‹ Description historique et bibliographique de la collection de feu m. le comte H. de La Bédoyère [microform]Chapitre 3 sur 51 · QUAI VOLTAIRE · texte numérisé non relu

QUAI VOLTAIRE

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I^s événemenis qui se sont accomplis de 1787 à 1800 n'ont rien dans notre histoire qui leur soit comparable. En effet, la Révolution française étonne encore l'Europe. Les regards sont toujours fixés sur elle. Qu'est-ce donc que la Révolution ? Que s'y esl-il passé? Les historiens nous l'ont raconté, sans doute; mais les uns en chantant ses louanges et en lui brûlant des encens, et les autres en nous découvrant des plaies nombreuses, profondes et encore saignantes. Ils ont laissé les vainqueurs et les vaincus en présence. L'histoire attend l'heure de la justice et de la conciliation, qui ne viendra qu'après une étude approfondie de cette grande cause de discorde; il faut donc étudier la Révolution, mais l'étudier aux sources premières; c'est de là qu'il faut faire jaillir la vérité. C'est ce que tenta M. le comte de La Bédoyère, et c'est surtout dans cette intention qu'il forma son immense collection d'éléments si divers sur la Révolution française.

II a mis près de cinquante ans à la former, sans jamais épargner l'or ni les soins. Mais qu'on ne s'étonne

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pas de tant de coDstance et d'ardeur : quand Thisloire de la Révolution tient une fois un homme, il ne peut plus s'en détacher, elle le conduit jusqu'au bout, au milieu des événements les plus terribles, des scènes les plus imposantes. Quand on a jeté les yeux sur ces faits prodigieux, terribles, inouïs, on ne les détourne pas facilement : quand on a commencé, il faut finir. Si le temps eût permis à M. de La Bédoyère de jouir de ses recherches et de mettre à profit ce qu'il avait amassé, quel homme eût pu mieux que lui connaître et pénétrer la Révolution ? C'est au milieu de tant d'œuvres et de tant d'écrits qu'il faut étudier cette grande époque. C'est dans cette multitude de pages crayonnées à la hâte par les acteurs mêmes, qu'on peut suivre scène par scène ce terrible drame. Les tableaux se multiplient sous les yeux du spectateur : ici, voyez le peuple de Paris, inondant les places publiques et réclamant à grands cris une condition meilleure; dans l'Assemblée, écoutez les orateurs développant les idées nouvelles. Le peuple se livre à des violences trop souvent funestes : ce sont les feuilles publiques, libres de tout dire, qui ont excité ses emportements. De son côté, l'Assemblée nationale rend décret sur décret, établit législation sur législation, afin qu'il ne reste rien du passé. Lois, mœurs, coutumes, sociétés, elle veut tout détruire et tout refaire. Cependant les idées nouvelles qui fermentent dans toutes les têtes éclatent en libelles^ en pamphlets, en satires. Le Père Duchéne jure d'un côté, Jean Bart de l'autre; les masses, surexcitées au nom de l'égalité, préfèrent une pique ou un fusil à l'instrument de leur travail accoutumé; appelés à pareille

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fête, les ouvriers abandonnent leurs travaux; les ateliers sont déserts, les vivres très-chers et très-rares; la disette menace; on crie: au pain. La garde nationale bivouaque dans les rues, la vie n'est plus que sur les places publiques. L'ancien état de choses est enfin renversé, mais la reconstruction est plus lente et plus laborieuse. On hésite; des milliers d'écrits se croisent et se contredisent; l'Assemblée nationale fait ce qu'elle peut, c'est-à-dire des décrets; de leur côté, les journalistes révolutionnaires, faute de mieux, promettent des jours meilleurs. En attendant, chacun, pour obtenir la faveur du peuple, flatte ses mauvaises passions. Sous l'Assemblée législative, la France, plus que jamais, offre un aspect étrange, affligeant, et qui pourtant n'est pas sans grandeur. Les enrôlements du pont Neuf fournissent à la France, menacée au dehors, de nombreux et intrépides défenseurs. Les partis se multiplient, les luttes augmentent en proportion, les clubs s'agitent et les Jacobins gagnent en puissance; la royauté s'affaiblit et marche vers sa ruine, et bientôt arrivera pour elle le terme fatal. Avec la rivalité est venue la haine; un adversaire politique est un ennemi a mort. Les dénonciateurs marquent du doigt des milliers de victimes. Les prisons regorgent, ou plutôt, comme chacun devient à son tour prisonnier, tout devient prison. Les massacres sont organisés et exécutés. Mais la France est belle et glorieuse à la frontière; c'est là, parmi les victoires et les triomphes, qu'il faut chercher la nation. La Convention s'occupe 4m. l'apothéose de Marat et de Chalier. La nouvelle Commune de Paris exerce son pouvoir despotique, elle confie le jeune Dauphin aux soins du cordonnier

