‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 164 sur 189 · II · texte numérisé non relu

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régnait, envoya contre eux une armée (en 1081 ) -, les Grecs victorieux obligèrent les Turks de quitter la Bithynie , et Soliman fut contraint de demander la paix, que l'empereur grec, alors menacé d'une nouvelle guerre du côté de l'Occident, désirait également Elle fut signée sans aucun délai de part ni d'autre ; mais les Turks, qui ne cherchaient qu'à faire de nouveaux établissements, et à qui par conséquent la paix n'était point avantageuse , ne gardèrent les traités qu'autant qu'il leur fallait de temps pour réparer leurs forces, et recommencèrent aussitôt la guerre. » Nous n'avons plus maintenant à en suivre les incidents uniformes. Tantôt repoussés, plus souvent vainqueurs, et dans ce flux et reflux de succès divers gagnant chaque jour du terrain, les Turks sont désormais les maîtres de l'Asie-Mineure. Non pourtant qu'ils la possèdent tout entière : les empereurs de Constantinoplo y conservèrent longtemps encore un grand nombre de places et de territoires depuis la mer Égée jusqu'à l'Euphrate-, mais les terres restées à l'Empire étaient traversées en mille endroits par les conquêtes des musulmans. Les Turks de Nicée et les successeurs de Constantin traitent maintenant de puissance à puissance ; les empereurs ne songent plus à disputer, pas même à contester aux sulthans Seldjoukides les provinces dont ceux-ci t.e sont emparés. A l'exception de quelques parties du Pont, d'une portion de la Billiynie et de l'ionie et des hautes vallées du Taurus depuis la Carie jusqu'à la Cilicie, toute la Péninsule est turque, et elle commence à être désignée dans l'histoire sous le nom de Turquie vO.

Cette révolution capitale dans l'état de l'Asie-Mineure était

enim Grcecis incusserat fomiidinem, ut vix regiœ civitatis se crederent mœnibus , et maris interpositi non satis tutum arbitrarentur praesidium. Llb. I, c. 9.

» Degulgnes , t. II , 2« part. , p. 2 ; Lebeau , llv. LXXX1 et LXXX1I , L XV, p. 123, 185, etc., édit. S.-Martln; Hammer, t. I, initia ; Price, Mahw medan History , vol. II , p. 385.— Outre les possessions des sultans de Roum, il y eut, a partir des dernières années du onzième siècle, une priucipaplé turque indépendante qui comprenait une partie de la Cappadoce, et avait Méliténè pour capitale. Cette principauté, mentionnée non-seulement par les auteurs orientaux , mais aussi par les historiens latins des Croisades , subsista près d'un siècle; elle Ait enfin reprise par les sultans d'Iconium. Deguignes, .1,1" part. , p. 232, et t. Il, 2' part., p. 24.

feKK NOUVELLE DANS I.'mtST. GÉOGIUPH. DE l'aS.-MIN. A5\

consommée avant l'expiration du onzième siècle, sinon pour la totalité, au moins pour une très-graude partie de la Péninsule. Un sujet d'étude bien plus important et d'un bien plus grand intérêt que la sèche nomenclature d'une série de noms barbares et le récit monotone d'une longue suite de combats et de ravages, serait le tableau détaillé de la double transformation que subit alors une vaste contrée, dans sa géographie et dans l'état de ses habitants, sous l'influence de la conquête. L'ancienne nomenclature géographique du pays s'altère ou s'efface, soit par suite de l'introduction d'une langue nouvelle, soit par l'effet nécessaire des nouvelles habitudes du peuple vainqueur, de la distribution de ses tribus sur le territoire, et, plus tard, de la création d'un autre ensemble de circonscriptions administratives; les mœurs, les habitudes, la langue même du peuple vaincu éprouvent des modifications analogues par l'effet des mêmes causes, en même temps que, par une inévitable réaction, les habitudes, les mœurs et les usages du peuple vainqueur se modifient à leur tour et s'améliorent au contact des populations plus civilisées qu'il a soumises. Malheureusement les historiens de celte époque de rénovation, ceux de l'Occident aussi bien que ceux de l'Orient, ne sont nullement philosophes et fort peu observateurs; ce qui nous offrirait aujourd'hui le plus d'instruction et d'intérêt est précisément ce qui arrête le moins leur attention. C'est donc dans un certain ensemble de faits de détail plutôt que dans les récits mêmes des écrivains du temps que Ton retrouve les traces et que l'on peut suivre la marche progressive de cette grande révolution, qui s'est opérée, à partir du onzième siècle, dans la condition générale de l'Asie-Mineure dans sa nomenclature géographique, dans l'état moral de ses populations, et même jusqu'à un certain point dans leur état physique. — Au surplus, cette absence de renseignements directs fournis par les auteurs de l'époque se comprend , même en faisant abstraction de leur peu d'aptitude à uue étude de cette nature. Une refonte sociale telle que celle qui a dû sortir du rapprochement rviolent de deux éléments aussi dissemblables à tous égards que l'étaient alors, que le sont même encore aujourd'hui l'élément turk et l'élément grec, celui-ci déjà énervé et dégénéré par l'excès même de sa très-ancienne civilisation ,

ASIE-MIXEL'HE.

celui-là encore tout plein de cette énergie sauvage qui appartient aux natures vierges et brutes, cette refonte, qui s'attaquait à la fois à deux nationalités opposées, et qui avait à surmonter leur double résistance, n'a pu s'opérer que par une action lente, journalière, presque insensible , dont la postérité reconnaît plus aisément les résultats que les contemporains n'en aperçoivent le travail.

En ce qui touche à la transformation, ou tout au moins aux altérations de l'ancienne topographie grecque, nous nous bornerons ici à quelques observations générales : les faits de détail se présenteront successivement, surtout quand nous suivrons les pas des voyageurs modernes dans toute l'étendue de la Péninsule CO. Et d'abord, un fait universel qui tient à l'ignorance où sont tombés depuis des siècles les descendants de ces Grecs d'Asie chez lesquels s'alluma jadis le flambeau de la civilisation hellénique, c'est que dans l'identification des noms classiques avec les localités actuelles , là où les anciens noms se sont perdus par suite de la conquête turque , il n'y a rien à attendre des traditions locales. Quelque merveilleuse que soit la conservation de la nationalité grecque et de la langue ancienne , même avec ses altérations , à travers une si longue période de dégradation , il n'en faut pas moins regarder comme une règle générale que la chaîne historique entre les Grecs d'aujourd'hui et leurs ancêtres est aussi complètement brisée que si c'étaient deux races distinctes. Lors même que les noms classiques ont survécu, plus ou moins altérés par la suite des temps et la corruption de la langue, les souvenirs des beaux temps de la Grèce, qui pour l'Européen lettré se rattachent à ces noms, sont absolument morts pour les habitants. La décadence générale de ce que l'on a si justement nommé le Bas-Empire, même avant l'irruption des hordes turques, avait préparé et en partie consommé cet oubli d'un passé glorieux ; la domination musulmane en a effacé jusqu'aux derniers vestiges. C'est surtout dans la nomenclature des rivières et des montagnes que l'anéantissement des dénominations classiques est le plus complet : fait d'autant plus remarquable,

1 Un savant anglais , M. Stanley , a présenté des observations analogues sur la géographie comparée de la Grèce européenne ancienne et moderne. Clos* iical Muséum, vol. I, 1844, p. 73.

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