‹ Description hydrographique et historique des marais PontinsChapitre 58 sur 155 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Exposition historique et critique des Travaux exthutés depuis [année 1777 pour la construction du Canal Pio et du Portatore.

191. On commença à mettre la main à Toeuvre au milieu du mois de décembre de Tannée >777- La première opération fut Télargissement et le di^iement du Portatore, commencé du côté de la mer, au point où le canal recevait les eaux de la fosse appelée Stranzota^ et continué en allant de rarai à i\imont , vers Torigine supérieure du Portatore située an lieu appelé le Macerie^ à 37a"' du Ponte Maggiore.

Nous avons donné précédemment la longueur de re canal, qui est de 574^"- La pente de fond est peu régulière; rabaissement de ce fond au-dessousdu niveau de la mer, est de 3"8 à l'origine : il se relève ensuite; et, environ à moitié distance entre Torigine et le lieu ajqielé Canzo, rabaissement n*est que de ^"5. Il tombe ensuite à fi^S en amont de Canzo. où était une pêcherie que Rapini fit détruire , se relève subitement à 3"6 en aval du même point , revient à 4'"4 au débouché du fossé Saîiit* !tfartinû, et se relève ensuite graduellement jusqu'à ia l>arre de l'embouchure de Badino, sur laquelle il n*ya que i°*d'eau environ. Ces mesures, îiu reste, ne sont pas toujours les mêmes : on voit , par des profils levés à différentes époques, qu'elles varient par diverses circonstances, dont la principale est Tétat des eaux. Les changements excèdent un mètre ça certains points; mais les relations respectives de plus grandes et moindres profondeurs se maintiennent toujours. Les basses eaux sont élevées de

o"*493» et les hautes eaux de i°'i43, au-dessus de la basse mer, valeure moyennes sur toute la longueur. Ainsi la profondeur a Tétiage excède toujours 'a"5, et quelquefois 5™. JMoua duuuerous les peules de ee« eaux en parlant du canal Pio.

Les relations de profondeur sont des suites nécessaires des rclalions de largeur que Rapini a établies avec une irrégularité qui a été molivce par des raisons déconomie. Les largeurs sont de 3i à liS*", à partir de l'origine jusqtraux grandes profondeurs trouTëes en aniout de Canzo, où elles s» réduisent à ai et ao"*. Elles reviennent à a7» eu avant de Canzo, se réduisent ensuite à a4"> et augmentent enfin jusqu'à 45", largeur de lemboucliure.

Les sommets des digues sont par-tout au-dessus des grandes eaux , mais à des hauteurs inégales, et beaucoup plus petites depuis Canzo jusqu'à l;i mer, qu'au-dessus de Canzo. Leur épaisseur en couronne est d'environ a", et leur talus de loo sur loo. Les largeurs mesurées entre les sommets des digues ofTrent aussi des anomalies aussi fortes que peu motivées; elles varient depuis 6o jusqu'à 70°* au-dessus de Cauzo , se réduisent à 54"* en avant de ce point ^ et passent ensuite rapidemeut à 79, puis à 60, et enfin à 71".

Les galènes (1), ou espaces compris entre la base intérieure des laïus et le canal, ne sont pas de la métne largeur sur les deux, rives, et sont établies à des hauteurs différentes, tant d'une rive à l'autre, que relativement aux grandes eaux, auxquelles elles sont généralemeui iuférieures depuis le milieu environ de la dislance entre l'origine du Portatore el^i Cansujj jusqu'à la mer; en sorte que les eaux des crues peuvent occuperai l'espace total compris entre les digues sur une hauteur au-dessous de leur ^^ surface, qui va de i à 6 décimètres. ^J

Au pied et le long du talus extérieur des digues, sont des chemins de^| 'MV' ' fil' ' ^M

(1) Cotènc e»t un mot italien par lequel on désigne une brgeurhorixontale, compriie entre la rive d'une rivière ou d'un canal et la digue qui sert à contenir ses eaux. Il y a beaacoiip de golône.i le long du Pô; qnelques-uDrs sont nihivée$ pendant une partie de l'année. On ne peut regarder les golèrtev ni comme des banquettes, ni comme <ie> benntn ^ ai comme dej chemins de halage : ce sont, en géncnl , des espaces laisses aux grandes eaux pour augmentât leur section. Parfois la gotène c^\ le rrsuliat du recult-raent d'une di^uc , lorsqa 'après une rupture on croit nécessaire de fermer l'issue aux eaux par une nouvelle digue qui, enracinée sur l'ancienne à ses deux extremitt'S, laisse dims son intérieur la brèche que ces eaux ont fbrmc'e. Cette digue courbe s'appelle coronella» On en verra un exemple remarquable lorsqu'it •rra question de ruffenle.

