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Grand Océan les eaux, de l'Amour et celles des deux grands fleuves de la Chine , le Hoang-ho et le lang-tsé-kiang. Le Maïkang, le Ménam, le Talouaïn et l'Iraouâddi, le Brahmapoutra, le Gange et le Sindh, enfin l'Euphrate grossi du Tigre, suivent la pente méridionale et vont se jeter dans le mer de la Chine , dans le golfe du Bengale, dans la mer d'Oman et dans le golfe Pcrsique. A l'ouest, enfin, l'inclinaison de la quatrième pente est marquée par le cours de deux fleuves, l'Àmoû-daria ou Djihoûn et le Sïr-daria ou Sihoûn , connus des anciens sous les noms d'Oxus et de Jaxartes, et qui vont se perdre l'un et l'autre dans un récipient sans issue, le lac d'Aral. Le lac d'Aral devrait être compris dans le système d'eaux de l'Atlantique, si, comme l'indiquent tous les laits géologiques et l'examen attentif des lieux environnants, ce n'était, à une époque même rapprochée, qu'une dépendance naturelle de la mer Caspienne, laquelle, à son tour, aurait autrefois mêlé ses eaux à celles du Pont-Euxiu.
Si l'on suit sur la carte les sources des grands fleuves que nous venons d'énumérer, on remarquera qu'elles y dessinent un contour irrégulier, lequel laisse vide entre elles un très-grand espace semé de plaines sablonneuses, de lacs sans écoulement et de rivières sans issue. Cette vaste surface, grande au moins comme le tiers de noire Europe, et qui n'appartient à aucune des quatre pentes générales du continent, forme en effet une région particulière enveloppée par les quatre autres régions, et que depuis plus d'un siècle on a nommée le Plateau Central de l'Asie. J)o graves erreurs ont été entretenues longtemps au sujet de ce plateau central. Comme les contrées qui s'y trouvent comprises sont exposées à de plus rigoureux hivers que ne semblerait le comporter la latitude d'une région dont la partie moyenne est coupée par le 40* parallèle, on s'était cru autorisé à en conclure pour le plateau une élévation prodigieuse ; et des hommes , savants d'ailleurs, mais emportés par les écarts de leur imagination à une époque où les systèmes les plus hardis étaient le plus en honneur, n'avaient pas hésité à placer sur ce renflement supposé de la surface terrestre le siège d'un prétendu peuple primitif, dont la civilisation très-anciennement développée eût été la source commune de toutes les civilisations ultérieures des
GîlANbS TRAITS f'HVSIylES.
nations actuelles de l'Orient. Le progrès des sciences historiques, joint à des observations précises dont l'exactitude est aujourd'hui garantie par l'avancement des sciences. physiques, ont fait justice tout à la fois et du peuple primitif et de l'élévation exagérée du centre de l'Asie. Si le Plateau , ramené aujourd'hui à ses véritables proportions , a perdu quelque chose du preslige dont l'imagination pare tout ce qu'elle touche, il n'en reste pas moins encore un des traits les plus frappants et les plus singuliers de la configuration du globe que nous habitons.
Les dimensions gigantesques que de bonnes observations ont enlevées au Plateau Central, c'est aux grandes chaînes de montagnes qu'il faut les reporter. Au nord et au sud , le Plateau s'adosse à deux de ces chaînes, les plus considérables de l'Asie, qu'elles parcourent l'une et l'autre de l'ouest à l'est dans toute l'étendue du Continent. La première, celle du nord , porte dans sa partie centrale le nom d'jéltaï. De là elle se prolonge vers le nord-est, sous des noms différents, jusqu'au détroit de Behring; tandis qu'à l'ouest, après une dépression qui la fait presque disparaître aux yeux du voyageur, elle se relève en changeant de direction , et s'en va droit au nord, sous le nom d'Oural , se terminer aux rives de l'océan Arctique. C'est cette partie de la chaîne, nous l'avons vu, qui forme dans la géographie actuelle la limite commune de l'Asie et de l'Europe.
La chaîne du sud appartient à un système plus considérable encore que le précédent. La partie centrale , celle sur laquelle le Plateau s'appuie à peu près sous les mêmes longitudes que l'Altaï , a reçu des Chinois le nom de Kouan-loun , ou Montagnes Célestes, comme si la hauteur inaccessible de ces énormes masses en eût fait à leurs yeux les colonnes du ciel. A ce système du Kouan-loun se rattache YHimalaïa, chaîne beaucoup plus célèbre et couronnée de pics plus élevés encore que ceux du Kouan-loun, bien que d'un ordre géologiquement secondaire dans cette immense ossature du continent oriental. Le Kouanloun se prolonge d'un côté à travers le Tibet et la Chine jusqu'à l'océan Oriental*, de l'autre, et du nœud même où l'Himalaïa s'y rattache, il envoie à l'ouest une chaîne interrompue qui traverse le nord de la Perse , l'Arménie et le sud de l'Asie Mineure, jusqu'aux côtes de la nier Égée. Celte chaîne est celle
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qui, sous le nom de Taurus, joua un si grand rôle dans l'ancienne géographie de l'Asie (0.
Nous avons omis dans ce grand aperçu la multitude de ramifications subordonnées qui parcourent dans tous les sens, soit les bassins maritimes, soit la surface même du Plateau. En nous attachant aux traits les plus saillants et les plus généraux du relief de l'Asie , nous avons dû être surtout frappé d'abord de ce renflement central qui se détache de tous les bassins environnants , et forme à lui seul un système si remarquable ; puis de ces deux chaînes , qui , dans leur parallélisme général , parcourent toute la longueur du continent asiatique dans le sens de l'équateur. L'Altaï et le Taurus — pour appliquer à chacun des deux systèmes le nom principal qui le distingue — coupent ainsi l'Asie en trois grandes zones qui offrent pour l'histoire de l'homme d'aussi importantes considérations que pour l'histoire de la terre. De zone à zone, en effet , tout diffère de nature et d'aspect, hommes, plantes, animaux, ciel, langues, mœurs et civilisation. La première, presque sans inclinaison sensible, particulièrement dans la partie de l'ouest, s'étend de l'Altaï à l'océan Glacial : c'est la Sibérie actuelle. La seconde , de l'Altaï au Kouan-loun , comprend à l'ouest la basse région de l'Aral , occupée par le Turkestan -, à l'est , le bassin de l'Amour , auquel correspond la Mandchouric^ enfin, dans l'intervalle, la surface presque partout aride et nue du Plateau , où se trouvent le Turkestan chinois et la Mongolie. La troisième zone, entre le Kouanloun et l'océan Méridional, comprend la Chine, l'Hindo-Chine, le Tibet, l'Hindoustan, la Perse, l'Arabie, la Syrie, l'Arménie et l'Asie Mineure, les plus riches et les plus beaux pays de l'Asie.
Quatre à cinq cents millions d'êtres humains sont répandus , mais d'une manière fort inégale, dans les diverses contrées entre lesquelles se partagent les trois zones. Au nord, dans les plaines glacées de la Sibérie , qu'une double barrière isole des vents bienfaisants du midi et que rien ne défend contre le souffle mor-
1 Le lecteur doit avoir sous les yeux notre carte générale de l'Asie , où ous nous sommes attaché à mettre en relief ces grands traits de la géogra- Jiie naturelle.