MARCHES DES CROISAS EN ASIE-MINEURE
précédentes. Elle passa l'Hellespont à Callipoli. Cette armée laissant à sa droite le mont Ida et la ïroade , à sa gauche la Propontide et l'Olympe, se dirigea vers la Lydie en traversant SpigaH (0, Vpomenon W et d'autres bourgs ou châteaux situés dans l'intérieur des terres au-dessus de Pergame^ puis, après avoir franchi successivement le Caïque et YHcrmus , gagna Laodicée par Philadelphie. De Laodicée, tirant droit à l'Est, les Allemands pénétrèrent dans la Pisidie, atteignirent Philomelium , que plusieurs chroniqueurs nomment Vinimil, entrèrent dans Coigne ou Iconium, après avoir remporté une grande victoire sur les Turks, et là, tournant au sud et s'engageant dans les gorges du Taurus, descendirent la pittoresque vallée du SélefW, qui coupe l'ancienne Cilicie montagneuse : c'est là que Frédérik devait trouver la mort, au fond des eaux glacées du torrent. Un chroniqueur sllemand, qui' suivait l'expédition , nous dit que Virgile et Homère ne pourraient suffire à décrire les combats qu'elle eut à livrer, les souffrances qu'elle endura dans sa marche. Moins de cinq mille hommes, misérables restes d'une armée florissante, arrivèrent devant les murailles de Saint - Jean-d'Acre, qu'assiégeaient alors Richard Cœur de-Lion et Philippe-Auguste (4).
Ce rapide aperçu des marches diverses des Croisés en Asie- Mineure, montrera de quel intérêt géographique en seraient les itinéraires, si l'histoire contemporaine nous les avait transmis avec les détails que nous y cherchons vainement. Les sources , cependant, sont assez nombreuses. A ne citer que ceux des chroniqueurs qui firent partie des expéditions qu'ils racontent, ou qui écrivirent, dans le siècle même des Croisades , sur les renseignements directement fournis par des témoins oculaires, nous avons à nommer, pour la première Croisade, Pierre Tude-
i Biga, sur l'ancien Ésèpe.
* Évidemment le Pœmanenus, ou plutôt l'un des deux Pœmanenoi de l'ancienne géographie. Voyez, sur cette distinction de deux localités anciennes du nom de Pœmanenos, les Nouvelles Annales des f oyages, t. Il de 18Û5, mai, p. 139.
5 C'est la rivière de Sélefkèh, l'ancien Kalykadnos. Les Turks la nomment aujourd'hui Gheuk-sou. On a souvent confondu cette rivière où se noya l'empereur Frédérik avec le Kydnos ou rivière de Tarse.
* Michaud, dans les Nouvelles Annales des Voyages , 1. 1 de 1*32, p. 93.
bodc de Sivray (0, Kobert le Moine 0*), l'archevêque Baudry Raimoud d'Agiles Albert d'Aix (*), Foucher de Chartres et son abréviateur anonyme (fl), Guibert de Nogent 7), Raoul de Caen 00; enfin, plus célèbre que les précédents, et les surpassant de beaucoup en effet par l'instruction , le style et l'intérêt, Guillaume, archevêque de Tyr (»>. Guillaume nous raconte aussi les événements de la seconde Croisade, qui a eu en outre ses historiens originaux , pour l'expédition française conduite par Louis VII, dans deux moines de l'abbaye de Saint-Denis (»°),
' Petrl Tudebodi sacerdotis Sivracensis Historia de Hierosolymitano itinerc, dans la Collection des Duchesnc, Hisloriœ Francorum Scriptores coeetanei (Lutet. Paris. 1636-49, in-fol., 5 vol.). t. IV, p. 777.
1 Robert! Monachi Historia Hierosolymitano ; dans le Recueil de Bongars, Gesta Deiper Francos, Hanovïae, 1611, in-fol., 2 vol., t. I, p. 31.
3 Baldrici Archiepiscopi Historia Hierosolymitano ; ibid. , p. 83. Raimondi de Agiles, Historia Francorum qui ceperunt Hierusalem; ibid., p. 139.
a Albertus Aquensis , Historia Hierosolymitanœ Expéditions ; Ibid. , p. 184. Albert d'Aix est le seul qui donne un récit quelque peu circonstancié de la marche des armées de 1101 en Paphlagonie et en Galalic.
* Fulcherii Camotensis Gesta Peregrinantium Francorum cum armis Hierusalem pergentium; et Anonymi Gesta Francorum expugnantium Hierusalem; ibid., p. 3àl et 561.
7 Guiberli Historia Hierosolymitano, seu Gesta Dei per Francos ; ibid., p. 467.
» Radulphi Cadomensis Gesta Tancredi in Expeditione Jerosolymitanâ, dans le Thésaurus IVovus Anecdotorum des Bénédictins Marianne et Duraud (Lutet. Paris. 1717, in-fol., 5 vol.), t. III, p. 108, et dans la Collection des Antiquités italiennes de Muralori , t. V, p. 285.
* Willermi Tyrcnsis Archiepiscopi Historia rerum in parti bus transmarinis gestarum; ibid., p. 625. Guillaume de Tyr vient d'être réimprimé par les soins d'une commission spéciale de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettre» (Paris, 1845, I. R., gr. in-fol., 2 parties); on y a joint en regard une vieille traduction française de la première moitié du treizième siècle, eurieuse au moins comme monument de la langue. Celte réimpression de Guillaume de Tyr est le point de départ d'une nouvelle collection des historiens originaux des Croisades, qui laissera loin derrière elle, par le choix et le nombre des pièces, aussi bien que par la sévère révision des textes, le Recueil pourtant si précieux et aujourd'hui si rare de Bongars.
10 L'un est anonyme; et sa chronique, intitulée Gesta Ludovici VU s * été insérée dans le t. IV, p. 399, de la Collection des Duchesne. L'autre, nommé Odon de Deuil , a écrit une histoire spéciale de l'expédition de Louis VII en Orient (Odonis de Diogilo, De Ludovici Vil Profectione in Oritntm , Ubri VU), laquelle se trouve en léte d'un ouvrage publié en 16W