‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 93 sur 189 · ASIE-MINEURE IMIOMERE. ILES · texte numérisé non relu

ASIE-MINEURE IMIOMERE. ILES

demeure de AtakarM, en mémoire d'un de ses anciens rojs, disait la fable, mais plus probablement du nom de quelque tribu pélasgique qui l'aurait primitivement peuplée; car ce nom de Makar se reproduit plusieurs fois dans la nomenclature géographique des pays occupés par les Pélasghcs. Lesbos avait une ville que le poète qualifie de bien construite (*).

La petite île de Tenedos , sur la côte troyenne, avait été oc cupée par les Grecs dès le début de la guerre; c'était une des nombreuses localités de la côte asiatique et de l'archipel égéen où le culte d'Apollon était particulièrement en honneur W. Homère connaît et nomme toutes les îles répandues dans la mer Egée , depuis la montucuse Samothrace couverte de forets , et la fertile Jmbros aux âpres rochers , et la populeuse Lemnos aux côtes privées de ports (*) , jusqu'à Rhodes et Karpathos, les plus méridionales des îles asiatiques. Lemnos , ainsi qu'Imbros , avaient chacune une ville de môme nom ; et Homère nous ap- * prend que les premiers habitants de Lemnos avaient été les Sinliès, « au langage barbare (*). » L'île que nous nommons Samothrace était appelée proprement la Samos Thracienne , epvxurj £a-xo;, pour la distinguer de la Samos méonienne, et quelquefois simplement Samos comme celle-ci

Homère mentionne à peine , et encore n'est-ce pas dans l'Iliade, deux îles considérables de la côte méonienne, Khios ci Samos V , la première vis-à-vis de la grande péninsule qui abrite le golfe de Smyrne, la seconde non loin de l'embouchure du Méandre. Psiriê, petite île voisine de Khios, est nommée dans l'itinéraire d'Ulysse après la prise d'Ilion (»).

Les îles Kalydnœ , sur la cote carienne, celles de Kôs et de Nisyros, voisines des précédentes, reconnaissaient l'autorité d un prince de la famille d'Hercule; celles de Krapathos et de

1 Eod. loc. Add. Hymn. ad Apoll v. 37. Cf. Dionys. Halicarn. 1 , 3.

2 Odyss. XVII, 133.

» lliad. I, 3S, 432.

* lliad. XIII , 12 ; — id. 33 , et XIV, 281 ; - XXI , 40 ; XXIV , 753. Hymn. ad Apoll. v. 34 36.

5 lliad. XII, 281; Odyss. VIII, 283, 294.

6 lliad. XIII, 12; XXIV, 78, 733

• Odyss. IU, 170-172 ; Hymn. ad Apoll. v. 38, 172 et l',l. 8 Odyss. III, 17J.

[12f SIECLE AV. J.-C.

Kasos, au milieu de la mer qui sépare la côte carienne de la pointe orientale de l'île de Crète, obéissaient à un autre prince de la même famille (0. Tous ces noms vivent encore dans les noms actuels de Kaso, de Karpantho, de Nisyro, de Kos et de Kalimno. Comme Homère ne fait nulle mention de Leros , de Lepsia et de Pathmos , îles assez remarquables qui se prolongent dans le nord de Kalydna , on peut supposer que chez le poëte le nom de Kalydnœ, ainsi employé au pluriel, est une expression collective qui embrasse le groupe entier.

L'île d'Jkare , à l'ouest de Samos , n'est pas nommée , quoique l'expression de mer Ikarienne se rencontre dans l'Iliade pour désigner cette portion de l'ÉgéeC*).

La petite île de Symê, peu éloignée de Rhodes sur la côte de la Carie , avait envoyé au secours de Priam trois navires que commandait le roi Niréus: — «Niréus, le plus beau des Danaens, après Achille, qui vinrent devant llion, mais dont les mœurs sont efféminées et les guerriers peu nombreux (3). »

C'est encore un Héraclide qui commande aux guerriers de Rhodes. « Le grand et fort Tlêpoléme, fils d'Hercule, parti de Rhodes avec neuf vaisseaux , mène au combat les fiers Rhodiens. Divisés en trois tribus, les Rhodiens habitent Lindos, Iêlusos et la blanche Kameïros... Tlêpoléme, le fils d'Hercule , était arrivé dans Rhodes après avoir longtemps erré et souffert de grands maux. Son peuple, partagé en trois tribus, était aimé du puissant Jupiter, qui versait sur eux d'abondantes richesses (*). »

Cypre (Kupros) , l'île parfumée de Vénus , à l'extrémité opposée de la côte méridionale de l' Asie-Mineure , n'avait pas pris part à cette guerre qui partageait en deux camps tout le monde occidental ; mais elle était dès lors bien connue des Hellènes, soit par leurs propres navigations , soit par le rapport des marchands de Sidon. Kinyre, un des rois de Cypre, instruit par la renommée des grands préparatifs des Hellènes contre Troie, avait fait présent à Agamennon d'une riche armure comme souvenir

* Iliad. II, 670 â 680.

* lbid. II, 145.

* lliad. II, 071 à 675.

* lbid. 653 à 670. Cf. Conon , XLVII' Récit , dans Photius, p. 454, et Strabon, llv. XIV, p. 655.

LA GÉOGRAPH. d'hOMERE n\\ PAS DE DÉNOMMÂT. GÉNÉRIQUES. 257

d'hospitalité (O ; et lorsque Ulysse, de retour à Ithaque, raconte aux prétendants les aventures supposées de sa vie, il Feint d'arriver de Cyprc dont il parle comme d'une contrée familièrement connue (2).

Une dernière observation — et elle est essentielle — à laquelle peut donner lieu l'ensemble de la géographie homérique de î'Asie-Mincure, c'c3t qu'on n'y rencontre aucune de ces appellations génériques qui embrassent sous une commune dénomination, soit les peuples divers d'une même contrée, soit une grande contrée elle-même prise dans ses limites naturelles, soit enfin les mers qui en baignent les côtes. Ces grandes appellations géographiques, dans lesquelles viennent se fondre et se généraliser les notions de détail, les seules que connaisse la géographie primitive de tous les peuples , supposent à la fois et une cohésion politique , et une étendue de notions acquises , et un développement d'idées générales auxquels les Grecs de cette période n'étaient pas arrivés encore. Non-seulement Homère n'a pas de nom commun pour les différents peuples de la ligue hellénique, non plus que pour la grande région qui ne fut connue que beaucoup plus tard sous la dénomination d'Asie- Mineure; mais il n'a pas même de nom distinctif pour les différentes mers qui entourent la Péninsule. Le nom d'Égée, qui , dans sa signification primitive ne veut dire autre chose que la grande eau, la mer C3), n'avait pas encore reçu l'acception spéciale que nous lui trouvons dans la géographie des temps postérieurs ; les noms dePropontide et de Pont Euxin n'existent pas non plus dans la nomenclature homérique. L'Iliade (*), de même que le poème orphique des Argonautes, paraît étendre le nom d'Hellespont [merdes Hellènes), qui désigne proprement ce que nous appelons aujourd'hui détroit des Dardanelles, à l'espace maritime plus ouvert qui reçut par la suite la dénomination de Propontide ou d'Avant-mer (par rapport à l'Euxin). Les expressions de Ponlos, âuHals, de Thalassa, dont les nuances sont effacées par notre

* Iliad. XI , 20 et suiv.

2 Odyss. XVII , 442 à 448. — Ajoutez la Description des délices de Paphos , VIII, 362 etsulv.

3 Voy. cl-dessus, p. 188.

* Surtout au ch. XXIV, v. 545.

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