CHAPITRE XI
l'asik-mijeche des géographes ARABES. EL-EMISI.
Intérêt que présente la géographie arabe de PAsIe-Mineure rour en compléter la connaissance au moyen âge. - Edrist. - Il avait lui même visité, au commencement du douzième siècle, p'usleurs contrées de lAsio-Mineure.
— Ses autres sources d'informations p'Mir cette partie de sa Gé^gra-'liie.
— Ses connaissance* sur PAsie-Mineure principalement fondé *s sur des itlnènires. — Indication de es itinérjircs pour la Péninsule. — Villes notables qu'EdrM cite dans sa description. — Caverne des Sept-Dormants. — Edrisl compte onze provinces en Asie-Minenre.— Énumération de ces provinces.— Ce sont les thèmes de l'administration byzantin*. — Les notions d'Kdri'i sur la C.ilicie plus circonstanciées qu.î su«- h s autres provinces. — Le Djoïlnn et le Selhan. — Notions abondantes que les historiens bvzaniins et les chroniqueurs latins des Croisades fournissent, au douzième siècle, pour la géographie de la Cllicie. — Consolidation du royaume arménien de Cilicie à cette époque.
(xii» siècle.)
Notre étude de 1* Asie-Mineure au moyen âge serait incomplète, si nous négligions d'y faire entrer l'examen des notions que fournit sur cette contrée la géographie arabe contemporaine de l'époque des Croisades. Pour cetic époque, ces notions so résument dans l'ouvrage célèbre (VEdrisi (•).
C'est dans la nomenclature de la géographie arabe que se produit de la manière la plus tranchée la transition de l'ancienne géographie gréco-latine à la géographie moderne de la Péninsule.
1 Géographie d'Edrisi^ traduite de l'arabe en français d'après deux manuscrits de la Bibliothèque du 7?»»', et accompagnée de notes ; par P. Amédéc Jaubert, professeur de lurk à l'École spéciale des langues orieutales vivantes, etc. Paris, I. R. , 1836-1840 , ln-4, 2 vol. — Ces deux volumes forment les tomes V et VI du Hecueil de Voyages et de Mémoires publié par la Société de Géographie de Paris,
Les chapitres qu'Edrisi a consacrés à l'Asic-Mineure dans son traité de Géographie universelle ont d'autant plus de prix, que lui-même, selon son témoignage formel (0, en avait visité quelques parties. Ce voyage eut lien l'an 510 de l'hégire, 1117 de J.-C, trente-sept ans, conséquemment, avant le temps où Edrisi acheva la rédaction de son ouvrage, terminé en 1 154 , ainsi qu'il nous l'apprend dans sa Préface. Pour notre Péninsule, comme pour les autres contrées de la terre, Edrisi avait non-seulement consulté tous les géographes de sa nation qui l'avaient précédé, ainsi que Claude Ptolémée dont les ouvrages avaient été de bonne heure traduits en arabe; mais il avait surtout réuni et confronté les rappor s d'un grand nombre de marchands et de voyageurs, et rassemblé ainsi pendant plus de quinze années une multitude d'itinéraires et de renseignements, qui devinrent la base princip île de son propre travail.
Lors même qu'Edrisi ne nous aurait pas appris de quels éléments s'était composée sa Description du monde, la forme seule de celte description nous l'eût assez fait connaître. Nulle part le géographe arabe ne procède, comme Strabon, par exemple, par la méthode descriptive proprement dite , mais bien , comme Ptolémée, par simple énumération. Seulement, au lieu d'avoir dénaturé ses matériaux, à l'exemple du géographe alexandrin, pour les assujettir aux apparences trompeuses de la précision astronomique , Edrisi leur a conservé partout leur forme primitive d'itinéraires, se contentant d'ajouter à chaque nom notable, soit de ville, soit de fleuve, de montagne ou de pays, les détails que ses longues informations lui avaient procurés. Pour l'Asie- Alineure, on, selon l'expression orientale, le pays de /?omm, Edrisi avait réuni une vingtaine de ces itinéraires, la plupart d'une longueur considérable, plusieurs coupant la Péninsule dans toute son étendue et dans diverses directions. Un de ces itinéraires longe la côte méridionale depuis la frontière syrienne jusque vis-à-vis l'île de Rhodes W ; deux autres contournent la côte occidentale , de ce dernier point à Constantinople W ; un quatrième suit les bords du Pont Euxin , que le géographe arabe
1 T. II, p. 300.
• 1V« Climat, 5e Section, t II, p. 120 et 132. » Id. , p. 135; et V Climat, ke Sect , p. 302.