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Simon. Les Girondins luttent et succombent. Les comités révolutionnaires fonctionnent. Le Tribunal révolutionnaire ne laisse pas de répit à la guilloline. Les prêtres sont massacrés ou chassés ; les églises converties en temples de la Raison. La guerre civile éclate dans la Vendée, à Lyon, à Toulon. Arrive le 9 thermidor : le dictateur Robespierre est renversé et envoyé au supplice où il s'était fait précéder par tant de victimes Les proscriptions ont succédé à la guillotine. Puis, le I*' prairial an 111, les sections de Paris envahissent la Convention, en criant : Du pain ! la constitution de 98 ! La Convention termine son règne après avoir été envahie et insultée par les danses populaires. Elle a entassé plus de douze mille lois et plus de huit mille décrets : presque tout a disparu avec elle.

Le Directoire se trouve dès son début dans une position difficile, et qui le devient chaque jour davantage. I^ dépréciation des assignais, les emprunts forcés, les abus de la loi du divorce, les réactions politiques préparent la fameuse journée du 18 fructidor. Mais bientôt tous les regards se tournent vers l'Italie, brillant théâtre de la plus glorieuse campagne. Enfin le 18 brumaire termine ce drame, qui dura douze ans; douze ans, comme on voit, bien féconds en événements et non moins féconds en écrits, ces compagnons inséparables des événements. C'est là l'époque queM. de La Bédoyère avait prise pour objet de ses études historiques et de ses travaux de bibliographie. 11 ne pouvait mieux choisir: nulle part les événements ne sont mieux éclaircis par les écrits contemporains, jamais la presse n'a mieux servi l'histoire. Heureux,

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dans les temps plus anciens, quand on rencontre un chroniqueur pour chaque époque; on n'en demande pas davantage, et c'est un bonheur bien rare que de trouver un second récit qui puisse confirmer ou réfuter le premier. Ici, au contraire, chaque événement est raconté par mille "vq^x, commenté, discuté; les causes en sont aussitôt révélées, les suites prévues. Tout est dit, tout est su. Mais si tout est enregistré, tout ne s'est pas conservé; on a beaucoup produit,, mais beaucoup détruit. Les contemporains étaient négligents de ces sortes de documents. Après avoir vu la pièce, ils se souciaient peu du livret \ c^ n'était pas le moment des collections. Le temps marche vile pendant les révolutions. Par des jours aussi agités, à des époques aussi traversées, le lendemain est souvent bien loin de la veille; l'événement d'hier, avec son nombreux cortège de brochures, d'articles de journaux, de pamphlets, de caricatures, est vite oublié. Un autre événement s'empare de l'attenlion. On est entraîné: il faut marcher, sans s'arrêter, sans regarder derrière soi, sans se baisser pour recueillir les souvenirs de la veille. Les écrits disparaissaient avec autant de rapidité qu'ils étaient venus. Ils sont aujourd'hui plus difficiles à rencontrer qu'on ne saurait le croire. Ces précieux témoins de la Révolution deviennent de plus en plus rares, et les amateurs savent quelle peine on a quand on en veut recueillir, de ceux même qu'on répandait dans le temps avec le plus de profusion. Ils seraient encore moins nombreux et plus disséminés, si un bibliophile intelligent et généreux n'avait su les réunir et en former un ensemble unique aujourd'hui. C'est ce que fit M. de La

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Bëdoyère. En parcourant ce catalogue, on jugera de l'importance de sa collection. Voici, pour en donner une idée, quelques noms et quelques chiffres. Celte collection renferme :

Plus de cent mille pièces^ parmi lesquelles près de six mille pamphlets, des affiches et placards in-folio. Quatre mille volumes environ : historiens, mémoires, procès- verbaux, almanachs historiques et satiriques, chansonniers.

Deux mille journaux politiques de toutes les opinions; les uns fournissant une longue carrière, les autres embrassant un espace moindre.