4"*5 de largeur, contenus entre ces digues et de petits fossés de i* de largeur.

19Î. On voit, par les détails dans lesquels nous venons d'entrer sur le Portatore, que ce canal laisse beaucoup à désirer, quant à la perfection de Texécution. 11 est vrai que les parties qui offrent les plus grandes irrégularités, étaient en général, avant 1777» extrêmement embarrassées et tortueuses, et ont exigé beaucoup de travail, même pour les mettre dans Tél.it où elles se trouvent : si elles ne sont pas mieux, c'est évidemment à la crainte de se jeter dans des dépenses et des difficultés trop considérables qu'il faut l'attribuer; et , malgré les imperfections dont nous venons de parler, le Portatore n'en remplit pas moins l'objet auquel il est destine, d'une manière satisfaisante. Il doit continuer à le remplir ainsi , tant qu\m lui fera porter un corps deau considérable, sur-tout si Ton fait, vers son origine, les travaux dont nous parlerons dans la suite de ce Mémoire. Il s'attérirait insensiblement, si on lui enlevait «ne partie des eaux qui coulent dtins son lit.

19'i. Le Portatore, terminé à la fin de 177B, produisit un effet aussi prompt que salutaire sur les campagnes dont il reçoit les eaux; on fit de suite, dans la même année» la partie du canal Pio comprise entre l'origine du Portaiorey aux Macerie ^ et le Ponte Maggiore. On a vu ci-dessus, dans la description de l'état ancien des marais, que TAmazcno et TUffente traversaient la voie Appia en surmontant son antique chaussée. Le Ponte Maggiore, voisin du point où cette voie était ainsi coupée et interrompue} ayant son radier fort abaissé au-dessous du fond dé la coupure, io°/|0 <le largeur et .1"*65 de montée, qui, réunis à u™34 d*abaissement du radier au-dessous des naissances, donnaient une hauteur totale de 6™99 depuis le radier jusqu'à Tintrados de la clef, fut jugé propre à donner passage aux eaux de ces doux Ikuvcs, et en conséquence fut désobstrué.

Celle opération achevée , on s'occupa du creusement de la ligne Pio depuis le Ponte Maggiore jusqu'au lieu appelé Capo Selce; l'ancien pont de ce nom est à 3167" du Ponte Maggiore. Ce travad fut pénible, les tranchées se trouvant inondées pîir les eaux qui s'échappaient du canal Sislo, dont la digue gauche était rompue en plusieurs endroits. On fit à celle digue les réparations suffisantes pour garantir la campagne inférieure, sinou pour toujours, du moins pendant la durée des travaux , qui furent pou&sés avec vigueur, dans Tinlervallc susmentionné compris entre le Punie Maggiore et Capo Selcc, et terminés pendant les hivers des années mb et 1779. Lqs^ épuisements contiuugxettl. à cUc Ir^s - péaiLtcs , les

[ARAIS PONTINS.

fouilles fournissant seules une grande quantité d'eau. On épuisa d'abord avec des pompes, et Tpa Gnit par s'en tenir aux machines à bascule; la terre fournie par les déblais servait à formeF une digue sur la rtve droite.

J94' ^" prolongeant la ligne Pio depuis Capo Selce jusqu'au lieu appelé CanzagUo ou Tavolato , sur une longueur de gîoo", il fallut travailler dans le lit de la Cavatella, qui longeait la voie Appiu du côte droit. On eut ainsi dans cette partie une moindre quantité de terre à fouiller : maùs il u*en résulta aucune économie , vu les redressements qu'on fut obligé de faire à un Ht tortueux, la grande quantité de batardeaux à construire, les épuisements, etc.

