LYDIENS
d'Arâm, et que les temps historiques ont connu sous celui de Cappadoce. C'està cette région primitive de Loûdque se rapporterait la mention de la Genèse , de même que c'est de là que serait partie la migration qui vint beaucoup plus tard , déterminée sans doute par un de ces refoulements si communs à cette période de l'histoire, donner son nom à l'antique Méonie. Au surplus, les traditions historiques des Lydiens eux-mêmes, quelque obscures et quelque tronquées qu'elles nous soient parvenues , concordent parfaitement avec ces indications. Parmi les premiers rois des annales lydiennes, on voit figurer les noms de Belus et de NinusO ; ceci nous révèle évidemment de très-ancien s rapport-; entre les Lydiens primitifs etle premier empire d'Assyrie. Or, ces rapports deviennent tout à fait naturels, si l'on admet la résidence originaire des Lydiens là où nous l'avons indiquée , car ils s'y trouvaient en contact immédiat avec les terres d'Aschoûr. Nous en dirons autant des conquêtes que Xanthos, l'historien national de la Lydie, attribuait à un des anciens rois lydiens , et dont il plaçait le théâtre en Syrie CO. Cette tradition semble appartenir, comme la précédente, au temps où le peuple de Loûd habitait les parties orientales de la Péninsule, sur les confins de l'Arâm.
On pourrait nous accuser d'avoir laissé une grave lacune dans cet aperçu des populations primitives de l'Asie-Mineure , si nous n'ajoutions pas quelques mots sur un peuple dont la bizarre destinée est d'être à la fois un des plus célèbres et des moins connus de la haute antiquité : on comprend que nous voulons parler des Pélasghes. Les anciens nous ont laissé quelques indications des établissements formés par cette race errante sur différents points de la côte occidentale de l'Asie-Mineure W ; mais pour apprécier pleinement la nature et l'importance de ces établissements, ainsi que leurs rapports avec les autres populations de cette partie de la Péninsule , il faudrait d'abord nous former une idée juste de ce qu'étaient les Pélasghes , et c'est ce
i Herod. I, 7.
* Xanthos , ap. A then. Deipn., lib. VIII , c. 37.
3 M. Raoul-Rochctte a recueilli et classé ces indications dans son Histoire des Colonies Grecques y t. I,p. 185 et suiv. Add. 326 etsuiv. Cf. Niebuhr, UisU Rom., 1. 1, p. 47 de la trad. fr.; et Dorfmuller , De Grœciœ primordiis, p. 35. Stuttgart, 18M , ln-8.
ASIE- MIN EURE
qu'aucun témoignage direct de l'antiquité no nous apprend. Antérieurs à tous les monuments historiques des contrées qu'ils occupèrent, les Pélasgbes n'ont laissé nulle part de souvenirs écrits ; leur nom même s'était effacé , comme la trace de leurs pas sur la terre qu'ils avaient foulée, quand vinrent les premiers historiens des peuples de l'Occident. Les Pélasghes appartenaient ils à cette famille populeuse des peuples blonds dont la Thrace, à une époque fort reculée, était devenue à la fois et une station et un nouveau centre de migrations? Faisaient-ils partie d'une autre race, d'une race du Midi? Par quel phénomène historique leur nom s'est-il perdu tout à coup, absorbé ou remplacé par une foule de noms nouveaux, après avoir rempli pendant des siècles les contrées péninsulaires qui entourent la mer tègée? Ce nom lui-même désignait-il une race distincte, ou du moins un groupe bien déterminé de populations de même langue et de même origine, ou n'aurait-ce été qu'une appellation qualificative d'un genre de vie particulier, susceptible de s'appliquer indistinctement à des tribus d'origine diverse? Y avait- il un rapport de parenté, une filiation directe entre les Pélasghes et les Ioniens, cette branche si importante du tronc hellénique? Enfin, pour rentrer dans les limites de l'Asie-Mineurc, quelle connexité ex iste-t-il entre le nom d'Ioniens et le radical aôn que l'on y rencontre dans plusieurs localités, notamment dans le nom de la M-aïonic ou Méonie, dans ceux de Loukaonic et de Kat-aonie, de même que dans une foule d'ethniques de la géographie primitive des contrées thraciques> dans la Pa ïonia et dans jus Kli-aones de la Thrace proprement dite, dans la Kh-aonia de VKpire , dans les I-aones de l'Illyrie, qui, dit-on , avaient originairement porté le nom d'Ases ou lases (0; enfin dans Y^onie béotienne, et dans le nom de laonie qu'Homère donne à l'Attique (2>? Tous les peuples de la Thrace avaient eux-mêmes été autrefois compris , au rapport d'anciens auteurs, sous la commune appellation de Ioniens (3) ; et le principal
« C'est ainsi que dans la fable, lo est fille de lotos (Apollod. 11,1, § 3\ « Voy. Strab. lib. IX, p. 392 B. Comp. VIII, 371 D , où la trace du nom
des Ases est signalée dans le Péloponèse, de même qu'elle se retrouvait dans
VAttique.
