‹ Description hydrographique et historique des marais PontinsChapitre 31 sur 155 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Précis géographique et géologique,

78.L<ES marais /*owft>w, ou Pomptins^ tirent leur nom d'une villeantique appelée Pometia^ dont la position exacte a été et est encore un sujet de dispute parmi les érudits; ils comprennent la partie de la Campagne de Rome^ ou de Tanlique Za/<>/^/i, située au sud-est de Rome, sur les confins du territoire napolitain; leur longueur qui est d'environ 4aooo mètres, comptés depuis le territoire de Cisterna jusqua Terracine, excède de beaucoup leur largeur t toutes les mesures seront données ci- après avec le plus grand détail ), et leur axe longitudinal s'étend du sud-est au nordouest dans la direction de la célèbre voie Appia, qui traverse ces marais, parallèlement au rivage de la mer Tyrrhénienne. A Textrémité sud-est, se trouve Terracine (l'antique ^nxur)^ dont Ja distance, comptée depuis la maison dite de la Bonification^ jusqu'à la porte S. Sébastien {porta Capena)^ à Rome, par où la voie Appia avait son ancienne issue, est, en suivant cette voie, de 91841", ou de6a .Vr: ""'^^s ^"liques, dont chacun vaut I471"'» 2 : la distance de la même maison à la porte S. Giovanni, où se trouve le zéro de la route sinueuse qu'on suit actuellement, est de loiiao^ss 67 ■;— milles modernes, dont chacun vaut

MARAIS PONTIKS.

1489™ 5; celle route moderne ne suit la trace de la voie Appia que sur une longueur d'environ 45000", dont la presque totalité se trouve entre Terracine et Cisterna.

Les distances directes , ou plus courtes distances fw^tre la maison de la Bonification et les portes S. Sébastien et S. Giovanni, sont respectivement de 9o4'ia'" et9ro!25'"; enfin cette maison est située à f\ï'' ly'G' de latitude et 10^ 55' 37" de longitude orientale, comptes du méridien de Pa rÎB.

79. En partant du port antique de Terracine et en suivant la lisière des marais, on ne les trouve séparés de la mer que par une dune étroite; une autre dune beaucoup plus considérable , ou plutôt un vaste terrain d'alluvion d*une forme à peu près semblable et d'une étendue à peu près égale à la leur, est interposé entre la mer et leur côté occidental , parai lèle à Taxe longitudinal; leur côté oriental est limité par la cbaine d monts calcaires communément appelés monts Lépine, qui sVtend depuis Terracine jusqu'à Cori , Rocca-Massimi , Monte-Fortino, etc. Nous donnerons bientôt tous les détails nécessaires sur la topographie, le relief, etc., de cette chaîne. Enfin,' leur limite septentrionale touche au col qui joint Textrémité nord de la cbahie dont nous venons de parler, à un groupe de monts parmi lesquels YJrtemise se fait distinguer, qui a Velletri sur ses revers méhdiouaux, Gensano, Albano, Caslel-Gandolfo, etc., du côté de ses revers occidentaux. Le haut de ce col est le sommet commun dedeux plans inclinés, dont Tun descend dans la vallée Poutine^ H Tautre dans 1.1 vallée du Sacco ^ séparée, par les monts Lépine, de la preniière, à laquelle elle est supérieure, et dominée elle-même par le bassin <1n lac Cclano^ antique lac Facînus^ et par celui de V^nieno.

80. Le col de Velletri, dont nous venons de parler, est recouvert par la couche volcanique tpà occupe une étendue immense au sud-est et au nord-uuest de Rome, et qui a été lancée de plusieurs cratère.'^ formant actuellement des lacs, et dont on porte le nombre à dix au moins. Ainsi le bassin Pontîn est limité par le sol volcanique au nord, par une chaîne calcaire à Test, el par un terrain d'aliuvion dans les directions sud et ouest (1).

Au sommet de Tangle formé sur le rivage de la mer par les deux dernières directions, se trouve un piton ralr'aire très-remarquable, détaché ou plutôt séparé de la grande chaîne calcaire par les.dunes et les marais, et

(*) ^ojrez%\xT le syslcme Mînrralogique des Étals romains el de l'Italie meVidiooaVe , \ts ouvrage» publias par Broccbi , Uebuch, Brei&Iak, Carpi, BousIcUen , etc. etc.