19.5. Au-dessus de Canzaglio , les eaux de la Cavatella et celles de I«t campagne formaient , sur le sol à fouiller, une inondation ou marais permanent, qui aurait été un obstacle insurmontable au pi^olongemeut su périeur du canal , si la Cavatella avait continué de couler dans son lit ordinaire. Ou prit en conséquence le parti de Li jeter dans le lit (!«; la fo; délia TorrCy du côté gauche des marais (voyez la description de létal ancien des marais, art i83)> et le sol à fouiller fut en effet débarrassé de la presque totalité de ses eaux ; mais la partie gaucke des marais fut inondée, tant parce que le lit de la fosse délia Torre n'était pas capable de contenir les eaux de la Cavatella, que parce que ses digues étaieiU trop faibles. Oo ât prendre patience aux propriétaires des terrains noyés ^ en leur disant que c'était un mal nécessaire; que «parfois il fallait élargir « une plaie pour en obtenir la guérison(t). » 11 eût mieux valu faire la dérivation de la Cavatella avec plus de précaution et de soin. Quoi qu il 6n soit, le creusement de la ligne Pio, repris au conimenceiuent de Tannée 1780, à partir de Caiizaglio, se trouva, deux ans après» poussé jusqu'au Foro Appio, point déterminé pour Timmission de la Cavata et de la Cavatella dans cette ligne Pio.

Ainsi le canal Pio, commencé eu 1778 au point des Macen'e, fut terminé, à la fin de 1781 , au Foro Âppio (la distance entre ces deux points étant, comme on Fa dit art. i38, de ai539"), sauf quelques élargissements postérieurs qui furent faits entre les Macerie^ ou Forigme du Portatore, et Bocca di Fiume,

196. Il s agissait, à la suite de cette importante opération, dHntroduire dans le nouveau canal les eaux de la Cavata et de la Cavatella. On désob-

(1) « Xîtt maie necessario, siraile sïppnnto a quello che risulta da dover dilatare ana piaga • be» soTcnte, per ottencrnc la guarigione. »

i5i SECTION II. CHAPITRE ÏL

fttnia l*anliqne pont du Foro Ap|ùo de 4*57 d'ouverture, et Ton y amena les eaux de la Cavatella,qui(art. i8i) traversaient la voie Appia, au-dessous de ce pont; [a digue qui séparait le lit de la Ciivata de celui de la Cavalella, près de la Tour S. liîdono, fut ouverte, et Ica eaux de la Cavata , barrée en aval de rouverture , se trouvèrent réunies aux eaux de la Cavatella, avec lesquelles elles coulèrent dans la ligne Pio. La longueur du canal commun est (art. i4t ) de Soïo"",

Ainsi toutes les eaux dont nous avons parlé dans la description de rancien état des marais, depuis Tart. 176 jusqu'à Tart. iSa, se trouvèrent réunies dans la ligne Pio en l'année 1783 : nous verrons qu'on fut bientôt obligé d'en séparer une portion considérable.

J97. La partie de la voie Ap|)ta que longe le canal Pio depuis les Maccrie y extrémité inférieure de ce canal, jusqu'au Foix> Appio, son extrémité supérieure, est d'un seul alignement, qui se prolonge très- loin encore au-dessus du Foro Appio. On piolongea pareillement, sur la parti» droite de la route, l'excavation faite pour le canal, en y creusant uiwr vaste fosse quoa appelle Liiiea Maria, depuis le Foro Appio jusqu'à Tor tre Ponti , sur une longueur de 5635". Cet ouvrage fut fait en Ï78G. La Unea Morta est destinée à recevoir les écoulements d'une grande étendue de terrain située à la gauche de la route qu'on appelle Tenuta de S, Leonardo , d'un marais qu'on appelait Pantano d'In/erno ( qu*il n« faut pas confondre avec celui qui existe près du Ponte Maggiore), etc.

J98. On verra, peut-être avec étonnement, dans les détails historiques qui précèdent, que la grande activité des travaux ait eu lieu, en général, pendant les saisons froides, celles où naturellement les épuisements deraient être le plus dispendieux : mais il csl bon de savoir que, dans les campagnes de Rome, celles sur-tout qui sont marécageuses, le pays ne fournit qu'un très-petit nombre de manœuvres; les travailleurs viennent du dehors ; ils arrivent en troupe lorsque les chaleurs commencent à diminuer, et s'en retournent aux approches de l'été. Nous en avons vu les routes couvertes à ces diverses époques.

On se trouve ainsi privé de bras lorsque les temps secs de Tannée arrivent; car on ne retiendrait pas, alors, les ouvriers étrangers, mcme avec de forts salaires, et l'on est obligé d'interrompre les grands travaux hydrauliques précisément à l'époque où on les exécute dans d'autres pays, avec le plus de facilité et le moins de dépense; l'insalubrité de Tair est la principale cause du désavantage qu'ont , ii cet égard , les Marais ponlins.

199. Od conçoit aisément que des travaux exécuté* ainsi par des

MARAIS PONTIXS.