Itinéraires arabes en asie-mineure.
appelle toujours mer du Pont, depuis Conslanlinoplc jusqu'à Atrabezonda ou Trébizonde , centre commercial important (0.
Les autres itinéraires rayonnent d'un certain nombre de centres principaux , de même que les anciens ilineraria romand, quoique les lignes diffèrent le plus souvent, ainsi que la nomenclature. Cinq de ces lignes partent d'dmouria, l'ancien jimorium sur le Sangarios; l'une pour aboutir à Nikia ou Nicée, l'autre au Khalidj ou Canal de Constantinople , la troisième â Tarsous en Cilicie, par Koniah et Bedcndoun , l'ancien Podahdus des Portes Cilicicnncs; la quatrième à Kamkh ou Kcmkh (2) sur le haut Euphrale, la dernière à Antalia ou Salalièh, sur la mer de Syrie, par Ladikiah et Koniah Ce grand nombre de lignes considérables couvergeant vers Amonria, montre quelle était encore l'importance de celte place au douzième siècle, quoiqu'elle eût été horriblement saccagée lors des premières incursions musulmanes sous le Khalife Moslascm , en 838 ^). Aujourd'hui elle est entièrement détruite, et le voyageur hésite à en reconnaître les ruines sur ce sol bouleversé que tant de ruines recouvrent (5). « Amonria, dit Edrisi, est une ville considérable qui jouit d'une grande célébrité, soit dans le pays des Chrétiens, soit dans le pays des Musulmans. Celte ville, trèsancienne, fut successivement prise et reprise par les armées musulmanes et chrétiennes. Ceinte de fortes murailles, elle est située sur les bords d'une grande rivière qui coule vers le m di et finit par se perdre dans l'Euphrate. Le nom de cette rivière est Cobahcd 6). Cette ville est un centre de communication et
» VIe Climat, 5e Srct. , t. II, p. 391. Add. Prolcgom., t. I, p. 7. * L'ancien Kamakhe$y aujourd'hui Kémakb, sur ta rive ga-jebe ou orientale du fleuve, au dessous à'Erzbighian.
» Ve C!imat, 5' Section, t II , p. 305, 300 , S07 , 309 et 310. 4 Pricc, Mohammedan Hislory , vol. II, p. U5.
8 M. William Ilamilton a cru retrouver les ruines d'y/morïtim au village de Hergan Kalèh. Hesearches in Asiu Minor, vol. 1, p. 651 sqq. Cf. Lcake , Tour in Asia Minor\ p. 80, in- 8.
6 Edrisi nomme ailleurs (t. I! , p. 31fl) cette rivière Cabaked, et dit qu'elle sort des monts el Hamam. Il répète qu'elîe va se joindre à l'Euphrate. Quelques indices .«emblcralent Indiquer que la rivière d'Amoria a été confondue avec le Tokma-sou ou rivière de MalaUèb. Ce ne peut être le Hammamlu tchal de la Paphlagonle.
un lieu de passage, tant vers les pays circonvoL-ins que vers les pays éloignés 0 . »»
Ce passage du géographe arabe peut donner une juste icîée de la nature des renseignements qu'il avait rassemblés sur l' Asie- Mineure. Ces renseignements, un peu recueillis de toutes mains et qu'Edrisi n'avait pas été toujours à même de soumettre à un contrôle nécessaire, étaient évidemment entachés d'erreurs grossières, notamment quant au cours et au débouché des rivières que les caravanes rencontraient ou traversaient sur leurs routes. En bien des endroits aussi du texte de notre auteur, il y a des altérations évidentes, soit dans les noms, soit surtout dansles distances. L'épuration et la restitution du texte d'Edrisi, aussi .bien que l'application au local des nombreux itinéraires que fournit son ouvrage pour les diverses contrées qu'il décrit, serait une œuvre d'une grande utilité, mais d'une difficulté noa moins grande, digne d'exercer la patiente sagacité d'un savant qui joindrait à l'intelligence de la langue originale les connaissances spéciales du géographe. Réunirions-nous, et bien s'en faut, les qualités nécessaires pour cette élaboration de détail, on comprend qu'elle ne pourrait se concilier avec la marche rapide que notre plan nous impose : historien de la science, nous sommes tenus d'en signaler, non d'en combler les lacunes.
