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ASÎE-MISEIUF..
tons encore qu'une chaînede montagnes élevées qui couvrait la Carie du côté de l'est, portait le nomdeKao|xoû;opoc,montCadnius.En hébreu (etsans doute aussi en phénicien) Har Kadmon, JiOTpvi, signifiait la montagne d'Orient. Cette dénomination n'avait donc pu être donnée que par les habitants de la Carie, pour qui seuls ces montagnes avaient une situation orientale ; ces habitants parlaient donc ou le phénicien ou l'araméen. Nous savons d'ailleurs que les Phéniciens avaient colonisé Rhodes et d'autres îles de la côte; et deux anciens auteurs cités par Athénée (0 nous apprennent que la Carie avait autrefois porté le nom de Phénicie. Une place de la côte, en regard de l'île de Rhodes, est encore connue sous le nom de Phœnikè dans les derniers temps de la géographie grœco-romaine.
Cette place , à la vérité , comme la plupart de celles des côtes dont le nom révèle une origine araméenne , pouvait bien n'avoir été qu'un établissement fondé par les navigateurs phéniciens , dans l'intérêt du négoce dont ils furent longtemps dans ces mers les facteurs exclusifs. Cependant on n admettra pas aisément que des navigateurs commerçants aient pu former au loin dans les terres les innombrables établissements que l'on retrouve dans le sud et dans l'ouest de l'Asie-Mineurc ; et d'ailleurs, la Phénicie était loin d'avoir une population qui pût suffire à ce qu'auraient exigé les colonies sans nombre que l'on suppose être sorties de son sein. Mais en reconnaissant avec nous une double voiede migrations araméennes, l'une par mer, celle des Phéniciens qui visitent les îles et les côtes où ils laissent de nombreux vestiges de leur présence ; l'autre par terre , celle des Araméens proprement dits, qui , marchant par troupes à la recherche d'établissements nouveaux, peuplent l'intérieur des terres et imposent aux localités remarquables des pays qu'ils parcourent ou dont ils s'em parent des noms tirés de leur langue, sœur de la langue phénicienne; eu distinguant, disons-nous, cette double source de dénominations mal à propos rapportées aux seuls Phéniciens, nous évitons les difficultés et les invraisemblances justement objectées aux recherches des Phénicizanls.
i Corinne et Bacchllides, dans Atlicnaei Deiprwsoph. lib. IV. Cf. Eckliel, Voetr. A um. JII , 412.
les aramjÇens dan9 le sud de i/asie-mixeuhe. 195
Homère, lorsqu'il nomme les Carions (0, les distingue seuls, entre tous les peuples venus au secours de Troie, par l'épillièle de barbarophônes , au langage barbare. Une large porte a été ici ouverte aux suppositions des commentateurs. Il est naturel de penser que le poëte, né au voisinage des Cariens, dont l'idiome inculte avait dû souvent froisser son oreille habituée aux molles inflexions et aux consonnances harmonieuses de sa belle langue d'Ionie, ait été instinctivement porté à frapper cet idiome carien d'une rude épithète. On ne peut donc rien inférer de là quant à sa plus ou moins grande dissemblance avec le grec primitifque parlaient la plupartdes peuples réunis devant Troie, soit dans le camp grec, soit dans le camp troyen. Il est très-prohable que l'idiome thracique des Cariens avait dû se mélanger plus ou moins de celui des habitants antérieurs do la Carie 5 mais la même chose avait dû arriver en Lycie, en Pamphylie et ailleurs, et vraisemblablement les Cariens ne méritaient pas d'une manière plus spéciale que leurs voisins l'épithète dont Homère les a stigmatisés. 11 est à regretter que jusqu'à présent aucun voyageur n'ait rien trouvé dans les vieux monuments de la Carie qui pût éclaircir cette question ethnologique (*). Nous ajouterons, au surplus, que chez les Cariens des temps historiques, les lois, les mœurs , les usages , tout les rattache aux nations voisines de l'Euphrate (»).
Nous voici revenus à la Lydie , dont les plus anciens habitants connus, nous l'avons vu précédemment^), étaient indubitablement de souche thracique. Ces premiers habitants étaient des Mconicns; le nom de Loud^\ qui remplaça plus tard sur les bords du Calstre celui de Méonie, dut être apporté par une nouvelle immigration. Le silence d'Homère, qui ne connaît encore
» 11 ch. II , v. 867.
* Quelques remarques de l'éditeur des voyages de M. Cockcrell dans le sudouest de r Asie-Mineure , n'ont jeté sur cette question qu'un bien faible jour. foy. le Recueil publié par M. Walpole, sous le titre de Travels in varions Counlries oflheEasU Lond. 1820, p. 526etsuiv.
» Vid. Arrian. De ExpediU Alex. M. lib. I , c. 23 , édit. Raphel.
* Ci-dessus, p. 168.
* Telle parait être la véritable consonnance du grec Aufla, comme dans l'hébreu Ti 7.
ASIF.-MINEIRE
que les Méoniens dans le pays qui fut ensuite nommé Lydie , doit faire supposer que cette immigration lydienne eut lieu à une époque moins ancienne que la guerre de Troie, c'est-à-dire au plus haut dans le douzième siècle avant notre ère; et plusieurs indices historiques autorisent suffisamment à rattacher les Lydiens à la souche des nations araméennes. A défaut d'autre autorité, celle du premier livre de Moïse, d'une si merveilleuse exactitude dans la classification des peuples de l'Asie occidentale , mettrait le fait hors de discussion. « Et les fils de Schèm , dit la Génèse (0, furent Eïlam, Aschoûr, Arpakschad, Loûd et Arâm. » Lorsque l'on étudie dans son ensemble cette géographie biblique , vénérable monument des âges primitifs, on demeure convaincu que Loûd ne peut désigner ici que les populations de l' Asie-Mineure (*). Une difficulté pourtant se présente. Si les Lydiens, comme nous sommes fondés aie croire, ne s'établirent sur la mer Égée que douze cents ans au plus avant notre ère, et si de plus leur illustration historique ne date que du règne de Crésus ou du commencement du sixième siècle (3> , comment Moïse , qui écrivait près de trois cents ans avant la guerre de Troie , a-t-il pu citer le nom de ce peuple encore ignoré, et non-seulement citer son nom, mais en faire le représentant de toutes les populations araméennes qui s'étendaient vers le Halys à l'ouest d'Aschoûr ou des Assyriens, et au nordouest d'Aràm ou des Syriens ? La réponse nous paraît facile , et le texte même de la Génèse, qui donne lieu à la difficulté, doit servir à la résoudre. Nous n'avons pas môme ici à concilier ce texte avec les vieux monuments helléniques de l'histoire occidentale ; car les premiers historiens grecs ne nous disent pas un mot sur l'ancienne histoire des parties de la Péninsule qui s'étendent du Halys à l'Eu ph rate. Rien donc ne peut nous empêcher d'admettre qu'à une époque qui échappe aux appréciations de notre chronologie, un peuple du nom de Loûd et de race sémitique occupait , en totalité ou en partie, le pays situé à l'est du Halys, pays auquel s'appliqua plus tard par extension le nom
* Ch. X,13.
* Voy. ci dessus notre 1" volume, Histoire de la Géographie.
' De 571 a 5/»5. Il peut y avoir sur ces chiffres dos difficultés de détail,