‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 116 sur 189 · RETRAITE DES DIX-MILLE. XÉNOPHON · texte numérisé non relu

RETRAITE DES DIX-MILLE. XÉNOPHON

audacieuse retraite : nous devons nous borner à ce que le récit que nous en a laissé Xénophon , qui en avait été lui-même un des acteurs principaux, renferme des renseignements nouveaux sur la géographie de l'Asie-Mineure (O.

L'auteur deïslnabasis commence sa narration à Sardes, d'où il conduit l'armée de Cyrus jusqu'à Cunaxa à travers toute Tétendue de F Asie-Mineure , puis par le nord de la Syrie et le long des rives de l'Euphrate ; et après avoir raconté la bataille qui mit fin à l'expédition, il trace pas à pas l'itinéraire de la retraite, en remontant le Tigre dans une grande partie de son cours , en franchissant ensuite les âpres vallées et les montagnes neigeuses des Karduques, les Kourdes de la géographie actuelle, et en traversant l'Arménie pour atteindre Trébizonde, d'où les Dix- Mille longèrent, tantôt par mer, tantôt par terre, toute la côte septentrionale de la Péninsule jusqu'à la Propontide et à l'Hellespont. Si l'on songe combien étaient faibles, un demi-siècle seulement avant l'époque de cette retraite mémorable, les nolions que possédaient les Grecs , même ceux de la côte asiatique, sur les parties de l' Asie-Mineure que l'expédition embrasse, c'est-à-dire sur la région du Sud et sur celle du Nord -Est, on comprendra combien l'excellente relation qui leur en fut donnée dut ajouter *out à coup à leurs connaissances sur l'ensemble de la Péninsule, aussi bien que sur les contrées plus orientales qu'arrosent l'Euphrate , le Tigre et les parties supérieures de l'Araxe.

De longues discussions de géographie comparée ne sauraient entrer dans notre cadre; il nous suffit, dans les identifications des noms anciens avec les localités actuelles , d'adopter les résultats les mieux établis, en renvoyant aux ouvrages ou aux traités spéciaux sur lesquels nous nous appuyons , pour les discussions qu'un exposé général ne saurait admettre. Pour la géographie de l'Anabasis , les commentaires sont nombreux ; mais il en est un d'une date récente qui nous dispensera presque de recourir à acux qui l'avaient précédé : c'est celui de M. William

1 L' Expédition de Cyrus dans la Haute-Asie (Kûpou Àvd6a7iO, par Xénophon Nos citations du texte se rapportent à l'édition qu'en a donnée M. Didot dans sa Bibliothèque Grecque.

Àinsworth. M. Ainsworth , qui a lui-même parcouru à deux reprises une grande partie des contrées que foulèrent les pas des dix mille Grecs, a sur ses devanciers, un seul excepté (O, le très-grand avantage d'avoir vu de ses propres yeux les lieux que décrit Fauteur ancien ; et telle de ces descriptions qui n'est pour le commun des commentateurs qu'une lettre morte, s'animant ainsi pour lui de toute la puissance des souvenirs , prend un sens et une valeur qu'elle n'aurait eu pour nul autre. Mille circonstances auparavant inaperçues se transforment dès lors en autant de points de reconnaissances -, ce qui était obscur devient clair, les incertitudes s'aplanissent et se dissipent. — Les révolutions renversent les empires ; les villes mêmes disparaissent sous le souffle destructeur de la guerre : mais le sol et l'aspect des lieux , immuables au milieu des révolutions des hommes, restent pour attester l'exactitude de l'historien, et diriger les recherches de celui qui veut retrouver dans ce qui est aujourd'hui la trace et l'image de ce qui fut autrefois (*).

Nous allons maintenant laisser parler Xénophon.

« Cyrus partit de Sardes à la tête de son armée. Il traversa la Lydie , fit en trois jours vingt-deux parasanges, et arriva aux bords du Méandre. La largeur de cette rivière était ici de deux plèthres (») -, un pont formé de sept bateaux y était construit. Ayant passé ce fleuve et fait une marche de huit parasanges dans la Phrygie , il arriva à Kolossai , ville grande , opulente et bien peuplée (*) De là il fit vingt parasanges en trois mar-

1 M. Macdonald Kinneir, officier instruit de Tannée britannique, pendant son voyage en Asie-Mineure , en Arménie et dans le Kourdistân , publié en 1818 sous le titre de Journey through Asia Minor^ Armenia and Koordistan, in the years 1813 and 1814, with Remarks on the Marches of Alexander , and Retreat of the Ten Thousand, in-8°, a aussi reconnu, mais avec moins d'étendue que M. William Ainsworth , une partie des routes décrites par l'historien de l'expédition de Cyrus.

* L'ouvrage de M. Will. Ainsworth est intitulé Travels in the Track of the Ten Thousand Greeks , being a Geographical and Descriptive Account ofthe Expédition of Cyrus , and ofthe Retreat of the Ten Thousand Greeks , as related by Xenophon. Lond. W. Parker, 1844, in-12; carte. Le même travail avait été déjà publié , mais avec moins de développements, dans le t I" du Classical Muséum , pag. 170 et 299.

* Environ 60 mètres.

