‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 92 sur 189 · II · texte numérisé non relu

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* Fay* ci-dessus, p. 181.

5 Voyage autour du Caucase, t. IV, p. UO

6 Lfb. XI, p. 500 B.

7 Lib. IV c. 17. — Les Alazons du Borysthènes étaient mentiounés aussi

ASIE-MINEURE b'uOMEI'.E.

d'où l'on pourrait inférer que les tribus d'Àlaian s'étaient disséminées au loin dans le pourtour du Pont-Euxin. Ce qui fortifie surtout le rapprochement de M. de Montpéreux, c'est que le nom de Khalubè , avec les exploitations métalliques qui le caractéri* sent, se retrouve également, sous la forme géorgienne de Koulp, dans plusieurs parties de l'Arménie centrale et de la Géorgie , notamment au voisinage de la vallée d'Alazan. L'antiquité, au surplus, a aussi expressément mentionné des Khalubcs dans ces cantons (0. Toutefois , il ne faudrait pas inférer de là que les Halizônes venus au secours de l*riam fussent partis du fond de l'Arménie; mais on en peut conclure au moins avec grande vraisemblance que ce peuple, ainsi que les Khalubes de la côte pon tique, était en effet originaire des bords du Kour et de la vallée d'Alazan, d'où il serait venu s'établir dans la région du Thermodôn à une époque de beaucoup antérieure à la guerre de Troie. Il paraîtrait d'ailleurs qu'une colonie des Halizônes du Thermodôn, peut-être ceux-là mêmes que mentionne Homère parmi les auxiliaires de l'armée troyenne , s'était détachée à son tour du gros de la tribu pour se fixer à l'autre extrémité de l'Asie Mineure, où plusieurs anciens historiens citaient vers les bords du Rbyndak un ville d'Alazia qui avait pris d'eux son nom M.

Homère nomme deux fois les Amazones *), mais sans leur assigner d'habitation géographique. Il n'a pas connu non plus, ou du moins il n'a pas suivi la tradition , consacrée par d'autres poètes anciens, qui les faisait combattre sous les murs de Troie dans les rangs de l'armée troyenne (4).

par d'autres historiens anciens, notamment par Hcllanicus de Lcsboset par Eudoxe (op. Strab. XII , 550 B).

1 Xcnophon , Anabasis , lib. IV, c. 5 ; Pline distingue ces Chalybcs d'Arménie de ceux du Pont.

* Strab. lib. XII, p. 550 D.

* Iliad. III, 189 ; VI, 180. Dans le premier de ces deux passages, le poéu rappelle la guerre des Amazones contre les Phrygiens nouvellement établis sur le Sangarios, longtemps avant l'arrivée des Grecs devant Troie, et le seco m que Priam avait porté à ceux cl ; dans le second , la défaite des Âmazoues par Bvllcrophon (ci dessus, p. 207).

1 Procli Grammatica Chrestomathia, Arctiui jEthiop.t dans h Bib*. Gr. de Didot, à la suite de l'Hcmère, p. 583.

ÀSIE-MINEi HE

[12e SIECLE AV. J.-C.

Nous avons parcouru, sur les pas d'Homère, les côtes septentrionales de l'Asie Mineure depuis la Troade jusqu'au delà du Halys; il nous faut maintenant revenir à la côte occidentale, depuis la Troade jusqu'à la Lycie. Dans la géographie homérique, cette partie du littoral de la Péninsule se partage entre trois peuples formant autant d'États, les Mêonès ou Méoniens, les Karès ou Cariens, et les Lukii ou Lyciens. Un quatrième peuple nominativement désigné par le poète 0), les Pelcughes, occupaient probablement aussi sur cette côte, avec leur ville royale, « la fertile Larissa, » un territoire dont la détermination est incertaine, quoiqu'il y ait toute probabilité à le placer sur le bas Hermos, où une Larissa fut connue de l'antiquité classique.

Les Méoniens, peuple d'origine thracique ou pélasgique , comme tous les occupants primitifs des côtes baignées par l'Égée, habitaient, au midi des Kctéiens et probablement aussi de ces Pélasghes, la contrée qui reçut plus tard, avec une nouvelle race d'immigrants, le nom plus célèbre de Lydie CO. Homère, né dans le pays môme, indique les principaux traits qui en déterminent l'aspect physique. 11 nomme le mont Tmôlos aux cimes neigeuses, et le riant Sipyle, dont les vallées solitaires servent de retraite aux nymphes Il connaît le Hermos aux gouffres tournoyants, et le poissonneux Hyllos, et le Kaystre («), qui arrose les prairies d'Asios (5>. Homère nomme encore le lac Gugaïè (le Gygée) , situé non loin du lieu où s'éleva plus tard la riche cité de Sardes, ville royale des monarques lydiens W; il mentionne aussi le promontoire de Mimas, dont le front battu des vents regarde l'île de Khios *7). Le poète parle des « villes

» lliad. II, 840; XVII, 301. Cf. Strab. lib. XIII, p. 620 c.

* Ci-dessus , p. 195.

* lliad. 11,866; XX, 385. — XXIV, 615.

* KaurrpCoç, Kaûstrios. Ce nom, qui fut d'abord, probablement, celui de la vallée, signifie brûlé , aride. Ce pays, en effet, est en grande partie dénature volcanique.