SECTION ï. ClIAPlTRt: PREMIER, 93

auquel se rattachent, comine à une masse solide et résistante, les deux dunes dont it protège les extrémités, méridionale de Tune et occidentale de Tautrc , contre les attaques de la vague. Nous voulons parler du mont Circeo, élevé de 5i5" au-dessus de la mer, et entièrement isolé à ['extrémité de lu vaste plaiue qu'il domine.

8j . Des raisonnements fondés sur lesplus fortes analogies, sur des observations très-concluantes et sur de respectables traditions, ne permettent guère de douter que le mont Circeo n'ait été primitivement baigné de tous les côtés par la mer. Ce mont, qui sert maintenant de contre-fort aux alluvions Pontines, a dû faire partie de l'archipel formé, au-devant du golfe de Gâëte et de la rade de Terracine, par les petites îles de Procida^ Ischia, Vandotena , Ponza , Zanone, Palmerola, etc.; son noyau est une roche calcaire primitive, dont la liaison souterraine avec les masses calcaires des Apennins est, à présent, masquée par d'épaisses couches d'al- Juvion et de matières volcaniques. La dune occidentale, qui sépare de la nier la machia di Cisterna et la machia di Terracina , semble avoir été formée la première, appuyée au nord par le cap d'Âstura , et au midi par le mont Circeo; la dune méridionale, beaucoup plus étroite, en y réunissant la colline dont nous parlerons à l'art. 94, ci-après, parait être dune formation postérieure ; et rinlérieur des marais a pu être longtemps un golfe ou une espèce de laguîie , comblée ensuite par les alluvions dont les eaux des divers courants qui les traversent étaient chargées.

Des résultats de sondes faites en 1811 , près des sources de TUffentc et du pied des montagnes de Sezze et Piperno, à 16000° de distance du rivage actuel de la mer , et poussées jusqu'à aa"» de profondeur sous l'eau du fleuve (environ 17" au-dessous du niveau actuel de la basse-mer), ont donné, à cette profondeur , du sable marin , des coquillages et des débris de plantes marines assez bien conservées l^vojez, les détails dans le ch. 8 de la a^ section de cet ouvrage). Cette observation curieuse prouve en même temps, et que la mer a baigné le pied des montagnes qui limitent le côté oriental des marais, et que son fond s'abaissait sur un talus rapide à partir de la rive antique; la lagune Pontine a donc pu offrir aux vaisseaux un asile, une rade fermée, où nos plus gros bâtiments de guerre actuels auraient pu se retirer et trouver beaucoup plus d'eau qu'il ne leur en faut pour être à flot. La passe, ou une des principales passes, était vraisemblablement peu éloignée de remplacement qu'occupe Terracine , et du débouché actuel de fiadioo. Nous avons dit que les sondes faites

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monragnes aonnai marin, 17"* de profondeur sous le nivetiu actuel de la mer. D'autres sondes faites sur des points plus rapprochés du mont Circeo ont donné le sable et les coquillages marins à une profondeur beaucoup moindre; ce qui indique visiblement la déclivité de Tantique fond de la mer, qui ullait en s'abaissant depuis le piton isolé de Circeo jusqu'à la proximité du rivage, au pied des monts, où il se relevait subitement par la contrepente abrupte que nous avons reconnue.

8a. D'autres observations faites, sur le relief du sol Pontin, prouvent qu'il existait, dans le golfe comblé, des hauts-fonds^ des récifs et dc5 îlots, <\\\\ ont du favoriser et accélérer la formation des dunes. Enfin on rencontre, sur une grande partie de la surface des marais, \\\\ straturn d'une matière dure, dont la fouille est très-pénible et très-dispendieuse; cette circonstance a considérablement dérangé, comme nous le ferons voir fort en détail dans la suite de cet ouvrage, Texécution des projets proposés en 1777 pour le dessèchement des marais; le straturn dont nous parlons, a été trouvé à 8 ou 9 décimètres, sous la tourbe, dans la fouille du grand canal Pio, qui longe la voie Appia. Nous avons tout lieu de penser que cette couche dure est le résultat des concrétions formées dans des courants d'eaux extrêmement gazeuses, qui surgissent du pied des monts, et dont une des sources est désignée par le nom à'Acqua Puzia^ eau puante; ces eaux se sont successivement répandues sur diverses parties de la plaine, et les matières qu'elles tiennent en dissolution, ont dû former par leur précipitation les couches dont nous parlons. ( Voyez le ch. 3 de la a^ section sur cet objet, et sur Télymologie du nom AtFiumc Coperto que porte un courant alimenté par la source de Vj4cqua Puzza. )

