‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 165 sur 189 · PASSAGE DE L'ANC. NOMENCLATURE GÉ06R. A LA GÉOGR. MOD · texte numérisé non relu

PASSAGE DE L'ANC. NOMENCLATURE GÉ06R. A LA GÉOGR. MOD

que l'on sait combien en général ces appellations des localités naturelles de la patrie sont persistantes chez tous les peuples, même à travers les invasions étrangères et les changements de domination. La conservation d'une foule de noms de rivières et de montagnes portés jusqu'aux dernières extrémités de l'Europe, il y a peut être quatre mille ans, par les plus anciennes émigrations orientales qui peuplèrent ces parties de notre continent, montrent assez combien Ces dénominations traditionnelles sont vivaces. Ici, au contraire, elles ont presque entièrement péri. Pas un seul habitant des bords du Halys ne connaît aujourd'hui ce nom jadis si fameux du plus grand fleuve de la péninsule : pour les Grecs comme pour les Turks, ce n'est plus que le fleuve Rouge , Kizil-Ermak , ainsi nommé du fond rougeâtre de son lit dans une partie de son cours. C'est à de telles circonstances locales, et plus fréquemment encore aux noms mêmes des villes que les rivières arrosent, que se rapporte la presque totalité des dénominations que leur ont imposées les Turks. Quelquefois une consonnance fortuite entre le nom ancien et un mot turk ayant une signification qui semblait présenter un rapport quelconque avec la localité , en a déterminé l'application moderne. C'est ainsi que partout où la finale sos se rencontrait dans les anciens noms grecs des rivières , les Turks l'ont transformée en sow, qui chez eux signifie eau, et que de Harpasos^ds exemple, ils ont fait Arpa-sou, ou Rivière d'Arpa. Nous ne voyons que deux exemples où le peuple conquérant ait paru vouloir consacrer le souvenir de sa patrie originaire : c'est c'est dans l'application des noms du Sihoun et du Djihoun, ces deux fleuves fameux du Turkestan, aux deux plus grandes rivières de la Cilicie orientale , le Saros et le Pyramos de la géographie classique. De même pour les noms des montagnes. Les appellations antiques de Paryadrè3 et de Skydissès , de Taurus et d'Amanus, de Dindymône, de Tmolus , de Mesogis et de Sipyle, ne subsistent ni dans la tradition , ni dans l'usage. L'Olympe lui-même, la montagne des Dieux , ne conserve son nom, autrefois vénéré , que dans la bouche des voyageurs ; et vainement chercheriez -vous quelque souvenir du mont Ida parmi les pâtres grossiers qui font paître aujourd'hui leurs troupeaux aux lieux où jadis le beau Paris conduisait les siens. Dans le petit nombre

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des noms anciens dont les noms actuels conservent la trace , le plus frappant est celui de VJrgàïos ou Argœus, à peine altéré sous sa forme actuelle d'Ardjèh.

11 serait prématuré de parler maintenant de l'introduction des dénominations que la géographie turque applique aux diverses parties de la Péninsule , en remplacement des circonscriptions de l'ancienne géographie grecque et de celles du Bas- Empire, également oubliées : nous aurons à y revenir dans un des chapitres suivants.

Il est un autre point auquel nous serons également ramené par la suite et que nous ne voulons qu'indiquer ici : c'est le changement considérable, nous pourrions dire la très-grande amélioration qui s'e^t opérée dans le type physique des Turks depuis leur établissement à l'ouest de l'Euphrale. Un fait bien connu, c'est que dans ce contact des deux races juxtaposées sur le sol de l'Empire grec , la race conquérante et la race conquise, la première seule a éprouvé ces modifications de type pbysionomique et de conformation qui sont la conséquence ordinaire des croisements de races différentes-, tandis que les habitants grecs ne paraissent avoir subi , à cet égard , aucun changement appréciable. 11 peut y avoir çà et là des exceptions de détail ; mais dans sa généralité le fait est tel. C'est qu'à bien dire, il n'y a eu croisement que du côté des Turks. Obéissant en ceci au sentiment d'amélioration des races inférieures, iis ont toujours, autant qu'ils l'ont pu, choisi leurs femmes au sein des nations plus belles que la victoire leur avait soumises, et ont ainsi purifié le sang grossier de leur propre race par le mélange du sang si remarquablement beau des Grecs et des Circassiens. Ce sont ces deux nations, qui , dès les premiers temps du contact de la race de Seldjouk avec les populations occidentales, ont à peu près exclusivement peuplé de leurs femmes les harems des chefs , et donné des mères à leurs fils. Les Turks de rang inférieur ont suivi l'exemple des grands toutes les fois que leur fortune leur a permis d'acheter ces belles esclaves si chères à leur sensualité; de sorte que de proche en proche et de génération en génération, le type original des Turks a tendu de plus en plus à s'identifier avec le type grec et circassien. Ce n'est guère que dans les derniers rangs, et surtout chez ces Turko mans

TRANSFORMATION PBYSIQl'B DES TURKS.

nomades qui ont gardé les mœurs de leurs ancêtres , que Ton peut retrouver aujourd'hui les traits, de la race.