Koniah ou Iconium, devenue la capitale des princes turks seldjoukides de Roum depuis que les empereurs grecs s'étaient remis en possession de Nieéc-, était aussi un grand centre de communications Les Itinéraires romains nous montrent, au reste , qu'il en était déjà ainsi au temps des premiers Césars. Edrisi conduit une de ses lignes itinéraires de celte ville à Meldèni^ «ville de grandeur moyenne, bâtie sur les bords d'une rivière qui coule vers le nord et se jette dans la mer du Pont. — C'est un centre de communication, ajoute notre auteur, un lieu où se rassemblent les caravanes et où les chemins se divisent^). » Méledni ne peut être que l'ancienne Mélitêne, non loin du confluent du Tokma-sou cl de l'Euphralc, quoique Edrisi cite en d'autres endroits cette ville frontière et la province dont elle était la capitale, sous le nom de Malalia, encore en
» Edrisi trad. fr., t. II, p. 507.
GÉOGRAPHIE DE l'edMSI.
usage aujourd'hui sous la forme turque de Malatièh. Une autre ligne va de Koniah à Antakié, l'ancienne Anliokhia, à l'entrée de la Syrie-, une troisième, du même point à Amaxia, l'Amasce du Pont, par Ankori ou Ancyrc, et Charghara, l'ancienne Gangra,\a. Tchangri de nos cartes actuelles («). Nous avons mentionné déjà celles qui se dirigeaient par Amoria sur Nicéc et sur Constantinople. Méledni, outre la ligne de communication avec Koniah , était liée par deux routes avec la Cilicic orientale : l'une venait aboutir à Tarsous, en passant probablement au nord des montagnes; l'autre à el-Massissa par Marach. FJ-Massissay la Moptuestia de la géographie classique, a vu son nom se raccourcir encore dans l'usage vulgaire ; aujourd'hui les voyageurs ne la citent plus que sous le nom de Misais. Deux nuires routes aboutissant également à Méledni pénétraient dans l'intérieur de la Péninsule en se dirigeant vers le N.-O. , pour aller se terminer à Dhounia, qui paraît être la Bartoun des Turks, sur l'ancienne rivière Parthenios, non loin de son débouche dans l'Euxin : mais ces derniers itinéraires sont très -vagues, et un très-petit nombre de stations intermédiaires sont désignées dans ce long parcours. Les routes qui, de Méledni, remontaient et descendaient l'Euphrate, sont plus faciles à retrouver sur la carte (2/.
Trois itinéraires importants complètent ce réseau plus ou moins suivi qu'Edrisi fournit pour l' Asie-Mineure. L'un conduit de Tarsous à Abvdos, sur les Dardanelles, sans passer par Koniah ni par aucune des grandes villes précédemment citées dans l'intérieur de la Péninsule un autre va de Nikia ou Nieéc à Antalia la Neuve (*), sur la mer de Syrie ; la troisième , enfin , part de Libadhia, l'ancien Lopadium voisin du lac Apollonias en Bi- Ihvnie , et vient aboutir à Dhounia ou Bartoun , sur le Pont (*).
Parmi les villes notables que les marchands arabes fréquen-
« Edrisi, trad. fr. , t. II , p. 311.
* /<*., p. 313 et sulv.
» Qu'Edrisi distingue d' Antalia l'Incendiée, située plus à l'Orient sur la côle, et entre lesquelles il compte deux journées d'intervalle. On la connaît encore sous le nom d'Eski Adalia, ou Adalia la Vieille; Antalia la Neuve est notre Satalich actuelle.
* Edrisi, trad. fr., t. II, p. 308, 312 et 310.