Plus de quatre mille gravures historiques^ portraits et caricatures.

Plus de quatre-vingts dossiers de lettres autographes des principaux personnages de la Révolution.

Cette collection, que nous ne saurions mieux comparer qu'à une sorte de drame, remet tous les événements sous les yeux et ranime toutes les figures de la Révolution. Parmi les personnages les plus intéressants et les plus illustres, on verra Louis XVI, Marie- Antoinette, cette reine auguste sur qui tout le monde aujourd'hui jette un regard d'admiration; Louis XVII, cette tendre victime des révolutions; Madame Elisabeth, cette princesse d'un dévouement héroïque; Monsieur, Le comte d'Artois et tous les princes et princesses de la maison de Bourbon; plus loin, Napoléon P' et la famille impériale; puis la courtisane madame Du Barry; madame de Lamotte, avec sa vie semée d'intrigues; madame Roland et ses Girondins, Suzette Labrousse et ses prophéties ; tant d'éloquents tribuns que dominent Mira-

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beau et l'audacieux Danton ; le savant Bailly ; l'austère républicain Saint-Just; Pétion, Robespierre, Lebon, Charlotte Corday, l'ange de l'assassinat, comme on l'a nommée, et Marat, sa hideuse victime; Babeuf et son système égalitaire; Carrier et ses noyades; Clootz et ses folies ; Couthon, le démolisseur de Lyon ; l'ex-comédien Collot-d'Herbois, qui laissa dans la même ville un aussi triste souvenir; l'intrépide président Boissy-d'Anglas, Talleyrand, etc.

Nous prenons presque au hasard : il est mal aisé de choisir entre tous les portraits de cette curieuse galerie, et l'abondance augmente l'incertitude.

La collection ne s'arrête point au i8 brumaire. On y peut suivre les hommes qui ont échappé àla Révolution, jusqu'au terme de leur carrière; les survivants, ou du moins ceux qu'importune une fâcheuse célébrité, se blottissent où ils peuvent, et passent une vieillesse moins agitée et plus obscure. Voilà pour les hommes fameux de la Révolution. Les documents sont nombreux, mais ils ne sont point superflus; et s'ils ont beaucoup à nous dire, nous avons encore beaucoup à apprendre. L'historien gagnera certainement à les consulter. Beaucoup d'hommes de cette époque n'ont point été définitivement appréciés, ni jugés d'une façon irrévocable. Les historiens ont hésité sur certains personnages et, manquant de renseignements, ils n'ont point osé se prononcer. L'étude de ces documents pourra détruire ou confirmer bien des opinions, rectifier bien des inexactitudes, et fournir des couleurs véritables à beaucoup de portraits dont nous n'avons que l'esquisse.

Les documents ne font pas plus défaut pour ce qui

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touche les événements, les instilulions, les mœurs, enfin tout ce qui compose l'histoire profonde et intime d'une époque. Lescausesde la Révolution, sans aller plus loin , sont encore enveloppées d'obscurités • elles donnent lieu à beaucoup de conjectures et laissent peu d'accord entre les historiens. Il est pourtant fâcheux de se tromper dès le début, de faire fausse roule dès le départ; le reste doit s'en ressentir. La collecUon offre, sur un sujet aussi important et aussi difficile, de nouvelles lumières et des éclaircissements qu'on ne saurait trouver ailleurs. Si 1 on n'y découvre pas la vérité sur tous les points, on y rencontrera du moins des clartés nouvelles qui pourront dissiper un grand nombre d'erreurs et faci- Irter des recherches plus heureuses.

Mais ce n'est là que l'introduction; l'histoire complète de la Révolution, nous l'avons dit, y est entièrement renfermée. On y peut étudier les États-Généraux, qui ont ouvert la porte à la Révolution, l'influence du clergë et des émigrés, l'administration en général, les travaux des Assemblées, les comités de Sûreté générale et de Salut public, le Tribunal révolutionnaire, les prisons, les commissions militaires dans les villes de France. Il y a place pour les finances, place pour l'armée. Nous y voyons la triste condition des femmes, réduites, les unes, à une vie de désordre, les autres, à trouver des moyens d'existence dans des talents qui n'avaient été jusqu'alors qn'un délassement. On peut entendre la chronique scandaleuse et lire les pamphlets et les libelles Nous pouvons suivre les députés en mission, " ces tyransdémocrates des provinces, écouter les chansons

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qu'on chantait dans les rues, lire lesadiches dont on couvrait les murs, et nous représenter, par la connaissance des mœurs, des usages, des costumes du temps, l'aspect de Paris et de la France sous la Révolution. La collection conduit le lecteur à travers le Consulat, l'Empire et la Restauration. On y trouvera de curieux détails sur ces années i8i4et i8i5, si abondantes en pamphlets.

