ÉCOLE FLAMANDE
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J ^ Jacques JORDAENS.
y Belle et agréable esquisse , sur bois, représentant une bacchanale, c’est-à-dire le triomphe de Bacchus après la vendange. Le dieu du vin, peint dans un léger état d’ivresse exprime la gaîté par l’hilarité complète de son visage, qui rappelle tous les traits d’une jeunesse éternelle. Il est soutenu par ses bacchantes qui unissent leur délirante ivresse à celle de leur maître; ils dansent et boivent à la même coupe. Vous ne négligerez pas d’observer l’action
d’une jeune enfant qui est à la gauche du groupe principal , elle indique qu’il a déjà bu, et la conformation de ses traits annoncent des dispositions naturelles à l’ivrognerie. Le tigré, symbole de l’automne, est abattu aux pieds de Bacchus et paraît absorbé par les feux du soleil qui s’appuie sur la constellation du loup , voisine du centaure que l’on nomme aussi le thjrse.
Par le coloris clair et blond de cette jolie esquisse, on peut supposer que Jordaens , inspiré du génie de son maître, a eu l’intention d’exprimer la faiblesse du soleil, qui pâlit en passant dans les régions australes, après l’époque des vendanges.
J’ajouterai qu’en considérant la finesse de la touche et la légèreté du coloris de ce petit ouvrage, j’aurais pu l’attribuer à Rubens, si je ne connaissais pas la gravure qui porte le nom de Jacques Jordaens. Quoi qu’il en soit, je pourrais douter de l’assertion du graveur.
Jacques Jordaens , né à Anvers en 1 , fut d’abord élève de Van Ort, dont il épousa la fille. Étant en Italie, il fit des études sérieuses des ouvrages de Titien, de Paul Véronèse et de Bassan. De retour à Anvers, il entra aussitôt dans l’école de Rubens; ce grand peintre dont il devint l’ami, l’occupa de suite à faire des cartons destinés à être exécutés en tapisseries pour la cour d’Espagne. Jordaens parvint si bien à imiter la manière puissante et vigoureuse du maître, que ce magnifique travail passa pour être
de Rubens. Jordaens avait beaucoup de génie pour l’art du coloris, et principalement pour celui du clair-obscur dans lequel il excellait. Voyez au Musée le tableau du Roi boit! et les Vendeurs chassés du temple. Les ouvrages de Jordaens montrent généralement une grande richesse de composition, une grande facilité d’exécution et une belle touche dans le maniement du pinceau. Son dessin a été souvent incorrect; ce grand peintre mourut à Anvers en 1678, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.
Gérard SÉGHERS. .
y 3. Effet de flambeau, peint sur cuivre, par Gérard Séghers, frère de Daniel Séghers, jésuite et peintre de fleurs. ( Vojez , dans notre première collection, le n° 54, et dans la description, la page 84. )
Ce tableau précieux représente Gérés armée d’un flambleau , cherchant sa fille Proserpine, et s’arrêtant à Athènes dans la maison d’Hippothon ; elle refuse le vin que sa femme Méganire lui présente dans une coupe, comme peu convenable à son état de tristesse et de deuil. D’autres racontent qu’étant dans la même ville , dans le palais de Pélée , elle nourrit un fils qu’il avait de la reine Métanire, sa femme , et auquel elle donna l’immortalité en le passant sur le feu pour consumer ce qu’il avait de mortel. La douleur de Gérés était si grande , que
Jambe , servante de Métanire , avait vainement essayé de la faire rire par de grosses plaisanteries.
Nous rapportons les deux passages de la fable , parce que Séghers paraît avoir exprimé les deux versions sur son tableau. Métanire, debout, tient un vase contenant du vin; Gérés, également debout, tient un flambeau qui éclaire la scène , et de l’autre main une coupe. Voilà toute la composition du tableau dont on remarque l’effet piquant, et le faire hardi.
Gérard Séghers, né à Anvers en 1692, passe pour avoir été élève d’ Abraham Janssens; mais il le quitta bientôt pour aller à Rome où il perfectionna son talent par l’étude des ouvrages de Michel-Ange de Carravage et de Barthélemi Manfrédi. Il peignit avec beaucoup de succès les effets de nuit et de flambeau; ses deux plus beaux tableaux sont un Crucifiement de saint Pierre y qu’il fit pour la ville d’Anvers , et saint Pierre reniant Jésus dans la cour de Pilate, Ce dernier, que j’ai vu à Paris, a été très habilement gravé par Bolswert, son compatriote. Séghers mourut à Anvers à l’âge de soixante-un ans, en i65i.
