L'HISTOIRE GÉOGRAPHIQUE DE L'ASIE
Si l'on embrasse par la pensée l'ensemble des grandes masses solides du globe qui s'élèvent au-dessus de l'Océan, il en est une surtout qui frappe à la fois et par son étendue et par son homogénéité : c'est celle qui , dans ce que l'on a nommé Y Ancien Monde, est entièrement comprise entre l'Équateur et le 80e parallèle nord , et à laquelle l'Afrique se rattache par un isthme de quelques licuos de largeur. Le contour de celte vaste surface continentale présente la forme d'un triangle irrégulier, dont le C. Romania, le C. Oriental et le C. S. -Vincent déterminent les trois pointes extrêmes; la première au sudest, à l'extrémité de la presqu'île de Malakka; la seconde au nord-est, sur le détroit de Behring; la troisième à l'ouest, non loin du détroit de Gibraltar. La base de cet immense triangle, entre le C. Romania et le C. Oriental, regarde l'est et plonge tout entière dans le Grand Océan ; le côté nord , depuis le G. Oriental jusqu'au C. S. -Vincent, est baigné par les flots glacés de l'océan Arctique et par une portion de l'Atlantique-, le côté sud, depuis le C. S.-Vincent jusqu'au C. Romania , borde successivement la Méditerranée , la mer Rouge et l'océan Indien. Ici où nous n'envisageons que la forme générale, nous n'avons dû tenir compte ni des échancrures ni des saillies parfois très-considérables des trois côtés du triangle; la vue d'une mappemonde servira mieux à cet égard que la plus longue description.
Quant aux dimensions du triangle, la ligne oblique qui en représente la base ou le côté oriental offre un développement, en ligne droite, d'environ 70 degrés de l'équaleur ou de près de 1,800 de nos lieues de 25 au degré; on peut évaluer à 3,500 11. 1
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lieues au moins la longueur en ligne droite du cote septentrional, et à 2,500 lieues environ celle du côté qui regarde le Midi. L'aréa total , non plus calculé sur ses dimensions purement géométriques , mais en tenant compte de tous les accidents de forme et de contours, n'est pas de moins de 2,600,000 lieues carrées. C'est un peu plus du dixième de la surface totale de notre planète, et les quatre dixièmes environ de toutes les terres du globe.
Hâtons-nous de sortir de ces chiffres abstraits dont l'imagination se fatigue , et portant de nouveau nos regards sur la configuration de cette grande surface terrestre, efforçons-nous plutôt d'en saisir les traits dominants. Deux de nos parties du monde y sont comprises, l'Europe à l'occident, l'Asie à l'orient : l'Asie, qui s'assied largement sur la base du triangle et en occupe la portion la plus considérable \ l'Europe , qui s'y trouve resserrée vers le sommet, et n'en occupe que la moindre partie 0>. Dans ce premier aperçu d'ensemble, nous n'avons pas dû séparer l'Asie de l'Europe , non plus que la nature ne les a séparées \ un seul coup d'oeil, en effet, montre que celle-ci n'est qu'une prolongation, un appendice de la première, et que la nature n'a pas môme établi entre elles de démarcation aussi tranchée qu'elle en amis entre plusieurs régions asiatiques. Ainsi, la Russie, dont les vastes plaines occupent toute la moitié orientale de l'Europe, tient bien plus à l'Asie par l'aspect du pays et le caractère de la généralité des habitants, que sous ce double rapport elle ne se rattache au monde occidental. L'Europe, d'ailleurs , n'a rien qui lui soit propre-, tout ce qu elle possède, elle l'a originairement reçu de l'Asie. Ses habitants et ses idiomes vont se rattacher aux vieilles souches asiatiques; les cultes qu'elle professe et ceux que le christianisme a remplacés , c'est aussi à l'Asie qu'elle les doit , jusqu'aux animaux qui peuplent ses forêts ou qui aident aux travaux du laboureur, jusqu'aux plantes mêmes qui servent à la nourriture de l'homme , c'est dans les contrées de l'Orient qu'on en a trouvé les types primor-
» L'Europe est a l'Asie a peu près comme 1 est à a. Nous employons des nombres ronds, parce que ce sont les seuls que la mémoire conserve sans peine. On peut voir les cuiffres exacts dans les statistiques.
LIMITES. CftANDS TRAITS I'HYSIQI ES. 3
diaux. Mais aussi, tout ce qu'a reçu l'Europe elle l'a perfectionné. C'est là, et là seulement, que l'intelligence humaine s'est élevée aux plus hautes régions qu'il lui soit donné d'atteindre ; c'est là que l'homme a montré tout ce qu'il est et tout ce qu'il peut.
Cependant, si la nature n'a pas élevé entre l'Orient et notre monde européen une de ces barrières primitives qui marquent invariablement la limite des grandes régions naturelles du globe, un usage qui remonte aux temps les plus anciens n'en a pas moins établi une distinction devenue ineffaçable entre l'Asie et l'Occident. A quelle cause première se rattache cette distinction? où en fut le point de départ, et quelle marche a-t-elle suivie dans sa direction progressive vers la ligne où elle s'est fixée? ce sont là des questions assez obscures sur lesquelles nous ne répéterons pas ce que nous en avons dit précédemment (0. Longtemps la limite orientale de l'Europe flotta, vague et incertaine, entre le Don qui se perd dans les anciennes Pal us-Méot ides, et l'Oural qui est un affluent de la Caspienne. C'est à ce dernier fleuve que les géographes modernes se sont enfin arrêtés. Les montagnes du même nom, chaîne dont on s'était exagéré la hauteur, et qui se prolonge du sud au nord assez régulièrement sous le 57* méridien oriental (a), continuent la limite jusqu'à l'océan Clacial ; tandis que plus au sud , entre la Caspienne et la mer Noire , elle est déterminée par le massif du Caucase.
Telles sont donc à l'ouest les limites de l'Asie 5 de tout autre côté, nous l'avons vu, elle n'a d'autres bornes que les mers qui enveloppent le continent.
La nature a tout marqué à grands traits dans cette terre d'Asie ; les faits généraux de sa configuration s'y dessinent sur de vastes proportions. Quatre pentes générales versent dans les mers environnantes les fleuves qui la sillonnent dans tous les sens. L'une au nord, d'une inclinaison presque insensible, conduit lentement à l'océan Clacial les eaux de l'Ob, du Iéniseï, de la Léna, de l'Indighirka et de la Kolima; la seconde, à l'est, verse dans le
1 Voyez le commencement de notre premier volume. « A partir du méridien de Paris, d'où nous comptons toutes nos longitudes.