‹ Description hydrographique et historique des marais PontinsChapitre 56 sur 155 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Système hydraulique des Marais Pontins au commencement

de \'j']'j.

176. JLiES détails dans lesquels nous allons entrer sur Tétat où les marais Pontins se sont trouvés en 1777» ne sont pas, à beaucoup près, de pure curiosité; sans ces détails, il serait difBcile de bien saisir ce que nous dirons des travaux exécutés depuis cette époque, et de bien apprécier leur degré d'utilité : ils jetteront aussi quelque jour sur les discussions relatives aux projets ultérieurs des travaux qui restent à faire; d^ailleurs ils complètent les descriptions contenues dans Tlntroduclion et la première Section, par lesquelles il fallait débuter, quoique cette marche d exposition intervertisse Tordre des dates, parce que, dans les objets de cette nature, il ne faut pas, si Ton veut être bien compris, aller de ce qui a précédé à ce qui a suivi, mais de ce qu'on voit à ce qu'on ne voit plus.

L'ingénieur Bolonais Gaetano Rapini y envoyé de Bologne au pape Pie VI par le cardinal Buoncompagni ^ qui avait la grande surintendance des eaux de cette province , s'occupa , dès le commencement de Tan 1 777, des premiers examens des marais. Pontins. Voici quel était, à cette époque, le système hydraulique des eaux; nous commencerons par les eaux supérieures.

La Tepia, passant comme aujourd'hui sous le pont des due Luci, au lieu daller se répandre irrégulièrement dans les champs de Piscinara, Ua-

versait, à a358"* au-dessous du pont, le chemin dell* Irto ^ et allait se réunir à la NinTa , à 6a5"» au-dessus du pont de Santa-Sala. Une déri- Plaicch* l! vation de la Tt'pia, appelée Tepiola ^ s'en échappait sur la rive droite, k ^68" au -dessus de rintersectiou de la Fia delU Irto^ et, allant traverser la voie Appia , à ai5o" de Tor tre Ponli , du coté de Cisterna , se répandait dans la campagne à droite de cette route.

Puisque nous en sommes au torrent Tepia, qui entrera pour beaucoup dans les projets ulteritnirs de bonification des marais Pontins, il est bon de parler de quelques autres directions sur lesquelles ou croit qu'il a coulé à diverses époques, et qui se font reconnaître par les dépôts qu'il a laissés. On en distingue aisément trois, indépendamment de celle dont nous venons de parler,

La première suivait la trace qu'on désigne' par le nom Via del Morillo; cette trace, très-sensiblement exhaussée, traverse le Cumpo Setlino^ où elle sert d.e démarcation aux bassins de la Schiazza et de la Selcella. L'ancienne voie Settina avait, sur ce lit de la Tepia , près de S. -Lidono , un pont antique et curieux, qu'on regarde comme antérieur aux constructions romaines, et dont on voit des restes assez bien conservés, connus dans le pays sous le nom ^ Archi di Santa- Cecilta; à peu de distance de là, et du coté ouest de la Via del Morillo, sont des ruines que quelques ërudits pensent être celles d'une ville antique.

La seconde trace d'un ancien cours de la Tepia , est sur la direction du canal abandonné appelé délia Terre. L'exhaussement du sol est moindre ir cette trace que sur la Via del Morillo^ et interrompu en quelques 'endroits; ce qui est un indice du travail des hommes sur cette seconde trace, qui d'ailleurs se prolonge beaucoup plus dans les marais que la première : après avoir cheminé près de la Schiazza, et parallèlement k la voie Appia, elle arrivait à Pancieu Uffenle par le Rio Freddo, et allait se réunir à PAmazeno, près de Capo Cavallo.

Euftn, la troisième trace est celle de la Via delV Irto , sur laquelle les constructions de Tor tre Ponti sont établies. La Via dell' Irto^ après avoir traversé les champs de Sermonetta au-dessus de la voie Appia, dans la direction du nord au midi, a sa continuation au-dessous de la mcmc voie, sur une longueur de quatre à cinq raille mètres, le long du canal délia Molaj prolongement inférieur du nouveau lit de la Ninfa.

