CHAPITRE XIX
Indication des Machines au moyen desquelles on peut recreu^er avec facilité et économie les Canaux dont le fond ne contient pas de parties dures.
481. Le travail proposé à la fin du chapitre précédent n'offre rien d'exorbitant , quant au volume des terrasses; mais il ne faut pas se dissimuler qu'on se jetcrail dans de grands embarras, si l'on entreprenait de l'exécuter par les mêmes moyens qui ont été employés pour creuser les autres canaux des marais Ponlins, c'est-à-dire, en plaçant les travailleurs dans le lit même du canal qu'on veut excaver. Ce procédé exigerait d'abord qu'on détouruât les eaux de l'Uffente : on ûe pourrait le mettre ailleurs]
SECTION IV. CHAPITRE XÏX. SSg
que dans son ancien lit, dont il faudrait relever la digue de rive droite; et cependant celte précaution ne rendrait pas encore, à beaucoup près, élanclié le terrain à déblayer, sur lequel il faudrait se garantir, par des ouvrages particuliers et des épuisements pénibles, de plusieurs sources qui surgissent ou du fond du canal ou du sol riverain.
482. Quoique ces difficultés ne soient rien moins qu insurmontables, il serait cependant bon de les éluder; et les observations que nous avons eu occasion de faire dans les ports de l'Adriatique , nous suggèrent un expédient pour arriver à ce but important, qui consiste à adapter aux travaux des marais Pontins lesmacbincs employées depuis très-long-temps pour le curage et le recrcuscmcnt des canaux des lagunes de Venise, et appliquées récemment, avec le plus grand succès, aux travaux du port d*Ancùne. Ayant fait, pendant les mois de septembre et octobre dernier (181 1), une inspection de ces deux ports, nous en avons profité pour prendre sur la construction, la manœuvixî et le prix du travail de ces machines, tous les détails désirables; M. Partiotj ingénieur chargé de la direction du port d'Ancône, nous en a remis des dessins très-bien faits, /|83. Quelque avantageuses que soient ces machines dans les ports de Venise etd'Ancùne, leur usage doit élrc encore plus commode et plus économique s\jr les canaux des marais Pontins, où elles n'auraient à opérer qu'à 3 du 4 mètres de profondeur au-dessous de Teau : on pourrait, d'après cette circonstance, en réduire la grandeur; et ce n'est pas là le seul changement dont elles nous paraissent susceptibles. >'ous pensons qu'en faisant subir quelques modifications à leur mécanisme, on éviterait les pertes de forces résultant des positions obliques des leviers, et on les rendrait susceptibles dVlre mues à manège. Cette dernière disposition serait fort utile dans les marais Pontins, où Ton attelerait des bufOes au manège. Mais ce n'est pas ici le lieu de nous étendre sur ce sujet , que nous traiterons dans un mémoire particulier.
484- Rapini s'était déjà servi , dans quelques circonstances , de machinesà curer tirées du port de Civila-Vecchia, qui sont les machines à cuillers ordinaires, connues et employées en France depuis Irès-long-temps : quoiqu'il en ait fait un usage utile, cet usage ne s'est point perpétué dans les marais; et une des principales raisons qui l'ont fait abandonner, est la difhculté de faire sous Teau , avec ces machines, une paroi lisse et régulière. Nous pensons qu'avec une volonté plus déterminée et de IVxercice, on aurait aisément surmonté cette difficulté; mais il est important d'observer que les machines d'Ancône et de Venise, bien loin de présenter
36o MARAIS PONTINS.
à cet pgard les inconvénients des anciennes machines à cuillers, sont Un conlraire fort coiiiiuodes pour donner à la fouille toute la régularilç désirable: c'est cette propriété qui nous engagea, il y a quelques années, à les proposer à la Société d'encouragement de Paris, pour rexploitation des tourbières.