474 ASIE-MINEME. [12e SIECLE AP. J.-C.
taierit sur les bords du Pont, Edrisi mentionne particulièrement, outre Atrabézonda ou Trébizonde, Khazcnti, qui parait être l'ancienne Kerasûs-Pharnakia; Bona, la Boona des anciens périples, dont le nom s'est conserve dans le Boûna Bouroun ou C. Boûna des marins turks; Lanio, nom qui de môme se retrouve à la fois et dans VOEnoë des anciens, et dans l'Ounièh actuel, à l'embouchure d'une faible rivière du môme nom. Ces tr< is villes sont à l'occident de Trébizonde, dans la zone maritime comprise entre cette cite célèbre et le fleuve des antiques Amazones, le Tliermodôn , ou, comme disent aujourd'hui les Turks, le Tcrmèh. Dans Edrisi, le pays des Lazes, « peuplade grecque nestorienne, >» borde la côte à l'ouest au moins jusqu'au Tliermodôn; car le territoire de Lanio est un de leurs cantons (0. Edrisi ne connaît encore le Halys, dont le nom a disparu depuis, remplace par l'appellation turque deKizil-ermak, le fleuve Rouge, que sous l'ancienne dénomination, à peiné altérée dans la transcription arabe, Ali 2). SinoboU, l'antique Sinope(3-, est notée comme «une petite ville bien peuplée, située sur la côte à quatre journées par terre au nord de îamouni. » Tamouni est notre Castamouni • mais Sinope est au N.-E. , non au nord de cette ville. Khammtroy non loin de l'embouchure de la rivière de Barthano y la Birtïn actuelle, le Parthenios des anciens trocs, conserve la forme antique iïAmastris, beaucoup plus altérée dans le nom aujourd'hui usuel d'Amasséra. Edrisi nomme encore Eraklèh ou Héraclée, qu'il place â tort à l'embouchure du B irlhano -, il mentionne aussi le Zaghra, qui débouche sur cette côte, et dans lequel on reconnaît sans peine le Sagarios.
Edrisi n'oublie pas de noter, parmi les places les plus considérables et les plus renommées du pays de Roum , Nikia et /famoudia, Nicco et Nieomédie, quoique eelle-ci fût très-déchue de sa splendeur passée. Loupad, l'ancien Lopadium du lac Apollonias, était devenue une ville considérable. La géographie de cette portion de l'Asie-Mineure au douzième siècle, ët celle
1 Edrisi, trad. fr., t II, p. 393.
s Dans deux autres endroits ( p. 305 et 310) Edrisi écrit el-Leïn. 3 II paraît que parmi les Grecs du pays on la nommait vulgairement Sinopolit.
GÉOGRAPHIE DE l'eDRISI.
dés cantons plus intérieurs qui se prolongent de là jusque vers Icohium, est d'ailleurs illustrée par la relalioo qu'Anne Comnène a donnée de l'expédition de son père Alexis contre les Turks en 1 116 dans l'année même qui précéda le voyage d'Edrisi au pays de Roum.
Éphèse, sur la côte occidentale, se déguise sous le nom d'Afachïn : ce n'était plus guère, à celte époque, qu'un amas de ruines. On a quelque lieu d'être surpris que le géographe arabe ne mentionne pas Smyrne. 11 cite, en parlant d'1 phèse, la tradition qui plaçait aux environs de cette ville la caverne des Sept-Dormants, tradition non moins célèbre parmi les Musulmans que chez les Chrétiens grecs du Moyen- âge («)•, mais c'est pour contester au pays d Éphèse la possession de cette caverne fameuse, siiuée, dit-il, fort loin de là dans l'intérieur des terres, entre Amouria et Nieée, où notre auteur assure l'avoir visitée et y avoir vu les corps des Sept-Dormants et le cadavre de leur chien couchés dans une grotte profonde, toute jonchée de bois d'aloês et de substances odoriférantes (»).
Edrisi compte onze provinces en Asie Mineure, ou, selon son expression, « entre le détroit de Constantinople et l'Arménie. » Malgré l'altération des noms et le vague des désignations, il est aisé de reconnaître dans ces onze provinces la division en Thèmes établie dans la Péninsule à l'époque même des premières irruptions des Arabes (*). Edrisi connaissait aussi la
* Anna Commcna, Alexia», lib. XIV; Lcbeau, Hist. du Bas-Emp. , Ht. LXXXV, l. XV, p. 452 et suiv., édit. Saliit-Marlin. Conf. les remarques de Leake sur \cs données géographiques de cette partie de l'Alxiade, Journal of a Tour in Asia d/iwor, p. 313, édh. in-8 ; et le Mémoire de M. Hase sur la géographie byzantine de la Bilhynic, dans la nouvelle édition de Lcbeau, t. XIX, 1833, p. 508 sqq.
« foy. Corn, le Brun, Poyage au Levant, p. 32, édit. de Paris, 1714, in-fol. ; et surtout Dallaway, Constantinople anc.etmod., ch. 13, t. I, p. 353 de la trad. fr.
