la proximité p^ùt occasionner quelque incendie.
« Vorn à l9 CQlt» do 1« Ntltice 4u mmMierH 4u pr^aèt.d* ««' jP«oe//< 4.'0Hit»9^ par M. de rATerdy,la sçooade partla du irém«^deN.de Belbœur, traitait des dtven. CbangeoMQts arriTéfl dans la \Ute de llouca depuis lau 010, etc,, pag^e SSO,