Le cours de la Tepia au-dessus du pont des due Luci, et le cours de la Ninfa au-dessus de sa réunion avec la Tepia, étaient, en 1777, sensiblenient les mêmes qu'à présent. A partir du point de réunioa, les eaux

rassemblées des deux rivières allaient passer sous Iç pont de 5^antt^-^ala, en suivant un canal où il n'y a maiulenant plus d'eau courante, et allaient se jeter dans la partie supérieure du lit de la Cavata appelée Portatore^ à 2000"' du moulin de Preti di Sennonettay où est une des sources de Ja Cavala; la partie du Portatore y ou (^vata supérieure, comprise entre cette source et le Porto di Sermonetta^ avait le nom particulier de Fosso di S.'JSicola; et même la dénomination de Portatore n*avait proprement son application qu'à partir du Porto di Sermonetta , point où la Cavata commence à être navigable. La Cavata avait, au-dessous du Porto di Sermonetta , des affluents sur sa rive gauche ; savoir, le torrent de Basciano,. coulant dans un fossé qu*on appellait Portatore di Basciano; et les eaux Puzza , venant par deux canaux des sources pérennes et gazeuses qui sur gissent au-dessous de la tour Puzza et coulent maintenant dans le Fiiune Coperto.

Le Fosso di Sermonetta répandait ses eaux sur la campagne située da Tanglc que formaient la rive gauche de la IVinfa et la rive droite de Cavata f dans laquelle ces eaux arrivaient ensuite par la pente du terra

i^y. La Cavala ainsi réunie à la Tepia, à la Niufa et aux autres eaux dont nous venons de parler, allait traverser la voie Appia (qui, à celte époque , était entièrement enfoncée et abantlonnée), entre Tor tre Ponti e le Foro Appio, à /loo™ du pont du Foro Appio, et, poursuivant son cours dans la campagne à droite de la voie Appia, trouvait, en continuation de son canal , celui que le pape Hixte F avait fait creuser , et prenait alors, jusqu'au canal delte Volte, au lieu du nom de Cavata quelle avait ^ j à la gauche de la voie Appia, celui de Fiume Sisto. ^H

178. On a vu que la jonction du canal Sisto et du canal délie Volte^^ se faisait par le moyen d'un fossé fort étroit, appelé Fosso del Petto , qui formait un étranglement très - fâcheux. La réunion des deux canaux était, en 1777» encore pins défavorable à récoulemcnt de leau, le fossé de jonction se dirigeant sur la droite dans le sens de la ligne menée de jMasso di Bave à la tour d'Ole vol a , et ne rencontrant le canal délie Volte que près du point de Lentrisco. Cette direction était celle qu'avaient lej eaux lorsqu'elles arrivaient iramcdiatcmcnt à la mer, près de la tour d'Olevola, par la fosse d*Auguste.

J79. Les eaux dont nous venons de décrire le cours, se répandaient dans la campagne en plusieurs points de leur lit; et comme la partie de ce lit placée à droite de la voie Appia dominait le marais du coté de sa rive gauche, des dérivations parlant de cette rive gauche allaient grossir

de

tu o

SECTION II. CHAPITRE PREMIER. iSg

la Cavalella, qui, comme nous le verrons ci-après, avait une partie de son cours dans la direction de la voie Appia. On voyait ime des dérivations, appelée Rotura di Tavolata^ au-dessus et près du point où et m.iiençiit le canal Sisto; une autre était la fosse di Caruccto , dont nous avons parlé, et dont la partie inférieure recreusée conduit dans le canal Pio les eaux de la partie^ supérieure du canal de la Botte.

180. Entre la rive droite de la Cavata et la branche occidentale du périmètre du bassin général des marais que traverse le Rio Marlino, se trouvaient une partie du Fiume Antico, supprimée depuis, le Rio Francesco, dans lequel coule maintenant la Ninfa et qui a conservé son nom, le Fossodélie Congiunte, le Fosso diCisterna, et tous les autres torrents qu'on voit encore «lans cette partie, et sur lesquels on aura des travaux à projeter.