Parmi les journaux, citons d'abord, comme soutiens de la royauté et adversaires de la Révolution : l'^mi du Roi, par Mon ij oie et Royou ; la Gazette de Paris, par de Rozoy; les Actes des Apôtres^ par Peltier, Rivarol et autres ; la Feuille du Jour ^ de Parisot ; le Journal de ÏMuis XFI et de son peuple; le Journal de Sule au; le Journal à deux liards^ et tant d'autres. Les principaux défenseurs de la Révolution sont : Carat, avec ses Annales patriotiques; Brissot et son Patriote français; Prudhomme, Loustalot et Tournon, et les Révolutions de Paris; Camille Desmoulins et ses Réi^olufions de France et de Bradant; le Journal de la Société des Amis delà Constitution, par Choderlos de Laclos; fAmi du Peuple, par Marat; le Père Duchéne, d'Hébert , et tant d'autres. Sur la question des deux chambres, dèsTorigine de la Révolution, on consultera le Mercure de France, de Mallet-Dupan ; le journal de Sabatier ; la Gazette universelle, de Cerisier, et surtout le Journal des Amis de la Constitution monarchique, qui développe ses théories sur l'application à la France de la constitution anglaise. 11 faudra étudier le système de république fédérative des Girondins dans la Chronique du Mois j de Clavière; la Bouche de fer el le Tribun du Peuple, par Bonneville, qui renferment les

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articles deFabbé Fauchel; la Chronique de Paris, de Condorcet, et, par-dessus tous les autres, le Bulletin des Amis de la vérité, qui exprime la pensée intime des Girondins. Les adversaires des Girondins, ceux qui voulaient la république une et révolutionnaire, sont représentés par le Journal des Hommes libres, le Journal {premier) de la Convention, le Journal de la Montagne, le Républicain unii>ersel, F Orateur du Peuple, de Fréron; le Journal des Clubs, enfin, le Journal des Jacobins, qui faisait toute la puissance de la Montagne. Après le 9 thermidor, le parti modéré se voit représenté par un assez grand nombre de feuilles; nous citerons : le Modérateur, les Nouvelles politiques, V Historien ^ par Dupont de Nemours ; la Clef du cabinet des souverains , le Conservateur, journal de l'économie politique, par Rœderer, Daunou , etc., etc. Tous les journaux finissent au 18 brumaire an VIII. Passé ce jour, on ne rencontreplusquedes feuilles publiées à l'étranger, telles que : F Ambigu, le Mercure britannique, rédigé par Mallet-Dupan, etc.

Les gravures qui font partie de cette collection ne sont point sans importance. On y trouvera nombre de pièces fort curieuses et fort rares ; nous en pourrions citer des plus intéressantes sur Louis XVI et sur Marie-Antoinette.

Pour les autographes et les documents inédits, il y en a peu; mais le choix en est bon. La plus grande partie des lettres mériteraient le nom de pièces historiques. Et, pour ne parler que d'une chose, nous faisons remarquer que le dossier n**3ia2 renferme toutes les pièces constatant une exécution sans jugement

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du Tribunal révolutionnaire ( 1 ). C'est peut-être la seule constatation irrévocable qu'on puisse trouver d'un fait de ce genre.

On le voit, cette collection a toute l'importance d'un monument historique et national; si l'amateur qui recherche les curiosités bibliographiques y trouve à souhait les objets les plus rares, elle offre à l'historien les renseignements les plus sûrs, les détails les plus exacts, les révélations les plus secrètes. Il ne pourra se plaindre ni de l'insuffisance du nombre, ni de l'authenticité des documents. Telle était l'intention de M. le comte de La Bédoyèreen la composant. Il voulait servir l'histoire, éclaircir la vérité. On ne s'étonnera pas que dans une telle pensée il ait su mettre de côté toute partialité, étouffer toute sympathie personnelle, accueillir chaque parti, et donner place égale à toutes les opinions. Ses convictions étaient inébranlables : il ne les dissimulait pas, mais il n'admettait point d'accommodement avec la vérité; et, comme il amassait pour l'histoire, il eut pensé la trahir en ne lui livrant pas tout ce qui pouvait l'éclaircir.

