‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 109 sur 189 · HERODOTE · texte numérisé non relu

HERODOTE

lecteur le cercle entier des connaissances historiques et géographiques de cette grande époque.

C'est ainsi que nous y trouvons un aperçu complet de la géographie de l 'Asie-Mineure et des peuples qui l'habitaient au temps de la guerre médique, de 450 à 500 ans avant notre ère.

Cette description de l'Asie-Mineure appartient donc à la même époque que le Périple de Scylax et celui d'Hécatée, et ces trois documents se complètent ainsi réciproquement. Ce sont évidemment les portions concordantes d'un même corps de doctrine, les chapitres successifs, en quelque sorte, d'un même ouvrage d'ensemble, ceux-ci retraçant dans le plus grand détail le pourtour des côtes et donnant l'énumération de toutes les localités maritimes, celle-là esquissant à larges traits la position relative des peuples et des pays de l'intérieur. Quelque part que l'on fasse, en effet, aux recherches, aux observations, aux découvertes personnelles d'Hérodote, on ne saurait leur supposer la même étendue qu'aux notions déjà recueillies par ses contemporains, et répandues, lorsqu'il écrivait son immortel ouvrage , dans le commerce intellectuel de son siècle. Hérodote n'avait d'ailleurs visité personnellement aucune partie intérieure de l'Asie-Mineure -, mais il était d'Halicarnasse , une des villes helléniques de la côte dorienne, et il avait certainement consulté tous les écrits antérieurs. Or, nous l'avons vu, ces écrits avaient été nombreux déjà chez les Grecs asiatiques , — et beaucoup avaient rapport à la géographie aussi bien qu'à l'histoire de plusieurs parties de la Péninsule, — de la fin du sixième siècle au commencement du cinquième, c'est-à-dire un demi-siècle à peine avant l'époque où Hérodote lui-même traçait son ouvrage. Un esprit aussi actif et aussi avide de renseignements n'avait certainement pas négligé de consulter ces écrits pour en extraire tout ce qui se rapportait à son propre sujet ; et l'on peut conséquemment regarder comme un fait indubitable que la description de l' Asie-Mineure, telle que nous la fournit l'historien d'Halicarnasse , est un résumé complet des notions alors acquises chez les Grecs asiatiques sur l'intérieur de cette grande région.

Toutefois, ce n'est pas d'un seul jet, ni d'une manière que II. 19

290 asie-misedre. [5# siècle av. i.-c.

Ton puisse appeler didactique, que l'historien nous donne sa description de la Péninsule. Il y est amené par l'enchaînement dé ses récits f une fois en faisant l'énumération descriptive des grandes provinces ou satrapies entre lesquelles était alors divisée la monarchie persane , dont l' Asie-Mineure faisait partie ; une autre fois en passant en revue , à la manière d'Homère , les différents peuples représentés dans l'armée de Xerxès. Diverses notices particulières jetées par l'auteur dans le corps de son ouvrage ajoutent quelques traits de détail à ces deux notices principales, dont l'une est essentiellement géographique , on décrivant le pays même , l'autre plus particulièrement ethnologique ou se rapportant aux habitants.

C'est en réunissant ces éléments descriptifs , en les groupant dans un ordre logique , en les fondant en un ensemble régulier, que nous allons essayer de rétablir l'édifice dans ses proportions primitives. Nous nous attacherons à conserver partout autant que possible les termes mêmes de notre auteur.

Dans l'esprit d'Hérodote , comme dans la nature > la contrée que l'on désigna plus tard sous la dénomination d'Asie-Mineure, mais qui n'a pas encore chez l'historien de nom dislino tif, si ce n'est celui d'Asie Inférieure, xdkw iîfc ÀafyçU) est une grande presqu'île qui d'un côté commence au Phase où elle touche à la Colchide , et se termine de l'autre au golfe Myryandryque sur les confins de la Phénicie. Du côté du nord , elle eBt baignée par les eaux du Pont*Euxin et par la Propontidc; du côté de l'ouest, depuis le cap Sigée (Sigheïon) dans la Troade, jusqu'au cap Triopion, par cette mer ouverte à laquelle on donne le nom d'Égée (3). La mer qui la baigne au sud , et où l'île de Cypre est située, n'a pas de nom particulière*).

Le Pont-Euxin , ou mer Boréenne (Boprfo OàXawa) a de lon-

« Littéralement le bas de l'Asie. Vîd. lib. I, c. 177 et 72.

* Nommé plus tard golfe d'Issos, aujourd'hui de Skandcroun.

* On trouve le nom de met d'Ionie dans un passage d'Hérodote (lib. V, c. 50) ) mais ce nom , dont l'usage ne parait pas avoir été général , ne s'appliquait sûrement qu'à la parUe de l'Égée qui baignait immédiatement la côte ionknoe et les lies avoisinantes. C'est par une licence toute poétique que Virgile {JEqqïù I, 381) a appliqué à l'Égée la dénomination de mer de Phrygie, Phrygium &quory qui, du reste, dans la pensée du poêle, ne signifie que mer troyeooe.

<* Herodk IVf 58,85.

ASfÔ*JH|NECAE D'HÉRODOTE. TRAITS PHYSIQUES. 291

gtunir 1 1 , tOO stades ; sa plus grande largeur est de 3,100 stades. Voici comment ces mesures avaient été prises. La route qu'un raisscau pouvait faire dans un long jour de l'année était estimée à 70,000 mille orgyes, et pendant la nuit à 60,000. Or, de l'entrée du Pont-Euxin à l'embouchure du Phase, ce qui est la ligne de plus grande longueur de cette mer, on comptait neuf jours et huit nuits de navigation, ce qui donne 1,110,000 orgyes, ou (à 100 orgyes par stade), 11,100 stades (0. De la contrée des Sindes jusqu'à Thémiskurè à l'embouchure du Thermodôn , in « tervalle qui donne la plus grande largeur du Pont-Euxin , on compte trois jours et trois nuits de navigation, c'est-à-dire 330,000 orgyes ou 3,300 stades (*>. Le Pont-Euxin tient en outre à un vaste lac qui se jette dans cette mer, et qui ne lui est pas, dit Hérodote, beaucoup inférieur en grandeur. Ce lac est connu sous le nom de Palus-Méotide , ou de Mère du Pont, &Mpa

nivtou (•).

Le Pont-Euxin verse ses eaux dans la Propontide par un détroit qu'on nomme le Bosphore , et la Propontide communique avec la mer Égée par un autre détroit appelé rilellespont. Le Bosphore a 120 stades de longueur sur quatre de large; la longueur de l'Hellespont est de 300 stades , et sa largeur de sept. Enfin , la Propontide elle-même a 600 stades de large , sur une longueur de 1,400 stades (*).

Page 1