181 . Revenant aux sources qui surgissent des montagnes de Serraonella et de Sezze^ nous trouvons Torigine de laCavatella au même point où elle es

icore à présent, et son cours supérieur jusqu'à Torrc Sant-Lidono ouTorrc ^etrata,seusiblementconservé depuis 1777. A ce point dcTorre Sant-Lido- 10, le cours de la Cavafella était extrêmement rapproché de celui de la Ca* I vata , et c'est le même point où on les a ensuite réunies Tune à l'autre. ^H LaCavatella, continuant son cours vers la voie Appia, la rencontrait ^H 440™ au-dessous du pont du Foro Appio , sous lequel elle coule niain- ^^enant; et après un cours de tj5oo° à la droite de la voie Appia, elle rejoignait cette route, dont elle suivait la direction jusqu'à la proximité I de Torigine du Pantano dTnferno, sur une longueur de sept à huit mille I mètres. A un point de cette direction , elle jetait une partie de ses eaux à droite dans le fossé d'Orsino; à son extrémité, elle déviait du même coté ^^our entrer dans le fossé dc/ia Spina , que le fossé d'Orsino venait rejoindre ^B la Peschiera di Giojeta; après quoi les eaux, sans lit bien déterminé, se r rendaient dans le fossé Mortola, et de là dans le Portatore.

i8i. L'espace compris, sur la droite de la voie Appia , entre la Ctvatella

la Cavata et le Fiume Sisto, était presque entièrement inondé, quoique

coupé par différents canaux, parmi lesquels on distinguait la direction

d'un ancien fossé de 5ooo™ de longueur, appelé Fosso di Carrara^ dont

b^a continuation était le fossé Mo r toi a , Tun des affluents du Portatore.

^™ Les lits «le la Cavata, de la Cavatella et des autres fossés, étaient inter-

rTOmpus en un grand nombre de points par des barrages appelés /*^j6*^rné*,

^■Slild pour faciliter la pêche, Tun des principaux produits des marais,

binais <|ui en même-temps contribuaient puissamment à maintenir l'inon-

Lttoii de ce malheureux sol.

i4o ' MARAIS PONTINS.

i83. Sur la rive gauche de la Cavatella et sur le côte gauche de la voie Appia, on trouvait les origines de plusieurs fosses dont les cours étaient à-peu-près parallèles à la voie Appia. La plus voisine des montagnes était la Selcella , dont nous avons déjà parlé, ayant son origine et une grande partie de son cours entre raucienne voie consulaire de Rome à Naples , et la voie tlel Morillo ; la partie de celte dernière voie qui côtoyait la rive droite de la Selcella est établie, comme nous Tavons dit, art. 176, sur im attérissement qu*on attribue à la Tepia, d environ 6000" de longueur, séparant le bassin de la Selcella de celui des autres fosses dont nous parlerons ci-après.

La Selcella, après un cours d'environ laoo", sur lequel elle recevait les eaux du Fosso Vencreo, entrait dans le lit ( maintenant abandonné ) de ruffente.

Au-<lessous de celte fosse et du côté occidental de la colline del Morillo, se trouvait la Fossa délia Scbiazza , partant du voisinage de Torre S.-Lidono, et allant, à 16 ou 17 mille .mètres de son origine , au lieu appelé la Foixellata^ se jeter dans TUffente, après avoir reçu la fosse de Gilli^ à 65oo™ de son embouchure.

Au-dessous et très-prés de la Fossa délia Schiazza, coulait la Fossa délia Torre, dont il a été question, art. 176, et dont lorigine était à la tour S.- Lidono,sur la rive gauche de la Cavatella , avec laquelle elle avaitunecommuntcation qu'on ouvrait ou fermait à volonté. Cette fosse allait jeter ses eaux dans TUffente, un peu au-dessous de Tembouchurc de la Scbiazza.

Il n'y a plus, de ces différentes fosses, que la Schiazza qui ait encore la totalité de son cours : son lit reçoit les eaux des parties supérieures des fossés délia Torre, en un point situé entre les fosses militaires 45 et 4G, et les parties inférieures de ces fossés sont supprimées : mais c'est une opération sur laquelle il faudra revenir, si Ton veut obtenir la bonification de la partie gauche des marais.

184. L'Uffente, dont on trouve les sources au bas de la montagne de Sczze,près A^s Case IS uove y au lieu de faire, comme aujourd'hui , la fonction de canal d'enceinte , pénétrait , après un cours d'environ 3ooo" sur la lisière du marais, dans l'intérieur de ce marais, où il recevait sur sa rive droite, comme nous l'avons dit, la Selcella, la Schiazza et la Torre. Une partie des eaux des terrains situés sur la rive gauche entrait dans son lit, entre les points d*affluence de la Selcella et de la Schiazza, par le Fosso Codarda.

Toutes ces eaux étaient mêlées avec celles des torrents Brivolco et

SECTION 11. CHAPITRE PREMIER. i4i

Ceriara, qui se rendaient dans TUiTente, au- dessous de ses sources.

