CHAPITRE XIY
Considérations sur les Colmates,
73. Les principes généraux exposés, dans les onze premiers chapitres de cette introduction, sont particulièrement applicables aux dessèchements par écoulement ; mais il existe deux autres moyens de rendre à la culture un sol marécageux. L'un consiste dans le remblaiement de ce sol par des terres rapportées, qu'on répand sur sa surface en quantité et jusqu'à une hauteur telles, que le dessus du remblai soit suffisamment élevé pour l'écoulement des eaux pluviales, et supérieur aux eaux courantes qui peuvent le traverser. Ce moyen, toujours très - dispendieux , est souvent impraticable, soit par la grande étendue du sol marécageux, soit par le manque de terres nécessaires pour le comblement : nous l'avons cependant vu employé , en grand et avec succès, à Lyon, près du confluent du Rhône et de Ja Saune.
L'autre moyen est celui des colmates , dont nous avons déjà fait mention; ce moyen est très-connu en Italie, où Ton s'en est servi depuis long-temps, et où Ton continue d'en faire usage avec beaucoup d'avantage et de proût. Plusieurs auteurs estimés ont donné des préceptes généraux sur la méthode des colmates (i), et nous renvoyons à leurs ouvrages pour des détails qui seraient d'une grande utdilé, dans le cas où les colmates deviendraient le moyen unique ou principal rie dessé-icbement; mais ce cas n'est pas celui du projet qui doit nous occuper. Le lecteur se convaincra, par la lecture de notre ouvrage , que cette méthode des cohnates, dont l'application a des résultats si heureux dans plusieurs contrées de l'Italie, n'offre pas , dans les marais Pontins, d'assez grandes ressources pour être employée autrement que comme un moyen
t' (1) Fojrz les Traités de Gitglicîmini , Natura cfc' fiumî; AeZtuànm^ Le^ e Fenomem 4i£ir acque correnti; de Fossombroui , Mcmorie idrauUcostortche sopra la f'al-<ii-Chiana, etc.
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74- OtL recii a Tai^ncuItxEre un terrua inoadé. ou en «a ea Mu^Simt Les eaux, ou en empifc-jint ces deux a; pcemuer aioven est uuiiâpexsabler if.^rsqae Le soi. a neur ou nive-au le pois xbaiâse des eiux du récipient «Luis fig>m*fahi?tt ^'ivent être alterBfureuxent Terseesw On peut aaCres esmnpues oe cunpii^nes jewa^etties loiiiâpecjsac' de booiâcjcica. celles ^çix. sont situées sur :<es n^es du Pà, bouiL^àare ^ ce Jeuve. «icoc les eaxx limocxuses cperent ausiSL pr-jmpces que lùicues. lorsque les :peracicab- sent b
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comporte la manoeuvre des colmates. En effer , il faut recueillir les eaux supérieures des torrents ou des courants d'eaux limoneuses dans des lits réguliers, auxquels sont adaptés les ouvrages d'art nécessaires pour la répartition de ces eaux, aux surfaces diguées qu'on veut atiérir ; et il faut ensuite, dès qu'elles ont déposé leur limon, pouvoir les lâcher et les faire parvenir au récipient général dans le moins de temps possible. Or, comme la quantité de fluide qui doit arriver à ce récipient pendant une année , est la même, soit qu'on fasse ou qu'où ne fasse pas usage i\e$ colmates, il est manifeste que le travail et la dépense des émissaires sont à-peu-près les mêmes dans les deux cas.
Ajoutons que, dans ces deux cas, les déclivités, les sections, etc., des canaux émissaires doivent être combinées de manière que l'eau ait, dans ces canaux, une vitesse telle, qu'elle n'y dépose pas le limon qu'elle entraîne. Cela est évident pour les canaux supérieurs qui doivent foiu^nir Teau limoneuse destinée à opérer les colmates, et cela est nécessaire pour les canaux inférieurs destinés à conduire cette eau dans le récipient, i» parce que cette condition favorise la prompte évacuation qu'il faut dornicr aux eaux claires; ^^ parce que» la durée do IVipération des colmates devant avoir un terme, il faut s'assurer que, lorsque celle opération sera terminée, et que les eaux troubles ne devront plus sortir des canaux pour se répandre dans la campagne, ces canaux eux-mêmes ne s'obstrueront pas par les dépôts. Nous avons , dans le midi de la Fiance , un exemple remarquable de travaux dispendieux qui avaient des colmates pour objet, et où le seul atlérissement qu'on ait obtenu a été celui du canal destiné a conduire les eaux.
Si Ton a la mer pour récipient immédiat, il faut, d'après ce qui vient d'être dit, et ce que nous établirons dans l'ouvrage avec beaucoup plus de développement, réduire, autant qu'il est possible, le nombre des embouchures , pour augmenter la force du courant sur chacune , et prévenir leur obstruction.