3 Edrisi, trad. fr., t. H, p. 299.
* Ci-dessus, p. 437 , note 2 du Tableau. — Le nombre total des thèmes de l'Asie Mineure était de dix-sept, comme on Ta vu dans le Tableau auquel nous renvoyons; mais de ces dix sept thèmes, trois (le XV, le XVIe et le XVIIe ) étaient formés par l'Ile de f.ypre et les Iles de la mer Égée, et un autre (le IXe) n'appartenait pas, à bien dire, à la Péninsule, puisqu'il était à l'orient de l'Euphrate. Le XIV thème , qui comprenait principalement la Cilide
ASIE-MINEURE. [t2« SIECLE k*. J.-C.
division plus générale de la Péninsule en IVatos ou Natolie, et en el-Kabadik ou Cappadocc, des deux côtés du Halys, connaissance qu'il avait sûrement puisée dans Plulémée-, mais ces noms ne sont pour lui que des dénominations purement géographiques, et non des provinces proprement dites (0.
Voici l'ordre dans lequel le géographe arabe énumère les onze provinces du pays de Roum 00 :
I. L'Ahlakhmia (Paphlagonic), qui renferme cinq forteresses du cô:é de la mer de Syrie.
II. La province de Malalia (la Mélitcne) , la plus éloignée de toutes vers l'Orient; elle renferme trois forteresses.
III. Le La mh k .Opsikionj dont dépendent Aikia (Nièce) et dix autres places fortes, parmi lesquelles el-fehoudi , Gharoboliy .4gra<lh{Aorata) , et la vil'c <pe Lila<ih a^.
IV. La province d'el-Afachïm (ihcme thracésien), qui contient quatre places fortes. La ville d'el-Afachïm (tëphènc) est située dans le district d'Jlaicasi.
V. Le Batalnus (thème Analol que), où l'on remarque el- Xlamïn, Merdj-el-Chahm. Mach/censïn ou Mechkenis, le fort de Barghoulh, et particulièrement la cité iïAmouria, belle ville dont les tours sont au nombre de quarante.
VI. Le Djarsioun ou Djersoun (thème de Sébaste ou de Cappadocc, où était la préfecture Kharsianon). Celte province est située sur la route de Malatia et comprend quarante villes, dont la principale est J/ousba (Sébaste). Les montagnes de Derb (le Taurus isaurien, où était Derha) la séparent du pays d'Anlalia.
VIL Le Baklan ou Boughlan (thème Buccellarien) , où l'on remarque Ànkira (Ancyre) , Tamalo, Talbour, Tokhat, Kuhsaria (Césaréc de Cappadocc) , et seize autres villes.
Trachée, parait ne pas avoir «Hé distingué par notre auteur du reste de la Cilicie, non plus que le Xe thème, formé de la Petite Arménie, du reste de l'Arménie cappadocienne. C'est du moins ainsi qu'on peut se rendre compte de la réduction du nombre des thèmes a onze dans la géographie arabe.
* Edrisi , t. II, p. 305.
* Tr.nl. fr. , t. II, p. 299; add., p. 305 et 308.
» Edrisi nomme ici seule, en dehors du Lamchik, la ville de Nikom<?dle, de manière à faire penser qu'il y a une lacune dans son énuméraiion des provinces. Nikomédie, en effet, appartenait à un thème, l'Optimale, qui n'est pas mentionné.
GEOGRAPHIE DE l'edRISI.
VIN. VArminiac (thème Arméniaque), qui compte au nombre de ses dépendances Koniah (Iconium), Khizlasm ou KhazlassaW, Ladikié {Laodicea combusta) , Dirakio , Kaloumi, Belouli , et beaucoup d'au 1res villes.
JX. La Djuldia (KhaMie), dont l'extrême limite est Arsia (Erz-Koum) , et qui comprend six places fortes.
X La Seleukia (thème Séleucien) , province située sur la mer de Syrie, et qui compte au nombre de ses dépendances Sclefkla ou Selmkia ( l'ancienne Seleucia Trachœa), et dix autres villes.
XI. Le liénadek (thème de Lykandos), qui a pour limites les montagnes de Tarsous OU, Adana et il-Ma$sis*a, et qui comprend au nombre de ses places furies Korra, Tihra, el-Adjouf, DzouVkila, et quatorze autres moins considérables.