L'idée de cette collection remonte, nous l'avons dit, à près d'un demi-siècle. Elle vint à M. de La Bédoyère d'une façon bien simple et bien naturelle, car c'est le plus souvent ainsi que viennent les bonnes idées. Jeune encore, M. de La Bédoyère parcourait le midi de la France, observant tout sur son passage, en voyageur intelligent. Enfin, traversant nous ne savons quelle ville, il avisa dans quelque boutique obscure un amas de brochures et dejournaux contemporains de la

(i) Nous aimons à voir daDs ce fait une méprise; le x8 messidor la confusion fut extrême, le greffier ayant été presque aussitôt exécuté lui-même.

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«évolulion. Bienluienprit, caien ouvrant ces feuilles il y trouva des faits curieux dont il fut extrêmement frappé. Quand il eut parcouru quelques-unes des pages, on eût dit, à le voir, qu'il venait de découvrir un monde nouveau. N'y a-t-il point aussi quelque chose de cela dans les idées nouvelles qui se répandaient à l'époque de la Révolution, et qui étonnèrent par leur originalité et leur hardiesse ? Idées vraiment fortes et puissantes, puisqu'elles ont changé la face de la France! N'est-ce point aussi (pour ne voir que le côté plaisant et curieux) chose inouïe jusqu'alors dans la presse, que le langage d'Hébert et de Jean Bart, hérissé de menaces et dejurons à faire rougir une femme de la Halle, et trembler une tricoteuse de gS? M. de La Bédoyère revint à Paris, rapportant ses brochures, ses journaux, et, mieux que cela, le dessem et le plan d'une vaste collection révolutionnaire. Moins riche ou moins jeune, c'eût été témérité de sa part; mais l'état de sa fortune, l'ardeur de son âge, l'indépendance de sa position, tout semblait le favoriser. Dès lors, il se mit à l'œuvre avec zèle, sans se décourager, sans hésiter. Il établit des communications avec un grand nombre de libraires de la France et de l'Europe, et les livres lui arrivaient de tous côtés. Mais il ne se contentait pas d'attendre tranquillement la fortune : il allait au devant d'elle. Maintes fois, on le vit entreprendre de longs voyages dans l'intérêt de sa collection, et toujours il rapportait un nouveau butin. Connu de tous les marchands, tous venaient déposer à son hôtel ce qui leur était tombé entre les mains, et tous s'en retournaient accueillis de façon à souhaiter d'y revenir bientôt.

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Les résultats, et l'on devait s'y attendre, furent excellents; mais les livres n'arrivaient pas encore assez vile au gré de M. de La Bédoyère. D'ailleurs, il n'était pas seul, il avait de puissants rivaux avec, lesquels i.l fallait lutter ; chaque acquisition était une conquête, un manque de vigilance pouvait amener des pertes irréparables. Les grandes passions sont jalouses, on le sait ; M. de La Bédoyère ne pouvait voir ces rivaux sans ennui; il voulait être seul. Il y avait un homme surtout, qui possédait des richesses à lui ôter le sommeil; c'était M. Deschiens, avocat à la cour de Paris, et que les bibliophiles ont dû ne point oublier. M. Deschiens jouissait d'un bien rare avantage : il avait vécu sous la Révolution, et, mieux inspiré que les autres témoins de cette époque, il avait recueilli les brochures, les journaux, les livres à mesure qu'ils paraissaient. M. Deschiens les prenait des mains mêmes du libraire ou de l'imprimeur. A peine sortis de la presse, ils entraient dans son cabinet; aussi tous étaient-ils en excellent état, et en feuilles pour la plupart.

C'est là ce qui désespérait M. de J^ Bédoyère; M. Deschiens mourut. Sa collection lui survécut et demeura après lui entière et sans mutilation. Ses fils, heureux de remplir ainsi le plus ardent désir de leur père, la cédèrent dans son entier à M. de La Bédoyère. Cette collection fut ainsi conservée à la France, et déposée entre les mains d'un homme digne de la posséder.

Quelques années plus tard, mourut aussi M. Maulin, colonel en retraite,zélé collectionneur qui depuis longtemps recueillait les débris de la Révolution, Sa collection, infériewe en étendue à celle de M. Des-

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