Il est un troisième peuple qui a formé de tout temps une portion notable de la population des extrémités orientales de F Asie- Mineure : ce sont les Arméniens. Il convient d'autant mieux d'en dire ici quelques mots, qu'à l'époque où nous sommes arrivé, c'est-à dire à la fin du onzième siècle, ils acquirent une nouvelle extension de ce côté-ci de l'Euphrate, et s'y formèrent de nouveaux établissements. Nous savons que depuis longtemps les pays riverains de la droite du fleuve, depuis la Comagène jusqu'aux montagnes pontiques, avaient été distingués par l'appellation de Petite-Arménie, qui indiquait l'origine des habitants; et le tableau des divisions administratives de la Péninsule nous a montré que cette Arménie-Mineure avait été partagée en deux provinces sous les empereurs grecs (0. Vers le règne de l'empereur Héraclius, c'est-à-dire dans la première moitié du septième siècle , les déchirements occasionnés par les guerres continuelles des Grecs et des Perses, qui s'étaient partagé la grande Arménie lors de l'extinction de la dynastie arsacide en 428, et qui depuis lors s'en disputaient la possession exclusive, amenèrent un grand nombre d'Arméniens dans le Pont et la Cappadoce, ce qui donna lieu à la formation d'une troisième Arménie, distinguée, dans la nomenclature des thèmes du Bas- Empire, par le nom de thème arméniaque, dont le chef-lieu était Amasée. Quatre cents ans plus tard, lors des irruptions des Turks en Arménie, d'autres émigrations arméniennes vinrent chercher en Asie Mineure, où les Turks n'avaient pas pénétré encore, un refuge contre les cruautés des hordes de Seldjouk. Mais comme les cantons de l'Euphrate et les confins du Pont étaient occupés déjà par les compatriotes des nouveaux immigrants, ceux-ci s'avancèrent plus ;»u sud, et vinrent se cantonner dans les hautes vallée du Taurus, qui couvrent la Cilicie orientale. Postés dans ces lieux presque inaccessibles, entre les rochers et les précipices, ils y bâtirent des châteaux où chaque chef résidait, et d'où il dominait lo pays d'alentour. Indépendant les uns des autres, tantôt ils se faisaient la guerre entre eux pour

1 Ci-dessus , p- 43t».

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agrandir leur territoire , tantôt ils se réunissaient pour repousser les attaques des Turks ou pour leur enlever quelque ville. Quoiqu'ils fissent, comme les Grecs, profession de la religion chrétienne , et qu'ils y fussent même fort attachés, ils n'épargnaient pas les terres de l'Empire. Après rétablissement des Francs dans le nord de la Syrie, à la suite de la première croisade, ils disputèrent longtemps aux princes d'Autriche ce que ceux-ci possédaient au delà du mont Amanus, et s'emparèrent par succession de temps de la Cilicie entière, depuis le golfe d'Issos jusqu'à Antioche de Cilicie à l'ouest du cap d'Anemour, dans une longueur de plus de quatre -vingts lieues, entre la mer et le Taurus. Ils relevèrent le château de Si» , ruiné par les Sarrasins lors de leurs premières irruptions en Cilicie*, et lorsque vers la fin du onzième siècle (1080) , un de ces princes nommé Rhoupèn , ayant fait reconnaître sa suprématie par les autres chefs, eut fondé un nouveau royaume arménien de Cilicie, qui comprenait, outre la Cilicie môme, quelques portions de la Syrie, de la Petite- Arménie, de la Cappadoce et de l'Isaurie , Sis devint la résidence ordinaire des princes Rhoupéniens , et elle s'agrandit considérablement. Elle n'était pas fortifiée; mais elle avait sur la montagne un château très-fort, au pied duquel la ville se déployait en amphithéâtre (0. La dynastie de Rhoupèn subsista, avec diverses phases de fortune, jusqu'en 1342, où elle fut remplacée dans le royaume d'Arménie par les princes de Lusignan, expulsés à leur tour, trente ans plus tard, parles mamelouks Baharites d'Égypte.

Dès Tan 1060, ajoute l'historien du Bas-Empire à qui nous empruntons une partie de ces détails 00, les courses des Turks avaient obligé le Catholique d'Arménie — c'est ainsi que se nommait le patriarche — à transporter son siège à Sébaste (la Sivas des Turks) ; il fut de là transféré à Sis , où il subsista près de trois cents ans, jusqu'à l'irruption des Mamelouks. Les

* Cette place de Sis, dont l'existence ne parait dater que de l'époque du Bas-Empire, est située sur un affluent de l'ancien Pyramos, le Djihoun des Turks , à quelque distance au nord d'Anazarbus. Nos voyageurs récents nous l'y décriront sous le même nom.

* Lebeau, liv. LXXXVI, t. XVI . p. 25, édit. 1824. Cf. la noie de M. Brosset, p. 381, et Saint-Martin, Mémoire* h htnriques sur l'Arménie,

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