* Les ruines de Kolossai , au point de jonction de trois petits cours d'eau,

RETRAITE DES DIX- MILLE. xflNOPHON.

ches, et atteignit Kelaïnai, ville dePhrygie, grande, riche et peuplée. Cyrus y avait un palais et un grand parc (TrapàSsiao; , un paradis) rempli de bêtes fauves , qu'il chassait à cheval quand il voulait s'exercer lui et ses chevaux. Le Méandre prend sa source dans le parc qu'il traverse, et coule ensuite par la ville de Kélaïnai. Dans la même ville est un autre château fortifié appartenant au Grand-Roi -, il est situé à la source du Marsyas, au pied de la citadelle. Cette rivière traverse aussi la ville et se jette dans le Méandre \ elle a vingl-cinq pieds de largeur. Ce fut là, dit-on, qu'après avoir vaincu le satyre Marsyas qui osait lui disputer la palme de la musique, Apollon l'écorcha et suspendit sa peau dans la grotte d'où sortent les sources de la rivière. Tel est l'événement qui a fait donner à cette rivière le nom de Marsyas. On prétend que Xerxès bâtit ce château et la citadelle de Kélaïnai à son retour de la Grèce où il venait d'être vaincu (0.

» Cyrus, ayant levé le camp, fit en deux marches dix parasanges pour atteindre Peltai , ville bien peuplée W5 il y séjourna trois jours... De là il fit douze parasanges en deux marches pour atteindre le Marché des Kéramiens (KEpajAwv À-^pa) , ville bien peuplée, située aux extrémités de la MysieW. Puis il fit trente parasanges en trois marches, et arriva à Kaystropédion (Kauaxpouraofov, littéralement Plaine du Kaystre), ville bien peuplée («) : il y séjourna cinq jours... Epyaxa, femme de Syennésis, roi de Cilicie, vint trouver Cyrus en cette ville... Il fit ensuite en deux marches dix parasanges, et arriva à Thymbrion (s), ville bien

qui, réunis, vont se jeter dans la gauche du Méandre, ont été particulièrement décrites par M. Will. Hamilton {Besearches in A$ia Minor, t. I", ch. 28; t II, ch. 51).

» Le même voyageur, et avant lui le Rev. Arundell, ont visité le site Tort remarquable où était assise la ville royale de Kelaïnai, dont les ruines mêmes ont disparu du sol (voy. Ainsworth , p. 18 et suiv. ).

« Il y a de l'incertitude sur remplacement de Peltal. M. Hamilton croit, et avec vraisemblance , que cette ancienne ville est représentée par le Baklan Ovah actuel (Ainsw., p. 24).

3 Position douteuse.

* M. Ainsworth croit retrouver cette ville dans la Surmenèh moderne , située au milieu d'une plaine élevée (Ainsw,, p. 27). s Ichakli.

[5* SIÈCLE kV. J.-C.

peuplée; là, près de la route, on voit une source qui porte le nom du roi de Phrygie Midas. On assure que ce fut en mêlant du vin aux eaux de cette source, que Midas y surprit le satyre qu'il poursuivait. De là il fit dix parasanges, et vint en deux marches à Tyriaïon 0), ville assez considérable où il demeura trois jours... 11 fit ensuite vingt parasanges et arriva à IconionW, la dernière ville de la Phrygie. Il en partit après y avoir séjourné trois jours, et en cinq jours il parcouruUrente parasanges à travers la Lycaonie. Comme cette contrée lui était hostile, il en permit le pillage aux Grecs. Il renvoya ensuite Epyaxa en Cilicie par le plus court chemin , sous l'escorte de Ménôn le Thessalien et des troupes qu'il commandait. — De là il traversa la Cappadoce, fit vingt-cinq parasanges en quatre marches , et arriva à Dana, ville peuplée, grande et riche18). Il y demeura trois jours...

» On essaya ensuite de pénétrer en Cilicie. Le chemin qui y mène, quoique praticable aux voitures , est escarpé et inaccessible à des troupes auxquelles on opposerait la moindre résistance. On rapportait que Syennésis se tenait sur les hauteurs pour le défendre. Cyrus resta donc un jour dans la plaine ; niais le lendemain on vint lui dire que Syennésis avait abandonné les hauteurs dès qu'il avait appris que Ménôn, ayant passé les montagnes, était en Cilicie, et que Tamôs, qui commandait la flotte combinée de Lacédémone et de Cyrus, était parti de l'Ionie se dirigeant vers la côte cilicienne.

» Cyrus arriva sans obstacles sur les montagnes, d'où il aperçut le camp des Ciliciens. De là il descendit dans une vaste et belle plaine, entrecoupée de ruisseaux, couverte de vignes et d'arbres de toute espèce, où le sésame, le panis, le millet, le froment et Forge croissent en abondance. Une chaîne de mon-

1 Àrkut-Khan.'Il y a de l'incertitude sur la correspondance précise de ces dernières localités? nous suivons généralement les déterminations de M. Aiosworth.

2 Konïèh.

3 Dana, plus connue sous le nom de Thyana, était située âii revers septentrional de la chaîne du Tau rus, à peu près sous le méridien de Tarse. Do lieu nommé par les Turks Kiz-Hissar, le Château de la Jeune fille , s'élève aujourd'hui sur ses ruines ( W. Hamilton , t. II , ch. kl).

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