Edrisi donne sur la Cilicie des détails plus circonstanciés et généralement plus exacts que sur aucune autre partie de l'Aîiic- Mineurc. La Cilicie avait été longtemps au pouvoir des Arabes , et leurs géographes avaient eu ainsi plus de facilités pour la mieux connaître. Sa première place;, du côte de la frontière syrienne, était NaïasW, à une journée faible de Skandrroun. Deux rivières coupent le pays, le JJjeïlian (Pyramos) et le Seïhan (Saros) ; toutes deux sont considérables, celle-ci moins que la première. Aïn-Zarba (Anazarbus), cl-Massisia^ cl le fort e/- Mulawwen (l'ancien Malins), sont sur le Djrïhan; Adana, sur la rive occidentale du Seïhan. Adana possède un pont d'une construction remarquable et d'une grande longueur. Tarsous, à une journée d'Adana, est une place irès-importante et d'un grand commerce, à douze milles de la mer. Entre Tarsous et la frontière de Roum ^5), il existe des montagnes entrecoupées de
1 Dans un autre endroit, Edrisi range Khazlassa parmi les villes du Boughlan.
■ Edrisi ne mentionne pas d'une manière spéciale la chaîne du Taurus. 11 nomme bien dans un endroit ( t. If, p. 139 ; , la chaîne de f.ékiam, qui aboutit a l'Euphrate au nord de Haleb; mais celte montagne n'est probablement que Ysimanus des anciens.
* Baïas, à quelque distance au sud de l'ancien Issos.
4 L'ancienne Mopsuestia. Edrisi dit que If s Grecs (de son temps) la nommaient Mamistra, ce qui est confirmé par les historiens latins des Croisades.
* Les Arabes attribuaient communément le pays ciiicien à la Syrie, do même qu'autrefois les provinces au delà ( ou au Sud ) du Taurus étaient regardées comme en dehors de la Péninsule , et que sous les princes latins elle lit
gorges profondes , qui semblent destinées à servir de lignes de défense aux deux provinces (0.
Les historiens byzantins de cette époque, Scylitza, Cedrenus, Cinnamus, Nicetas, et les chroniqueurs latins des premières Croisades, abondent aussi en renseignements géographiques sur celte province de Cilicic, théâtre de fréquents combats entre les princes arméniens dos hautes vallées, les princes chrétiens d'Antioche, les Turks d'Iconium et même les Grecs de Constanlinople. Ceux-ci, en effet, s'efforçaient de temps à autre de faire revivre leurs anciens droils sur une province de l'empire qui avait su se maintenir contre les armes musulmanes, ou qui s'en était promptement affranchie; mais leurs tentatives plusieurs fois renouvelées n'aboutirent qu'à y faire reconnaître temporairement une suzeraineté illusoire. Les princes arméniens de la race de Rhoupèn restèrent les véritables maitres des vallées du Taurus et des plaines qu'elles dominent, depuis les sources du Djihoun et les confins de l'ancienne Mélilène jusqu'à Tarse et même jusqu'à Selefkèh aussi les chroniqueurs lutins désignent-ils souvent la Cilicie orientale sous le nom de Terra Armeniorum W.
Cette richesse comparative de matériaux pour la géographie cilicienne vase reproduire dans les périodes, subséquentes du. treizième cl du quatorzième siècles. Chrétienne elle-même, et conséquemment plus accessible qu'aucune autre partie de l'Asie- Mineure aux chrétiens de Syrie dont elle était frontière-, offrant en même temps, par sa situation maritime, de nombreuses facilités au commerce dont les Italiens étaient alors les facteurs dans toute la Méditerranée, elle fut en effet plus fréquent e et mieux connue que ne pouvaient l'être alors les pays situés de l'autre côté du Taurus.
partie de la principauté d'Antioche. Nous savons d'ailleurs que les Ciliciens appartenaient originairement à la même souche que les populatious araméennes de la Syrie.
» Ed.isi, t. II, p. 133.
» Les événements de l'histoire cilicienne au douzième siècle sont bien résumés dans ia nouvelle édition de l'Histoire du Bas-Empire de Lebeau, |. XVI, p. 2ftctsuiv ,83, lUi, 107.
» Albertus Aq. , ap. Bongars , t. I , p. 44 ; Baldricua Episc » iiid. , p., }Q0, çlc.