75. En rapprochant les vérités que nous venons d'exposer, on voit que, pour appliquer avec succès la méthode des colmates, il faut un système de canaux conducteurs qui amènent Teau trouble, dans le moindre temps possible, sur les terrains à colmater, de manière qiie le dépôt du limon ne se fasse pas en chemin, et un système de canaux à^ fuite ou canaux émissaires qui conduisent l'eau clarifiée au récipient général, aussi dans le moindre temps possible, afin qu'on puisse répéter rinoudalion un plus grand nombre de fois dans lui temps donné, et accélérer Ja bo*
nification, eu se procurant, pendant une saison, toute l'épaisseur de colmate que conoporte la quantité de sédiments tenus en suspension dans l'eau.
Or la réunion de ces deux systèmes de canaux compose précisément le système total qu'il faut former sur un sol déjà élevé au-dessus des eaux du récipient, lorsqu'on veut le débarrasser des eaux d'inondation ; ainsi, dans un sol pareil, toutes les dispositions qui peuvent procurer TécoulemcDt immédiat, doivent précéder celles qui sont relatives aux colmates; etj si Fespoir qu'on fondait sur ces dernières ne se réalise pas, on perd sur Tépaisseur de terre végétale qu'on voulait se procurer, mais la campagne n'en est pas moins délivrée des eaux.
7G. L'application des observations précédentes aux marais Pontins deviendra manifeste dans notre ouvrage où on verra que le sol de ces marais est généralement élevé au-dessus de la mer, et que, dans des parties sujettes aux inondations les plus désastreuses, telles que les Campi di Piscinara, l'élévation est suffisante pour quon puisse y creuser des canaux ayant toute la déclivité d'écoulement nécessaire, et dans lesquels, cependant, l'eau se tiendrait assez abaissée pour ne pas nuire à la végétation : or, dans cette même partie que nous citons pour exemple, le système de canaux que nous proposerons , sera combiné de la manière la plus favorable pour faire, quand on voudra , des essais de colmates; et nous ne pensons pas qu'on dut disposer ce système autrement, si Yoa avait les colmates pour premier et principal objet. En effet, on y trouvera des lignes de biefs disposés par étages et séparés par des chûtes traversant longitudinalement les camp^agncs inondées, avec des déclivités et des sections remplissant, quant au mouvement, les conditions exigibles; ce système offre donc le moyen de procéder à Topération des colmates avec toute la régularité possible, en dérivant leau <Ies biefs supérieurs pour la répandre dans des enceintes diguées, et la jetant ensuite dans les biefs ou canaux inférieurs. L'arrivée et le départ du fluide, dans les intervalles de temps convenables , seraient parfaitement assurés; et il serait, par exemple, très-aisé de faire de premières expériences dans le quadrilatère compris entre les canaux orientaux et occidentaux des eaux appelées supérieures, et la dérivation de l'un à l'autre canal par la fosse dite delle Congiunte et la voie Appia. Ce terrain est , à l'époque de la crue des torrents, couvert de plus de deux mètres d'eau; mais l'observation des effets d'attérissemcnt produits par une pareille inondation a fait couDaUre que les eaux qui détachent de la montagne des cailloux et
des blocs de pierre, sont» d'ailleurs, peu chargées de limon fertilisant. De pareilles cunsidêrations s*applrquent aux autres parties de notre système de canaux; par-tout on aura les facilités nécessaires pour dériver les eaux , les répandre et les faire ensuite écouler. Nous n'en avons pas moins indiqué différentes parties de la campagne, telles que celle dont Tétat est assez caractérisé par son nom de Pantano iTlnJerno, et quelques portions de terrain sitixées sur la lisière des marais, où nous proposons, soit de continuer les colmates en expérience, soit d*en faire de nouvelles; mais, nous le répétons, ce procédé, qui nous parait absolument insuffisant pour les marais Pontins comme moyen principal, n'y est susceptible que de quelques applications locales et partielles.
Les réflexions précédentes avec les détails et les faits qu'on trouvera dans Touvrage, convaincront infailliblement les personnes qui pourraient persister à mettre une grande importance aux colmates, que, du moins, lexécution de nos projets, bien loin de contrarier les opérations qui les concernent, est, au contraire, la préparation qu'il faudrait donner à de telles opérations pour assurer leur succès, si ce succès était présumable. Kous espérons que cette persistance n'existera plus cliez les lecteurs qui fauront donné quelque attention à nos preuves; cet espoir concerne par- ►ticuliêrement le célèbre et respectable savant sur les opinions duquel nous lous sommes permis quelques réflexions dans notre discours prélimilaire, réflexions qui renferment le précis de ce que nous venons de dire dans le présent chapitre.