Une fosse appelée RLffredo ou Rio Freddo , ayant une de ses extrémités sur la rive gauche de i'Uffcnte, au lieu appelé la Forcellata^ vis-à-vis rembouchure du Fosso délia Torre, et Tautre cxtrémiié sur la rive droite de l'Amazeno , vis-à-vis le lieu dit Capo Cavallo ^ établissait une première communication entre ces deux fleuves , et recevait , par Tintermède du fossé appelé Fosso délia Torre del f^escovo , qui descendait des champs de Piperno, les eaux du Fosso di Mazzochio y dont la partie inférieure a été employée depuis pour le nouveau lit de lUffenle, et qui devait donner^ conjointement avec le fossé Codarda, Fécoulemi^nt aux eaux du territoire situé au-dessous de Castel Valentino , dans lequel se trouvent les lacs de Grecilli, del Vescovo , etc.

L'Lffente , continuant son cours au-dessous de la Forcellata sous le nom de Portatore ^ descendait jusqu'à la voie Appia, et suivait le côté gauche de cette roule, après l'avoir rcncontré-à environ iooo"de l'extrémité nord du Panlano d'Iuferno. C'est à ce dernier point qu'il mêlait s,es eaux à celles de l'Amazeno; et les deux fleuves réunis, coulant entre le Pantano d'inferno et la route, traversaient celle-ci à Textrémité du Pantano, sans entrer sous le Ponte Maggiore, qui était obstrué, et se rendaient dans le "Portatore di Badino par \\w canal commun avec la Scaravazza, après avoir été une partie de leurs eaux dans un fosse appelé Zellera^ qui les con- [uisait dans le même Portatore, à 800» au-dessus de Canzo.

i85. L'Amazeno n'avait pas, depuis le pont de Fossa Nova jusqu'au Pantano dTnferno» une direction différente de celle qu'il a aujourd'hui. Les principaux changements qu'on a fait subir à ce fleuve, indépendamment de l'élargissement de son lit, sont l'introduction de ses eaux dans le Pantano d'Inferno , d'oii elles se rendent aujourd'hui , avec celles de TUffente et de la Scaravazza , sous le Ponte Maggiore, et la suppression d'uuc dérivation qui, partant de la rive gauche à l'extrémité de la ligne de séparation de laTenula Pio et du territoire de Sonino, allait, par le pont dellaConellay placé sur la même ligne de séparation, jeter une partie des eaux du fleuve dans le lit de la Scaravazza.

j86. Le système des canaux situés dans l'angle que forment la rive gauche de l'Amazeno et le côté gauche de la voie Appia, qui comprend la Scaravazza, la Pedicata , les fosses de .Venti Palmi, de Matera, etc., n'a subi de changement essentiel que dans les issues à travers la voie Appia. La Scaravazza, dont les eaux, par un mouvement rétrograde, viennent maintenant s'unir à celles de TUffente et de l'Amazeno sous le

Ponte Maggiore , coulait eu partie dans la fosse de 5»eguita Vecchia, qui ne reçoit, à présent, que les écoulements de la botte construite sous le ' lit de cette même Scaravazza, hotte qui existait alors; et une autre partie de ses eaux , traversant la voie Appia , passait immédiatement dans le Portatorc avec celles de TAmazeuo et de l'Uffente , comme nous l'avons dit précédemment.

Les fosses de Seguita Vecchia, di Matera, de' Venti Palmi, de Pedicata, etc., traversaient la voie Appia sous différents ponts; savoir, le pont de .Seguita Vecchia , le Ponte Settino , le Ponte Alto, le Ponte délie ÏVavi , etc. On voit encore plusieurs de ces ponts sur la partie de la voie Appia , abandonnée depuis qu'on a changé sa direction antique pour lui faire suivre celle du canal de navigation.

Après avoir traversé ces ponts, les eaux se rendaient dans une fosse appelée Fossa Ttriversa^ qui communiquait, d'ime part, avec le Porlatore, et, de l'autre, avec une autre fosse appelée Fiumicello di Terracina^ laquelle aboutissait à la mer, près du port antique de Terracine.

Le Fiumicello di Terracina et le Fosso Traversa avaient leur cours dans la campagne qui est actuellement sur la rive droite du canal de Terracine; ils recevaient, outre les eaux dont nous venons de parler, celles des trois moulins qui existent près du point de partage du canal , et les autres eaux venant des terrains situés du côté de la montagne. A cet égard, ils remplaçaient le canal actuel et le Scolo Pio. Quelques dérivations de la rive droite du Fiumicello, l'une desquelles s'appelait Fosso S^^Martino^ se rendaient au Portatore avec les eaux des campagnes qu'elles recueillaient dans leur cours.