étrangers devaicnl être plus cbers, toutes proportions gar<îees, que ceux qu'on fait exrcuter par les gens du pays, lorsque ce pays fournit une population suffisante, iiapini^ dans ses premiers projets, donnait des espérances d'économie qui malheureusement n'ont pas pu être réalisées. 11 avait pensé qu'il suffisait de creuser le canal Pio sur une partie seulement de sa profondeur, et que le surplus de Texcavation se ferait par corrosion lorsque le grand co;p5 d'eau que ce canal devait porter y aurail été introduit. En effet, la surface du sol à excavcr n'offrait qu'une matière de Tespèce de celle qu'on nomme dans le pays matcria cuorosa: c'est une tourbe, bonne en certains endroits, et qui n'offre, dans d'autres, qu'un assemblage de diverses substances végétales, imparfaitement décomposées , mêlées d'une très-petite quantité de terre. Cette matière est facilement divisible à la bêche, et susceptible de compression, de manière à s'affaisser sous le poids des digues et des remblais quelconques dont on charge sa surface (nous aurons bientôt à citer des efTels extrêmement ' fâcheux de cette compressibilité). On voit, par les résultats de sonde rapportés art. 8i et sur lesquels nous donnerons de plus amples détails à l'art. a3i , que cette matière molle a , dans certaines parties des marais, une grande profondeur ; mais on ne sait comment excuser l'ingénieur Rapini de n'avoir pas, avant d'entreprendre un ouvrage d'une aussi grande importance que le canal Pio, fait une ligne de sondes sur son tracé, pour s'assurer du véritable état des matières à déblayer : celte opération préliminaire n'est ni longue ni difficile , lorsqu'il s'agit de déblais à faire en plaine. La matière molle et divisible sur laquelle il a compté, faute d'avoir pris celte précaution nécessaire, s'est trouvée ne former qu'une couche de g , 8 et même 7 décimètres d'épaisseur au-dessus d'un stratum fort dur, qu'on ne pouvait plus entamer qu'avec beaucoup de difficulté. Dès-lors on a du renoncer à l'espoir de voir les eaux achever l'approfondissement du canal; et, au lieti de se borner à en excaver une partie seulement dans une matière molle, il a fallu creuser à fond sur une hauteur occupée en grande partie par une. matière très*dure : de là une augmentation excessive dans la dépense, et un exemple remarquable des inconvénients graves auxquels on s'expose en mettant tro]> de précipitation dans la confection des projets.

aoo. Parmi les conjectures qu'on a faites pour expliquer la formation de ce stratum de matières dures qui existe dans l'emplacement du canal Pio, se trouve celle par laquelle on le regarde comme ime concrétion résultant delà précipitation ou du rapprochement des substances dont sont

chargées les eaux fortement gazeuses qui surgissent des sources d'Jcqua PuzzUy de Castel Falentino^ etc. Il est certain que ces eaux. laissent dans les lieux où elles coulent, des dépôts qui, avec Je temps, s'endurcissent considérablement : une partie de ces matières adhère à la pa^roi du lit; l'autre surnaj;e, et Ton attribue le nom de Fiume Coperto à la quantité de concrétions flottantes qui couvrent quelquefois cette rivière dont les eaux viennent de la fontaine SAcqua Puzza. Or cette même rivière , réunie à la Cavatella , a coulé pendant bien des siècles le long de la voie Appia, et, en général, toutes les eaux gazeuses surgissant des montagnes ont divagué dans la plaine Poutine. L'ancien lit de TUffente ëtait établi sur un stratum dur comme celui qu'on a rencontré sous la ligne Pio, etc. , etc.; et ces faits incontestables donnent quelque crédit aux conjectures ci-dessus rapportées.

aoil Le canal Pio est, de tous les canaux des marais Pontins, celui dont la pente a le plus de régularité. Si Ton considère le système formé de ce canal et de celui du Portatore , on a , depuis le pont du Foro Appio jusqu'au point du Portatore qui répond à la tour de Badino, deux longueurs dont chacune a une pente sensiblement uniforme , -mais trèsdifférente de la pente de l'autre.

La première de ces longueurs se compte depuis le Foro Appio jusqu'à la Chiavica del Tabio; elle est de 17677»».

Les pentes totales de la surface des basses et des grandes eaux se déduisent des hauteurs absolues au-dessus de la basse mer , qui sont :

Haatear au Foro Appio

Hauteur à la Chiavicïl del Tabio

Pentes totales

DicLiviTi» , ou Pkktes sur l'unité de longueur

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