5 Ibid. XX, 392; II, 461.— Ce sont ces prairies d'Asios qui furent pour les Hellènes la première origine du nom d'Asie , étendu de proche en proche à tout le continent oriental. Ci-dessus, p. 160 (où il faut corriger Asias eu Asios).

« lliad. Il, 865; XX, 391.

7 Odyss. Ijl, ]72.

ASIE-MINEURE d'hOMÊIIE. 253

|K)puleuse9 de la riante MéonieCO;» mais il ne désigne nominalement que la ville opulente de Hydê, au pied du neigeux Tmôlos (2).

«Nastès, poursuit Homère, conduit les Cariens au langage barbare (3) 5 — les Cariens qui habitent Milet, le mont Phtkros au front ombragé, les rives du Méandre (Maïandros) et les sommets élevés du Mycale (Mukalè). Amphimaque et Nastès commandent à ces guerriers : Amphimaque et Nastès, fils renommés de Nomion. Nastès marche au combat couvert comme une jeune fille de vains ornements d'or (4).... » Ce passage renferme tout ce que fournit l'Iliade s,ur la géographie de la région carienne et sur ses habitants.

La Lycie, qui lui confine au levant, occupe moins de place encore dans la nomenclature homérique. Le Xanthe « au cours semé de gouffres » arrose les campagnes fertiles de la « vaste Lycie (*). » C'est dans les montagnes escarpées qui couvrent le nord de la Lycie qu'habitait, nous l'avons vu, la nation belliqueuse des Solymes ; c'est aussi dans la Lycie qu'il faut évidemment placer les champs Alèiens du poète, où Bellérophon traîna les ennuis de sa triste vieillesse (*), et non en Cilicie où les ont transportés d'anciens commentateurs ('). Mais les montagnes ignivomes de la Cilicie, région occupée dès les plus anciens temps par des tribus araméennes, revendiquent ces mystérieux Arimes de la cosmogonie hellénique dont le nom se rencontre une fois dans les vers d'Homère, et chez lesquels était enseveli le géant Typhon foudroyé par le bras puissant de Jupiter W. Il

» lliad. 111, 400.

• lbid. XX, 385. — Hydô n'était plus connue dans les temps de la géographie historique. On suppose qu'elle occupait remplacement où Sardes fut bâtie plus lard. Vid. Strab. lib. XIII, p. 626.

• Sur cette épilhèle, voy. ci-dessus, p. 195. k lliad. II, 867 et suiv.

5 lbid. II, 876; V, 479; XVII, 172.

• lbid. VI, 201.

7 Strab. lib. XIV, p. 676 A.

» lliad. II, 782 ; comp. Hesiod. Theogon. v. 304 à 320. D'autres traditions plaçaient les antres de Typhon vers le Caucase ou au midi de la Phénicle, régions qui présentent aussi de nombreux vestiges de l'action des feux volcaniques. Apollon. Rhod. Argonaut. II, v. 1210 à 1214.

ASIE-MttEUBE. [12« SIECLE AV. J.-C.

n'est pas improbable , au surplus, comme nous l avons montre précédemment, que dans les siècles qui précédèrent et dans ceux qui suivirent immédiatement la guerre de Troie, cette vague appellation iïArim désigna sans application précise , cbez les anciens Hellènes d'Europe et de la côte asiatique , les contrées inconnues pour eux qui s'étendaient à l'orient du Halys, et que nous savons avoir été peuplées dès l'origine par les nations d'Aram (0.

Tous ces peuples que nous venons d'énumérer d'après Homère, depuis les Halizônes de la terre d'Alybê jusqu'aux habitants de la Lycie, composaient le corps des auxiliaires du roi de Troie contre l'armée des Grecs. Tout l'ouest et le nord de l'Asie Mineure forme ainsi , avec les parties de la Thrace qui bordent le fond de l'Égée , une ligue opposée à la ligue que commande Agamemnon. S'il nous était parvenu sur cette époque mémorable autre chose que deux admirables poèmes et des traditions misérablement tronquées; si le flambeau de l'histoire projetait sa clarté sur ces temps que l'antiquité môme regardait comme enveloppés de ténèbres, ces deux grandes confédérations de peuples, tous unis entre eux par la fraternité d'origine, cette première lutte de l'Europe contre l'Asie, et les causes qui la suscitèrent, et les intérêts qui s'y trouvèrent engagés, nous apparaîtraient sûrement tout autres que ne nous les a montrés la magnifique épopée dont ils sont devenus le sujet. Au delà des passions du cœur humain dont vit la poésie , il y eut sans nul doute, au fond de cette grande lutte, des mobiles plus étendus et plus puissants, dont la connaissance nous initierait complètement à l'état ancien de la moitié occidentale de l'Asie Mineure et de ses populations.

11 est à remarquer qu'à l'exception de Lesbos, qui appartenait à l'empire de Priam 00 , aucune des îles nombreuses dont la côte asiatique est bordée ne fait partie de la confédération Iroyenne. Aucune , du moins , nry était nominativement comprise par le poète, et plusieurs, au contraire, étaient entrées dans la ligue des Hellènes. La « populeuse et riche Lesbos »> est qualifiée de

1 Voy. ci-dessus, p. 183.

« lliad. XXIV, 544; IX, 129.

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