3 Ilesyclilus, v. ïwveç.
SUR LES PéLASGHES. 199
fleuve de l'ancienne Pélasgie thracique, le Strymon, avait primitivement porté le nom de /dneo*, fleuve de la Iaonic (0. Tous ces noms ne seraient-ils en quelque sorte que les débris épars d'un nom général s'étendant primitivement sur l'ensemble des pays qui entourent la mer Égéc et môme sur la moitié méridionale de l'Italie, nom auquel il faudrait rapporter le Jâvân dont la géographie de Moïse fait une des branches de la famille de Jéphct, de même que le Ton des Hellènes remonte par Dcukaliôn jusqu'au Japet caucasique? Voilà , parmi beaucoup d'autres, les questions essentielles qui se rattachent à l'examen du problème que les Pélasghes présentent aux investigateurs des vieux âges du monde. Craignons de nous laisser égarer par des lueurs trompeuses dans ces obscures profondeurs des temps antiques ; mais ne négligeons pas, cependant, de réunir les indices épars qui pourraient nous aider à reconstruire, au moins ('ans ses linéaments principaux , l'édifice depuis si longtemps renversé de l'histoire primitive. Un tel travail, au reste, ne peut ôtre abordé ni en quelques pages ni d'une manière accessoire ; nous laissons donc de côté cette question difficile que peut-être nous reprendrons plus tard , et sur laquelle la suiîe môme de notre travail pourra d'ailleurs jeter quelque jour.
Nous venons de passer en revue dans notre rapide esquisse l'ensemble des premières populations historiquement connues de l' Asie-Mineure. Le sujet était vaste, et bien des points en étaient fort obscurs. Placée à l'extrémité occidentale du monde asiatique et à un de ses points de contact avec le monde européen, l'Asie Mineure paraît avoir servi de passage, dès les plus anciens temps, à quelques-unes des nombreuses migrations que l'Asie a versées sur l'Europe. De ces migrations, plusieurs y ont laissé des traces encore reconnaissables de leur passage; plusieurs aussi s'y sont fixées. Mais toutes à beaucoup près n'y ont pas conservé la pureté de leur race. Des refoulements, des invasions, des changements de domination politique, des mé-
1 Conon , 4' Narrât, dans Photlus, p. 425. — laôn était aussi le nom d'une rivière de i'Arcadie (Dionys. Perieg. v. 416) , et l'on sait que cette partie centrale du Péloponèse avait été dans les anciens temps l'un des centres principaux de la population pélagique.
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langes et des agglomérations, ont concouru tour à tour, et parfois simultanément, à altérer, à effacer plus ou moins les traits primitifs des peuples ou des tribus. Strabon déjà faisait remarquer que de son temps quelques peuples de la Péninsule avaient perdu, seulement depuis l'époque de la domination romaine, l'usage de.ridiomede leurs pères et jusqu'à leur nom propre.
Cependant, malgré l'obscurité de certains points de détail , il nous a été possible de reconnaître avec assez de certitude les grands faits généraux , pour nous rendre suffisamment compte de la disposition des masses. Nous avons constaté que la population de F Asie-Mineure , envisagée dans son ensemble, se rattachait à deux souches principales, d'une part à la grande famille des peuples blonds comprise dans le groupe hindo - germanique, d'autre part à la famille non moins nombreuse et non moins importante des peuples sémitiques. Nous avons vu les tribus de la première classe , auxquelles nous avons conservé la dénomination de peuples thraciques, répandues en général dans le nord de la Péninsule, tandis que les tribus sémitiques ou araméennes en couvrent les parties du sud : conservant ainsi dans cette région, où les a poussées leur commune progression vers l'ouest, la disposition respective des deux familles-mères sur le champ plus vaste du continent asiatique.
Vainement avons-nous interrogé l'histoire sur la période primitive que nous avions à parcourir : l'histoire est restée muette, ou ne nous a rendu que des réponses obscures , toujours tronquées , souvent contradictoires. Heureusement il y a dans les grandes agglomérations d'hommes un principe d'individualité dont la nature vivace résiste longtemps à toutes les causes d'altération ; c'est par là qu'en nous éclairant des notions tirées des monuments écrits d'époques plus rapprochées , et en nous guidant par le fil des traditions ou des analogies, nous avons pu remonter le cours des siècles jusqu'aux temps qui précédèrent les âges historiques. Mais que de lacunes encore à combler, et que de mystères à éclaircir ! Qui nous dira quel peuple éleva les nombreuses villes de Thèbes , au nom probablement symbolique, qui forment dans tout l'ancien monde une longue chaîne dont une extrémité touche à l'Inde et l'autre à la vieille terre des Pélasghes, en passant à la fois" par le cœur de l'Arabie et par la mystérieuse