Le Mortaccino communiquait avec le Fosso Traverso ou le Fiumicello, à-peu-près au même point où se trouve son origine actuelle sur le canal de Terracine; il était attéri, et l'on ne voyait sur tout son cours que des flaques d'eau sensiblement stagnante; il unissait ses eaux, près de son ^^ embouchure dans le Portatore, avec celles de la fosse ap{>elée Slronzola^"^ laquelle, ayant son origine dans le Portatore, y reportait ainsi ses eau^^ mêlées avec plusieurs écoulements de la campagne , qu'elle recevait enrrs parcourant un demi-ovale sur la rive gauche du Portatore. On suit encoreaujourd'hui une petite longueur de la partie inférieure de la Stronzola^^ en remontant, en bateau, de Badino à Terracine par le canal Mortacctnai mp,

187. il est manifeste, d'après tout ce que nous avons dit depuis Ta^^^ 176 , que le système hydraulique des eaux des marais Pontins, sly^. gf Tannée i777t i^'J^i^ on ne peut pas plus défavorable k récotilement ^^

SECTION II. CHAPITRE PREMIER. i43

r'j trouve aucun canal propre à remplir les fonctions que nous avons attribuées à Vaxe principal cf écoulement ; et les diverses communications des canaux entre eux offrent une complication tlont on ne voit pas les motifs, et qui ne pouvait être que nuisible au mouvement des eaux. La presque totalité des affluents du Portatore de Badino ne pouvait traverser la voie Âppîa qu'en surmontant son antique et épaisse cliaussée en maçonnerie; ce qui produisait un gonflement de leurs eaux dans la partie gauche et basse des marais , ainsi condamnée à une inondation qui devait subsister autant que IVtat des choses dont elle était le résultat.

Il est visible que, jusqu'en 1777, on sVtait plutôt occupé de travaux de détail que d'un projet général de dessèchement dont les diverses parties fussent disposées pour concourir à un but commun. Tous les renseignements historiques qui nous sont pM*venus , confirment cette assertion; et Ton ne saurait lui opposer les travaux de Sixte V^ puisque le canal qui porte son nom, dominant la plus grande partie des marais, ne pouvait recevoir que les eaux supérieures. C*cst en effet sur les terrains où coulent ces eaux, que les spéculateurs ont pu faire de» dépenses utiles en opérations partielles.

Si Ton joint à cette mauvaise disposition du système hydraulique le défaut d'entre! ien des digues, l'abandon de toute espèce de travail propre À empêcher l'obslruclion des cours et des issues de Teau, que des causes dussi promptes qu'énergiques tendent à produire sans cesse , et si Ton c^onsidére combien les effets de ces causes naturelles sont aggravés par les hoMimes eux-mêmes lorsque les canaux se trouvent interrompus, larrés par de nombreuses pêcheries, véritables fléaux de tout pays marécageux , on concevra aisément la malheureuse existence à laquelle la plaine Pontine a dii être condamnée , et l'influence funeste que devait avoir, sur la santé et la vie, Tair qu'on y respira t; influence qui agissait principalement sur le pauvre, réduit à boire de l'eau corrompue, et ayant à peine de quoi apaiser sa faim avec de 1res -mauvais aliments. D'après les rapports qui nous ont été faits par des hommes digues de foi, un grand nombre d'habitants du centre des marais, avant 1777, avaient les chairs sur la surface entière du corps tellement œdémateuses, et le système musculaire tellement dépourvu d'élasticité, que l'impression du doigt appuyé sur les chairs y laissait un enfoncement qui ne s'effaçait qu'après un espace de temps sensible : l'atonie générale était la suite nécessaire d'un pareil état; cl la force vilale avait si ptMj d'énergie, que des morts spontanées étaient les suites d'uu travail un peu forcé, et arrivaient

JÉ r M

même sans être provoquées par des fatigues extraordinaires. On a trouvé dans les chemins et dans les champs, des paysans qui scmbhuenl s'être endormis et qui avaient cessé de vivre. L'état actuel du pays a assurément besoin de grandes améUorations; mais il n'est pas, à beaucoup près, aussi désastreux qu'il Tétait à l'époque dont nous venons de parler.

Page 1