‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 176 sur 189 · PASSAGE DE RUBIUQUS EN ASIE-MINEURE · texte numérisé non relu

PASSAGE DE RUBIUQUS EN ASIE-MINEURE

jamais d'autre pour désigner les terres du sulthan d'Iconium à partir de l'Euphrate où elles commençaient. L'année môme où Rubruquis visita ces parties , il y eut un si violent tremblement déterre, qu'à Arsengen seulement, sur le haut Euphrate (Erzinghian) , dix mille personnes de marque y périrent, « sans compter les pauvres, dont on ne tient pas compte. » Rubruquis ajoute : « Dans les trois premières journées de notre marche (à partir de l'Euphrate), nous vîmes une ouverture clans la terre, qui s'était déchirée dans la secousse, et des pièces de terre entières qui avaient glissé des hauteurs et qui remplissaient les vallées; de sorte que si la secousse eût duré un peu plus, ce que dit Isaïe eût été accompli à la lettre : Toute vallée sera comblée-, toute montagne et toute colline sera abaissée (0. » plus loin , il vit en passant la vallée où le sulthan de Turquie avait été battu par les Tartars (en 1242). Un grand lac s'y était formé lors du tremblement de terre; « et je me disais dans mon cœur, ajoute en bon chrétien le pieux voyageur, que toute cette terre avait ouvert la bouche pour recevoir le sang des Sarrasins. »

Rubruquis rencontra à Iconium plusieurs marchands français et italiens qui s'y étaient établis. Deux d'entre eux , un Génois et un Vénitien , avaient fait avec le sulthan un traité par lequel celui-ci s'obligeait à ne vendre qu'à eux tout l'alun de la Turquie, ce qui en avait tellement fait hausser le prix, que ce qui valait d'habitude 15 besans se payait maintenant 50 » On sait d'ailleurs que celte affluence des marchands francs dans les villes de l'Asie-Mineure fut toujours en s'accroissant ; car on aune lettre que Tamerlan , après sa victoire sur Baiézid , écrivit au roi Charles VI, en 1403, cent cinquante ans après le passage de Rubruquis à Iconium , pour l'assurer que les sujets francs, établis dans ces contrées, continueraient d'y jouir de la même protection qu'auparavant (3).

Rubruquis, en terminant le récit de son voyage, adressé au roi Louis IX en forme de rapport, donne à ce prince quelques aperçus sur l'état intérieur de l'Asie-Mineure et sur les facilités qu'une armée chrétienne aurait trouvées pour passer d'Europe

1 Jtinerarium , p. 390.

* Id. , p. 392.

8 Silv. de Sacy, JYouv. Mèm. de VAcad. des Inscr. , t. VI, p. 470.

en la Terre-Sainte à travers la Turquie. La pensée d'une nouvelle croisade occupait encore les esprits. « Quant ù la Turquie, dit-il, vous saurez que sur dix hommes il y a à peine un Sarrasin; presque tous sont Herméniens et Grecs, et ce sont des enfants qui- leur commandent... Le sullhan actuel n'est en effet qu'un enfant , qui n'a pas d'argent dans son trésor , peu de gens de guerre, et une foule d'ennemis (0... Une armée chrétienne qui se porterait vers la Terre-Sainte, aurait la plus grande facilité pour subjuguer ces contrées ou pour les traverser. . De Cologne à Constantinoplc il n'y a pas plus de quarante jours de marche en chariot: de Constantinople aux terres du roi d'Hcrménic, la distance est encore moindre. Des hommes courageux traversèrent autrefois heureusement ces contrées, et pourtant ils avaient à combattre de très-vaillants hommes, dont Dieu a délivré la terre. Nous n'avons pas besoin non plus de nous exposer aux hasards de la navigation , ni de nous mettre à la merci des gens de mer; l'argent qu'il faudrait donner pour le passage suffirait aux dépenses de la traversée par terre. Je dis avec confiance que si vos paysans, je ne dis pas les seigneurs et les chevaliers, voulaient aller comme vont les roi3 tartars, et se contenter de la même nourriture , ils pourraient conquérir le monde entier CO. »

La race de Seldjouk, divisée et affaiblie sous la tutelle des khans mongols, déclinait rapidement, en effet, du haut point de splendeur et do puissance où, dans l'espace de deux siècles, quelques-uns de ses princes l'avaient portée; mais les Turks eux-mêmes étaient loin de participer à ce déclin. L'affaiblissement était dans une famille, non dans la nation. La moindre partie seulement s'était fixée dans les villes, dont la masse des habitants, comme le dit Rubruquis, était toujours grecque ou arménienne ; tout le reste, particulièrement désigné, alors comme aujourd'hui, sous le nom de Turkomam, conservait sans beaucoup d'altération , sous des beghs plus ou moins indépendants selon le plus ou le moins d'autorité des sullhans d'Iconium, la vie dure et nomade des anciens Turks , passant alternativement,

' Comparez, sur l'état Intérieur de la famille de Seldjouk a cette époque, Désignes, IJist. des Huns, t. H, 2« part , p. 08. * Hinerarium , p. 304.

Page 1