La conséquence générale des faits ci-dessus rapportés, est que le remplissage de la lagune Ponline a été la suite naturelle et nécessaire de l'aftluence de plusieurs fleuves et tortents qui, descendant des montagnes, ont entraîné, dans leur cours, une grande quantité de matières solides. Nous ne manquerions pas d'exemples d'autres effets semblables qui ont eu lieu dans les mêmes circonstances, lorsque les travaux des hommes ne les ont pas prévenus. On sait combien les Vénitiens redoutaient laffluence des eaux douces dans leurs lagunes, dont ils voulaient empêcher l'attërissement, et combien ils ont fait d'efforts et de dépenses pour eu détourner la Brenta et d'autres fleuves qui y avaient leurs embouchures.

Les alluvions ont été d'autant plus abondantes, et leurs effets d autant plus rapides, que les époques auxquelles elles ont eu lieu sont plus

SECTION I. CnAPITHE PREMIER

reculées , parce que les montagnes étaient beaucoup plus garnies de terre f et eu ont ensuite fourni de moins en moins , à mesure que leur ossature s'est dépouillée, tellement qu'à l'époque actuelle les matières terreuses, entraînées par les eaux, ne produisent, en général, sur la plaine, que des exhaussements três-lcnts, assertion que nous établirons par des preuves de fait. Ajoutons que le sol d*alluvion a du surpasser en étendue lespace occupé par les eaux de la mer; car il est \Taisemblable quau haut de la plaine Poutine, du côté du col de Velletri , la coucbc de sédiment est immédiatement posée ou sur le slratuin calcaire ou sur le stratum volcanique qui occupent cette partie.

83. L'étendue et l'épaisseur du sol tourbeux que renferme la plaine Poutine, prouvent la grande part qu'a eue la décomposition des plantes à son exhaussement; et cette cause d'altérissemcnt, dans un terrain où la végétation a une force extrême, est une des principales de celles auxquelles il faut attribuer l'état marécageux où cette plaine est restée. On a besoin du témoignage de se.s yeux, pour croire aux effets qu'ont sur Técoulenient de l'eau, et par conséquent sur sa hauteur, les obstructions des canaux par les plantes aquatiques. Nous avons vu des fauchaisons, rapidement exécutées dans les fonds de ces canaux , les faire baisser presque subitement d'un demi-mètre; et, d'î^près cette expérience, on conçoit aisément combien la végétation, abandonnée à elle-même, doit favoriser l'inondation sur un terrain d'une faible déclivité. Ua canal ainsi purgé ne tarde pas à s'encombrer de nouveau : c'est une guerre indispensable et continuelle qu'il faudra faire à la nature, après Texécution des projets qu'on jugera convenable d'adopter pour ramélioration générale et ultérieure des marais Pontins; les dépenses qu'occasionneront ces projets seraient à-pen-près inutiles, si Ton ne prenait pas les mesures les plus assurées, tant sous le point de vue de l'art que sous celui de l'administration et de la police, pour maintenir constamment les ouvrages dans Tétat où on les aura mis d'abord.

84- Parmi les autres causes de l'inondation de la plaine Poutine^ il faut mettre en première ligne le défaut de rapport convenable entre la quantité d'eau afflucnte et les moyens d'évacuation à la mer. Il est un fait bien remarquable et caractéristique pour la plaine Poutine, que nous avons, pour la première fois, établi sur des données incontestables et exactes: cette plaine, pour se maintenir étanchée, doit évacuer annuellement au moins le double de Teau qu'elle reçoit, par les pluies, sur la surface extérieure de son bassin général. Les couches imperméables sou-

fO.

76 MAKAIS PONTlïs\<.

terraiiics, inclinées vers ce bassin, et beaucoup plus *^ten<lues que lui, apportent dans son sein les eaux des bassins voisins qui le dominent : nous donnerons les preuves détaillées de cette assertion ; et cependant les autres faits consignés dans notre ouvrage n'en conduiront pas moins à la conclusion satisfaisante et consolante, que la conformation du sol Pontin fournit à Fart des ressources suffisantes pour l'évacuation permauente des eaux , en supposant toujours qu'on annullera, avec la vigilance et la persévérance les plus actives, la tendance continuelle qu'a la nature à contrarier les opérations de Tart.

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