AUTRE MAÎTRE INCONNU
y y . Tableau sur bois, représentant une bataille. Le combat paraît s’être engagé entre les Espagnols et les Flamands; on y remarque plusieurs groupes animés de part et d’autre; des morts et des blessés. Ce tableau, dans la manière brillante de Wovermans,
est d’une composition chaude et bien développée ; il présente à la fois un coloris fin, éclatant, et une touche extrêmement facile.
Ce tableau , signé par le peintre d’une manière illisible, m’autorise à supposer que c’est un pastiche dans le goût et dans la manière de Philippe Wovermans; et que son auteur, en signant de travers son propre nom , ou celui d’un autre , a eu l’intention d’embarrasser le spectateur. Disons ce que l’on doit entendre par pastiche pittoresquec (i)
(i) Pastiche, du mot italien pasticcio , qui signifie pâté.
Dans le principe, on donnait ce nom à des tableaux qui ne sont ni originaux , ni copie , mais qui sont composés de différentes parties prises dans d’autres tableaux. Depuis, on a étendu la signification de ce mot à des ouvrages qui sont faits dans le goût et la manière d’un autre peintre. David Téniers avait un talent particulier pour contrefaire les Bassans. David Téniers le jeune , et son fils, imitaient parfaitement les maîtres d’Italie et ceux de Flandre ; il a fait des pastiches que l’on prenait pour des originaux de Rubens.
J’ai vu un de ces pastiches représentant un boucher dans son échaudoir où est étendu un bœuf dépouillé de sa peau et ouvert par le milieu du corps, de manière à faire voir tout l’intérieur. J’en parle , parce que ce tableau était Un chef-d’œuvre de coloris et d’exécution ; il avait toutes les qualités d’un très beau Rubens, et on pouvait facilement s’y méprendre.
Luca Glordano, peintre napolitain, a fait aüé*sz des pastiches. Boullogne, peintre français, saisissait à merveille la manière de Guide : il fit un excellent tableau dans le goût de ce maître, que Monsieur, frère de Louis XIV, acheta chèrement sur la décision de Mignard, pour un ouvrage du peintre italien. Tous ces différens faussaires en peinture ont composé des pastiches avec un tel art, qu’ils ont abusé les ])lus grands connaisseurs. Mais pour démêler l’artifice de ces sortes d’ouvrages, il fimt les comparer attenti-