Léonard BRAMER.
y 4- reine de Sabay tableau peint sur bois. Outre une composition riche , on admire un coloris vigoureux, quoique un peu sombre, un clair-obsCur
bien entendu, et des draperies de velours éclatante de lumière et d’une grande illusion.
Si vous voulez avoir une idée de rintelligence de Bramer pour le clair-obscur, voyez le fond de notre tableau, et remarquez le nombre considérable de figures qui y sont dans la demi-teinte et légèrement privées de lumière. Si, par l’époque de sa naissance, Kembrant n’était pas de beaucoup postérieur à celle de Bramer, on pourrait supposer que celui-ci aurait cherché à imiter la manière de peindre du premier, mais Bramer lui est antérieur.
Léonard Bramer reçut la naissance à Delft , en T 596. Il se détermina de bonne heure à voyager, demeura quelque temps à Paris, et passa ensuite à Rome, oii il fit des tableaux d’histoire qui eurent du succès. Ce peintre a fait des petits tableaux qui sont ingénieusement composés; c’est-à-dire des scènes nocturnes, des incendies, des caravanes et des souterrains éclairés aux flambeaux; les figures sont toujours spirituellement disposées et touchées avec finesse. On ignore le lieu et l’époque de la mort de Bramer.
Philippe Champagne, que nous voyons ici, est l’un de? dessus de portes du chapitre de l’ancienne abbaye du Val-de-Grâce,que ce peintre avait décorée
Philippe CHAMPAGNE.
La Visüation de la sainte Vierge, par
de plusieurs tableaux de la vie de saint Benoît, et d’un grand tableau représentant le repas du Pharisien , qui se voit au Musée du roi. Dans celui que nous possédons , on remarque la sagesse de la composition, l’attitude noble de chaque personnage, la beauté des expressions et aussi la fraîcheur des carnations.
Philippe Champagne, né à Bruxelles en 1602, déjà connu par de beaux tableaux d’histoire et de paysages , vint à Paris en 1621. Précédé par sa réputation, à son arrivée dans cette ville, il fut employé à décorer l’appartement de la reine au Luxembourg. Ayant obtenu les bonnes grâces de cette princesse , Duchesne, son premier peintre , en fut jaloux, et le força de retourner à Bruxelles. Ce dernier étant
mort, Champagne revint à Paris, il obtint sa place et épousa sa fille.
Champagne peignait également bien l’histoire , le portrait et le paysage. On voit au Musée plusieurs tableaux d’histoire de ce grand peintre ; des portraits admirables , tels que celui du cardinal de Richelieu , et particulièrement le sien , qu’il a peint pour l’Académie de peinture dont il était recteur. Les plafonds qu’il a peint aux Tuileries , à Vincennes et dans les autres châteaux royaux , et les tableaux de l’histoire sainte, qu’il a fait pour les églises et les couvens de Paris , sont très nombreux. On y reconnaît toujours une composition sage, un coloris vrai et séduisant , et surtout un maniement du pinceau d’une grande
perfection ; son style, quoique sévère et peu animé, n’en est pas moins agréable.
Champagne mourut à Paris en 1 693 , après avoir laissé dans cette ville un grand souvenir de ses talens et de ses vertus privées.
PEINTRE INCONNU. COPIE d’aPRES RUBENS.
y 6. Le Triomphe de V Église romaine ^ exprimée par une belle femme vêtue des habits sacerdotaux , placée dans un char qui est tiré par des chevaux blancs. Un petit ange descendu du ciel se dispose à placer sur sa tête la tiare papale; un génie, armé d’une épée flamboyante, dirige les chevaux et précède le char qui est suivi de plusieurs esclaves enchaînés , faisant allusion aux fausses religions et aux hérésies que l’Église romaine a eu la gloire de surmonter. On aime à voir cette grande et noble composition que l’on doit au génie de Rubens; elle n’est pas sans intérêt , quoiqu’elle soit faiblement traduite par un peintre italien.